Le derviche Myrteza Shehu lisant sous un arbre ©Godong
Le maître en fut attristé et mécontent. Il jugea de son devoir de rectifier l'ignorance de cet infortuné derviche. Une barque était là. Le maître s'y assit et rama jusqu'à la petite île. Devant une hutte un vieil homme se balançait d'arrière en avant en psalmodiant l'incantation sacrée.
- « Mon frère, lui dit le maître, je dois t'avertir que ta prononciation est fautive. Il ne faut pas dire Yahu ! mais Ahu ! ». Et l'homme remercia humblement.
Le maître retourna alors à sa barque, satisfait du devoir accompli. La chose n'était pas sans importance. On savait que la prière correcte et fervente transcendait son auteur à tel point que les maîtres anciens avaient parfois même pu marcher sur l'eau.
Pourtant après quelques instants de silence, la prière s'éleva à nouveau de la petite île, fautive comme auparavant : Yahu ! Yahu !
Et le maître s'étonna dans sa méditation de la capacité de l'humanité à persévérer dans l'erreur.
Et c'est alors qu'il aperçut le vieux derviche : il venait à lui en marchant sur la mer !
Il se prosterna et demanda humblement si le maître voulait bien lui redire la bonne manière de prier car il regrettait de l'avoir déjà oubliée.
Texte transmis par Colin Gibson,
pasteur de l’Église méthodiste de Dunedin, Nouvelle Zélande
traduction Gilles Castelnau