Ces deux questions peuvent être entendues dans la perspective de l’objectivité scientifique par l’astrophysicien d’un côté et le biologiste de l’autre. Mais, en même temps, il y a autour d’elles une sorte de trouble, car la question de l’origine n’est peut-être pas une question susceptible de recevoir une réponse scientifique ; quant à l’avènement de l’homme, il s’agit de comprendre comment une espèce animale parmi d’autres a évolué au point de se poser des questions bizarres comme celle de l’origine du monde. Plus, mieux encore, ces questions ont un retentissement étrange en chacun de nous car nous connaîtrons tous la fin du monde car nous mourrons, ce qui nous fait comprendre en retour que le monde est apparu pour nous, pour la première fois, lorsque nous sommes nés. En effet, ce qui semble être l’évidence est en fait une abstraction et une construction intellectuelle : nous avons élaboré l’objectivité du monde qui nous fait dire que le monde existe, que nous y apparaissons et que nous y disparaissons. Il existait avant nous et il existera après nous. Mais si on se place du point de vue de l’expérience vécue, il faut au contraire dire que c’est le monde qui apparaît, puis disparaît. Plus exactement, si l’on se place du point de vue de l’expérience vécue, du point de vue de la perception – ce que l’on appelle dans le jargon philosophique une perspective phénoménologique – il n’y a pas cette distinction du sujet et de l’objet et c’est pourquoi il faut dire qu’il y a une naissance conjointe de nous et du monde, comme nous mourrons et lui avec nous.
Ces questions sont donc susceptibles d’être approchées d’une manière croisée, par des approches différentes et même contradictoires ! Dans un premier temps, nous aborderons la question de l’origine du monde pour montrer comment le discours scientifique peut nous amener au bord de cette question, alors que le mythe, les religions assument le besoin d’y répondre. Dans un deuxième temps, nous aborderons le temps des origines pour le genre humain et la société. Nous réfléchirons alors à la notion de religion primitive ou première avec une approche plutôt ethno-sociologique. Dans un troisième temps nous aborderons la question de l’origine telle que l’individu l’éprouve et retrouve là encore la nécessité du récit pour se figurer l’énigme de l’existence en général et la sienne en particulier.
Nous nous demanderons en conclusion quelle est la place pour ce genre de question dans l’enseignement aujourd’hui
L’origine du monde entre science et religions, entre l’investigation et le mythe
De la cosmologie à la théologie
Etienne Klein[1] écrit : « Une révolution discrète s’est déroulée au cours du XX° siècle, toutes les disciplines scientifiques ont pris acte que les objets qu’elles étudient n’ont pas toujours été tels que nous les observons aujourd’hui ». Nous serions passés ainsi d’un paradigme où les « lois » de la nature que la science est sensée découvrir assurant l’immuabilité de certains mouvements comme ceux des planètes à un paradigme de l’irréversibilité de la flèche du temps. La nature ne serait pas l’éternel recommencement tandis que par leur culture les hommes s’inventeraient une histoire ; mais elle aussi aurait une histoire. Comment ne pas faire un rapprochement entre la théorie d’un univers en expansion et cette représentation biblique d’un temps linéaire entre la création du monde et sa fin.
Par où l’on retrouve avec un nouveau vocabulaire et un nouvel enthousiasme un rapprochement entre cosmologie et théologie : « Ainsi, création dans le temps ; et pour cela un créateur ; et par conséquent Dieu ! Le voici donc – encore qu’implicite et imparfait – le mot que nous demandions à la science et que la présente génération humaine attend d’elle »[2]. Disons plus sobrement que la théorie de l’univers en expansion rend compatible théorie physique et doctrine d’un Dieu Créateur.
La situation a été analysé en profondeur dans la critique de la raison pure par Kant (3° section du chap. 3 « Idéal de la raison pure » et qui s’intitule « Des preuves de la raison spéculative en faveur de l’existence d’un être suprême »). Il y a n’y a que trois preuves possibles :
La physico-théologique. On part des signes manifestes d’une ordonnance réglée dans le monde pour en déduire l’existence d’un être intelligent et libre comme cause de cette ordonnance.
La cosmologique. On part de l’existence du monde, du fait qu’il y ait quelque chose pour en déduire l’existence de l’être nécessaire.
L’ontologique. On part du fait que l’on a l’idée de Dieu pour en déduire son existence.
La critique que fait Kant de ces preuves tient au fait qu’on passe insensiblement et pourtant d’une manière illégitime du fait de penser qu’une chose soit au fait qu’elle existe. Or exister veut dire se tenir hors de, être l’objet possible d’une intuition. Notre pensée nous pousse à découvrir l’insistance de Dieu et non son existence. Kierkegaard dira même que Dieu a tous les attributs, sauf l’existence. N’est-ce pas le propre du refus de l’idolâtrie prêché par la Bible ? Il faut que le monde soit donné pour pouvoir faire de la physique, elle n’a rien à dire sur l’acte donateur initial, même si elle a mille choses à dire sur les effets du don qui continuent dans le temps. Bref, on ne remonte jamais à Dieu par la physique et on s’arrête à 10 puissance – 43 seconde après un hypothétique commencement absolu.
On peut penser que le monde a été créé et avec lui le temps et qu’il est comme bordé par l’éternité de Dieu qui n’est pas avant ou après le monde (ce sont des catégories temporelles) mais à côté ou au-delà du monde dans une éternelle présence qui ne se laisse pas prendre dans l’existence (sinon par une « Révélation »). On peut penser aussi que si ce monde a une histoire (ce qui est incompatible avec le fait qu’il existe de toute éternité) et donc un commencement ; il y a peut-être eu une infinité de mondes avant lui qui ont disparus et qu’il y en aura après lui qui apparaîtront. Voilà les deux grandes matrices des monothéismes et des religions asiatiques.
Dans le premier cas, il s’agit alors d’organiser le monde, d’y agir et de le transformer, de l’améliorer pour qu’il soit toujours plus à l’image de son créateur. Il s’agit aussi de le chanter, d’en magnifier la beauté par l’art. Dans le deuxième cas, il s’agit surtout de méditer sur soi pour se déprendre des illusions et de la souffrance.
Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons nous empêcher de nous poser la question de l’origine et, ce faisant, faire l’expérience « d’un toujours déjà là ». M. Gauchet dans le désenchantement du monde[3] résume cette situation ontologique : naître c’est éprouver « l’équivoque constitutive de notre expérience du temps : nous naissons après le monde et avant notre action ». Après le monde : c’est la matrice du sentiment religieux sous forme de piété, comme de l’esprit scientifique sous forme d’honnêteté intellectuelle et de volonté de s’en remettre à l’expérience. Avant notre action : c’est la matrice de la volonté de changement, que ce soit pour des motifs religieux de vouloir faire advenir la justice ou pour dominer le monde scientifiquement et techniquement.
Prégnance du Passé ou prégnance de l’Avenir. Comment l’humanité a-t-elle été longtemps dominée par la première, c’est ce que nous allons voir maintenant.
La religion première ou l’organisation sociopolitique du temps des origines
Cette problématique va naître à la fin du 19° siècle, aussi bien avec un philosophe comme Nietzsche qui veut comprendre le « phénomène religieux » et cette religion immémoriale qu’il appelle « la moralité des mœurs »[4] où tout est tradition et l’individu soumis en toutes choses au groupe, qu’avec un sociologue comme Durkheim qui comprend l’essence religieuse de la société comme l’essence sociale de la religion en voulant éclairer les « formes élémentaires de la vie religieuse »[5]. Le mot « religion » qui avait une signification fortement civique chez les romains, deviendra bientôt réservé au christianisme, puis désignera les religions révélées par opposition à la religion naturelle des philosophes et enfin va acquérir son sens moderne de phénomène humain quasi universel et qui prend toutes sortes de formes dans l’espace et dans le temps. Cette universalisation est évidemment la conséquence du contact des cultures entre elles et de l’interrogation générée sur les « primitifs » qui était d’ailleurs déjà présente chez un auteur comme Montaigne.
La religion première : Gauchet lecteur de Clastres
Les sociétés sans Etat sont contre l’Etat, nous a appris Clastres[6]. La religion sera alors le choix paradoxal car non délibéré d’une organisation politique qui veut tout à la fois éviter le chaos engendré par une violence qui n’en finit pas et la soumission par la division entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent. Les caractéristiques des sociétés observées par Clastres sont les suivantes : le chef indien est en dehors du système de l’échange et son pouvoir est non coercitif ; on ne peut consommer le gibier que l’on a tué soi même ; la torture des jeunes hommes a un rôle initiatique capital ; les rôles masculins et féminins sont nettement séparés. Ces sociétés réalisent admirablement l’égalité et la fraternité, mais au prix du sacrifice de la liberté individuelle, car tous sont soumis au groupe et à la coutume au prix d’être rejetés si ce n’était pas le cas. Chacun s’affirme fortement dans ces sociétés, puisque ce serait un déshonneur d’obéir à qui que ce soit, excepté peut-être en temps de guerre. En temps de paix la parole du chef est essentiellement entendue sans être écoutée, c’est un rappel de la tradition, éventuellement une solution aux différends. Mais cette affirmation de chacun ne vaut que sur le fond de la négation de tous comme individus autonome et séparés du groupe. Nous retrouverons ces deux tendances avec l’avènement de l’individu moderne.
Avènement de l’individu et énigme de l’origine
L’avantage considérable de la société traditionnelle tient au fait qu’elle fait l’économie de la position subjective du « pourquoi moi maintenant ? » et du « qui suis-je, à quoi suis-je bon ? ». La morale traditionnelle de la conformité à l’ordre des choses naturel et social se renverse en morale de l’obligation de devenir auteur de ses choix de vie, d’œuvres originales etc. L’individu moderne se demande donc qui il est, et se trouve fatalement confronté à une tension entre la découverte progressive de ses déterminismes biologiques, culturels, psychologique etc. et son désir de dire je. On peut peut-être faire une analogie entre cette situation et la définition que donne Lacan de la cure analytique comme destitution/restitution du sujet. L’individu découvre alors qu’il est né, qu’il a des origines et que c’est une limite radicale à son désir de toute puissance. On pourrait formuler ainsi ce « cogito natal » : « je n’ai pas toujours pensé donc je n’ai pas toujours été donc je suis né ». On fait alors pour soi l’épreuve de la secondarité ontologique (le monde et nos ancêtres nous précèdent) mais jusque dans sa propre singularité car je suis né tel jour à tel endroit et de tels parents. Dans son article[7] roman des origines, origine du roman, Lydie Salvayre, psychiatre et écrivain, constate l’importance qu’a eu pour elle, le manque de mémoire par rapport à ses grands parents espagnols et qu’elle est sans doute devenu écrivain pour combler ce manque. Elle constate par ailleurs que la parole naît de l’impossibilité de réduire l’écart et la tension entre le legs, l’héritage, la mémoire reçus et le désir de la personne. Ce qui entrave la parole serait au contraire soit une absence totale de racines (dont la quête lancinante de certaines personnes « nées sous x » témoigne) soit un étouffement par des racines omniprésentes. C’est donc bien dans le roman des origines, c’est-à-dire le récit et la quête que l’on fait pour soi même par rapport à ses propres origines, que se trouve l’origine du roman, c’est-à-dire ce que l’on dit, ce que l’on écrit, ce que l’on raconte dans sa vie, que l’on soit écrivain ou non. Par où l’on voit que l’histoire, le récit, le mythe est bien le moyen de connaissance de ce qui se dérobe à la connaissance, c’est-à-dire l’origine et nos origines pour connaître l’avènement de soi même et, ce faisant, se faire naître après être né. Par où l’on voit aussi la parenté profonde entre littérature et religion.
Conclusion
La question de l’origine obsède donc la connaissance du point de vue du monde, de l’humanité, de la société et de soi. Qu’en est-il à l’école ?
Cette question est pour le moins éclatée et dispersée dans les cycles d’études comme dans les disciplines. Dans le primaire, on ne voit jamais assez l’importance du « raconter ». Une publication récente[8] essaye justement de prendre en compte cette dimension. Dans le secondaire, cette question de l’origine peut être traitée dans le cadre des différentes disciplines en cherchant à mieux prendre en compte, notamment la dimension religieuse, ou à expliciter pourquoi il risque toujours d’y avoir une tension entre une approche scientifique de la question de l’origine qui délimite des manques et une approche métaphorique qui vise à les combler.
Mais d’une manière générale, la tendance globale est au refoulement de la question de l’origine. Freud liait d’ailleurs refoulement sexuel et refoulement intellectuel puisque derrière les questions des enfants (la pulsion épistémologique) se pose la question de savoir d’où viennent les enfants et comment les fait-on ? Le titre du fameux tableau de Courbet – l’origine du monde – où s’offre au regard le sexe féminin, est finalement rigoureusement nommé !
Quoi qu’il en soit, cette question de l’origine du monde et de l’avènement de l’homme, doit être l’occasion d’apprendre les limites entre ce que la connaissance scientifique nous permet de connaître en s’approchant de l’origine du monde et ce que la pensée symbolique, la valeur du récit nous révèlent de l’étroite articulation entre la grandeur du monde et l’intimité secrète du désir humain.
[1] Mystères de l’univers article paru dans le Journal Le Monde du 21/11/08
[2] Pie XII, discours à l’Académie pontificale des sciences du 22/11/51
[3] Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Gallimard, Paris, 1985
[4] Nietzsche, Aurore § 9
[5] Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse 1912, PUF 2008
[6] Clastres, La Société contre l’État, Minuit, 1974
[7] Ibid.
[8] Récits de création collection « Récits primordiaux » dir. D. Borne la Documentation française, 2009
Bonjour.
Je viens de lire avec beaucoup d’intérêt vos réflexions sur ce sujet, je vous commente un peu.
Vous dite que l’origine du monde dans le contexte scientifique « n’est peut-être pas une question susceptible de recevoir une réponse scientifique ». Effectivement, dans l’état actuel de la science nous nous heurtons à plusieurs problèmes. Celui que vous citez, le mur de Planck à 10 puissance – 43 seconde, l’impossibilité d’accorder la physique mécanique et la physique quantique et celle ci qui avec les incertitudes d’Heisenberg fait que toute connaissance à ce niveau là est dans l’ordre des probabilités.
C’est à ce niveau que se pose le problème épistémologique suivant,.qu ‘est ce que le monde quand JE ne l’observe pas : et extensivement, comme nous ne sommes pas les seuls observateurs, qu’est ce qu’est cette identité « être » qui objective. Une particule comme un animal observateur de son environnement ou l’homme, sont tous des identités qui ont un nom et qui ont été longtemps considérés comme des en-soi, indépendants de toute observation de quelque ordre que ce soit.
C’est ce que vous dites avec juste raison avec « nous avons élaboré l’objectivité du monde… » en développant cette idée du relativisme des point de vue en terminant par « il n’y a pas cette distinction du sujet et de l’objet ». Nous sommes totalement d’accord et toutes les réflexions des plus grand physiciens s’accordent à dire que l’en soi n’est pas, c’est la mesure qui mettant en relation deux pôles (sujet-objet) les objective alors qu’il est impossible de concevoir quoi que ce soit sans les relations qui l’ont fait être. Pour aller au plus simple, au plus parlant au niveau existentiel, un homme est redevable de 14 milliards d’années d’évolution, d’un passé génétique, de toutes les interactions de son enfance puis celles de son écosystème, de la culture etc. Il en est de même au niveau corpusculaire, chaque particule fait partie d’un ensemble, elles sont en interaction et quand nous les mesurons nous intervenons comme objet au même titre qu’une autre particule.
A ce niveau il faudrait développer avec précision ce que l’on entend par interaction. Extraction d’un informatif pour faire court.
Mais il y a une notion qui me semble particulièrement importante et qui rejoint de très près votre sujet c’est cette notion de système.
Si nous considérons que tout est système, (le monde est un système au même titre que nous) la seule façon d’extraire de l’information d’un système est de traduire par un langage approprié les relations qui unissent les parties entre elles (si tant est qu’on puisse définir une partie), les relations des parties au tout et celles des sous-systèmes entre eux etc. Il reste évident que plus le système est complexe, moins seront prévisibles les effets.
La systémie est un paradigme. Lupasco qui fut l’élève de Bachelard a posé les bases d’une nouvelle logique où il développe sur le plan logique une trialectique qui dépasse le tout ou rien de notre logique celle ci devenant un cas particulier. Sa logique qui accepte les antinomies est a trois termes, potentiel, réalisé et un troisième terme, l’état t en semi potentiel actuel. Sa logique est dynamique et chaque état possède en lui son contraire comme dans le symbole du yin yang.
Le problème avec cette trialectique c’est que le monde serait non par volonté mais pas nécessité purement logique, celle d’une équiprobabilté de l’existence et de la non existence. Ne serait au départ que cette antinomie radicale qui s’est résolu par le passage de l’un au multiple d’antinomies ayant les mêmes caractéristiques que cette équiprobabilité de départ. Le photon, première particule crée en est l’exemple flagrant puisuq’il est la seule particule qui est à elle même sa propre antipaticule.
A partir de ce moment là et pour en revenir à l’origine du monde, le monde est et n’est pas à la fois. To be OR not to be ? Remplaçons le OR par ET, et raisonnons en termes de potentiels en voie d’actualisation. A ce moment là la question par exemple « Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien perd son sens puisque est accepté que le monde ou tout identité soit et ne soit pas….. Tout est en devenir.
Mais il y a un autre aspect aussi important qui découle de la notion de système. C’est que tout système ouvert possède des propriétés que ne possèdent aucun sous-système. Nous, sous-système ne pourrons jamais qu’appréhender une part du système monde, nous ne pourrons jamais par déduction connaître ces propriétés du Tout. Je pense qu’ à ce niveau là, ce n’est que par comparaisons, similitudes, que nous pouvons en induire quelques connaissances. Mais en sachant que le risque d’erreur est grand celui de l’anthropomorphisme.
Ces propriétés, ces capacités du système monde, de ce TOUT, c’est là pour moi que se situe Dieu. Ce n’est pas un Dieu horloger ni un Dieu immanent, Il est un être (c’est son nom d’ailleurs, je suis YHWH) qui est hors de notre portée sur le plan rationnel , notre raison étant enfermée dans son cadre spatio-temporel. Vous dites d’ailleurs « Comment ne pas faire un rapprochement entre la théorie d’un univers en expansion et cette représentation biblique d’un temps linéaire entre la création du monde et sa fin. A ceci près c’est que les écrivains de la Bible même s’ils sont inspirés ne peuvent traduire qu’en mots d’hommes, linéarité, cycles, un ailleurs insaisissable. Une lecture attentive fait apparaître autant dans la première phrase de la Thorah que dans Job ou en Apocalypse avec le fameux final « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le Principe et la fin » bien autre chose qu’un simple devenir ou cycle. (j’ai développé un peu ceci dans mon intervention au sujet de Jürgen Moltmann). D’ailleurs la représentation du monde très ancienne du serpent Ouroboros ce voulait entre autre l’image de ces éternels retours de cycles, ces coïncidences début-fin. Simple image car il nous est impossible de re présenter hors de nos catégories de pensée.
Je relève aussi cette phrase « Or exister veut dire se tenir hors de, être l’objet possible d’une intuition. Notre pensée nous pousse à découvrir l’insistance de Dieu et non son existence. Kierkegaard dira même que Dieu a tous les attributs, sauf l’existence ».
Si on s’accorde que l’en soi n’existe pas mais que seul « est » la relation, alors Kierkegaard a raison. Ceci est grave comme conséquences car Dieu ne peut être que par une relation découverte, et donc ce n’est que par expérience (puisque toute expérience même en science dure, établit un échange d’informatifs) que Dieu se dévoilera. Il va sans dire que l’expérience de Dieu n’a rien a voir avec une expérience scientifique mais elle en a comme elle, ses sine qua non, un protocole etc. C’est la traduction de cette expérience qui est difficile.
Voilà quelques réflexions suite aux vôtres. Au plaisir de vous lire.
Sylvain René né sous x ! La nature a horreur du vide…