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peur et tristesse

Question d’un visiteur :

La peur et la tristesse ne sont-elles pas incompatibles avec la foi ? Avoir peur et avoir du chagrin, est-ce que ce n’est pas manquer de confiance en Dieu ?

Comment rester dans la joie d’aimer Dieu et d’être aimé par lui quand je me laisse trop souvent déstabiliser par ce qui se passe à cette seconde, sur notre chère vieille terre :

  • oui il fait beau et c’est le printemps, c’est magnifique même en ville malgré les gaz d’échappement, l’air est si léger et plein d’oiseaux,
  • oui j’ai une vie de privilégiée, je suis entourée de gens que j’aime et je vis dans le confort matériel, moral et intellectuel,
  • oui mais en ce moment, il y a des enfants qui meurent alors qu’ils ne devraient pas mourir : ils meurent de faim, ils meurent de maladie que nous aurions absolument pu leur éviter,
  • mais en ce moment il y a des des femmes, des hommes, des enfants, qui souffrent par d’autres hommes, qui sont violentés et torturés, physiquement ou psychiquement, et ce ne sont pas des « accidents », des « mauvais hasards », ce sont des attaques à grand échelle, par des hommes qui ne se cachent pas, c’est fait à la face du monde, et le monde se cache les yeux,
  • mais en ce moment nous exterminons des bêtes de façon honteuse, et nous élevons notre bétail de façon sauvage et inhumaine,
  • mais en ce moment nous agissons avec tant d’égoïsme et de bêtise que nous endommageons gravement notre terre si belle, que nous la rendons peut-être même impropre à la vie de nos enfants et petits-enfants

à chaque seconde

alors même si çà ne me tétanise pas, justement parce que je crois, çà m’empêche quand même d’être dans la joie, et je me sens coupable de ne pas aimer Dieu assez fort pour surmonter cette conscience-là, et pour ne pas avoir peur…

sûrement, je ne sais pas bien écouter ce qu’Il nous dit ?

Merci de ton aide,

Réponse d’un pasteur :

Très chère Anna

Merci pour ce magnifique message. Car il est magnifique, une vraie louange mais pas naïve, pas égoïste, mais sincère et responsable.

C’est à mon avis exactement la juste position de l’humain, entre la terre et le ciel, par nature même entre souffle et poussière, vivant ici bas mais avec une aspiration vers un idéal et avec une idée de l’éternité.

S’il manquait l’un ou l’autre de ces deux termes en tension, la vie humaine devient comme morte :

  • sans la seconde dimension, l’homme n’est plus qu’un animal jouissant ou subissant ce qui arrive.
  • sans la première dimension, l’homme devient un illuminé, vivant dans son rêvé, sans un geste, sans une parole pour faire avancer les choses ou encourager un frère ou une sœur.

Alors, oui, il faut des youpi et des hélas, des alléluyah et des « mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ? »

La douleur de l’écart entre la réalité et l’idéal doit être juste, ni trop ni trop peu, et elle doit être à propos.

A mon avis, elle est juste et à propos quand elle correspond à quelque chose qui pourrait être notre vocation personnelle. Alors, oui, la douleur de l’intolérable est utile car elle est motivante, elle est une juste perception de ce que nous pourrions faire.

Nous avons donc pas mal à porter, oui, dans ce monde. Par définition, je dirais que ce sentiment de l’insupportable est même pas loin de la limite de nos forces. Car c’est alors que nous avons bien pris la mesure à la fois du problème par rapport à l’idéal et de nos propres moyens. La douleur n’est donc pas forcément contre Dieu, ou un manque de confiance en lui, au contraire. C’est même souvent au nom de notre foi que nous avons du chagrin et de la peur, et je pense que Dieu lui-même ressent cela (si je puis dire), en tout cas le Christ lui-même a vécu cela aussi.

Mais après un temps où nous sommes à la limite de nos forces, il faut aussi un temps de repos, un temps de sabbat sans lequel notre être s’épuise, un temps pour se nourrir dans de multiples dimensions, mais aussi un temps gaspillé (pour nous rappeler que nous ne sommes pas à l’usine, mais sous la grâce de Dieu).

Nous avons donc déjà pas mal de charge à porter. Point trop n’en faut. Il est juste et bon de bien saisir que nous ne sommes pas Jésus-Christ, que tout seul (ou avec notre petit groupe d’amis) nous pouvons prendre notre part mais que nous ne pouvons pas sauver le monde entier pour les siècles des siècles. Ce n’est pas pour relativiser l’insupportable de telle ou telle cause actuelle, ou tel drame ancien, mais ce qui n’appartient pas à notre vocation personnelle doit être, non pas négligé, mais déchargé. Je crois qu’une bonne façon est de le remettre à Dieu. Pour deux raisons :

  • Chacun son job. Le sien est de coordonner l’ensemble du corps. Si moi, en conscience je n’y peux rien, si j’ai déjà bien assez à porter, si je sens que ce n’est pas ma vocation, si je ne trouve pas comment prendre, ne serait-ce qu’une petite part d’une amorce de solution du problème… ce n’est pas bon de porter ça.
  • Et c’est utile de déposer devant Dieu cette charge que nous ne pouvons porter, car lui, il peut nous aider à faire le deuil de n’avoir rien fait, d’avoir déposé cette charge, cette indignation ou cette compassion légitime. Dieu est pardon.

J’ai remarqué que nous avons facilement une certaine gourmandise à être dans l’indignation face aux scandales et dans la compassion avec ceux qui souffrent. D’accord, donc, d’une certaine façon, à la tristesse, à la peur, mais dans une certaine limite.

Comment déterminer la juste façon et la juste limite ? Dans un sain questionnement fait d’analyse, de réflexion, de louange et de repentance devant Dieu, comme tu le suggère, comme tu le fais.

Et la louange, délibérée, explicite est bien utile aussi.

  • La louange est fondamentale car elle est juste. Ce serait ingrat de ne pas se réjouir au moins un petit peu pour quelque chose, ce serait ingrat vis à vis de Dieu, du monde, de ce qu’est ma vie et de ce que je suis que
  • La louange est même fondamentale pour voir que cet idéal qui nous inspire n’est pas qu’un rêve, mais que déjà, dans une certaine mesure il s’est incarné. Ça donne du courage, ça donne des idées, et ça rend la vie belle. Oh combien.

Il y a certainement des tristesses et de la peur qui sont amplifiées par une rupture avec Dieu. Mais il y a également une juste tristesse et une juste peur devant le spectacle du monde, comme il peut y avoir une mauvaise joie et une juste joie.

Avec toutes mas amitiés fraternelles

Marc

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Une Réponse à “Avoir peur et avoir du chagrin, est-ce que ce n’est pas manquer de confiance en Dieu ?”

  1. benoite dit :

    « Et c’est utile de déposer devant Dieu cette charge que nous ne pouvons porter, car lui, il peut nous aider à faire le deuil de n’avoir rien fait, d’avoir déposé cette charge, cette indignation ou cette compassion légitime. Dieu est pardon. »

    mais cela n’empêche pas le chagrin.
    tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné.
    c’est la parabole du jeune homme riche.

    ensuite, il y va de notre confort, de nous adapter à ce que nous croyons, à ce que nous sommes capable de vivre.
    en nous « préservant » nous « comptons/mesurons/pesons » ce que nous donnons, même si dieu nous pardonne parce qu’il est.

    le rapport avec la peur m’échappe.
    le chagrin est à la fois lourd à porter, mais aussi une forme de fidélité à ceux qui ne sont plus là, en rapport avec la vie éternelle peuit-être.

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