
Prêtres
Ce haut fonctionnaire, qui a quitté le catholicisme à 13 ans avant de retrouver la foi au sein du protestantisme à 31, estime que l’Eglise catholique est » soit dans le déni soit dans la théorie du complot ». « Depuis dix ans, elle a réformé ses procédures, c’est bien, mais il lui reste à affronter un passé qui ne passe pas. Elle ne se rend pas compte de la lame de fond que vont constituer la mise en cause de sa négligence coupable et ses réflexes d’autoprotection. »
Partant de ce constat, il souhaite que soit créée en France une instance de recueil des affaires prescrites. « Ce lieu ne peut être ni un commissariat ni l’évêché du coin », affirme M. Dubreuil. « Beaucoup ont quitté l’Eglise et ne veulent plus avoir affaire à elle », note-t-il. « En outre la réaction compassionnelle de l’Eglise ne suffirait pas à satisfaire les victimes. » Il suggère d’adosser une telle structure d’écoute au ministère de la justice.
Ces jours-ci, il active en ce sens ses réseaux politiques d’anciens de l’ENA et ses amitiés conservées dans l’Eglise catholique. « D’une part, il faut que les choses soient dites avant que les gens ne disparaissent ; que leur histoire soit écrite quelque part. D’autre part, un crime prescrit dans un cas ne l’est peut-être pas en cas de récidive plus récente. L’Eglise doit enquêter et au besoin sanctionner. »
Pour lui, comme pour la plupart des professionnels accompagnant des victimes, la parole doit être libérée. « On n’en a jamais vraiment fini avec ces histoires », estime M. Dubreuil. Stéphane Joulain, prêtre et thérapeute qui prend en charge les victimes d’abus sexuels commis par des religieux, considère aussi qu’il est important que « ceux qui n’ont plus de recours devant la justice aient un lieu pour témoigner de leur histoire ».
S’il refuse le statut de « victime à vie », Jocelin T., violé durant son enfance par un prêtre condamné à seize ans de prison à la fin des années 1990, partage cette urgence à « faire sortir la vérité ». Durant des années, lui-même a enfoui son secret, niant les faits au point d’entamer une carrière de prêtre sans jamais les évoquer au cours de ses années de séminaire. « Dans un premier temps, j’ai même nié les faits auprès de l’un de mes frères, qui m’annonçait que lui aussi avait été violé par ce même prêtre. Lorsqu’enfin je suis allé voir mon évêque pour lui en parler, il m’a dit : « Tu es sûr que c’est vrai ? »"
« L’Eglise a toujours cherché à éviter les coups ; si désormais elle en prend, c’est plutôt bien », estime-t-il. « Aujourd’hui, il ne faut plus se taire », affirme encore le père de famille de 45 ans, devenu éducateur spécialisé. « Le silence profite toujours au bourreau. Pour les victimes, les crimes de pédophilie sont profondément destructeurs. » Dans son cas, le procès et une psychanalyse ont été salutaires.
« Sans hostilité » à l’égard de l’institution, ce catholique toujours pratiquant considère que « la période est propice » pour une catharsis. « L’Eglise est secouée mais disponible pour entendre cela ; elle ne pourra plus nier les faits », ajoute-t-il.
Jocelin aussi souhaiterait que l’Eglise de France se penche sur des affaires prescrites et prenne des sanctions canoniques à l’encontre des coupables, comme s’y est engagée l’Eglise en Allemagne ou aux Pays-Bas. « Il faut que l’Eglise dise : ce sont mes enfants qui ont été victimes et qu’elle les aborde avec une grande humilité », estime-t-il. « Il a fallu des années avant que mes parents reçoivent la visite d’un évêque. » Pour l’heure la Conférence des évêques de France (CEF) reconnaît que le contexte actuel lui vaut des appels de victimes souhaitant témoigner, parler à un évêque ou réclamer des indemnisations.
Selon la CEF, deux diocèses auraient mis en place une structure d’écoute composée de prêtres et de psychologues. D’une manière générale, la hiérarchie catholique conseille aux victimes de s’adresser à leur évêque. « A ce stade, le besoin ne s’est pas fait sentir de créer une structure nationale, mais on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve », confie-t-on toutefois avec prudence à la CEF.
Stéphanie Le Bars
Article paru dans l’édition du 15.04.10. du journal Le Monde
A venir : un article dans Réforme, et une interview sur KTO qui sera diffusée le jeudi 22 avril sous le titre « pédophilie : parlons en«
S’il est intéressant de voir comment est traité le problème des abus sexuels, de « mettre des mots sur les maux », il me semble, et n’hésitez pas à corriger si je me trompe, que le problème de l’institution demeure intact et surtout n’est pas remis en question.
La question qui demeure me semble poser sur la question du célibat des prêtres : si ces hommes qui ne sont que des hommes en définitive, pouvaient avoir une vie d’homme normal, est-ce qu’il serait encore tentés de résoudre leur problème de sexualité avec de jeunes enfants ?
est-ce que l’église va continuer à fermer les yeux sur toutes ces compagnes de l’ombre (pour faire soft) ?
Est-ce que le fait que le nombre de candidats au sacerdoce diminue ne vient pas aussi du fait qu’il faille faire voeux de chasteté ?
Est-ce que les pasteurs de religions voisines sont moins bons serviteurs de Dieu du fait qu’ils soient mariés, et que même parfois ils aient des enfants, comme tout le monde ?
Il me semble que dans que cette question ne sera pas posée, on ne fera que perpétuer cette désastreuse pratique.
Quelle autre alternative serait possible ?
le problème me semble bien plus général que la simple question du célibat. C’est le statut et la place du prêtre selon le catholicisme romain qui est remis en question.
Pour l’église catholique, le prêtre est un homme à part, intermédiaire entre dieu et les hommes. Il est donc nimbé d’un peu d’aura divine. Le fait qu’un nombre conséquent de prêtres soient reconnus coupables du « crime absolu » de l’époque, à savoir les atteintes sexuelles sur mineurs démoli complètement cette « supériorité » du prêtre et la « respectabilité » de la profession.
Et là dessus, les catholiques sont très ennuyés, car remettre en cause le statut du prêtre, c’est toucher au coeur de leur théologie. D’où ces tentatives désespérées pour contenir le scandale, en faire une série de cas isolés et faire qu’on ne lie pas les atteintes sexuelles avec un élément du statut des prêtres (le célibat par exemple). Si le célibat n’est pas en cause, par contre, il y aurait beaucoup à dire sur le rôle du prestige et de l’autorité liée au statut de prêtre. On constate que les abus sont plus nombreux dans les pays très « catholique » comme l’Irlande, où l’emprise de l’église est plus forte (on ne sait encore rien pour la Pologne, mais ça doit être assez terrible).
Je pense que l’église catholique n’échappera pas à une remise en cause profonde là dessus, car d’ores et déjà, la figure du prêtre est durablement éclaboussée par ce scandale. C’est le cas en Irlande, où il faut s’attendre à un dévissage de l’église catholique.
sur quoi se fonde l’affirmation considérant que :
« Si le célibat n’est pas en cause »
et que,
« par contre, il y aurait beaucoup à dire sur le rôle du prestige et de l’autorité liée au statut de prêtre. »
pourquoi le prestige et l’autorité du prêtre disparaitraient-ils si le prêtre n’était plus célibataire ?
est-ce qu’il faudra que l’église catholique romaine soit contrainte à cette réflexion pour l’entreprendre ?
et combien de temps encore le doute planera-t-il, la crainte aussi, lorsqu’il s’agira de confier des adolescents à des religieux ?
Benoite, ne faites donc pas une fixette sur le célibat. Les pédophiles mariés, ça existe ! le célibat n’est pas un facteur aggravant pour glisser dans la pédophilie. Les causes sont autres.
Par contre, quand on est pédophiles, l’autorité et le prestige du prêtre sont bien pratiques pour « recruter » des victimes et les tenir en son pouvoir !
Le célibat est un élément parmi d’autres (et pas le plus important) qui font du prêtre un « être à part ». Il est « consacré » donc nanti de pouvoirs religieux que n’ont pas les autres, il mène une vie à part, différente de celle des autres (c’est là que le célibat intervient). Tous ces éléments que l’on ne retrouve pas chez les pasteurs protestants par exemple.
C’est l’ensemble de cette construction catholique qui est menacée, celle du prêtre « au dessus des autres », personnage sacré intermédiaire avec Dieu. Comment continuer à tenir cette position avec ce scandale des prêtres pédophiles, dont on se rend bien compte qu’il est systémique et pas accidentel.
Que je vous rassure..il n’y a pas de fixette sur les célibat des prêtres, tout au moins une cause possible de tentation à la pedophilie à éliminer. cela étant, je ne suis pas catholique et les catholiques que je fréquente..partagent plutôt mon avis, et je les crois sincères.
Nous respectons nos pasteurs, ils sont bien investis d’une charge pastorale, et doivent conduire leurs troupeaux, ce qu’ils font chacun avec leur personnalité.
cela étant, et si je ne me trompe pas, si le pasteur lorsqu’il passe son entretien d’ »avant engagement » est célibataire, son jury pioche sérieusement la question du pourquoi.
Mais l’église catholique peut rester dans sa structure, cela ne me gêne pas, ce qui me peine ce sont les dérives, quelle que soit l’église en question.
bonjour,
Le célibat des prêtres est un point de discipline et ne fait pas partie du dogme catholique .
D’ailleurs il n’est pas en vigueur dans toute l’Eglise romaine mais uniquement dans sa partie latine (d’occident , qui représente il est vrai plus de 90 % des fidèles) .Certaines Eglises d’Orient rattachées à Rome comme l’Eglise maronite au Liban ont un clergé marié ; il existe , mais c’est presque anecdotique un certain nombre de prêtres mariés dans l’Eglise latine ; ce sont d’anciens prêtres anglicans convertis au catholicisme et il aurait été plus qu’inconvenant de les obliger à répudier leurs épouses!
Le célibat s’est imposé à la faveur de la réforme grégorienne au XI° siècle parce que les pontifes ne voulaient pas d’un clergé lié au monde temporel ; la peur de voir se constituer des dynasties de prêtres se transmettant leur paroisse de père en fils n’était sans doute pas étrangère à cette politique pontificale conduite par des papes qui voulaient affirmer l’indépendance et la puissance de l’Eglise. (on est assez loin de l’Evangile !)
Donc jusqu’au XI° siècle ,les prêtres étaient mariés ou même vivaient en concubinage( on appelait cette pratique le nicolaisme).
Les conditions qui justifiaient le célibat à l’époque sont évidemment obsolètes , et en tant que catholique je suis favorable à sa supression comme beaucoup en France.Il faudra attendre un Jean XXIV ou un Paul VII !Mais comme je l’ai écrti précédemment ce n’est qu’un problème de discipline intérieure qui ne touche pas à la formulation de la foi.
Par contre , comme l’a indiqué Samuel Legoff , le mariage n’est pas une assurance tous risques contre la pédophilie, les premiers pédophiles étant généralement des membres de la famille .
Sur ce point d ‘ailleurs , le reproche que je fais en tant que catholique à mon Eglise n’est pas d’avoir des pédophiles en son sein , l’Education Nationale en a également et personne ne la remet en cause pour autant , mais c’est d’avoir couvert ces crimes pendant trop longtemps et ce au plus haut niveau.Je dois d’ailleurs reconnaître que le pape actuel est le premier qui a eu le courage d’aborder frontalement le problème.
Finalement , cela prouve que l’Eglise est une institution humaine que la hiérachie catholique a eu tort de sacraliser ; lorsque nous récitons le credo , l’Eglise sainte dont il est question est bien sur l’Eglise Universelle de tous ceux qui adhèrent au Christ par delà les confessions et pas celle de Rome .
Jean, vous avez mis le doigt sur le coeur du problème de l’église catholique : ils ont sacralisé une institution et un groupe d’hommes, et cela leur revient à la figure comme un boomerang !
Certes Samuel et Jean, le mariage ne constitue pas une assurance tous risques, mais il peut être plus sécurisant que le célibat dont on peut mesurer aujourd’hui les « dérives ».
Il limiterait quand même à mon sens bien des tentations/frustrations.
et si dans l’enseignement non religieux il y a eu aussi quelques accidents, cela ne constitue en aucun cas une excuse pour qui que ce soit. et donc, je ne peux pas laisser dire sans le remarquer que :
« Sur ce point d ‘ailleurs , le reproche que je fais en tant que catholique à mon Eglise n’est pas d’avoir des pédophiles en son sein .Je dois d’ailleurs reconnaître que le pape actuel est le premier qui a eu le courage d’aborder frontalement le problème. »
pourquoi ne pourrait-on reprocher à l’église catholique d’avoir des pédophiles en son sein ? ne pas le remarquer serait le cautionner.
certes, le pape actuel aborde frontalement le problème, mais avait-il un autre choix ?
« L’église catholique romaine a sacralisé une institution et un groupe d’hommes, et cela lui revient à la figure comme un boomerang, »
mais remet-elle en cause l’institution pour autant ?
est-ce que désacraliser ce groupe d’hommes serait suffisant pour anéantir la pédophilie ?
ces questions restent posées, mais je vous suis reconnaissante à de faire avancer ce débat, aussi à Gaspard de l’avoir bien posé.
bonjour Benoîte,
Il va de soi qu’on ne peut en aucun cas cautionner des actes pédophiles , surtout lorqu’ils sont commis par des personnes ayant autorité et encore moins d’un prêtre .
Par contre, ce que je voulais dire c’est qu’aucune institution n’est à priori à l’abri par rapport à ce type d’individu.
Ainsi,mon ancien Directeur avait « été confronté professionnellement à des actes d’atouchement par un éducateur dans un institut médico-éducatif laique;ce qu’on est en droit d’attendre dans ce cas de l’employeur,c’est:
- d’une part un signalement aux autorités judiciaires,
d’autre part une procédure de sanction pour le personnel concerné,(en l’occurence le lienciement pour faute grave)
Ces deux attitudes complémentaires ,l’Eglise ne les a pas adoptées lorsqu’elle avait connaissance de ce type de faits et c’est ce qui est regrettable