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Klaas HendrikseAprès bien des hésitations, l’Eglise protestante des Pays-Bas vient d’autoriser Klaas Hendrikse à continuer à être pasteur et à prêcher bien qu’il proclame haut et fort son athéisme ! Il est vrai que cet athéisme est en partie relatif, mais ce qui a probablement décidé les responsables de l’église hollandaise c’est le fait que ce pasteur attire des foules (il attire aussi bien des critiques, évidemment).

Après la mort, il n’y a rien. La résurrection n’est qu’un mythe provenant d’antiques croyances liées au lever et au coucher de l’astre solaire. Jésus est certes une figure historique, il a sans doute été un personnage marquant, mais il n’a rien d’unique. Dieu n’existe pas, tout le démontre. Toutefois, il est possible de croire en un Dieu qui n’existe pas.

Le pasteur protestant qui professe ce credo sulfureux s’appelle Klaas Hendrikse. Agé de 63 ans, il est divorcé et père de deux enfants. Grand, mince, d’allure sportive, les cheveux blancs encadrant un visage bronzé – il revient d’Espagne où sa sœur a une maison –, c’est un homme posé et réfléchi. Ne craignant pas le potentiel explosif de l’oxymoron, il se définit comme un «croyant athée», et vit à Middelbourg, une charmante petite ville de 46 000 habitants, chef-lieu de la province de Zélande aux Pays-Bas. Depuis qu’il a fait son coming out mécréant dans un livre* publié en 2007, il est devenu un phénomène de société. Des journaux ont comparé sa situation à celle d’un boucher qui serait végétarien, ou d’un boulanger sans farine. On vient de tous les Pays-Bas, parfois par cars entiers, pour l’écouter prêcher à Middelbourg, ou à Zierikzee, l’autre paroisse dans laquelle il est actif.
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La première édition de son livre s’est envolée en une journée. La treizième sera bientôt disponible. 34 000 exemplaires ont été vendus. Un succès considérable pour un ouvrage de théologie.

Cette réussite a-t-elle fait réfléchir l’Eglise protestante néerlandaise? Après la parution du livre, elle a bien envisagé une action disciplinaire à l’encontre du pasteur. Bas Plaisier, secrétaire général de l’Eglise, a même sévèrement critiqué Klaas Hendrikse, qui traite selon lui la foi chrétienne comme un «dogme que l’on peut jeter avec les ordures ménagères». Mais le pasteur athée avait le soutien de ses paroissiens. Finalement, le 3 février dernier, les autorités ecclésiastiques ont décidé qu’il pouvait rester en service jusqu’à sa retraite en 2012. Klaas Hendrikse est donc libre de continuer à clamer, du haut d’une chaire, que Dieu n’existe pas. Un cas sans doute unique dans l’histoire des Eglises chrétiennes. Et une parabole de la postmodernité séculière, un régime dans lequel l’individu refuse désormais qu’une institution lui impose ses croyances, et préfère avancer sur les chemins de la spiritualité avec des questions ouvertes sur l’infini plutôt qu’avec un paquet encombrant de dogmes.

Klaas Hendrikse est satisfait. Il a atteint son but: susciter le débat. La décision historique de l’Eglise protestante néerlandaise montre, selon lui, que celle-ci commence à prendre acte de ce qui se passe dans la société. D’après une étude réalisée en 2006 par la chaîne de télévision œcuménique Ikon et l’Université libre d’Amsterdam, un pasteur sur six ne croit plus à l’existence de Dieu ou n’est plus certain d’y croire. Et des milliers de personnes quittent l’Eglise chaque année. La raison? «Il est devenu difficile de croire dans le Dieu du théisme, c’est-à-dire en un Dieu omnipotent, omniscient, omniprésent et personnel, dit Klaas Hendrikse. Bien qu’ils ne l’admettent pas forcément, de nombreux individus sont en fait athées.»

Athée, Klaas Hendrikse l’a toujours été. «Je suis né dans une famille non croyante, mais respectueuse des croyances des autres. La région dans laquelle j’ai grandi était très orthodoxe sur le plan religieux. J’étais fasciné et impressionné par ces chrétiens qui priaient, par leurs cérémonies. Pour moi, il était évident que Dieu n’existe pas, et je me demandais pourquoi autant de gens agissaient comme s’il existait.»
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A l’heure d’entrer à l’université, ce n’est pas la théologie qui intéresse Klaas Hendrikse, mais le business. Il fait ses études à l’Université de Nijenrode, spécialisée dans ce domaine. Puis il obtient une licence à l’Université du Michigan aux Etats-Unis. Et entame une carrière chez Xerox en 1973. Bientôt, il doute de la voie qu’il a choisie. «J’étais marié, j’aimais mon travail, mais il ne me comblait pas.» Klaas Hendrikse décide alors de commencer des études de théologie en 1977, tout en poursuivant son travail chez Xerox. «Je voulais comprendre pourquoi et comment on pouvait être croyant. Je ne songeais alors absolument pas à devenir pasteur. Mais la théologie m’a beaucoup intéressé et, à la fin de mes études, j’ai choisi de changer de profession.» Klaas Hendrikse quitte Xerox en 1983. En 1984, il est consacré pasteur. «Cette décision a été difficile à prendre, avoue-t-il. Mais j’étais convaincu que je pouvais trouver ma propre voie dans l’Eglise.» Comment celle-ci a-t-elle pu accepter de l’engager comme ministre alors qu’il était athée? «A l’époque, j’étais moins affirmatif qu’aujourd’hui sur cette question. Mais mes idées libérales étaient connues de mes professeurs. On m’a accusé plus tard d’avoir menti aux autorités de l’Eglise. Je n’ai pas menti. J’évitais simplement d’aborder le sujet. Et personne ne m’a demandé de parler de mes convictions religieuses lorsque j’ai été engagé.»

Klaas Hendrikse se rattache à l’aile libérale du protestantisme. Or la théologie libérale n’accorde qu’une valeur relative aux formules doctrinales traditionnelles, et donne une grande place à l’exégèse historique, archéologique et philologique de la Bible, interprétée en toute liberté. Pas étonnant dès lors que l’athéisme du pasteur de Middelbourg ait pu passer inaperçu. Et s’il nie l’existence de Dieu, Klaas Hendrikse se passionne pour les questions philosophiques et la spiritualité.

En devenant pasteur, l’ex-employé de Xerox n’avait pas pour but de convertir ses paroissiens à ses idées, mais de les aider à vivre. Dans ce contexte, les articles de foi traditionnels ne lui sont d’aucune utilité, dit-il. «Je ne crois pas aux réponses qui ne viennent pas de nous-même. Mais chacun peut essayer de trouver les réponses à ses questions existentielles à travers ses propres expériences. Je peux accompagner les gens sur ce chemin.»

Dans ses prêches, le pasteur essaie toujours de mettre en lien les textes des Evangiles avec la vie concrète de ses paroissiens. Demain, dimanche de Pâques, il leur expliquera d’abord d’où vient le mythe de la résurrection. Il dira ensuite que Jésus est mort, qu’il a été enterré, et qu’il n’est jamais sorti de sa tombe. Que les textes concernant la résurrection de Jésus n’ont rien à voir avec la réalité, mais avec l’expérience intime des disciples du Christ. «Les personnes décédées que nous avons aimées sont toujours vivantes, commente le pasteur. C’est ce que veulent dire ces textes.» Il y aura une Cène, qui ne renverra cependant pas au dernier repas que Jésus prit avec ses apôtres. «Cette célébration évoquera le lien qui unit les hommes entre eux.» Il priera cependant le Notre Père. «C’est une incohérence par rapport à mes idées, reconnaît-il volontiers. Mais je ne veux pas me débarrasser de cette prière. On peut remplir les mots qui la composent d’une signification qui va au-delà de leur sens littéral.»
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On ne se débarrasse pas si facilement du mot Dieu, même quand on est athée, et à plus forte raison lorsqu’on est pasteur. «Ce mot est important pour moi et il fait partie de ma vie, dit Klaas Hendrikse. Je n’ai aucune raison de l’évacuer. Mais je lui donne une nouvelle signification.»

«Je nie l’existence du Dieu théiste tel que le présente la tradition chrétienne, poursuit-il. En cela je suis athée. Mais je suis aussi un croyant. Après la phrase «Dieu n’existe pas», je ne mets pas un point, mais une virgule. C’est ce qu’il y a après cette virgule qui fait de moi un croyant.»

Le ministre établit une distinction entre la croyance et le fait de croire. «La croyance est une manière de parler, de dire les choses. En revanche, croire est une manière d’être, liée à la façon dont vous réagissez à ce qui vous arrive et à ce qui se passe autour de vous. C’est la capacité de transformer un événement quelconque en une expérience qui fait sens. Dieu n’existe pas, mais il «arrive». Croire, c’est avoir confiance, en vous-même, en d’autres personnes ou dans la vie.» Un tel Dieu est forcément très personnel. Dans l’optique de Klaas Hendrikse, il ne peut y avoir de discours général sur Dieu. «Chacun a son Dieu, et mon Dieu est différent du vôtre.»

L’affirmation selon laquelle Dieu existe est d’ailleurs davantage ancrée dans le paganisme que dans la Bible, remarque le pasteur Hendrikse. «Lorsque Dieu se fait connaître à Moïse dans le livre de l’Exode, il ne lui donne pas son nom. Il lui dit: «Je suis qui je serai.» Il ne s’agit pas d’un nom, mais d’une expérience humaine. Vers le VIe siècle avant Jésus-Christ, sous l’influence des peuples polythéistes, les Hébreux ont transformé cette expérience en un dieu.»
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«Je suis qui je serai»: le pasteur Hendrikse a traduit cette expression par «va, et j’irai avec toi». C’est en effet la promesse que Dieu fait à Moïse en le renvoyant vers le peuple hébreu afin de le faire sortir d’Egypte. «Dieu est ce qui accompagne les gens», conclut le pasteur. Mais ils doivent d’abord faire l’effort de bouger, de se mettre en route. Cela signifie: «Va, ne t’arrête pas, vis ta vie, fais face à tes craintes avec confiance.»

* «Geloven in een God die niet bestaat. Manifest van een atheïstische dominee (Croire en un Dieu qui n’existe pas. Manifeste d’un pasteur athée)», Ed. Nieuw Amsterdam.

Article lu sur Le Temps

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16 Réponses à “Le pasteur qui ne croit pas en Dieu”

  1. jean claude dit :

    On peut concevoir que des pasteurs ou des prêtres ne croient plus en Dieu ; par contre peut – il exister une Eglise qui collectivement n’ait plus la foi?Je pense que non(mais ce n’est qu’un opinion) .
    Comme l’écrivait l’apôtre Paul(je cite de mémoire), si Christ n’est pas rescusité , vaine serait notre foi.

    D’ailleurs qu’est ce qui permet à ce brave homme d’écrire que tout démontre que Dieu n’existe pas ; nous savons depuis Kant que les preuves de son existence( ou de sa non existence ) ne sont pas recevables par la raison pure ; c’était l’erreur d’un Anselme de Cantorbury ou d’un Descartes de soustendre le contraire en apportant des preuves qui n’en étaient pas : mais cela fontionne également en sens inverse .Cette angoissante question formulée par Leibnitz « pourquoi quelque choe plutôt que rien » restera à jamais orpheline d’une réponse.
    C’est pour cela que notre foi s’exprime par le credo ( je crois ) et non pas je sais

    comme disait Jean Gabin c’est tout ce que je sais , mais ça je le sais !

  2. benoite dit :

    Cet article met en évidence le doute que chacun traverse à un moment où à un autre, la fragilité et/ou l’isolement du pasteur, et dans le cas précis, la générosité et l’intelligence de de son église.

    en effet, le pasteur assure qu’il n’a pas la foi, mais ne démontre rien.
    son église a eu l’intelligence d’éviter le scandale, et de traiter le problème en douceur/diplomatiquement.
    plutôt qu’une mise à la retraite anticipée, elle laisse l’homme prendre ses responsabilités en quelque sorte et attendre la retraite.

    « ..Cette angoissante question formulée par Leibnitz « pourquoi quelque chose plutôt que rien » restera à jamais orpheline d’une réponse.
    C’est pour cela que notre foi s’exprime par le credo ( je crois ) et non pas je sais ».

    très juste.
    mais pour aller dans le sens de ce prêtre, on peut aussi rejoindre une autre pensée qui dirait quelque chose comme :
    « que dieu existe ou non, qu’importe ?
    l’essentiel est ce qui en reste ».

  3. La question de l’existence de Dieu ou non est une question qui est bien plus fine qu’il ne semble. Dieu n’est pas un objet ou un corps pour exister au sens commun du terme. Dieu est unique en son genre et il a un mode d’être qui est unique en son genre, comme source d’existence et non comme simplement existant en soi.

    La preuve d’Anselme de Cantorbery n’est pas bête du tout, et elle prouve au moins un aspect de l’existence de Dieu, celui d’un idéal pour l’homme, ce qui est déjà fondamental. Mais c’est vrai que cela ne justifie pas Dieu en tant qu’objet (si je puis dire) de la foi. Là c’est précisément une question de foi, une question subjective, qui n’appartient pas au champ de la preuve.

    J’ai essayé de préciser un peu ces intéressantes questions dans cet article que m’a commandé Laurent Gagnebin pour le mensuel Evangile et liberté.

  4. benoite dit :

    « La question de l’existence de Dieu ou non est une question qui est bien plus fine qu’il ne semble »

    nul ne le contestera : il reste que nous faisons chacun un lecture à notre niveau, avec notre niveau de culture, nos perceptions..et notre sagesse parfois.
    la typologie de la foi me laisse perplexe, même s’ il y a une typologie aussi des visiteurs de musées..et sans doute parce qu’il est bien difficile de nous retrouver dans l’une ou l’autre catégorie tout au moins de manière définitive.
    par contre je me retrouve assez bien dans :
    « Dieu est unique en son genre et il a un mode d’être qui est unique en son genre,
    comme source d’existence, »
    c’est cela qui me semble fondamental,
    « et non comme simplement existant en soi ».

    « La preuve d’Anselme de Cantorbery n’est pas bête du tout, et elle prouve au moins un aspect de l’existence de Dieu, celui d’un idéal pour l’homme, ce qui est déjà fondamental »
    fondamental, et vital aussi à mon sens.

  5. Eric dit :

    Juste une petite reflexion sur ce sujet, Dieu existe t’il?Ou est t’il bien plus que cela?
    C’est a dire est t’il l’existence meme!
    Nommer Dieu m’a toujours un peu ennuyé car pour moi il est bien plus que quelqu’un ou quelque chose que l’on pourrai nommer,c’est a dire enfermer dans un concept trop humain.
    Je pense que Paul dans sa vision premiere quand il dit que de Dieu, il voit un rien est tres juste.
    Nous en tant qu’etre crée nous pouvons etre nommés mais notre Createur?
    Personnellement Dieu pour ne pas l’enfermer dans mes propres idéaux ou concepts(toujours en mouvements) j’aime bien l’appeller « L’incréé » pour bien le demarquer de la creature.
    Mais je suis persuadé qu’il reste une part de lui en nous,une part incrée qui est a son image sans images.
    Donc on pourrait presque dire que Dieu n’existe pas (dans le concept ou l’image que l’on se fait de lui) mais qu’il EST L’EXISTENCE MEME!Et donc bien present dans la creation mais sousjacent a celle ci et faisant en fait sa vrai nature (que l’on a tendence a oublier malheureusement).

    Donc Dieu EST.
    Je crois que dans la Bible on parle de la pierre angulaire.

    Voila ma petite reflexion a ce sujet.

  6. marike dit :

    Il me semble que beaucoup d’auteurs, parmi les plus grands, ont été abandonnés aujourd’hui au profit de thèses purement matérialistes. Par exemple Bergson (on n’ose plus en parler), qui allie science et philosophie, métaphysique, ou « le visible et l’Invisible » de Merleau-Ponty. Pour ma part, non spécialiste, je suis en train de lire « Dieu, la mort et le temps », d’Emmanuel Levinas (poche, essais, 4205), et je le trouve passionnant, dense, face au bouillon maigre de tant d’autres livres…Je passe ce que je ne comprends pas sur le coup, mais finalement peu de choses, car tous les fils de la compréhension se rejoignent à un moment ou à un autre…

  7. Excellents conseils de lecture. Merci * 1000

  8. Juliette dit :

    On peut concevoir des pasteurs qui ne croient pas en Dieu, du moment où ils prêchent un message cohérent avec leur pratique, inscrit dans le souci de l’autre. Peut-on concevoir des pasteurs qui n’appliqueraient pas l’éthique qu’ils prêchent ?
    Du coup, une deuxième question :
    Fidélité, sincérité, vérité, altruisme, respect… comment vous positionnez-vous ? Et en particulier, quelle est l’éthique familiale de la théologie libérale ?
    Merci…

  9. Désolé d’avoir tardé à répondre…. Je me suis laissé débordé sous le boulot (mais voilà, aujourd’hui c’est un cher ami, le professeur Laurent Gagnebin qui nous a offert le culte, et j’ai pu récupérer un petit peu). Merci pour vos intelligentes remarques et questions.

    Comment ne pas être d’accord ? La cohérence entre le message et la pratique est un point essentiel. Mais il serait absurde d’imaginer que ce soit parfaitement possible. Dans l’Évangile il y a un appel à vivre un idéal infini. Et cet idéal, il y a que Dieu qui puisse le vivre parfaitement. Par exemple quand Jésus dit : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent… Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5 :44-48) Comment pourrions nous être un jour parfait ? Il est donc un peu cruel de dire du mal de la foi chrétienne parce que les chrétiens ne sont pas à la hauteur de leur idéal, c’est vrai, mais cela n’enlève rien à la valeur de l’Évangile.

    Cet écart entre nos actes et l’Évangile que nous choisissons comme idéal est donc en partie normal, évidemment. Et pourtant nous ne nous satisfaisons jamais de cet écart. C’est même l’intérêt d’avoir un idéal, il nous aide à avancer si on s’y applique un petit peu sincèrement. Cet idéal est pour nous une visée ultime, et notre vie est un cheminement, comme Jésus le montre bien (Jean 14 :6). Pour qu’il y ait cheminement, il faut que nous nous en donnions les moyens, par une certaine pratique personnelle, au moins un petit peu sincère et lucide, mais aussi, fondamentalement, une humilité devant Dieu pour qu’il puisse nous aider à avancer. En effet, tout progrès est une victoire sur soi-même, ce qui est à peu de chose près hors de nos forces.

    Jésus sait bien qu’il y a un écart entre notre idéal, la perfection de Dieu, et nous. Il nous conseille de ne pas juger nos frères et sœurs, Jésus nous dit : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil? Comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien? »(Matthieu 7:3-4) Sage conseil.

    Je suis donc bien d’accord avec vous, l’objectif est que nos actes soient cohérent avec l’Évangile que nous annonçons, ça reste notre objectif même si ce n’est pas demain la veille du jour où ce sera parfaitement vrai !

    Mais au moins, je crois que l’on peut attendre d’un chrétien (et donc d’un pasteur aussi, bien entendu, et ce que nous pouvons exiger de nous-mêmes, en premier lieu) c’est que le chrétien croit en ce qu’il annonce, qu’il soit sincère.

    J’aime donc vraiment bien l’introduction à votre seconde question, oui, à 100% à la fidélité, à la sincérité, à la vérité, à l’altruisme, au respect. Jolie sélection pour un top-5.

    À propos de l’éthique chrétienne, j’ai mis récemment sur ce blog la magistrale leçon de Saint-Augustin : Aime et fais ce que tu veux (http://blog.oratoiredulouvre.fr/2010/04/le-principe-ethique-chretien) On pourrait citer aussi le « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, comme le Père m’a aimé » de Jésus selon Jean 15:9… ou cet enseignement de l’apôtre Paul : « Tout est permis, mais tout n’est pas utile; tout est permis, mais tout n’édifie pas. »(1Corinthiens 10:23)…

    Dans la pratique, effectivement, à l’Oratoire du Louvre nous ne cherchons pas à penser à la place des gens. Parfois, nous discutons avec une personne qui le demande pour ensemble nous poser des questions et examiner des pistes possibles, mais en définitive c’est à chacun de voir ce qui lui semble le plus juste de faire. C’est à chacun, dans les circonstances particulières de ce moment de sa vie, d’ouvrir les yeux le plus lucidement possible et de chercher, par une réflexion et une prière personnelle, ce qui lui semble le mieux, ou en tout cas la moins mauvaise des solutions (car chaque fois que le choix est délicat, c’est que toutes les solutions ont une part de mal et une part de bien).

    Cela fait que le christianisme est une religion exigeante. L’Évangile nous libère, il nous rend responsable, il appelle chacun à être un véritable prophète… ce qui est une responsabilité qui peut parfois paraître bien lourde. Sauf que… l’Évangile est également l’annonce de la grâce et du pardon de Dieu. C’est ainsi que je trouve excellentes les valeurs que vous proposiez dans votre top-5 : particulièrement la sincérité (au moins chercher et se décider sincèrement), la fidélité comme critère essentiel (fidélité à Dieu, à nos attachements, à notre parole), et l’altruisme (penser aux autres)…

    Bonne route & amitiés fraternelles

    pasteur Marc Pernot

  10. Sylvain rené dit :

    Critique de Klaas Hendrikse à partir de ces quelques éléments.

    « Toutefois, il est possible de croire en un Dieu qui n’existe pas »
    .
    D’une part je ne vois pas dans ce texte de démonstration mais des affirmations étant plus une interprétation très et trop personnelle qu’une véritable réflexion en profondeur. D’autre part nous devrions savoir depuis Kant qu’il ne peut exister de preuve ni dans un sens ni dans l’autre et ceci par raisonnement tout à fait logique. Enfin dire que Dieu n’existe pas, il faudrait en premier tenter de définir sur le plan épistémologique ce qu’il nomme existence.. Et ce terme étant défini pour nous, cette définition peut-elle être transposée à la divinité et si oui comment, sans tomber dans l’anthropomorphisme ?

    « La première édition de son livre s’est envolée en une journée. La treizième sera bientôt disponible. 340000 exemplaires ont été vendus. Un succès considérable pour un ouvrage de théologie. Et ailleurs « A l’heure d’entrer à l’université, ce n’est pas la théologie qui intéresse Klaas Hendrikse, »
    Et voilà, il est revenu à son époque universitaire, il voulait faire du business, il y est arrivé. Et d’ailleurs ses études de théologie, il le dit lui-même « Je voulais comprendre pourquoi et comment on pouvait être croyant », débutent par une attitude critique et non une aspiration spirituelle. On ne rencontre pas Dieu en commençant à le nier ! Jésus révolutionnaire en son temps chassait les marchands du temple ….

    « Mais le pasteur athée avait le soutien de ses paroissiens ».
    Avoir le soutien d’un groupe humain n’est pas gage de véracité. Je suis choqué en tant que Chrétien que l’on puisse accepter ce genre de dérive libérale parce qu’un groupe de fidèles le soutient. Toute secte s’appuie aussi sur ce crédit de confiance pour se développer. Et il existe une foule de personnes qui sont en quête de spiritualité et vont être ouverts à toute nouveauté et beau parleur, le parfum de scandale étant le piment de ces approches.
    « Il est devenu difficile de croire dans le Dieu du théisme, c’est-à-dire en un Dieu omnipotent, omniscient, omniprésent et personnel, dit Klaas Hendrikse »
    Que cette conception soit remise en cause, je le conçois, celle d’un Dieu qui ne serait que transcendant et omni tout ce que vous voulez, encore faut-il étayer sa démonstration avec tous ceux qui ont développé cet aspect ou le contraire. Pour ne citer que quelques auteurs Descartes Leibniz Spinoza etc, tous ont tenté dune façon ou d’une autre de dévoiler la nature de Dieu. Mais que valent à notre époque ces notions de transcendance ou d’immanence ? C’est à ce niveau que devrait être notre réflexion. Réduire Dieu à cet unique aspect transcendant est simpliste et faux. C’est encore un argument classique des athées de présenter Dieu ainsi.

    « On m’a accusé plus tard d’avoir menti aux autorités de l’Eglise. Je n’ai pas menti. J’évitais simplement d’aborder le sujet »
    .
    Eviter d’aborder un sujet est un mensonge par omission et un manque de clarté.

    «Les personnes décédées que nous avons aimées sont toujours vivantes, commente le pasteur. C’est ce que veulent dire ces textes….Demain, dimanche de Pâques, il leur expliquera d’abord d’où vient le mythe de la résurrection ».

    Confusion entre mythologie et religion. Et là est encore une incompréhension totale de la signification de la Pâques. Argument athée classique car comme il le dit « Les personnes décédées que nous avons aimées sont toujours vivantes ». Réduire Pâques à un simple souvenir de l’être aimé en notre cœur, est consternant, très grave pour quelqu’un qui se dit croyant et qui de plus enseigne cet argument athée.
    « Dans l’optique de Klaas Hendrikse, il ne peut y avoir de discours général sur Dieu. «Chacun a son Dieu, et mon Dieu est différent du vôtre.»
    Faux. Le texte que nous envoie Dieu est sa Parole. A nous de la comprendre et aussi savoir pourquoi elle est parfois si difficile à saisir. Dieu est universel, un et trine, mais c’est nous qui l’exprimons de façon différente suivant ce que nous sommes.
    «Lorsque Dieu se fait connaître à Moïse dans le livre de l’Exode, il ne lui donne pas son nom. Il lui dit: «Je suis qui je serai.» Il ne s’agit pas d’un nom, mais d’une expérience humaine….«Je suis qui je serai»: le pasteur Hendrikse a traduit cette expression par «va, et j’irai avec toi ».
    Là est le bouquet ! Monsieur Hendrikse aurait mieux fait d’essayer d’avoir au moins quelques bases d’hébreu et de voir la traduction de exode 3 / 14 qu’en donnent les traducteurs.
    En premier au verset 3 / 11 c’est Moïse qui se pose la question « Qui suis-je pour aborder pharaon et pour faire sortir les enfants d’Israël » avec la réponse de Dieu, « Je serai avec toi…. ». Là est le doute de Moïse sur ses propres capacités, à la limite sur sa propre identité. Dieu lui donne la réponse, Dieu nous accompagne et nous ne sommes jamais seuls. Là est le «va, et j’irai avec toi » de Hendrikse, pas trois versets plus loin !
    Au 3 / 14 C’est Dieu qui à son tour s’affirme comme identité. avec la traduction de la Thorah qui donne « Je suis l’être invariable » ou ailleurs « Je suis celui qui serai ». Pourquoi cette invariabilité alors qu’aucun mot dans la phrase ne le suggère. Parce qu’ici est une difficulté de lecture et de traduction qui provient de la façon dont les peuples sémitiques expriment le devenir. Nous avons ici un peu le même cas de figure que pour « Que la lumière soit et la lumière fut ». En fait dans ce passage de la parole à un réel lumière visible, le début de la phrase est strictement identique à la seconde. Juste entre les deux la conjonction « et ». Il n’y a pas à proprement parler chez les hébreux de passé puis futur, tout est en potentialité de devenir, un potentiel qui se réalise. Et donc dans la création de la lumière ce qui est à gauche de la phrase est un potentiel qui se réalise mais comme en superposition linéaire pour nous alors qu’il y a instantanéité.
    Pour le 3 / 14 ce sont deux mots qui sont identiques, je suis celui qui serai s’écrit Ehié asher éhié, AHYH asr AHYH. AHYH est la racine « serai » mais est à la fois passé et futur, un potentiel en création qui se réalise. Et il n’y a dans la phrase aucun mot qui pourrait retourner l’interprétation vers soi-même. Il n’y a pas de tu ou de toi. Est absurde de dire comme il le dit « Il ne s’agit pas d’un nom, mais d’une expérience humaine » et ‘ va et j’irai avec toi ». Cette identité exprimé en 3 / 14 est similaire au fameux « Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin ».
    Il confond dans une même signification ces deux versets pour en donner une interprétation générale vers l’homme. C’est de la falsification du texte.
    Jean Claude, vous avez raison « On peut concevoir que des pasteurs ou des prêtres ne croient plus en Dieu », oui. Christ n’est pas ressuscité , vaine serait notre foi ». Mais à ce moment là on ne retourne pas sa veste tout en se disant Pasteur.
    Par contre pour la formule de Leibnitz « Pourquoi quelque chose plutôt que rien », la réponse n’est pas orpheline. Il suffit de modifier notre propre logique de pensée du tout ou rien qui s’excluent. Une logique du tiers inclus accepte très bien cette antinomie qui ne devient alors qu’un cas limite tout comme la géométrie euclidienne n’est qu’un cas limite des géométries de Lobatchevski ou de Riemann. D’ailleurs une trialectique a été développée à partir des avancées du quantique. Méfions nous des évidences comme des antinomies ou des raisonnements à l’infini. Ils sont la marque d’une nécessité de changer de logique.

    Benoite
    Vous dites « le pasteur assure qu’il n’a pas la foi, mais ne démontre rien ». Exactement et il trahit le texte de base et lui fait dire ce que lui a envie de croire. Mais par contre peut-on laisser perdurer cette situation. Ils sont foule à croire en sa parole, la sienne, pas celle de Dieu ! Nous ne sommes absolument plus dans le cadre d’une religion ici !
    « que dieu existe ou non, qu’importe ? l’essentiel est ce qui en reste ». Mais Dieu est le fondement !!! Pour ma part s’il n’était pas il n’en resterait q’une idée ! Est-ce suffisant de se contenter d’un enseignement de nos sages comme par exemple Bouddha aussi ? Le christianisme est bien au delà, il est une vision métaphysique universelle qui devrait répondre quand nous avons la foi à nos questions et nous soutenir quand nous sommes dans la douleur pour les autres autant que pour nous.
    Marc
    Dieu est unique en son genre et il a un mode d’être qui est unique en son genre, comme source d’existence et non comme simplement existant en soi.
    Parfaitement Il existe par sa création et donc par nous. Est inconcevable un Dieu seule dans sa solitude superbe. Il existe un mot en hébreu qui traduit deux sens. C’est RVM qui veut dire grandeur, employé pour Dieu par exemple mais qui se traduit aussi par orgueil pour l’homme. L’homme voulant constamment prendre la place de Dieu, il s’attribue ce qui n’est pas à lui et se prend pour un en-soi n’ayant pas besoin de Dieu pour construire son univers alors que constamment la Parole nous exprime que Dieu est avec nous, qu’il est UNION, son nom est YHWH.

  11. benoite dit :

    « Dieu est unique en son genre et il a un mode d’être qui est unique en son genre, comme source d’existence et non comme simplement existant en soi.
    Parfaitement Il existe par sa création et donc par nous. Est inconcevable un Dieu seule dans sa solitude superbe. Il existe un mot en hébreu qui traduit deux sens. C’est RVM qui veut dire grandeur, employé pour Dieu par exemple mais qui se traduit aussi par orgueil pour l’homme. L’homme voulant constamment prendre la place de Dieu, il s’attribue ce qui n’est pas à lui et se prend pour un en-soi n’ayant pas besoin de Dieu pour construire son univers alors que constamment la Parole nous exprime que Dieu est avec nous, qu’il est UNION, son nom est YHWH. »

    il ne me semble pas que cela soit contesté Sylvain.

    dans ce cas précis, je verrais plutôt un problème institutionnel, dans le fait que la hiérarchie en question en confirmant ce pasteur dans son poste crée un curieux précédent.
    c’est cela que je ne m’explique pas.

  12. benoite dit :

    De fait après ces échanges de biblistes chevronnés que vous êtes les uns et les autres, j’aimerais comprendre la position de l’église institution, l’église protestante s’entend, sur ce sujet : est-ce que cela serait imaginable au niveau de l’erf par exemple ?
    est-ce que cette situation existe déjà ? si oui, comment est-elle gérée ?
    la question est pour vous Pasteur Pernot car elle me tient à coeur, et de plus, si je ne me trompe pas, c’est vous qui avez posé ce sujet des plus sérieux ce dont je vous remercie.

  13. Dans l’église réformée, il y a une « commission des ministères », qui est chargée de sélectionner et de suivre les futurs pasteurs pendant les deux premières années de leur ministre. Je pense que la candidature d’une personne qui se revendiquerait athée ne serait pas retenue. Mais dans la suite du parcours, le pasteur peut évoluer. J’en ai connu 3 qui ne croyaient plus trop en Dieu, ne priait pas ou plus. Sur l’ensemble des pasteurs que j’ai côtoyé dans le sud, dans l’est et dans la région parisienne, cela rend la chose plutôt exceptionnelle. Dans l’ensemble, aujourd’hui, même les pasteurs de sensibilité libérale ne sont pas seulement des philosophes humanistes, mais des théologiens, croyants et priants. Pour en revenir à mes 3 collègues athées, ils n’ont pas été chassés par l’institution de l’Eglise, mais ils se sont tous les trois spontanément orientés hors d’une paroisse (dans d’autres ministères plus sociaux), avant de finalement se reconvertir dans une autre profession. A vrai dire, je crois qu’un ministère en paroisse sans une vraie foi serait impossible à vivre.

  14. Matthieu BDR dit :

    J’espere sincerement jamais n’avoir de Pasteur qui serait dans ce cas là. Ca me derange. Comment peut on faire quelque chose correctement quand on y croit pas … c’est comme un instit qui n’aime pas les gosses ou une aide soigante en gériatrie qui n’aimerait pas les personnes agées : je pense que ca ne donnera rien de tres bon au mieux du passable.

    Douter est normal … on parle de nuits de la foi parait il ! je ne l’ai jamais vécu alors je sais pas trop …

    Je ne dis pas que ce pasteur est quelqu’un de mal. je pense que c’est juste pas tres honnete pour les paroissiens !!

  15. [...] fameux pasteur qui ne croix pas en Dieu et un prêtre un peu plus vieux qui n’y croyait pas trop non [...]

  16. Le Mécréant dit :

    Je ne crois pas que ce Pasteur soit « malhonnete » il dit clairement en quel Dieu il ne croit pas… il lui reste a définir ce qu’est « celui qui l’accompagne »

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