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Dans les pays anglo-saxons on parle de « volontary », en france de « bénévole » emprunté au latin, benevolus, bienveillant, de bene, bien et volo, je veux, qui est animé de dispositions favorables, dit le Robert.

Ceux qui ont un peu réfléchi à la question du « don » ont découvert que le « don gratuit », y compris de son temps, était rare. La sociologie qui s’était penchée aussi sur la question au XX° siècle, en était arrivée à considérer que le bénévolat était la sublimation d’une anxiété.

Le travail bénévole soulève de nombreuses interrogations. En effet, dans une société de consommation, où rien n’est fait gratuitement, on peut se demander qui sont ces bénévoles, quelles sont leurs motivations, s’ils attendent un retour, une reconnaissance, ou encore s’ils y ont un intérêt.
Les prénotions que nous avons pourraient répondre à ces questions succinctement. En effet, on peut penser que les bénévoles sont le plus souvent des retraités et des femmes au foyer qui recherchent à avoir une nouvelle utilité au sein de la société, ou encore que ce sont des étudiants qui cherchent à acquérir de nouvelles compétences et diverses expériences professionnelles.

http://www.oboulo.com/benevolat-secteur-culturel-49739.html

On est rarement d’emblée bénévole, on apprend à le devenir

http://www.lien-social.com/spip.php?article248&id_groupe=2

Autrefois, c’étaient effectivement les Jeunes filles de bonne famille et les femmes au foyer en quête de statut social qui se consacraient à cette activité.
De nos jours, du fait de l’évolution de la société et aussi du fait que les associations recherchent des compétences, les « volontaires » occupent des postes dont on pourrait se demander s’ils ne pourraient pas convenir à des emplois salariés, surtout au moment où l’emploi se détruit plus qu’il ne se construit en France. On rencontre ces bénévoles dans les associations, et dans certaines paroisses. Dans les associations, comme les « restaurants du coeur », c’est parfois le tremplin avant un engagement plus sérieux, en particulier chez les jeunes qui parfois s’inscrivent ensuite dans un parti politique pour faire vivre leurs idées, ou tout au moins essayer. Mais les autres, que ce soit dans les associations ou dans les paroisses, que viennent-ils chercher, en échange tacite, plus ou moins conscient de ce don ?

C’est une question que je me pose, et que je pose ? La question vous tente ? N’hésitez pas, l’espace est à vous : Comment concevez-vous ce « don » que vous faites, et ce que cela vous apporte ? Quel est la place du service de Dieu dans cet engagement ?

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12 Réponses à “Le volontariat : sublimation d’une anxiété ?”

  1. Francisco dit :

    Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’ Et le Roi leur répondra : ’Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’ (Mat.25 31/44)
    Il me semble que ces quelques versets de l’Evangile selon Matthieu ont tracé la route à ceux qui ne savenpas comment s’y prendre et surtout pourquoi nous, chrétiens, nous nous engager dans le service des plus pauvres. Dans les maisons d’arrêts insalubres où séjournent les condamnés à de courtes peines où vivent les détenus en attente de jugement j’ai, en tant que visiteur partagé leur angoisse de l’avenir, le regret du passé et l’attente interminable au cours de leurs journées d’oisiveté et de leurs nuits d’insomnie. Dans des locaux discrets j’ai écouté avec d’autres de toutes religions ou même athées les confidences des dépressifs appelant SOS Amitié. Il s’agit d’écouter, d’encourager pas de conseiller ni de sermoner. On est là. On prie pour eux intérieurement.
    La religion il faut d’abord la vivre.

  2. benoite dit :

    Merci de votre intervention Francisco, de votre témoignage.

    je me demande simplement si la visite dans les prisons peut-être considérée comme autre chose qu’un sacerdoce ?
    l’écoute de face à face est pour le moins très délicate, surtout à une époque où nous échangeons souvent par mail et téléphone.
    mais en face de celui qui souffre, c’est en tant que croyant que
    que l’on se donne à voir et à entendre.
    prier pour que notre parole ne soit que le moyen que dieu a choisi pour se faire entendre, pour accompagner ces frères, s’accepter en toute humilité et conscient de cette mission.
    vivre sa religion, ce peut-être cela et en ce cas, on ne peut pas à mon sens, parler de bénévolat.

  3. Francisco dit :

    Benoite les visiteurs de prison comme les « écouteurs » d’SOS Amitié offrent gratuitement un temps de leurs journées à l’écoute des malheureux qui demandent à être entendus. A la prison ils s’incrivent sur une liste d’attente, à SOS Amitié ils appellent à l’aide au téléphone de jour comme de nuit. Quelles que soient la motivation personnelles de ceux qui répondent à leurs appels il ne s’agit que d’une aide psychologique non d’un prosélytisme à caractère religieux. Il ne s’agit aucunement d’un sacerdoce qui est réservé aux pasteurs, aux aumôniers, aux imams et aux rabbins qui sont attachés à tous les établissements pénitentiaires et rémunérés par l’Etat.
    Pour l’écoute téléphonique d’SOS Amitié la formation régulière des bénévoles est assurée par des psychologues pour éviter tout dérapage. La religion est exclue des échanges.
    Dans la visite aux prisons les bénévoles peuvent être amenés à parler religion mais il faut orienter les détenus vers leur pasteur à moins d’être soi-même consacré comme les religieuses qui participent parfois à cette activité.
    Finalement l’expérience prouve qu’il n’est pas sain de profiter de l’aide qui nous est demandé pour faire passer un message religieux. C’est ce que font les sectes.
    J’espère que l’Eglise Réformée est d’accord sur se point.

  4. benoite dit :

    J’ai du mal à vous suivre Francisco et peut-être ai-je donné au mot sacerdoce un sens qu’il n’avait pas.
    dans mon esprit il s’agissait seulement du service de dieu, lequel peut/pourrait être considéré comme sacré, avec ou sans prêtrise : est-ce que je m’égare ?

    il m’avait semblé que le rôle des visiteurs de prison chrétiens n’était pas très différent du rôle de ceux des pasteurs, donc je vous remercie d’avoir précisé.

    en ce qui concerne SOS, j’y ai reçu sans aucun doute beaucoup plus que je n’ai donné, mais je n’aurais pas pu le faire sans l’aide de la prière.
    cela étant il y a pas mal d’écoutants qui ne sont pas engagés sur un plan spirituel et qui sont stables dans leur engagement.
    il reste qu’il y a échange, et que ce que l’on apporte n’est ni anodin ni gratuit : ce n’est pas grave en soi, il vaut mieux simplement en être conscient, comme dans tout volontariat, et ce que l’on reçoit est immense, même si parfois on peut « en prendre plein la figure » !

    cet engagement permet une connaissance et une reconnaissance de soi-même à ses propres yeux, et pour ce cas précis, tant qu’on est à SOS on n’est pas supposé en parler, donc pas de reconnaissance sociale (comme à la croix-rouge ou à une autre ONG).
    mais plus on apprend à se connaitre, plus on réalise ce que consciemment ou non, on est venu chercher.
    c’est comparable à la situation du visiteur de prison en ce sens que c’est un entretien de face à face : mais on n’a pas de réaction sur un visage et parfois on perd des indications.
    il n’en reste pas moins qu’après un appel ou une visite, la personne se retrouve seule, avec ce qu’on lui aura ou non apporté.
    mais oui..c’est bien le rôle de l’église d’être présente dans l’un et l’autre cas, et c’est aussi une forme de sublimation que de s’y engagé, à mon sens.

    une précision : sauf changement récent, je pense que ce sont des psychanalystes qui assurent la formation et la supervision à SOS.

  5. Francisco dit :

    Benoite par le baptème nous acquérons tous la dignité sacerdotale mais nous réservons ce terme aux prêtres ordonnées. C’est une question de sémantique.
    De même la « sublimation » n’est, pour un retraité, que le désir et même le devoir d’être utile à la société qui lui alloue une rente à vie. Chacun y apporte un peu de lui-même, de ses « talents » et en reçoit comme vous le dites, beaucoup plus.
    Le « plus » du visiteur de prison est qu’il agit dans le concret notamment pour le maintien des liens familiaux et pour la réinsertion du détenu.

  6. Jenny dit :

    Marcel Mauss, célèbre éthnologue des années 30, a vécu une grande partie de sa vie auprés des Mélanésiens.Il explique le système d’échanges dans ces tribus du bout du monde dans un livre désormais classique intitulé : Essai sur le don.

    Quand un chef de tribu rend visite à un autre chef, un usage s’applique traditionnellement depuis la nuit des temps le don d’un présent. S’enclanche alors un mécanisme : celui qui reçoit doit offrir à son tour à un autre chef un présent d’une valeur matérielle plus grande.Au bout du compte, le visiteur se trouve dans l’obligation d’offrir plus que ce qu’il posséde. Ne pouvant le faire, il est obligé de se vendre en quelque sorte lui-même !

    C’est, selon mauss, dans ces régions, le début de ce que l’on a appelé la féodalité.
    Comme nous le voyons, le don, ici, n’est pas gratuit.Il enclanche même un processus de servitude.
    Humain, trop humain !
    Je pense que c’est à ce niveau qu’il faut comprendre ton point de vue Benoîte, celui d’une humanité imparfaite dominée par la volonté de puissance.
    Mais cela ne veut pas dire que la gratuité du don est totalement absente.Comme le dit Francisco à sa manière,c’est une question de sémantique.
    Celui qui donne reçoit en échange plus qu’il ne reçoit mais sur un autre plan.
    Sur le plan proprement religieux, le don est acte pur, gratuité totale, qui n’attend rien en échange. Mais je n’ai pas les compétences nécessaires pour entrer dans les détails. Juste m’en réferrer au sacrifice d’Abraham.

  7. Juliette dit :

    Bonjour à tous ! merci beaucoup pour ce beau sujet ! J’ajouterais que Mauss ne conclut pas à la servitude : chez lui, le don et le contre-don créent et fixent les limites de la communauté. Libre à celui qui veut de ne pas donner à son tour, la sanction étant la sortie de la communauté – autrement dit dans la société étudiée, le déni d’existence.
    Intéressant par contre dans cette analyse : celui qui donne sait qu’il recevra quelque chose en retour, mais il ne sait ni quand, ni de qui (celui qui reçoit devant donner à son tour, mais à un autre). Il ne s’agit donc pas de « gratuité » mais pas non plus d’ « utilitarisme » du don – on est dans la « réciprocité ».
    bonne fin de journée !
    Juliette

  8. benoite dit :

    Tout à fait d’accord avec vous tous qui êtes venus sur ce sujet et en particulier avec ces mots de Juiette :
    « Il ne s’agit donc pas de « gratuité » mais pas non plus d’ « utilitarisme » du don – on est dans la « réciprocité ».

    la société étant en évolution permanente, je serais plus réservée sur le terme de l’ »utilitarisme » même s’il me parait un peu fort.
    il me semble néanmoins que cette reconnaissance, et ce quelle qu’en soit la forme, qu’apporte le volontariat et donc l’échange de don, devient utilitaire lorsqu’il rejoint la « reconnaissance sociale ».
    « l’humanité imparfaite – dont nous sommes – est dominée par la volonté de puissance », cela n’est plus à démontrer.
    que nous l’acceptions ou non, on peut se demander si le désir de puissance, allié à celui de reconnaissance, n’est pas plus ou moins pas perfidement associé dans le volontariat, et donc dans le don.

    je reviens à l’intervention de francesco sur la sémantique car en général je m’efforce de rechercher le mot juste mais pas toujours avec succès.

    la « sublimation » n’est, pour un retraité, que le désir et même le devoir d’être utile à la société qui lui alloue une rente à vie. »
    il me semble que la société assure au retraité un retour sur investissement, car nous savons vous et moi ce que nous ont couté les cotisations aux diverses caisses de retraite, mais ce serait un autre sujet. de ce côté là,

    comment associer « le devoir de se rendre utile » au volontariat ?
    comment le comprendre ?
    n’est-il que de « se rendre utile » ou y a-t-il aussi recherche de reconnaissance sociale : « je suis à la retraite mais..j’ai encore quelque chose à donner », et nous repartons dans la symbolique du don, gratuit ou …pas tout à fait, plutôt dans la réciprocité.

    il n’en reste pas moins que quelle que soit ce que l’on met derrière ce don, celui-ci peut être utile, et à mon sens il y a sublimation dans la mesure ou en étant généreux avec autrui, je le suis aussi avec moi-même.

    cela étant, il me reste encore une interrogation :
    celle du don dans l’engagement du chrétien : où dieu se cache-t-il, quelle est la qualité de ce que je donne ?

    pour reprendre les mots de Jenny :
    « le don, ici, n’est pas gratuit.Il enclenche même un processus de servitude ».
    on peut penser que dans l’esprit de Mauss, il s’agit de la servitude de celui qui reçoit : ne serait-elle pas autre cette servitude ?

  9. benoite dit :

    mea culpa, j’aurais du me relire avant, il aurait fallu écrire/lire :

    il n’en reste pas moins que quel que soit ce que l’on met derrière ce don, celui-ci peut être utile, et à mon sens il y a sublimation dans la mesure ou en étant généreux avec autrui, je le suis aussi avec moi-même.

  10. Jenny dit :

    Juliette, nous avons une lecture différente de Mauss.Dans tous les cas, même dans votre optique, celui qui ne peut surenchérir en don est exclu du groupe, ce qui romp la chaîne de de la réciprocité.
    La vraie question est formulée par Benoite :  » Où Dieu se cache-t-il ? Quelle est la qualité de ce que je donne? »

  11. Sylvain rené dit :

    Et Dieu dans tout ça ?

    Il me semble qu’il faudrait insister sur un des fondements du christianisme qui en parlant du don va clairement bien au delà du donnant donnant. Certe, c’est à juste titre que nous pouvons voir l’évolution de l’homme social passer par l’échange pour établir des liens. Tout ceci a été étudié par de nombreux ethnologues tels que Mauss, Levy Strauss etc. Mais en rester à ce niveau de recherche se serait oublier la valeur fondamentale qu’il a dans la Bible avec cette notion extrême, celui du sacrifice.
    Le don est déjà dès le créatif de la Genèse car toute création est don de quelque chose. Un peintre en créant son œuvre va tenter, et je voudrais le croire, d’exprimer au mieux un ressenti qui est une part de lui-même. Il passe en quelque sorte dans son œuvre. Pour Dieu créant il est tout à fait acceptable cette idée que Dieu ne pouvait que s’offrir lui même pour pouvoir créer un monde qui est de ce fait à son image. Ce sacrifice qui peut s’appeler le sacrifice perpétuel pourrait être développé avec de nombreux auteurs. Il faudrait développer ce point de théologie.

    Le donnant donnant nous l’avons exprimé avec Rahab la prostituée de Jericho.
    Le sacrifice encore avec Abraham offrant son fils Isaac, la chair de sa chair etc.

    Et pour couronner le tout le sacrifice est repris symboliquement avec Christ offrant sa vie, un don par amour, sans contrepartie voulue, mais hautement significative pour un chrétien. Si nous savons conjuguer le verbe aimer, nous devrions tenter de vivre à l’image du Christ. Tout devrait être dépassement des instincts et réflexes primaires. Et donc dépasser même cette idée d’échange, de contre partie nécessaire qui comme le souligne Jenny peut aller jusqu’à cette obligation des équilibres dans les échanges tels qu’ils ont été vus par Mauss. C’est cette notion d’obligation qui fausse tout et est en contradiction avec l’esprit du message biblique.

    Comme pour la simple justice, dépassée et sublimée par la charité, l’échange est dépassé par le don gratuit. Entre don et charité il y a simplement je crois un usage sémantique différent.
    Et enfin en Apocalypse, est clairement exprimé le contraire absolu du don avec la vision de Jean, la chute de Babylone et celle de la grande prostituée de Babylone et son marchandage APO 18/11. Le message est clair !
    Et comme tout ce vend désormais ….. !

  12. Merci pour cet éloge de la gratuité et de la grâce. C’est effectivement un élément essentiel de l’Evangile, et même l’élément central. Cette demande de la prière du « Notre Père » donnée par Jésus « pardonne-nous nos offenses… » pourrait être traduite littéralement ainsi : Notre Père, libère-nous de la logique de la dette, de la logique du donnant donnant.
    Cela dit, on a le droit de prendre du plaisir à donner, bien entendu.

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