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Monument en mémoire des marins de Solidarnosc

Monument en mémoire des marins de Solidarnosc

Dans ses mémoires, récemment parues chez Robert Laffon, « Mon témoignage devant le monde, histoire d’un Etat clandestin », Jean Karski, une des grandes figures de la résistance polonaise pendant la guerre, consacre un chapitre au réseau de la presse clandestine en Pologne dont les allemands n’ont jamais pu venir à bout. Cette presse clandestine ne diffusait pas seulement des informations politiques ou militaires, mais aussi religieuses. Karski réussi a conserver une copie du texte suivant du « Notre Père » qui fut publié en 1942, repris par de très nombreux journaux clandestins de l’époque et que des milliers de garçons et de filles apprirent par cœur dans des écoles clandestines.

Notre père est – en tout cas chez les protestants -, la seule prière collective que les fidèles récitent tous ensemble, quelques fois en famille, quelques fois dans des réunions, mais toujours lors du culte. C’est aussi la prière de l’Eglise universelle, commune à toutes les confessions chrétiennes.

Voici le texte de cette prière dont chaque verset est prolongé par un commentaire ou un appel lié à la profonde souffrance que vivait ce peuple martyrisé par les nazis. On est loin de la prière liturgique que l’on récite par cœur, pour ne pas dire automatiquement le dimanche matin.

Notre Père qui es aux cieux, jette un regard sur la Pologne, notre patrie martyrisée.

Que Ton nom soit sanctifié en ce jour de notre désespoir infini, et de notre silence.

Que Ton règne arrive. Nous prions chaque matin, répétant obstinément que Ton règne commence sur la Pologne entière et dans le rayonnement de la liberté qu’adviennent la Paix et l’Amour.

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Ta volonté s’accomplira. Mais ce ne peut-être Ta volonté que le meurtre et la débauche règnent sur le monde et que le sang coule à flots. Puisse Ta volonté faire que les cellules humides des prisons se vident, qu’il n’y ait plus jamais sur cette terre de fosses remplies de cadavres, que cesse de s’abattre sur nos têtes le fouet diabolique de la peur. Que le ciel au-dessus de nos têtes nous apporte lumière et chaleur au lieu des bombes et du feu. Fais que les avions soient des messagers de joie et non de mort. Ta volonté sera faite sur la terre. Seigneur, jette un regard sur notre terre couverte de tombes, éclaire la route de nos fils, de nos frères et de nos pères, des soldats polonais qui, par leur combat, se frayent le chemin du retour. Fais que les mers rendent les noyés, la terre ceux qui y sont enterrés, que les sables des déserts et les neiges de Sibérie nous rendent au moins les corps de ceux que nous aimons.

Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien… Mais un autre pain quotidien que celui qu’on nous impose. Fardeau trop lourd pour nos épaules car il est exode et émigration, et mort dans les cachots, mort qui vient du feu des canons, torture des camps, mort par la famine, mort sur le champ de bataille. C’est le tourment du silence quand nos gorges s’étranglent des cris de la douleur contenue ; notre pain quotidien c’est le froid de l’acier sur nos poignets.

A ce pain quotidien qui est le nôtre, ajoute, ô Seigneur, la force, l’endurance, la patience et la volonté pour que nous tenions en silence et que nous ne criions pas avant que l’heure n’ait sonné.

Pardonne-nous nos offenses. Pardonne-nous, Seigneur, si nous sommes trop faibles pour écraser la bête. Renforce notre bras afin qu’il ne tremble à l’heure de la vengeance. Ils ont péché contre Toi, ils ont enfreint Tes lois éternelles. Ne permets pas que nous péchions contre Toi. Que nous péchions par faiblesse comme ils ont péché par licence criminelle.

Et ne nous laisse pas succomber à la tentation. Ne nous laisse pas succomber à la tentation, mais fais périr les traîtres et les espions parmi nous. Ne laisse pas l’argent aveugler le cœur des riches. Que le repu nourrisse l’affamé, qu’à toute heure et partout les Polonais se reconnaissent entre eux. Fais que notre bouche reste muette quand nos os craquent sous la torture. Et ne nous laisse pas succomber à la tentation d’oublier demain ce que nous souffrons aujourd’hui.

Mais délivre-nous du Mal. Défends-nous, Seigneur, contre le mal. Contre l’ennemi mortel de notre patrie. Sauve nous, ô Seigneur, de la misère et de la déportation, de la mort sur terre, sur mer et dans les airs, et de la trahison des nôtres.

Amen. Fais que nous redevenions les maîtres de notre sol. Fais que nos cœurs reposent avec le calme de la mer et de la beauté de nos montagnes. Que les foules affamées se nourrissent de Ta Lumière, ô Seigneur. Fais que nous établissions la justice dans une juste Pologne. Amen. Donne-nous la Liberté, ô Seigneur. Amen.

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3 Réponses à “« Notre Père » Refuge et espoir d’un peuple martyrisé”

  1. benoite dit :

    si on met de côté la spécificité de ce Notre Père tout de même assez particulier, comment peut-on expliquer que chaque terme de cette prière ou presque soit exprimé à l’impératif :
    donne-nous, pardonne-nous, ne nous laisse pas, delivre-nous..,

  2. Sylvain rené dit :

    A l’impératif ou au supplicatif ? Ce dernier nétant pas un temps, il ne restait à notre langage qu’une traduction sous cette forme.

  3. Oui, d’accord avec Sylvain, cet impératif est en fait une sorte d’ouverture à ce que Dieu veut pour nous. Comme le disait Wilfred Monod, notre prière exauce Dieu, et les supplications du « Notre Père » ne lui imposent rien, elle sont au contraire une acceptation de dons qu’il nous supplie de recevoir.
    Mais Benoite a bien raison, il est délicat d’utiliser l’impératif quand on prie Dieu. Par exemple est-ce une bonne idée de le prier en disant quelque chose du genre « il y a la guerre, fais quelque chose, donne à manger à ceux qui ont faim… » ? Est-ce que l’on peut penser une seconde qu’il saurait moins bien que nous ce qu’il doit faire et peut faire ? Qui sommes-nous pour donner des conseils, voire des ordres à Dieu ? Bref, comme le dit Benoite : méfions-nous des impératifs dans nos prières, sauf s’ils sont une ouverture à ses promesses.

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