Par hasard, je croise une copie d’une lettre extrêmement élogieuse d’Emerson à ce poète que je ne connaissais pas, Walt Whitman : « Je ne suis pas aveugle à la valeur du don merveilleux qu’est « Leaves of Grass ». Je trouve que c’est le plus extraordinaire trait d’esprit et de sagesse que l’Amérique a connu jusqu’à présent. »
Voici deux extraits de ce recueil de poèmes :
En fendant de la main l’herbe des prairies
En fendant de la main l’herbe des prairies et en respirant son odeur particulière,
Je lui demande des concordances spirituelles,
Je demande le plus copieux et le plus étroit compagnonnage entre les hommes,
Je demande que s’élèvent les brins d’herbe des mots, des actes, des individus,
Ceux du plein air, rudes, ensoleillés, frais, nourrissants,Ceux qui vont leur chemin, le torse droit,
qui s’avancent avec liberté et autorité, qui précèdent au lieu de suivre,Ceux qu’anime une audace indomptable,
ceux dont la chair est forte et pure, exempte de taches,Ceux qui regardent nonchalamment en plein visage les Présidents et les gouverneurs, comme pour leur dire : Qui êtes-vous?
Ceux que remplit une passion sortie de la terre, les simples, les sans-gêne, les insoumis,
Ceux de l’Amérique intérieure.
Chant de moi-même
Je me célèbre moi,
Et mes vérités seront tes vérités,
Car tout atome qui m’appartient t’appartient aussi à toi.
Je paresse et invite mon âme,
Je me penche et paresse à mon aise . . . .
tout à la contemplation d’un brin d’herbe d’été.Maisons et pièces regorgent de mille parfums . . . .
les étagères débordent de parfums,J’en respire moi-même l’arôme, je le connais et je l’aime,
Cette quintessence pourrait m’enivrer à mon tour,
mais je saurai lui résister.L’air n’est pas un parfum . . . .
il n’a pas goût de cette quintessence . . . .
il est inodore,Il s’offre éternellement à ma bouche . . . .
j’en suis épris,Je veux aller sur le talus près du bois,
j’ôterai mon déguisement et me mettrai à nu,Je brûle de sentir son contact.
La buée de mon propre souffle,
Échos, clapotis et murmures feutrés . . . .
racine d’amour, fil de soie, fourche et vigne,Mon expiration et mon inspiration. . . . .
les battements de mon cœur . . . .
le passage du sang et de l’air dans mes poumons,L’odeur des feuilles vertes et des feuilles sèches,
du rivage et des rochers sombres de la mer,
du foin dans la grange,Le son des mots criés par ma voix . . . .
mots livrés aux tourbillons du vent,Des baisers à la dérobade . . . .
quelques étreintes . . . . des bras qui enlacent,Le jeu de la lumière et de l’ombre sur les arbres aux branches souples qui ondulent.
Walt Whitman
Sur la recommandation de Richard (sur Facebook ), voici un autre poème, rendu célèbre par le film « le cercle des poètes disparus » : »O Captain! My Captain! our fearful trip is done; … »