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Question d’un visiteur :

Bonjour

Je suis un ancien charismatique catholique et que cela fait maintenant 12 ans que je suis passé au protestantisme. J’ai tout de suite adhéré à l’Eglise réformée que j’apprécie pour son ouverture.

Cependant, actuellement si je n’arrive plus à aller au culte, c’est parce que je me sens desséché au niveau de ma foi. J’ai tellement cérébralisé, mis en perspective ma réflexion sur ma foi que j’ai l’impression que je ne crois plus. Tout ça est dû au fait que je trouve le christianisme actuel, catholique et encore plus évangélique et pentecôtiste, de plus en plus intolérant. Tout le monde doit confesser Jésus de façon tellement crucicentrée sans nuances par rapport au texte évangélique, que dès que vous n’êtes plus dans la lettre des écrits, vous êtes un mécréant, un sans foi ni loi. C’est pourquoi j’ai tout cérébralisé et en même temps je ressens comme un vieux réflexe charismatique de vouloir exprimer ma foi de manière plus émotionnelle.

Est-ce qu’on ne pourrait pas être libéral et un peu plus charismatique, émotionnel dans nos cultes ?

En fait je voulais simplement dire que je voulais ressentir la foi à nouveau. Pourriez-vous, cher Marc, m’aider d’un conseil, me dire si je fais fausse route en voulant une foi toujours plus non ritualiste, non liturgique, unitarienne, avec une confession de ma foi personnelle !

Si vous pouvez me répondre je serai bien heureux. Je vous adresse mes amitiés fraternelles.

Réponse d’un pasteur :

Bravo pour ce cheminement.

Je pense que vous avez tout à fait raison de chercher une dimension émotionnelle de la foi, certainement. C’est tout à fait délibérément que nous ne cherchons pas à la susciter pendant le culte, afin de ne pas enchaîner la personne dans une émotion de groupe, mais ce n’est pas pour éliminer cette dimension, c’est bien pour la réserver à la piété personnelle, intime. Sans vouloir être fondamentaliste, il me semble que c’est ce que propose Jésus dans son enseignement sur la prière (Matthieu 6), à réfléchir en groupe, c’est ce qu’il suscite par l’enseignement et le débat, et en priant dans sa chambre, dans le secret de notre intimité.

C’est ainsi que sur le site internet, il y a une part importante pour encourager à la prière personnelle. Parfois, il est plus facile de partir d’une prière de quelqu’un d’autre pour nous-mêmes entrer dans une prière plus personnelle, ou dans un silence, enfin, devant Dieu.

Je n’ai plus autant de disponibilité depuis que je suis marié, et je le fais maintenant avec un rythme moins soutenu, mais 4 à 5 jours de retraite dans un monastère en pleine nature, avec le rythme des temps de chant et psalmodie des psaumes, avec des promenades solitaires, la relecture d’une grosse tranche de Bible, et de la prière personnelle à volonté… Ça fait du bien. Ce n’est pas toujours immédiat, mais ça rythme, là aussi, une trajectoire, ça insuffle quelque chose dans l’année. Pourtant, jamais je ne me ferais moine, il me semble au contraire que la vie est faite pour être vécue « dans le monde », mais bon, quelques jours, cela fait du bien.

Pour moi, la prière en groupe ne me convient pas du tout. Prier devant des gens me semble impudique, j’ai l’impression de participer à une partouze, ou l’intimité de chacun est déballée, ou l’on trompe Dieu en prétendant lui parler alors que c’est aux gens qui écoutent, ou à une personne qui écoute qu’en réalité je veux dire quelque chose sur le mode de la prière…

A chacun de trouver sa façon, son rythme, de prière et de temps d’émotion spirituelle.

Cela n’empêche pas, bien au contraire la dimension fondamentale, à mon avis, de la réflexion, de ce côté très cérébral des études bibliques, de la réflexion théologique et du culte. Bien au contraire. C’est parce que la prière est très intime qu’il est utile d’avoir d’une autre côté ces temps de détachement en groupe. L’un équilibre l’autre, corrige l’autre.

En effet, dans la prière personnelle, dans le culte personnel il y a une dimension essentielle de relation à Dieu, d’ouverture à Dieu. Mais au plus profond de nous mêmes, il y a Dieu, certes, mais également le résultat de blessures et d’espérances, il y a de l’inconscient, du plus ou moins conscient, il y a du génie et des dimensions qui n’ont pas encore bien grandies… Le côté cérébral, particulièrement en groupe, nous aide à mettre cela en perspective. Et finalement, c’est l’ensemble des deux : une prière intime et personnelle et une réflexion qui se vit dans l’ouverture et le débat qui semble être le mieux.

Je ne dis pas que ce soit une solution universelle qui doive convenir à tout le monde. Mais elle convient certainement très bien à certaines personnes, dont je suis.

Bonne route & amitiés fraternelles

Marc

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3 Réponses à “Foi dans la tête et/ou foi dans les trippes ?”

  1. benoite dit :

    Je rejoindrai le pasteur quant à sa suggestion de passer quelques jours dans un monastère, coupé du quotidien, et qui devrait permettre de se ressourcer.

    la question de la toléance/intolérance qui est évoquée me rappelle qu’il y a deux ateliers sur ce thème animées par le Pr Maes, et à l’Oratoire du Louvre, dont un courant octobre.
    ce pourrait être intéressant de venir en débattre ?

    pour en terminer avec la foi, c’est souvent quand nous pensons l’avoir perdue qu’elle se manifeste.

  2. Nicolas Bernhardt dit :

     » Que les hommes là-dessus aient été lâches a causé à la vie un tort infini; les expériences vécues qu’on appelle  » apparitions », tout ce qu’on nomme « monde des esprits », la mort, tout cela, qui nous est si étroitement parent, s’est trouvé, par la résistance quotidienne, si bien repoussé hors de la vie que les sens qui en permettaient la saisie se sont étiolés. Sans parler de Dieu. Mais la peur devant l’inéclaircissable n’a pas seulement appauvri l’existence de l’individu ; sous son effet les relations entre humains se sont également restreintes ; extraites pour ainsi dire, du lit du fleuve des possibilités infinies, elles ont été hissées sur une berge en friche que rien n’atteint (…)
    Seul celui qui est prêt à tout, et n’exclut rien, pas même le plus énigmatique, vivra la relation avec quelqu’un d’autre comme chose vivante (…) »

    extrait de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke

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