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Question d’un visiteur :

un moineau hésite entre deux gamelles

Je suis en train de suivre un parcours catéchuménal dans l’église catholique, et je me pose une multitude de questions. J’ai 30 ans, et ce besoin de me faire baptiser a mûri progressivement en moi. Pour le dire un peu rapidement, mon intérêt et amour pour les Evangiles se sont transformés en foi véritable. J’ai l’impression de percevoir par le coeur ce que jusqu’alors je ne comprenais qu’intellectuellement ( plus ou bien d’ailleurs).

Je dois dire que je me suis tournée vers l’Eglise catholique pour des raisons assez pragmatiques : je ne connais pas de pasteurs en particulier, l’Eglise m’est plus familière que le Temple; et puis j’ai récemment rencontré un prêtre dont les paroles ont résonné en moi, et ont permis que j’accouche de cet amour pour Dieu.

Ceci dit, je me sens un peu tourmentée, car je réalise qu’il y a plein de choses qui me gêne dans le catholicisme : la plus importante est que je ne me reconnais pas dans les propos du Pape, et plus gravement, que je ne reconnais pas la légitimité de la fonction du Pape- tout pouvoir ne pouvant produire que des abus de pouvoir. Il me semble même que les dogmes moraux, religieux étouffent la foi, et subvertissent le message du Christ.

Cela m’attriste, car au fond, je suis très bien accueillie par les catholiques que je côtoie, et me sentirais désemparée de me tourner vers une Eglise ( protestante ) dont je connais personne, mais qui « philosophiquementt » parlant, est plus en conformité avec mes convictions. Du coup, j’ai l’impression de ne pas être honnête intellectuellement- mais je ne me vois pas non plus renoncer à cette place qui m’a été faite.

Je ne sais pas, tous les esprits libres sont-ils protestants, ou la « critique » a-t-elle du sens au sein du catholicisme ? Pour ma part, je me sens plutôt chrétienne, je n’ai pas trop envie de « voter » !!

Merci pour votre réponse Pasteur Gaspard de Coligny : j’apprécie énormément la justesse et la bienveillance de vos réponses; certaines m’ont même boulversée.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Merci pour les éloges qui m’encouragent beaucoup !

Le catholicisme et le protestantisme sont deux façons d’être chrétien, et nous n’avons, à mon avis, aucune raison d’être en opposition, mais nous sommes véritablement ensemble dans la foi chrétienne. Nous avons certes notre franc-parler entre nous, comme des frères et sœurs peuvent se le permettre, mais nous sommes en profonde communion. En tout cas entre catholiques et protestants non extrémistes (entre chrétiens « libéraux », comme on dit qu’il y a des musulmans libéraux ou des juifs libéraux). C’est ainsi qu’avec la paroisse catholique de Saint-Eustache, nous avons des échanges à de multiples niveaux : pour l’étude de la Bible (mensuellement), pour venir en aide aux démunis et aux isolés (toute l’année, et surtout l’hiver), pour des célébrations œcuméniques (annuellement), pour des baptêmes, mariages…

Donc sentez vous très libre d’aller là où vous vous sentirez appelée.

  • Avec une foi chrétienne libérale vous pouvez tout à fait vivre dans l’église catholique, entendre ce que dit le pape puis « en prendre et en laisser », vous faire votre propre opinion. Contrairement à ce qu’il pense peut-être (je n’en suis même pas certain), le pape n’est pas propriétaire du label « foi catholique » et bien des catholiques sincères le sont à leur propre façon.
  • Et vous serez, bien entendu, tout à fait la bienvenue dans l’église protestante et tout particulièrement à l’Oratoire.

Certaines personnes sont un peu sur plusieurs paroisses à la fois, pour bénéficier d’éclairages et de sensibilités diverses. Certaines personnes sont même simultanément sur une paroisse catholique et une paroisse protestante. C’est en particulier le cas de couples œcuméniques, et je connais bien des personnes qui sont enrichies par cette appartenance multiple et non tiraillées.

Mais c’est vrai, je pense que c’est sans doute mieux de vous inscrire dans une paroisse, au moins pour un temps donné, cela permet d’approfondir un cheminement. Ce n’est pas voter, c’est juste choisir, pour un certain temps, l’exercice qui nous correspond le mieux à ce moment là, c’est à dire, celui qui vous permet le mieux d’avancer. Car la religion est un exercice, une pédagogie. L’essentiel est dans la foi, et la foi est la même que l’on soit dans telle ou telle église, telle ou telle paroisse, dans tous les cas c’est la foi chrétienne. Et comme le dit l’apôtre Paul :

Il y a un seul corps (le corps du Christ) et un seul Esprit, il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous.
Ephésiens 4:4-6

Donc ne vous inquiétez pas, ce choix n’est pas critique : de toute façon, Dieu vous accompagnera sur le chemin que vous choisirez, et dans l’église que vous choisirez vous serez bénie pleinement. C’est par grâce, par le moyen de la foi, que l’on est sauvé, l’église n’est qu’un simple moyen, un moyen qui doit absolument savoir rester modeste.

Avec mes amitiés fraternelles

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9 Réponses à “Cas de conscience : ai-je raison de me tourner vers le catholicisme ?”

  1. Tigreek dit :

    « Certaines personnes sont même simultanément sur une paroisse catholique et une paroisse protestante. C’est en particulier le cas de couples œcuméniques, et je connais bien des personnes qui sont enrichies par cette appartenance multiple et non tiraillées. »

    Je confirme : en tant que foyer mixte, et étant moi-même « mélange », ayant reçu une éducation et un catéchisme double catholique et protestant, je fais partie de deux paroisses, une catholique et une protestante.

    Attention néanmoins : c’est une richesse, mais ce peut être parfois, non un tiraillement mais un motif de tristesse. Et le risque est de faire un amalgame, une foi « à la carte » en prenant d’un côté ou de l’autre selon ce qu’on préfère… L’oecuménisme, ce n’est pas une soupe fourre-tout !

    Quant aux questions sur l’autorité papale, il serait peut-être de bon ton d’en parler à un prêtre plutôt qu’à un pasteur, non ? 😉 N’allez pas imaginer que personne ne se pose cette question dans l’Eglise catholique !

  2. Tigreek dit :

    Et à propos de baptême : si vous le souhaitez, vous pouvez demander une célébration oecuménique, avec la présence d’un pasteur si le baptême est à l’église, d’un prêtre ou diacre s’il est au temple… C’est ce que nous avons fait pour notre fille aînée et que nous nous apprêtons à faire pour notre cadette.

  3. sylvie jouniot dit :

    Ce qui compte c’est effectivement la foi et pour la vivre pleinement autant aller d’abord vers ceux qui vous ont accueillie sans vous entraver. Vous pourrez choisir plus tard, à l’occasion d’études bibliques communes ou de cultes auxquels vous aurez participé. Sachant que pour beaucoup de catholiques, l’absence d’eucharistie pendant le culte peut être un obstacle à leur venue. Nous n’avons de cène qu’une fois par mois.
    Maintenant c’est une question de dogme mais aussi de foi car pour les catholiques, cette eucharistie est la source de grâce et de vie que l’on devrait même renouveler quotidiennement.
    Je ne sais pas si vous avez reçu une éducation religieuse mais cela peut entrer en ligne de compte pour votre choix.
    Et puis, comme le dit justement Tigreek être catholique ne signifie pas perdre son libre arbitre!
    Bon c’est une protestante qui le dit…
    Bienvenue de toutes façons dans la grande maison de notre père.

  4. ltrobat dit :

    Calvin préconisait la participation à la Sainte Cène une fois par semaine. Ce sont ses héritiers qui par anticatholicisme primaire ont conduit à la célébration mensuelle de la Cène.

  5. Oui, Calvin aurait aimé que la Cène soit célébrée chaque semaine, voire plus souvent encore. Mais il n’est jamais arrivé à mettre en place une telle fréquence. À Strasbourg, il n’a mis en place qu’une Cène par mois. Lors de son premier séjour à Genève, il y avait trois célébrations de la Cène par an. En revenant à Genève, Calvin a essayé d’augmenter la fréquence, mais il n’est jamais arrivé à imposer une Cène par mois, mais seulement quatre par an. Du vivant de Calvin, il y avait donc trois célébrations de la Cène (Noël, Pâques, Pentecôte), puis quatre par an (pour couper la longue période entre la Pentecôte et Noël).

    Le refus de célébrations fréquentes de la Cène par les Genevois (et par les Zwingliens à Zurich) n’a, à mon avis, rien à voir avec de l’anticatholicisme car à l’époque l’eucharistie n’était pas fréquente non plus pour le peuple catholique. C’est plutôt pour valoriser la lecture et l’interprétation de la Bible (plus que les sacrements), valorisant ainsi cette religion plus intime et personnelle qu’est la prière et l’usage des Ecritures.

  6. ltrobat dit :

    Pour ce qui est du catholicisme, il faut (surtout à l’époque) distinguer la célébration à l’eucharistie et la participation à celle-ci. Ainsi, pendant très longtemps, il était d’usage de ne pas communier fréquemment, alors que l’eucharistie était célébrée à chaque messe. Je me souviens de ma grand-mère catholique qui, assistant à la messe, n’allait pas communier si elle ne s’était pas confessé dans les jours qui précédaient.

  7. C’est exactement ça. Cela ne pouvait donc pas être par anti-catholicisme que les genevois ont refusé à Calvin un rythme hebdomadaire pour la Cène.

  8. ltrobat dit :

    Oui, mais contrairement à ce que laissait entendre votre post, l’eucharistie était célébrée lors de toutes les messes catholiques, même si les fidèles ne communiaient pas tous les dimanches.

  9. ltrobat dit :

    Il s’ensuit de ce que je viens d’écrire qu’on ne peut écarter l’anticatholicisme dans le refus de la célébration hebdomadaire de la Cène, dans la mesure où l’église catholique célébrait l’eucharistie toutes les semaines (quand bien même les fidèles ne communiaient pas).

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