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montage photo avec une tête d'enfant, un mouton et un scientifique

Campagne du journal SonntagsZeitung "The insight story"

Quand je dis « chamailleries », ce n’est pas négatif, au contraire. Le mot « chamaillerie » viendrait du célèbre et excellent sage juif Chammaï qui avait des débats enflammés avec le non moins célèbre et excellent sage Hillel (le professeur de l’apôtre Paul)/ Le Talmud a gardé les échos de ces débats, et c’est d’une grande sagesse, car la multiplicité des opinions est une richesse, même sur les sujets les plus fondamentaux, et peut-être même précisément sur ceux-ci. Le débat permet de faire émerger une dimension supplémentaire, une profondeur. Le débat invite à la réflexion personnelle, invite à la nuance et à l’argumentation.

Le CCNE (Comité Consultatif National d’Éthique pour les Sciences de la Vie et de la Santé) vient de publier un nouveau rapport (télécharger le fichier pdf de cet avis N°112, publié le 1er décembre 2010). Chose extraordinaire, ce rapport fait apparaître deux opinions divergentes dans ses conclusions. Et c’est particulièrement passionnant à cause de cela.

A vrai dire, je suis loin d’être totalement d’accord avec l’un ou l’autre des deux avis, évidemment, mais on ne peut pas dire que ça ne fasse pas réfléchir sur des questions essentielles.

Il s’agit encore une fois des questions de bioéthique. En elles mêmes, ces questions me dépassent souvent, étant très techniques. Par exemple, la question de ce que l’on fait de quelques embryons congelés ne m’empêche vraiment pas de dormir. Mais, on voit très bien dans ce rapport qu’il ne sera possible d’avancer sur cette question qu’en se posant les questions les plus essentielles du point de vue de la dignité de l’être humain. Et cette question alors apparaît comme bien plus importante qu’un seul petit jeu d’intellectuels. Non, la philosophie, et donc la théologie, n’est pas comme une autre forme de mots-croisés ou de sudoku mais bien un exercice essentiel, la base d’une hygiène de sa vie morale, de son espérance.

Voici quelques extraits qui ont particulièrement attiré mon attention dans ce document, en particulier les deux dernières pages de ce rapport (la conclusion du rapport en page 58 et la page évoquant les dissensus en page 59).

Pages 5-8 sur le statut de l’embryon,

Pour certains, la création même d’un embryon in vitro, dans le cadre de l’AMP (l’Assistance médicale à la procréation) devrait faire l’objet d’un interdit, le désir d’enfant ne devant être réalisé que s’il est possible sans avoir recours à la FIV (Fécondation in vitro).

Mais à l’exception de ce point de vue, il y a au moins un point commun – trop rarement souligné – à toutes les manières radicalement différentes de considérer la conduite à l’égard de l’embryon humain in vitro : c’est le fait qu’il ne peut être porté atteinte à son intégrité aussi longtemps qu’il demeure inscrit dans le projet parental qui a été à l’origine de sa création.

En d’autres termes, il y a un véritable interdit commun, partagé par tous : c’est l’interdit de porter atteinte à l’intégrité de l’embryon in vitro tant qu’il est inscrit dans le désir et le projet d’avoir un enfant du couple qui demande sa création.

Cette position commune de respect pour l’embryon humain in vitro, aussi longtemps qu’existe un projet parental, est partagée y compris par ceux qui estiment que le projet parental ne peut pas constituer la seule cause de respect pour l’embryon humain.

Cette position commune a une caractéristique qui mérite d’être soulignée : il s’agit d’un respect et d’un interdit qui concernent la préservation d’un lien humain.

Ce lien humain, entre le couple de futurs parents et leur futur enfant, préexiste à la création de l’embryon in vitro. Il est la condition même de sa création dans le cadre de l’AMP.

C’est l’existence et la persistance de ce lien humain qui fait de la « personne humaine potentielle » qu’est l’embryon in vitro une « personne humaine potentielle » en devenir2. Ce n’est plus le développement biologique qui détermine alors, à lui seul, son devenir, mais le lien humain dans lequel est inscrit l’embryon. L’inscription dans la lignée humaine ne se résume pas seulement à une donnée biologique, elle procède d’une inscription dans une relation humaine. … Différentes approches sur le devoir être à l’égard de l’embryon s’opposent de manière radicale. Elles sont fondées notamment sur des positions philosophiques ou religieuses difficilement conciliables.

On peut, de manière schématique, et probablement trop réductrice, distinguer les positions suivantes :

– Pour certains, un embryon humain ne peut être créé que dans le cadre d’un projet parental, mais cela est strictement subordonné au respect pour le devenir de l’embryon. A partir de la fécondation, la dignité de la personne humaine est déjà présente à part entière : il y a déjà tout (en termes de dignité et de respect)3, même si ce tout ne se manifeste encore que sous la forme d’un début, d’un développement, d’un devenir.

Dans cette représentation, l’embryon in vitro est déjà entièrement engagé dans la « lignée humaine » dans la mesure où avec lui est commencé le continuum du développement d’un être humain. Il est le lieu d’une vie humaine commencée, et cette vie commencée est déjà considérée non pas comme une personne potentielle mais comme une personne en devenir.

Aussi importantes soient-elles, les conditions de son devenir – implantation, relation au corps de la mère, épigénèse, projet parental – ne préjugent pas de son être. Dès la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde se trouve inaugurée une vie nouvelle qui pourra se révéler, au cours d’un processus continu, comme personnelle. Le continuum l’emporte sur tous les « stades » qui pourront être discernés par ailleurs. Même si l’embryon n’est pas encore considéré comme une personne, sa dignité est déjà celle d’une personne, et le respect qui lui est dû est donc le même que celui qui est dû à une personne. D’où la demande de la formulation d’un interdit fondamental sur toute atteinte à l’intégrité de l’embryon, et dans ce but, notamment, sur la production d’embryons surnuméraires et leur cryopréservation lors de l’AMP.

– Pour d’autres, et c’est notamment le cas des États Généraux de la Bioéthique de 2009, un embryon ne peut être créé que dans le cadre d’un projet parental, mais le respect pour le devenir de l’embryon est entièrement subordonné au respect pour le devenir du projet parental.

Le respect pour l’embryon in vitro ne correspond pas à un temps donné – à une étape donnée – du développement de l’embryon, ni au moment du lien concret de l’embryon avec sa mère – le moment de l’implantation – mais à une préfiguration de ce lien à venir, et à une inscription de l’embryon dans cette projection du lien de parentalité à venir. L’abandon du projet parental retire rétrospectivement à l’embryon in vitro sa protection contre une atteinte à son intégrité.

– Pour d’autres encore, le respect pour l’embryon n’est conditionné que par son inscription dans un projet parental et l’absence de tout projet parental permet la création in vitro, en dehors de l’AMP, d’embryons à visée de recherche.

Pages 44-48, un intéressant débat sur la question de l’interdiction,

Évaluant les implications éthiques de l’autorisation, de l’interdiction et de la dérogation à un interdit.

Page 49 sur le compromis & le « moindre mal »

Il existe des « compromis que le principe éthique du moindre mal peut rendre tolérables. » Le CCNE insiste sur l’importance de cette recherche de compromis, non comme une incapacité à choisir, mais au contraire comme le choix d’une conduite raisonnée, partageable, refusant les certitudes, mais prenant pleinement en compte la complexité de cette énigme de la « personne humaine potentielle », et en accordant toute sa place au projet parental qui inscrit l’embryon humain, avant même sa création, dans une relation humaine qui est la condition même de son devenir.

Page 50. Une remarque en passant, sur le vivant

Toute entité vivante est toujours plus – et toujours autre – que les éléments qui la composent. Cela est vrai sur un plan scientifique, biologique, mais aussi sur d’autres plans, notamment philosophiques ou éthiques.

Page 52. Sur la question de la « réification » de l’embryon humain.

L’affirmation selon laquelle il n’est pas possible de définir l’embryon humain appelle de soi une éthique du respect : en effet, traiter l’embryon humain seulement comme un moyen d’expérimentation, c’est prendre pratiquement parti sur son être en l’intégrant à l’ordre des choses.

Dans son Avis N°8 relatif aux recherches et utilisation des embryons humains in vitro à des fins médicales et scientifiques, le CCNE indiquait : « L’embryon humain, dès la fécondation, appartient à l’ordre de l’être et non de l’avoir, de la personne et non de la chose ou de l’animal. Il devrait éthiquement être considéré comme un sujet en puissance, comme une altérité dont on ne saurait disposer sans limite et dont la dignité assigne des bornes au pouvoir ou à la maîtrise d’autrui » et « qu’« Il s’agit de prendre en considération, non seulement les significations anthropologiques, culturelles et éthiques du début de la vie humaine, mais aussi les conséquences ou les bouleversements que certaines pratiques ou recherches pourraient entraîner sur l’ensemble des représentations de la personne humaine. […] Ces considérations doivent prévaloir sur les avantages qui pourraient résulter, pour le progrès des connaissances ou l’amélioration des thérapeutiques, d’une réduction à l’état d’objet de la personne humaine, fut-elle potentielle. Le respect de la dignité humaine doit guider à la fois le développement des connaissances et les limites ou les règles que la recherche doit observer. » Et : « On ne doit pas procéder, même avec le consentement des géniteurs, à des fécondations en vue de la recherche. Elles conduiraient à faire des embryons humains de simples moyens ou de purs objets. »

Et dans son Avis N°67 du 18 janvier 2001 sur l’avant-projet de révision des lois de bioéthique le CCNE réaffirmait ce refus en distinguant clairement la question de la recherche sur l’embryon créé dans le cadre de l’AMP de la question de la création d’embryons à seule fin de recherche (Attentif aux risques de dérives qu’entraînerait, sur le plan éthique, la réification de l’embryon humain, c’est-à-dire le fait de le considérer comme une chose, et non plus comme une personne humaine potentielle).

Page 58, dernière page du rapport, apportant des pistes sur les « implications éthiques d’un respect pour le début de la vie »

Nous avons tous été présent à d’autres avant de savoir que nous étions. Et nous serons un jour absent à d’autres sans savoir que nous ne sommes plus. Aujourd’hui, la réflexion éthique biomédicale, et les débats de société auxquels elle donne lieu, ont tendance à se cristalliser sur deux temps extrêmes de l’existence humaine : le début de la vie et la fin de vie. Temps extrêmes de transition, de passage, de franchissements. Seuils indécidables où commence à émerger ou à vaciller la personne humaine. Vie qui commence avant l’émergence de la personne, et se poursuit parfois après sa disparition. Ce qui sera peut-être et ce qui aura été. La présence à soi et l’absence à soi à venir. Même s’il n’y a probablement pas de véritable symétrie entre l’émergence, la promesse d’une personne à venir et sa disparition, la fin d’une personne qui n’est plus, et qui aura été.

Cette préoccupation pour ces deux extrêmes, pour la conception et la mort est constitutif de notre respect pour l’autre. Mais elle peut aussi conduire à l’atténuer, voire à l’effacer. Car c’est entre ces deux extrêmes que se déploie la vie de la personne humaine. Et le respect, l’élan, la tendresse vers le début et la fin ne prennent leur véritable sens que dans le respect, à l’élan et à la tendresse pour ce qui leur donne sens – notre existence, la trame de nos jours. De la naissance à l’enfance, de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’âge adulte, de l’âge adulte au troisième âge, aussi longtemps que persiste en nous ce battement de la conscience dont nous avons décidé que l’interruption définit la fin, la fin de la personne humaine.

Les problèmes éthiques essentiels qui se posent aujourd’hui au niveau mondial ne concernent pas les stades les plus précoces de développement de futurs êtres humains, mais la mort prématurée et la souffrance d’enfants et d’adultes, dues à la famine, aux maladies infectieuses, aux massacres, aux traitements inhumains, au déni de santé, de liberté et de dignité.

Le souci pour les tout premiers stades de développement d’un embryon en devenir doit nous rendre encore plus attentif et sensible à la souffrance des enfants déjà nés. Les enfants atteints de handicap mental, si souvent privés dans notre pays d’un accès à l’éducation et d’un véritable accompagnement dans des lieux proches de leur famille. Les deux millions d’enfants qui vivent dans notre pays sous le seuil de la pauvreté. Les près de dix millions d’enfants qui meurent chaque année de maladie et de faim dans le monde avant l’âge de cinq ans, et dont l’Organisation Mondiale de la Santé nous dit que nous avons collectivement depuis plusieurs années les moyens d’en sauver six millions chaque année. Les 200 millions d’enfants de moins de cinq ans dont le développement mental sera altéré et interrompu par la pauvreté, la sous-alimentation et les maladies dans les pays pauvres de notre planète.

Le CCNE considère que notre respect pour le tout début de la vie humaine doit être le témoignage d’un engagement entier de tous pour le respect de chaque personne, enfant et adulte, avec le souci de prévenir et de réparer au mieux les tragédies de la vie dans lesquelles sont plongées tant d’enfants à leur naissance.

C’est dans cette perspective que la réflexion éthique sur le tout début de la vie prend son véritable sens.

Réserves exprimées par certains membres

Tout en prenant acte des distinctions apportées par cet avis et de l’affinement de la réflexion auquel il conduit, nous soulignons que l’éthique du respect, plusieurs fois rappelée dans le texte, implique que soit exclue toute instrumentalisation de l’embryon humain.

L’impossibilité de définir une frontière indiscutable quant au commencement de la personne ne doit pas être confondue avec l’absence de limites éthiques et juridiques s’agissant de notre comportement à l’égard de l’embryon humain. Son caractère énigmatique appelle le respect. Et ce respect prime sur la considération des conséquences pratiques de son utilisation. En réponse à la mise en avant du projet parental, nous pensons que la dignité de l’embryon ne vient pas du projet d’autres personnes sur lui, mais de son être, à savoir le développement d’une vie humaine comme telle. En conséquence, si les limites qui sont actuellement posées par la loi peuvent être débattues, d’autres expressions communes de l’interdit moral doivent être formulées. Cet interdit porte sur le refus de toute instrumentalisation de la vie humaine, même à des fins de recherche. Il s’en déduit que le respect est premier et que ce n’est que de manière exceptionnelle qu’il peut y être dérogé.

A ce titre, si, comme l’indique bien l’avis, ce n’est pas la recherche en tant que telle qui fait difficulté et si la destruction des embryons surnuméraires est de fait prévue par la loi, pouvant même apparaître, sur le plan éthique, comme un moindre mal, c’est la connexion entre l’une et l’autre qui pose problème. L’utilisation des embryons surnuméraires à des fins de recherche ouvre en effet la porte à une justification de leur production. Nous souhaitons que soit étudiée rapidement la possibilité d’une diminution voire d’un arrêt de la production d’embryons cryoconservés.

Par ailleurs, la création d’embryons à visée de recherche nous paraît inacceptable car elle est la manifestation la plus aboutie de l’instrumentalisation de l’être humain à son commencement.

Une limite juridique encouragerait par ailleurs les chercheurs à poursuivre leurs recherches sur d’autres objets d’investigation que l’embryon humain. Elle pose aussi des bornes à la logique du profit ou de la concurrence.

François Beaufils Marie-Thérèse Hermange Xavier Lacroix Chantal Lebatard Claire Legras Claude Matuchansky Philippe Rouvillois Michel Roux Louis Schweitzer Jean-Louis Vildé Philippe Waquet

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12 Réponses à “« Chamailleries » au Comité National d’Éthique”

  1. laurent dit :

    Les fils du tissu se croisent….nous ne saurions trop vous rappeler à ce sujet, le post/texte qui faisait référence à l’éthique (nourrir notre foi et notre espérance de réflexions et d’action: http://blog.oratoiredulouvre.fr/2010/12/nourrir-notre-foi-et-notre-esperance-de-reflexions-et-d%E2%80%99actions/
    ainsi qu’au rapport de la FPF concernant le statut de l’embryon, p 2et 3, tenant compte également de l’avertissement et du préambule à cette réflexion:
    http://www.protestants.org/fileadmin/user_upload/Protestantisme_et_Societe/documentation/bioethique-090520.pdf

  2. Sarrete-Lachat dit :

    « La question de ce que l’on fait de quelques embryons congelés ne m’empêche vraiment pas de dormir ». Quand, d’une phrase fulgurante, un gentil pasteur se fait porte-parole (inconscient ?) de la culture de mort… A force de jouer à « plus ouvert et non dogmatique que moi tu meurs », les libéraux se fourvoient dans ce que l’athéisme ambiant produit de plus détestable.

  3. C’est curieux, mais il me semble plus logique que ce soient les athées matérialistes qui feraient un absolu de la seule dimension biologique de la vie.

    Il me semblerait assez logique que les personnes trouvant leur inspiration dans l’Evangile du Christ tiennent compte du biologique, certes, mais sans en faire un absolu comme dans cette apostrophe de Jésus à sa mère biologique et à ses frères de sang : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères? Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis tout autour de lui: Voici, dit-il, ma mère et mes frères. Car, quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma soeur, et ma mère.” (Marc 3:33-35)

    Mais bon, il y a sans doute bien des façons de vivre sa foi…

  4. benoite dit :

    post de lauben.

    « Justement, le blog devrait sur ce genre de question nous empêcher de dormir, ou tout du moins nous réveiller.

    Si cette question ne nous empêche pas de dormir, est-ce qu’il faut en déduire qu’on ne se pose pas la question en vérité, alors que les différents textes sont sensés nous questionner.

    est-ce que nous voulons surfer sur la vague ce cette actualité, ou est-ce que nous acceptons de nous poser des questions ? »

  5. Ben oui, Benoîte, je propose de nous poser des questions, les questions philosophiques et théologiques essentielles nous permettant d’avoir une certaine vision du monde, de la vie, de la dignité de la personne humaine… ces questions sont essentielles, et concernent notre vie de tous les jours, les petites et les grandes décisions. Pour l’instant, je ne me suis jamais levé le matin en étant devant le choix cornélien de savoir que faire d’embryons congelés. J’ai par contre d’autres décisions à prendre, et ces décisions aussi seront informées par une réflexion théologique et philosophiques, elles aussi peuvent bénéficier de la réflexion soulevée ici par le CCNE à l’occasion de ces questions de bioéthique qui ne concernent pourtant directement que quelques professionnels hautement qualifiés.

  6. Ben oui, Benoîte, je propose de nous poser des questions, les questions philosophiques et théologiques essentielles nous permettant d’avoir une certaine vision du monde, de la vie, de la dignité de la personne humaine… ces questions sont essentielles, et concernent notre vie de tous les jours, les petites et les grandes décisions. Pour l’instant, je ne me suis jamais levé le matin en étant devant le choix cornélien de savoir que faire d’embryons congelés. J’ai par contre d’autres décisions à prendre, et ces décisions aussi seront informées par une réflexion théologique et philosophiques, elles aussi peuvent bénéficier de la réflexion soulevée ici par le CCNE à l’occasion de ces questions de bioéthique qui ne concernent pourtant directement que quelques professionnels hautement qualifiés.

  7. Sarrete-Lachat dit :

    « Il me semblerait assez logique que les personnes trouvant leur inspiration dans évangile du Christ tiennent compte du biologique, certes, mais sans en faire un absolu ». Voilà un discours apparemment sensé mais en fait d’un intellectualisme pur assez effrayant. Je n’ai rien contre la haute théorie, je m’y adonne avec délectation dans d’autres domaines mais là, dire que la dimension biologique n’est pas tout, en parlant d’embryons, pour légitimer intellectuellement qu’on les mette à la poubelle… Certes le biologique n’est pas le tout de l’homme mais le commandement « tu ne tueras pas » inclus bel et bien le dit biologique, non ? Pour moi, la vraie question est : »l’embryon est-il un être humain ? » Si oui, il faut d’urgence dormir moins ou du moins faire quelques cauchemars. Si non, sur quoi vous basez-vous pour l’affirmer ? Une définition théologique, médicale ? La vérité, c’est que ni vous ni moi ne savons quand commence un être humain. Mais moi j’accepte de ne pas savoir et j’en tire les conséquences. J’applique le principe de précaution : quand je ne sais pas je m’abstiens, je ne jette pas à la poubelle…

  8. benoite dit :

    Bonjur,

    je voudrais revenir sur les deux dernières interventions.
    chronologiquement donc, d’abord elle de Marc :

    ‘J’ai par contre d’autres décisions à prendre, et ces décisions aussi seront informées par une réflexion théologique et philosophiques, elles aussi peuvent bénéficier de la réflexion soulevée ici par le CCNE à l’occasion de ces questions de bioéthique qui ne concernent pourtant directement que quelques professionnels hautement qualifiés..’

    chacun dans sa sphère a des décisions qu’il estiment importantes à prendre, peut-être pas chaque jour, mais en fonction du fil conducteur de sa vie, nous sommes bien d’accord mais pourquoi la bio-éthique serait-elle le privilège des seuls scientifiques ?
    est-ce qu’un scientifique vit seul sur sa planète ? parfois sans doute, allons-nous alors lui confier toute la réflexion qui elle n’est plus seulement scientifique ?

    comme le souligne ensuite sarrete-lachat :
    « Certes le biologique n’est pas le tout de l’homme mais le commandement « tu ne tueras pas » inclus bel et bien le dit biologique, non ? Pour moi, la vraie question est :
    »l’embryon est-il un être humain ? »
    Si oui, il faut d’urgence dormir moins ou du moins faire quelques cauchemars.
    Si non, sur quoi vous basez-vous pour l’affirmer ? »

    on peut penser que c’est là que les différentes tendances du protestantisme ont du mal à trouver un consensus, certaine considérant que l’embryon est déjà un être humain, et donc ne devrait pas servir à l’expérimentation (SL)
    d’autre, même si de manière plus nuancée considèrent que
    « si l’embryon ne s’inscrit pas dans un projet parental, son utilisation çà des fins de recherche est éthiquement justifiable ». (approche protestante de la FPF).

    c’est cette question qui est posée, et je ne vois pas pourquoi elle serait de la seule réflexion des scientifiques, mais vous qui lisez, vous avez peut-être une explication ?
    c’est une question qui est posée à chacun d’entre nous : c’est ce que je crois !

  9. benoite dit :

    chacun dans sa sphère a des décisions qu’il estime importantes

  10. NLM dit :

    Merci Laurent pour le PDF du rapport de 2009 – bioéthique !

    @ Benoite > « si l’embryon ne s’inscrit pas dans un projet parental, son utilisation çà des fins de recherche est éthiquement justifiable ». (approche protestante de la FPF). >>> N’EST LA SEULE des approches des sensibilités discernées. L’autre étant le souci de ne pas « chosifier » l’embryon humain par des projets humains parce que n’étant » pas sans relation, humaine ou divine »- conception qui rejoint, je pense, celle de Sarrete-Lachat que je remercie vivement pour avoir mouiller sa chemise et s’être exprimé sur ses doutes aussi sincèrement.

  11. benoite dit :

    @NLM : Peut-être trouverez-vous DANS LE MONDE DU 14 décembre, un élément qui confortera votre position et signé de
    Brice de Malherbe, père co-directeur de recherches bio-médicales au collège des Bernardins.
    cette position catholique très habile car, tout en évoquant Tertullien, n’ évoque pas la loi naturelle !
    Ce qui évite le coté dogmatique officiel du Vatican

    il semble qu’il n’y ait pas que la FPF qui soit génée aux entournures..ce qui explique certains silences.
    mais je vous suis également reconnaissante d’avoir exposé si clairement votre propre position qui si je comprends bien devrait rejoindre celle de sarrete-lachat ? 🙂

  12. NLM dit :

    Article trouvé ici : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/14/le-projet-de-loi-bioethique-renforce-l-emprise-des-adultes-sur-la-vie_1453074_3232.html
    Merci Nancy pour la référence, cet article est très intéressant.
    Paradoxalement, la citation de Tertullien – du IIe siècle ! ne m’apparait pas comme un argument recevable dans le contexte des problématiques sur les ambrions quant à savoir s’ils sont être humains véritables ou potentiellement.
    Il me parait évident que cette citation sortie hors de son contexte ne peut servir d’appui dans ce cas, c’est sans doute une position hautaine de ma part, je n’ai pas envie d’approfondir plus amplement mes connaissances sur Tertullien.Et la loi naturelle, la théologie naturelle sont des concepts à manipuler avec précaution…
    En ce qui concerne le problème de l’eugénisme, dans cet article exposé afin de tirer explicitement une sonnette d’alarme, je suis toute ouïe, parce que le risque est réel. Le risque est cette banalisation du choix individuel ou du couple offert par les services publiques et leurs « obligations » de procéder à une sélection des embryons en fonction de leur confort et selon une politique  » du moindre souci » pour la sécurité sociale ! Cela se passe à l’hôpital subventionné par nos impôts : un trisomique est un être humain en puissance … de problèmes ! ET dans cette histoire tout ce beau monde se donne bonne conscience en « éliminant  » le problème  » à la base » !!!! Je rappelle que l’hôpital et le corps médical tout entier ont pour vocation première de soigner… ( oui, je sais que on ne soigne pas la trisomie, mais on ne peut pas demander à la médecine de changer de vocation et de devenir ce qu’elle devient… avec notre consentement tacite). Il est donc vraiment important que ces comités d’ethiques fassent entendre leurs voix, et même leurs sons de cloches : Les derniers paragraphes de cet article sont effectivement le résumé du sens des débat de société que nous devrions avoir … plus souvent.

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