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un berger porte une brebis et fait paître d'autres

illustration du IIIe siècle représentant Jésus en berger sauvant les pécheurs

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Tout d’abord je tiens à vous préciser que je suis de religion catholique. Mes questions sont les suivantes :

Lorsqu’une personne que l’on aime vie dans le péché doit-on s’éloigner d’elle ou au contraire comme il est écrit dans la bible ( Luc 15 ) aller la chercher pour l’aider à retrouver son chemin même si cela prend du temps ?

Et l’aimer, l’aider, continuer à la voir, fait il de nous des pécheurs ?

Merci,

Cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Merci pour votre confiance.

Cette question est très intéressante et, comme vous le sentez très bien, la réponse est à trouver par chacun au cas par cas.

La référence à Luc 15, en particulier, est intéressante car cette série de trois paraboles de Jésus invite à répondre de façon diverses à cette question :

  • La parabole de la brebis perdue invite, à la suite du Christ et de Dieu lui-même, de nous concentrer sur les cas les pires pour aller les rechercher avec patience, sans se lasser de les chercher et de les chercher encore…
  • Par contre, le père de parabole du fils prodigue laisse son fils partir sans un reproche, sans le retenir, et ne part pas à sa recherche, ni le forcer à revenir, ni le supplier, ni l’appeler…

Alors comment choisir ? C’est précisément cela, être chrétien. Il faut observer, il faut réfléchir (souvent bible en main, comme vous le faites), il faut prier… et finalement décider dans tel cas de faire ceci.

Il y a d’abord une question de vocation.

Certaines personnes nous sont confiées en particulier, mais nous ne pouvons pas non plus courir comme Zorro ou Superman sur toutes les situations où un méchant est à l’œuvre dans la ville et pourquoi pas dans l’univers entier… Une bonne fois, il faut accepter que nous ne sommes pas Dieu, nous ne sommes mêmes pas Jésus-Christ (lui non plus n’a pas pu aller chez les papous et les esquimaux pour exhorter le méchant à progresser). Par contre nous sommes un membre du corps du Christ et dans notre mesure nous sommes appelés à être serviteur en allant vers la ou les personnes qui nous sont confiées pour les aider à avancer. Comment savoir si telle personne nous est confiée ? Cela se détermine par la réflexion, la prière, la discussion avec des personnes de confiance, et une décision personnelle. Parfois, il y a urgence à se décider, en quelques fractions de secondes, même. Il est donc essentiel d’être prêt et de s’être entraîné le mieux possible à ce principe de responsabilité personnelle.

Il y a aussi une question d’opportunité, de temps juste.

Parfois, c’est juste inutile, voire contre productif de faire quoi que ce soit et le silence est le mieux. C’est peut-être pour ça que le père du fils prodigue s’abstient tant que le fils cadet et le fils ainés ne bougent pas, mis qu’au contraire le berger cherche activement et sans relâche sa brebis perdue…

Il y a aussi une question de force.

Parfois, Jésus lui-même, renvoie parfois les foules pour prendre un temps de repos, pour manger, pour prier… Alors pour nous aussi, bien entendu. Qui veut aller loin ménage sa monture.

Et il y a la façon de faire.

Souvent, ce n’est pas en faisant la leçon aux gens qu’on les aide. C’est plutôt en les aidant à se poser des questions. C’est souvent comlme ça que Jésus faisait

Bref, comment se décider ? Saint Augustin le résume très bien dans ce texte célèbre, qui est un commentaire de la 1ère lettre de Jean :

Une fois pour toutes,
Ce bref commandement t’est donné :
Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour
Si tu parles, parles par amour
Si tu corriges, corriges par amour
Si tu pardonnes, pardonne par amour.
Aies au fond du cœur la racine de l’amour
De cette racine, il ne peut sortir que du bien.

Et, en cela consiste l’amour :
Dieu a fait paraître son amour pour nous,
en envoyant son Fils unique dans le monde,
afin que nous vivions par lui.

Et voilà en quoi consiste cet amour :
ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,
mais c’est lui qui nous a aimés le premier.

Mais de toute façon, non, nous ne pêchons pas en fréquentant des pécheurs (ou pas forcément, si on se sent contaminé, il faut s’en rendre compte et réagir). Sinon, cela voudrait dire que Jésus est un terrible pécheur en étant venu pour les pécheurs ! Nous ne pêchons pas en aimant le pécheur. On peut aimer le pécheur sans aimer ce qu’il fait, sans aimer ses fautes & ses méchancetés. C’est comme ça que Dieu arrive à nous aimer, nous, pécheurs.

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur Gaspard de Coligny

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8 Réponses à “Est-ce que l’on doit fuir les pécheurs,
ou les fréquenter pour les aider ?”

  1. benoite dit :

    Le pasteur Pernot reçoit toujours des questions de visiteurs très sensés qui permettent aussi de faire le tour de certaines questions dites « éthiques » ! merci donc à ces visiteurs.

    cette prière de st augustin est bien souvent mise à « toutes les sauces », surtout à celle de ceux que cela arrange.
    est-ce que le saint ferait cette prière dans les mêmes termes aujourd’hui ? on peut se le demander.
    « aime et fais ce que tu veux », à la limite cautionnerait l’adultère. c’est la fuite de sartre vers l’existentialisme et le vivre le moment présent, quel qu’il soit..
    est-ce ce que le saint a voulu dire ? j’ai des doutes.
    par ailleurs, on lit maintenant les textes à la lueur de la philosophie, de la psychologie, de la psychanalyse, des sciences du langage et j’en oublie surement, ce qui évite d’être trop affirmatif en se basant sur des mots qu’il faudrait bien analyser, remettre dans leur contexte etc..

    fréquenter les pêcheurs pour les aider ?
    cela serait bien une attitude « christique »..
    cela peut être aussi une forme d’accompagnement avec pas mal de risque, sachant que c’est toujours le plus fragile qui attire l’autre sur la pente : mais il faut déjà un postulat de départ : qu’il y ait eu demande d’aide ?
    ensuite bien inventorier « l’aidant » : savoir si on est bien placé/e pour être l’aidant de la situation.

    voilà une autre approche d’une réponse possible à cette question, qui ne remet pas en cause celle donnée par le Pr Pernot : juste un autre regard..:)

  2. Chère Benoite, vous dites « aime et fais ce que tu veux, à la limite cautionnerait l’adultère… » je ne crois pas, mais il y a effectivement un danger si on limite la citation de St Augustin à cette simple expression. Or, la suite de la citation montre de quel amour parle Saint Augustin ici, c’est un amour dont le projet est de faire vivre, de développer la qualité de relation. On ne peut vraiment pas dire que coucher à gauche et à droite, et encore pire tromper ceux qui vous font confiance… aillent en ce sens, bien au contraire !

    Le problème est que la langue française est bien pauvre dans son vocabulaire pour parler de l’amour. Le même verbe, aimer, sert pour dire que l’on aime le chocolat, que l’on aime son meilleur ami, que l’on aime son enfant, ou que Dieu nous aime. C’est un peu dommage, une telle pauvreté de langage, mais que faire ? Il faut expliciter, mesurer soi-même ce que l’on entend par aimer et dire de quoi on parle quand on dit aimer. C’est peut-être là une difficulté concernant les couples. Est-ce que je l’aime encore ? se demande telle personne en se levant le matin, sous entendu : est-ce que je le désire ? Est-ce que je m’intéresse encore au fait qu’il/elle vive et soit heureux ? C’est un peu ce genre de question que je cherchais à creuser dans cette prédication récente

  3. zeghni dit :

    Cher Pasteur Pernot,

    de quel amour l’Homme est-il capable? Eros et Philia sans doute, Agapè j’en doute. N’est-ce pas le sens du dialogue entre Jésus et Pierre dans Jean 21 :
    Ὅτε οὖν ἠρίστησαν λέγει τῷ Σίμωνι Πέτρῳ ὁ Ἰησοῦς, Σίμων Ἰωάννου, ἀγαπᾷς με πλέον τούτων; λέγει αὐτῷ, Ναί, κύριε, σὺ οἶδας ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ, Βόσκε τὰ ἀρνία μου.
    λέγει αὐτῷ πάλιν δεύτερον, Σίμων Ἰωάννου, ἀγαπᾷς με; λέγει αὐτῷ, Ναί, κύριε, σὺ οἶδας ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ, Ποίμαινε τὰ πρόβατά μου.
    λέγει αὐτῷ τὸ τρίτον, Σίμων Ἰωάννου, φιλεῖς με; ἐλυπήθη ὁ Πέτρος ὅτι εἶπεν αὐτῷ τὸ τρίτον, Φιλεῖς με; καὶ λέγει αὐτῷ, Κύριε, πάντα σὺ οἶδας, σὺ γινώσκεις ὅτι φιλῶ σε. λέγει αὐτῷ, Βόσκε τὰ πρόβατά μου.

  4. Ah, précisément. Je voulais lire ce passage de la finale de l’Evangile selon Jean aussi pour cette prédication sur la philia et l’agapè. Mais ça faisait une lecture trop longue, et un argument trop long.

    Cette danse entre les phileo et les agapao de ce texte n’est pas facile à interpréter de façon simple et univoque. Mais on peut se dire que, comme d’habitude, Pierre n’a pas peur de dire ce qu’il a dans le cœur, sans crainte de paraître arrogant. Alors quand Jésus lui demande s’il a de l’agapè pour lui, il répond en disant qu’il est infiniment au-delà de cela, qu’il l’aime d’amitié. Quand Jésus lui demandait si Pierre l’aimait d’agapè, il est possible qu’il avait en tête de lui dire ensuite d’avoir de l’agapè pour l’humanité, qui est son corps, en ayant pour cette humanité une attention comme celle qu’un berger peut avoir pour ses moutons. En général, un berger n’aime quand même pas ses moutons de philia, mais il a une attention pour chacun, pour assurer sa sécurité, sa nourriture, sa santé, juste un peu d’agapè. Ce qui est déjà fort grand.

    Si l’agapè était impossible à l’homme, l’argument de Jésus ne tiendrait pas. Pierre n’aurait pu répondre en toute honnêté qu’il aimait Jésus, et donc Jésus n’aurait pu lui commander d’aimer un peu les humains, comme un berger le fait pour ses brebis.

    Mais bon. Ce passage peut être lu aussi comme vous dites. Et c’est ce qui est entendu d’habitude, comme je le souligne au début de ma prédication : le plus souvent, les commentateurs disent que l’agapè est inatteignable, divin. Cela me semble inexact et démobilisant… mais bon, il arrive que la foule innombrable ait raison contre la minorité.

  5. zeghni dit :

    Cher Pasteur,
    la question est évidemment très complexe et je peux souscrire à votre avis. Néanmoins, je doute que ce dialogue très fin en grec ai pu avoir lieu entre Jésus et Pierre. On peut en effet douter que Pierre parla grec.
    Cela m’amène a tenter de rechercher derrière le texte, le motif de celui qui l’a écrit. Jean 21 est obscure et le passage cité est sans grande continuité avec ce qui précède. Peut être fait-il écho aux trois reniements de Pierre?
    En tout cas merci pour vos lectures toujours passionnantes et stimulantes.

  6. Cher Sylvain, c’est vrai que l’Evangile selon Jean se terminait à l’origine en Jean 20:30-31 et que des épisodes ont été ajouté par la suite. On entend souvent que cette triple question de Jésus sur l’amour que Pierre lui porte renverrait au triple reniement de Pierre. C’est une hypothèse intéressante et dont il est possible de tirer du sens. Ce rapprochement n’est toutefois pas évident, et n’épuise pas d’autres lectures possibles.

  7. AVOCE dit :

    Non, je ne dois pas fuir le pécheur mais plutôt lui parler des commandements de Dieu

    Merci

  8. Angelico dit :

    Tout d’abord merci aux pasteurs de l’Oratoire pour ce blog vraiment riche d’enseignements et de sujets de réflexion.
    En m’y promenant, je suis tombé sur ce sujet ancien, mais qui cependant m’a interpellé : « Est-ce que l’on doit fuir les pécheurs, ou les fréquenter pour les aider ? »… « doit-on se rapprocher des pécheurs ou doit-on s’en éloigner, parce que cela ferait de nous des pécheurs ? »
    Les réponses très vraies qui y sont données ne me semblent pas cibler pour autant ce que cette question pose en réalité : il y aurait donc des non-pécheurs contaminables par les pécheurs ?… (une conception typique de l’ancienne alliance s’il en est).
    Y a-t-il des non-pécheurs ?… ne sommes nous donc pas tous pécheurs ?… pécheurs parmi les pécheurs… la seule chose différenciant un chrétien n’est-il pas d’être porteur d’un message exceptionnel ne nous appartenant pas, au delà du formalisme moral, d’un chemin du salut ne devant rien à nos effort ?… Jésus Christ, le Seigneur, ne nous enseigne t-il pas par son don unique de lui-même : le par-don, d’une grâce offerte à tous par notre « Père », et que personne ne mérite.
    Une bonne nouvelle que l’on annonce, il me semble, de toutes les manières et à toutes occasions quand cela anime réellement notre vie.

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