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labyrinthe

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je vous remercie de prendre le temps de lire ces messages. C’est avec une confiance authentique, simple et fraternelle que je sollicite votre regard extérieur de pasteur…

Voici : j’ai l’impression que depuis toujours ces interrogations sont permanentes dans ma tête, dans ma vie, dans mon cœur, dans mes tripes : Seigneur, comme je suis sûre que le bonheur est lorsqu’on te suis totalement !!! Ni oui, ni non, ma réponse est toujours tiède… Pourtant, les plus beaux moments de mon existence, les instants forts où je me sens vraiment vivante, il me semble clairement que ce soit en le cherchant dans la confiance et dans les autres que je crois habités par cette Vie…

Mon problème est clairement là : j’ai tout pour être heureuse, deux garçons adorables, un mari avec qui je partage cette recherche de « je ne sais pas quoi » finalement, j’ai même un travail passionnant qui me permets d’être en relation avec d’autres, de faire un bout de chemin avec eux…. bref, il me semble que je devrais être comblée….

Il n’y a rien de logique ni de raisonnable dans cette histoire… Parce que l’envie qui m’habite depuis toujours (je souhaitais être religieuse avant de me marier) c’est l’audace de vivre autre chose, de prendre le risque de suivre vraiment le Seigneur, de vivre de cette confiance. Je trouve cela ridicule car il me semble que je devrais pouvoir répondre ici à cet appel simplement, sans chercher je ne sais quoi ailleurs… Mais pourtant, et cela de manière continuelle dans ma vie, dans tous les moments de mon quotidien, c’est un désir lancinent et récurent…

Alors je me dis : bon, concrètement, sois j’arrête vraiment de me prendre la tête (mais j’arrive pas…) ou bien je mets ma vie en accord avec ce qui me fais tant envie… est-ce que je fais un pas ou est-ce que je reste rangée? Je peux oser ou c’est juste mon cerveau féminin mal boutiqué qui me pousse à fuir tout ce qui me dérange? Et puis qu’est-ce que je fais : études de théo (le rêve mais bon, je ne sais pas si c’est bien ma place…)??? Une année de vie un peu plus solidaire avec le Defap? Autre chose????!!!

Besoin de vivre, en liberté et en vérité, d’oser arrêter de résister et d’enfin être moi-même… en plus c’est ce bonheur et cette passion de la vie que nous voulons transmettre à nos enfants… Alors comment faire?

Je viens de vous dépeindre ma vie en quelques lignes, excusez moi si c’est illisible…Est-ce que ça vous parait délirant ou pensez-vous sincèrement que le Seigneur peut bien vouloir avoir besoin de moi aussi quelque part autrement? Pourquoi cette question ne me laisse pas tranquille?

Si vous avez des éléments de réponse… je les attends avec impatience!

Merci beaucoup de m’avoir lue!

Encore merci pour votre travail,

Très fraternellement.

Réponse d’un pasteur :

J’adore le coup du « cerveau féminin mal boutiqué » !

Et merci pour ce très beau témoignage. C’est la vie qui s’exprime par vous. La vie est ainsi faite. Nous sommes à la croisée des chemins. Bravo de vous en rendre compte, tant de personnes,hélas, ne s’en rendent pas compte, et du coup, ne vivent pas vraiment leur vie en sujet de leur vie, mais en spectateur, comme dans un train que l’on suppose toujours savoir où il va (bien que récemment, nous avons entendu aux informations qu’un train avait conduit ses passagers à une destination imprévue).

Et oui, parfois, le choix est délicat.

En particulier quand nous vient en tête d’opérer un choix radical.

  • Encore, j’allais dire, quand ce choix est de l’ordre de la qualité, comme de s’ouvrir à une dimension de foi pour un athée, par exemple, c’est facile car tout peut continuer comme avant mais avec une dimension de plus. On peut rester dans la même ville, avec son conjoint et ses enfants habituels, ses loisirs, et en général en gardant son travail (bien que parfois certaines personnes se sentent invitées à en changer ensuite pour des questions d’éthique, mais cela reste exceptionnel). Finalement, dans ce cas là, le choix est certainement gagnant gagnant. On essaye pour un certain temps, mettons un an ou deux, ce sera de toute façon enrichissant comme expérience, et on voit après.
  • Mais parfois, il arrive à une personne une idée de changement dans ses engagements de ce monde : changer de conjoint pour en essayer un tout neuf plus rigolo, reprendre des études pour changer de métier, partir au Malawi pour une mission humanitaire, vendre son appartement pour voyager en bateau autour du monde…

Dans ce second cas, la décision est plus risquée, le retour en arrière étant parfois délicat. Est-ce que le conjoint « nous reprendra » après une aventure ? Quel impact sur les enfants, la famille, les amis ? Est-ce qu’après 1 an ou 2 à faire autre chose, est-ce que je serai encore compétent dans mon métier, tout évoluant si vite ?

Je dirais que 9 fois sur 10, le bon choix est de ne pas opérer de brusques bifurcations.

  • D’abord parce que l’héroïsme est terriblement romantique. Le « tout quitter » pour suivre le Christ, ou pour suivre sa vocation personnelle (chacun son langage) nous fait un peu rêver. Et puis, précisément, nous connaissons très bien notre vie actuelle, avec sa part de bien et demal, avec ses mille petites et grandes choses qui nous fatiguent, nous déçoivent, et les bonheurs que nous ne remarquons même plus… Par contre, le changement radical nous fait rêver de nouveaux cieux et d’une nouvelle terre, et même si nous savons, intellectuellement parlant, que tout ne sera pas rose non plus, cela reste virtuel et du coup, c’est nettement plus sympathique. L’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin…
  • Et puis, nous avons bon cœur. Nous regardons un reportage sur les enfants du Laos, nous nous laissons toucher, bien entendu, et quand ensuite, dans la prière, nous plaçons notre vie devant Dieu pour faire un peu le point avec lui et grâce à lui… tout naturellement, nous pouvons avoir l’impression que Dieu nous envoie au Laos sauver les enfants… Et c’est bien de nous ouvrir à ça, peut-être, oui, que Dieu nous lance cet appel personnellement, mais peut-être pas.
  • Souvent l’héroïsme est de continuer à tracer notre sillon, de l’évangéliser, précisément, de le transcender. L’héroïsme c’est souvent d’ouvrir les yeux sur ceux que nous croisons (la parabole du bon samaritain de Luc 10, c’est aussi cela) et d’avoir le courage de l’action modeste, qui elle aussi change le monde, même si nous n’aurons pas le moindre bout de légion d’honneur pour ça, ni même de remerciements d’ailleurs, en général. Il y a tant de belles choses à faire dans sa paroisse, comme parent d’élèves, dans un parti politique, dans une association d’entraide…

Il reste quand même 1 fois sur 10 où c’est absolument génial de le faire. Je peux le dire d’autant plus tranquillement que j’ai moi-même changé radicalement en démissionnant d’un grade et d’un métier vraiment intéressants dans l’administration, sans filets, pour m’engager dans des études de théologie alors que je ne pouvais pas être certain que l’Eglise Réformée m’accepterait comme pasteur… Et franchement je ne regrette pas, d’avoir bifurqué.

Tout dépend de tant de choses, de fins paramètres, de hasards aussi, d’instant juste, de rencontres.

Mais bon. Ne dramatisons pas quand même. Il faut se donner les moyens de choisir, comme vous le faites, en se posant des questions, en posant des questions aux autres autour de soi, en priant… Pas la peine de réfléchir mille ans non plus, juste le temps de faire un peu le tour. Ensuite on choisit et hop, point de regard en arrière (comme la femme de Lot). De toute façon, Dieu nous promet de nous accompagner sur la route que NOUS choisissons, pas seulement sur la route que lui aurait choisie pour nous. Il n’est pas comme ça, il est bien plus souple, bien plus ouvert, bien plus responsabilisant que ça.

C’est à nous aussi, qu’il donne cette bénédiction : Vas, je suis et je serai avec toi, je te garderai partout où tu iras, je ne t’abandonnerai pas,

& Amitiés

Gaspard de Coligny

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Une Réponse à “Sacrée question : dois-je tout quitter pour vivre autre chose ou dois-je rester bien rangée ?”

  1. Tigreek dit :

    Si on se pose vraiment des questions, on peut aussi faire de la théologie en études à distance… Ca demande un engagement (et encore), mais ça permet de garder sa situation tout en effectuant un discernement, et voir ensuite si on va plus loin (en douceur) ou pas…

    C’est possible
    – à l’IPT, Paris : http://www.iptheologie.fr/page.php?ref=distance&ou=par
    ou Montpellier : http://www.iptheologie.fr/page.php?ref=distance&ou=mon
    – à Strasbourg : http://www.premiumorange.com/theologie.protestante/absentia/index.php
    (et en version catho http://www.theocatho-strasbourg.fr/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=130&Itemid=431 )
    – à Genève : http://www.unige.ch/theologie/distance/index.html

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