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Question d’une visiteuse :

Bonjour Messieurs les pasteurs,

Juste avant de vous retrouver très prochainement, je viens à vous car plusieurs questions existentielles me taraudent :

  1. pourquoi la vie est-elle aussi dure pour les gens « biens » et ménage mieux les gens ordinaires voire mauvais ?
  2. le malheur a-t-il toujours un sens ?

Je m’explique :

1- sur ma question 1 :

Actuellement, trois de mes amis les plus louables (au sens : honnêtes, loyaux, aimants) traversent des épreuves personnelles éprouvantes : l’un, profondément amoureux de sa femme, s’est vu quitté par elle brutalement ; l’autre, épouse et mère aimante doit faire face à un mari dépressif et acariâtre qui fait régner un climat tendu et déprimant dans son foyer, la dernière, femme travailleuse, profondément humaine et dévouée aux autres, ne parvient pas à trouver d’emploi stable et voit les années passer et l’espoir de fonder une famille se réduire de jour en jour alors qu’elle a un contact extraordinaire avec les enfants.

Vous me direz : la bonté n’est pas une assurance contre le malheur.
Mais moi je trouve que le malheur frappe plus facilement les gens bons. Les gens aigris ou névrosés se protègent du malheur plus facilement au détriment des autres, ou leurs malheurs découlent souvent de mauvais choix ou d’une volonté de ne pas voir, de leur part.

Pourquoi la gentillesse et la bonté ne sont-elles pas récompensées ? Les qualités telles que la gentillesse sincère et l’amour vrai sont si rares. Pourquoi n’est ce pas mieux récompensé alors que le message du Christ est un message d’amour ?
Pourquoi les sentiments idéaux sont-ils si brutalement bafoués (ruptures, moqueries ..) ? s’il faut apprendre à les concilier avec les réalités, un apprentissage en douceur pour nuancer les idéaux pourrait suffire, au même titre que l’on apprend à ne plus être si catégorique ou à nuancer ses positions. Quand il s’agit d’amour, non : la leçon est infligée dans la douleur.

2- sur ma question 2 :

Le fils d’une connaissance a eu un accident dont il est ressorti sans pouvoir émettre de mouvement ni parler. Il pouvait vivre sans assistance extérieure, mais affaibli, allongé et pouvant seulement bouger les yeux ou sourire. Il vivait sans vivre, pour résumer.
Il avait 13 ans lors de l’accident. Il est mort il y a 2 semaines, à l’âge de 19 ans. 6 années de cauchemar. Pour lui, pour sa famille, avec pour issue : la mort.

Je comprends le malheur quand il peut être transformé. La maladie qui va forcer à faire appel à de nouvelles ressources. Le malheur qui va souder les liens. Là je ne comprends pas. Il n’y a avait pas d’espoir de guérison, pas de délivrance par la mort, et la souffrance quotidienne et cruelle, pour tous.

Pourquoi ?
Ai-je tort en pensant que tout a un sens ?
Qui peut surmonter de telles épreuves, comment ?

Je vous remercie par avance pour vos éclairages.
Je pense assister à la conférence sur les vérités scientifique et religieuse, mardi prochain.
J’espère que votre rentrée se passe bien et surtout que vous et vos familles vous portez bien !

Merci à vous et au plaisir de vous retrouver très bientôt,

Réponse d’un pasteur :

Chère Isabelle

Cette interrogation est très juste, elle répond à une cuisante constatation en effet. Et cette légitime révolte est millénaire, déjà dans les Psaumes :

Psaumes 73
1 Oui, Dieu est bon pour ses enfants,
pour ceux qui ont le cœur pur.
2 Toutefois, mon pied allait fléchir,
Mes pas étaient sur le point de glisser;
3 Car je portais envie aux insensés,
En voyant le bonheur des méchants.
4 Rien ne les tourmente jusqu’à leur mort,
Et leur corps est chargé d’embonpoint;
5 Ils n’ont aucune part aux souffrances humaines,
Ils ne sont point frappés comme le reste des hommes.
6 Aussi l’orgueil leur sert de collier,
La violence est le vêtement qui les enveloppe;
7 L’iniquité sort de leurs entrailles,
Les pensées de leur cœur se font jour.
8 Ils raillent, et parlent méchamment d’opprimer;
Ils profèrent des discours hautains,
9 Ils élèvent leur bouche jusqu’aux cieux,
Et leur langue se promène sur la terre.
10 Voilà pourquoi son peuple se tourne de leur côté,
Il avale l’eau abondamment,
11 Et il dit: Comment Dieu saurait-il,
Comment le Très-haut connaîtrait-il?
12 Ainsi sont les méchants:
Toujours heureux, ils accroissent leurs richesses.
13 C’est donc en vain que j’ai purifié mon cœur,
Et que j’ai lavé mes mains dans l’innocence:
14 Chaque jour je suis frappé,
Tous les matins mon châtiment est là.
15 Si je disais: Je veux parler comme eux,
Voici, je trahirais la lignée de tes enfants.
16 Quand j’ai réfléchi là-dessus pour m’éclairer,
La difficulté fut grande à mes yeux…

Dans la suite, le Psalmiste dit que sans doute Dieu savonne la planche sur laquelle ils se tiennent, le Psalmiste en est peu sûr, en réalité, et finalement il me semble dire que s’il tient à Dieu c’est par pur attachement, en fait. Et c’est bien ainsi.

Mais est-ce que ce serait vrai que les méchants sont rayonnants comme des cèdres et les justes sont accablés de peines ?

Oui et non, je pense.

Non, je ne crois pas que l’on aurait plus de catastrophes quand on est juste que quand on fait n’importe quoi. Le même cyclone passe sur la maison du juste et sur celle du pêcheur. Bon, c’est vrai que le pauvre qui n’a qu’un bidonville est plus mal parti que le riche avec sa maison en pierre de taille qui a en plus un appartement à Paris, Londres, New-York… Mais le cyclone s’en fiche, il est du chaos et donc passe au hasard, sans méchanceté ni calcul là où le vent l’emmène. Dieu n’a pas fait le cyclone, il ne peut l’empêcher, il n’y a pas non plus d’influence des astres, bien entendu, qui ferait que les personnes qui sont du scorpion ascendant poulet auraient plus de risque de voir leur maison frappée. Dieu n’est qu’une source d’évolution de la nature qui d’une certaine façon fait reculer le chaos et invite à une certaine évolution. L’état de la nature aujourd’hui permet à des cyclones et des cancers d’exister, ce n’est pas que cela amuserait Dieu de voir ce chaos écrabouiller des vies, ni que ce ne serait pas pour lui une source de peine, mais c’est dû au fait que nous soyons dans une création encore en genèse. Et heureusement, en fait que nous sommes dans une création en genèse, heureusement que Dieu nous invite à une œuvre créatrice pour faire avancer les choses et aider les gens.

Donc, les justes et les méchants sont frappés de la même façon par une bonne partie des catastrophes. Et c’est terriblement injuste, oui. Et cette souffrance n’a absolument pas de sens, elle n’est que chaos.

Il existe d’autres types de catastrophes, quand même les gens qui font n’importe quoi sont plus frappés que les autres. Ceux qui mangent mal, vivent de façon chaotique attrapent plus de cancers et ont plus d’accidents que les gens qui réfléchissent et se contrôlent. Quand même. Cela ne veut pas dire  que ça satisferait quand même Dieu de voir les fumeurs choper un cancer du poumon et mourir à petit feu. Non, Dieu n’est pas du tout du genre à penser « bien fait pour lui ». Là encore, il souffre de cette peine qui reste une peine cruelle et injuste. On ne torture pas à mort son enfant pour le punir d’une gourmandise stupide. Dieu non plus. On pourrait dire que cette souffrance a un sens, elle est relativement déterminée, même si ce n’est que par des probabilités relatives.

Mais je suis d’accord qu’il existe quand même des catastrophes de la vie qui frappe plus les gens qui vivent en mettant tout leur cœur que le salaud égoïste et sans cœur. C’est vrai. Aimer c’est avoir une vie plus vivante et plus belle, pleine de vraies joies… Mais aimer c’est aussi souffrir quand les autre souffrent, c’est se sentir concerné par l’évolution du monde, se sentir concerné par les difficultés des autres, se sentir motivé pour les aider à avancer, à s’épanouir. Et donc aimer cela n’apporte pas que de la vie bonne et des joies vraies, ça apporte aussi de la fatigue, de la souffrance et des préoccupations. Bien sûr. Le salaud égoïste vit bien tranquillement à profiter béatement sans se poser de question, sans regarder ni à droite ni à gauche ce que deviennent les autres. Bon, à y bien réfléchir, je pense qu’il passe à côté de la vie. Mais c’est précisément parce que le choix n’est pas évident que c’est un vrai choix.

La bonté n’est pas un talisman pour se protéger du malheur. Tant s’en faut. Le Christ en sait quelque chose ! La bonté n’est pas récompensée par de la chance. Cela ne marche pas comme ça. De bons parents ne donne pas moins de steack à leur fils turbulent qu’à leur fils plus sage. Ils veulent pour l’un et pour l’autre le meilleur. Dieu est comme cela. Il cherche à donner le meilleur de la vie au juste comme au salaud (Matthieu 5:45).

Mais il y a quand même, sincèrement, une récompense pour celui qui fait ce qu’il peut : il a une certaine joie, je ne dirais pas une fierté mais le sentiment d’avoir essayé de faire pas trop mal, de faire ce qu’il peut. Il a ce sentiment devant Dieu, même s’il a honte de ce qu’il n’a pas fait parfaitement, au moins il y a quelques petites choses et c’est déjà une joie, et même un bonheur. Il y a aussi la joie d’un certain résultat, parfois. On a aidé quelqu’un, il n’en a peut-être pas de reconnaissance (parfois même, au contraire, il nous en veut d’avoir eu besoin d’aide), mais qu’importe, on sent que l’on a fait quelque chose, on a vécu, ça a, là oui, un certain sens.

C’est ainsi que le malheur qui frappe un garçon qui reste 6 ans à souffrir à moitié mort-moitié vivant,ce malheur n’a pas de sens. Mais l’effort du garçon pour vivre a un sens. Mais l’effort de ses parents, des équipes de soins, ces efforts là, ce cœur a un sens énorme et embellit le monde. Cela a d’autant plus de sens que la vie n’était plus que ténue : ensemble ils ont montré la valeur et la dignité de la vie humaine, un dignité inouïe, folle. Et cela donne envie de se battre pour protéger cette vie, mieux protéger des accidents, aider les gens à prendre conscience que cette vie peut être embellie, protégée, développée.

Mais oui, la vie a été dure pour ces gens qui se sont battus. Un égoïste, un jouisseur aurait dit : on débranche ! on pique ! Cette vie ne vaut pas d’être vécue !  injuriant au passage tous les autres souffrants, les handicapés et leurs familles,les médecins et les infirmières qui se battent chaque jour pour eux…

Oui, cela mérite bien d’y penser. Ce rapport au mal est sans doute une des questions essentielles.

Bien amicalement

Marc

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