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Charles Péguy (1873 - 1914) Painted by Jean-Pierre Laurens. http://commons.wikimedia.orgVoici un passage de Péguy que j’ai recopié dans son recueil « Le Porche de la deuxième vertu ». C’est un long poème en vers libres. C’est parfois ennuyeux parce que cela peut-être très mystique catho, mais il y a de temps en temps des passages splendides. Le titre est de moi, par ce qu’il faut bien individualiser. La conclusion du passage est merveilleuse: Qu’est-ce qui est au dessus de tout (héritage):
La bénédiction de Dieu qui est sur sa maison et sa race (lignée).
La grâce de Dieu qui vaut plus que tout.

amitiés

François

Ils habitent sa mémoire et son cœur et son âme et les yeux de son âme.
Ils habitent son regard.
Dans un éclair il voit ses trois enfants qui jouent et qui rient au coin du feu.
Ses trois enfants, deux garçons et une fille.
Dont le père est devant Dieu.
Son aîné, son garçon, qui a eu douze ans au mois de septembre.
Sa fille qui a eu neuf ans au mois de septembre.
Et son cadet qui a eu sept ans au mois de juin.
Ainsi la fille est au milieu.
Comme il convient.
Afin qu’elle soit défendue par ses deux frères.
Dans l’existence.
Un avant, l’autre après.
Ses trois enfants qui lui succèderont et qui lui survivront.
Sur terre.
Qui auront sa maison et ses terres.
Et s’il n’a point de maison et de terres qui auront du moins ses outils.
(S’il n’a point de maison et de terres ils n’en auront point non plus.
Voilà tout.)
(Il s’en est bien passé pour vivre. Ils feront comme lui. Ils travailleront.)
Sa hache et sa cognée et sa serpe et sa scie.
Et son marteau et sa lime.
Et sa pelle et sa pioche.
Et sa bêche pour bêcher la terre.
S’ils n’héritent pas sa maison et sa terre.
Au moins ils hériteront ses outils.
Ses bons outils.
Qui lui ont servi tant de fois.
Qui sont faits à sa main.
Qui ont tant de fois bêché la même terre.
Ses outils, à force de s’en servir, lui ont rendu la main toute calleuse et luisante.
Mais lui, à force aussi de s’en servir, il a rendu poli et luisant le manche de ses outils.
Et à force de travailler il a la peau aussi dure et aussi tannée que le manche de ses outils.
Au manche de ses outils ses fils retrouveront, ses fils hériteront la dureté de ses mains.
Mais aussi leur habileté, leur grande habileté.
Car il est un bon laboureur et un bon bûcheron.
Et un bon vigneron.
Et avec ses outils ses fils hériteront, ses enfants hériteront.
Ce qu’il leur a donné, ce qu’il ne pourrait leur ôter.
(Presque pas même Dieu.)
(Tant Dieu a donné à l’homme.)
La force de sa race, la force de son sang.
Car ils sont sortis de lui.
Et ils sont Français et Lorrains.
Fils de bonne race et de bonne maison.
Or bonne race ne peut mentir
Fils de bonne mère.
Et par-dessus tout ce qui est par-dessus tout avec ses outils et avec sa race et avec son sang ses enfants hériteront.
Ce qui vaut mieux qu’une maison et un morceau de terre à laisser à ses enfants.
Car la maison et la terre sont périssables et périront.
Et la maison et la terre sont exposées au vent de l’hiver.
A cette bise aigre qui souffle dans cette forêt.
Mais la bénédiction de Dieu n’est soufflée par aucun vent.
Ce qui vaut mieux que les outils, ce qui est plus laborieux plus ouvrier que les outils.
Ce qui fait plus de travail que les outils.
Et les outils finissent tout de même par s’user.
Comme l’homme.
Ce qui vaut mieux, ce qui est plus durable que la race et le sang.
Même.
Car la race même et le sang sont périssables et périront.
Excepté le sang de Jésus.
Qui sera versé dans les siècles des siècles.
Et la race même et le sang sont exposés au vent de l’hiver.
Et il peut y avoir un hiver des races.
Avec sa maison peut-être s’il en a une et sa terre.
Avec ses outils sûrement et sa race et son sang ses enfants hériteront.
Ce qui est au-dessus de tout.
La bénédiction de Dieu qui est sur sa maison et sa race.
La grâce de Dieu qui vaut plus que tout.
Il le sait bien.
Qui est sur le pauvre et sur celui qui travaille.
Et qui élève bien ses enfants.
Il le sait bien.
Parce qu’il l’a promis.
Et qu’il est souverainement fidèle dans ses promesses.

L’Héritage
Le Porche du Mystère de la deuxième Vertu
Charles Péguy.

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Une Réponse à “Qu’est-ce qu’un homme peut transmettre de mieux à ses enfants ?”

  1. Le Mecreant dit :

    Tres beau !!!! ça donne a penser.

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