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icône du Christ

Icône du Christ sauveur, par Andrey Rublev

Question d’un visiteur :

Bonjour,
Tout d’abord je vous remercie infiniment pour votre « petit dico de théologie » et pour vos sermons qui j’en suis sur, enrichissent la foi de nombreuses personnes ( dont je fais parti!). J’ai récemment eu un aperçu de la théologie orthodoxe, et sa dimension mystique m’a fasciné. En effet (et si j’ai bien compris), selon cette théologie, « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu« . Il s’agirait ici pour l’homme de s’élever constamment vers Dieu, de demeurer dans sa présence car l’homme étant fait à son image, sa nature serait de s’unir à son créateur. Ainsi, on se rendrait compte de la dimension éternelle de notre être, (je remarque un lien avec le théologien Paul Tillich qui disait que Dieu est l’essence de l’être), ce qui reviendrait à « gagner » la vie éternelle.
Je voudrai savoir si la mystique a une place dans la théologie réformée, si celle ci l’accepte/l’encourage, ce qu’elle pense des prières répétées (non pas mécaniquement mais avec « coeur » et « esprit »), de la méditation etc. Pourriez vous m’éclairer aussi, je vous prie, sur la signification de l’expression « résider dans la maison de l’Éternel » (psaume 23).

En vous remerciant par avance de votre réponse,
Très cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

Merci pour les encouragements, c’est bien sympa de nous soutenir ainsi dans nos efforts en nous faisant savoir que cela est utile !

Notre façon d’être chrétien valorise d’autant plus la mystique que le dogme est désacralisé. En effet, pour nous, la doctrine reste un fruit de l’expérience mystique et de la réflexion personnelle, et la doctrine a pour but d’ouvrir dans un cheminement spirituel et existentiel vers le Père, la doctrine est donc importante mais toujours seconde, que ce soit en amont ou en aval, par rapport à l’expérience de Dieu.

Certaines formes de christianisme considèrent que les formules théologiques, les rites, les liturgies, les images sont sacrées… c’est bien leur droit, mais nous préférons ne considérer comme sacré que Dieu et donc la vie qui vient de Dieu, et garder en tête que la religion est sans cesse à réformer, sans cesse à convertir pour une plus grande fidélité à Dieu dans les circonstances particulières de notre vie.

Je ne sais pas si nous exprimerions comme ça « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu », principalement à cause de l’idée que « l’homme se fasse Dieu », cela me semble exagéré.

  1. Ce n’est pas « l’homme qui se fait lui-même », mais en communion avec Dieu, l’homme et Dieu ensemble peuvent créer l’homme que nous serons demain. Il me semble que c’est cela qui est précisément le point clef de l’incarnation. L’homme renonce à vouloir se faire lui-même pour se faire avec Dieu, en se laissant féconder par l’Esprit-Saint.
  2. Et quant à « se faire Dieu », cette idée me semble totalement étrangère à l’Évangile du Christ où il est plutôt question de se reconnaître enfant de Dieu par adoption (Rom. 8:16), et de saisir que l’on peut devenir, non pas Dieu, mais « devenir enfant de Dieu » (Jean 1:12).

J’aime mieux la façon dont vous exprimez cette expérience de foi à partir de la pensée de Paul Tillich.

Et donc oui, la foi protestante encourage la mystique, il encourage particulièrement la prière personnelle régulière, intime, dans la plus grande sincérité possible, de la façon la plus personnelle possible. C’est pourquoi nous ne sommes en général peu portés sur les prières répétées. Nous sommes nombreux à utiliser des prières apprises par cœur ou lues comme le « Notre Père » ou des Psaumes pour entrer en prière, mais comme une préparation, un entrainement, ou parfois comme un pis-aller quand nous n’avons pas la force de trouver nos propres mots ni de faire un peu silence en nous-mêmes. Le cœur et l’Esprit sont donc plutôt mis à présenter à Dieu sa propre vie et celle du monde qui nous entoure, nos louanges, nos remords et nos projets, nos espoirs… afin de recevoir un éclairage et une force, un élan d’évolution et de vie, une espérance vraie.

Dans un sens cette mystique n’est pas une mystique pour la mystique, une simple contemplation qui pourrait parfois confiner à la transe mystique, mais une prière qui est en lien avec l’incarnation dont je parlais plus haut, quelque chose qui est en lien avec la vie présente pour laisser Dieu y apporter son souffle, qu’il nous fasse évoluer et inspire des paroles et des actes qui transforment le monde.

Donc plutôt que cette magnifique extrapolation « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu«  je m’en tiendrais volontiers à ce que dit l’Évangile selon Jean : La Parole de Dieu a été faite chair… pour que l’homme « ait le pouvoir de devenir enfant de Dieu ».

Dans le Psaume 23, la phrase « résider dans la maison de l’Éternel » est particulièrement passionnante car elle comporte un double sens qui nous concerne en tout temps. Ces mots hébreux peuvent se traduire de deux façons parce qu’il y a ambiguïté sur le verbe qui est ici décliné, cela dit tout aussi bien « je demeurerai » et « je reviendrai » dans la maison de l’Éternel, exprimant cette réalité de notre être qui est toujours à la fois :

  • déjà enfant de Dieu, déjà en communion avec lui, déjà vivant, créateur, bon et saint, déjà éternel avec et par Dieu,
  • et toujours encore aussi à se convertir, appelé à s’ouvrir à l’action créatrice de Dieu, à son pardon, à sa sanctification…

Voir cette prédication, par exemple.

Amitiés fraternelles

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8 Réponses à “La mystique orthodoxe et la mystique protestante ?”

  1. Eric78 dit :

    Bonjours,je ne dirai pas que l’homme devienne Dieu,mais que l’on se reconnecte a son essence réelle(Père) qui nous est montré par le Fils.

    Il ne s’agit pas de remplacer Dieu, mais bien de le reconnaître comme notre substance essentielle(Père) et lui a ce moment nous reconnais aussi comme Fils.Ce que nous avons toujours été dans son éternité.

    La Mystique dont vous parlez n’est pas présente que chez les Orthodoxes » mais aussi chez les Catholiques et certains mouvement de pensée protestant et fait aussi partie des écris des « Pères de l’Eglise »

    Cordialement.

  2. Jacques dit :

    Bonjour,

    Un Carl-A. Keller aurait donné 100% raison à l’existence d’une mystique protestante chez Calvin.

    Il me semble qu’une prédic à l’oratoire avait été faite s’appuyant sur Maître Eckhart et le néant au moment de l’expérience de Paul. Si je ne me trompe pas, il était même fait référence au Nuage de l’Inconnaissance, mystique que j’affectionne particulièrement et qui me semble bien coller avec l’esprit réformé. Cela permet également de faire des ponts avec Jean de la Croix et la mystique orthodoxe.

    L’orthodoxie dit par ailleurs en s’appuyant sur Grégoire Palamas que l’homme ne s’unit pas à l’essence de Dieu mais à ses énergies (comprendre sa Grâce, ses opérations, ses oeuvres par lesquelles il est présent dans la création). L’essence demeure inaccessible et inconnaissable.

    Pour ma part je trouve que c’est un bon moyen pour transcender le mental et les catégories de la pensée auxquelles nous pouvons être habitué. La lecture de la Bible et les dogmes peuvent être compris d’une façon plus intériorisée, expérimentale, empirique.

    Cordialement.

  3. Jean dit :

    Pour que l’ homme se fasse Dieu : pour que l’homme se fasse Pauvreté, pour que l’homme se fasse Amour, Infini, Joie, Eternité, Vie… pour que l’homme se fasse Homme, tout simplement !!!  » Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi… »

  4. Jean dit :

    Pour que l’homme se fasse Dieu…
    je l’entend comme:  » pour que l’homme se fasse Amour  »
    Dieu est Amour, Dieu est pauvreté. Dieu / l’Amour est pauvre car il est génereux.
    Et il est tellement génereux qu’il va jusqu’a se donner lui meme, l’Amour est une totale désappropriation. ( la seule proprieté en Dieu etant Don infini ). Dieu n’a pas de chez lui, son chez lui, c’est chez nous !
     » Les renards ont des tanieres, mais le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit ou poser sa tete…  » Dieu est communion, (je souperai avec lui et lui avec moi …) il s’agit de liberer Dieu en nous…

  5. Cédric dit :

    Oui, c’est bien cela : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. Cette espérance devrait être partagée par tous les chrétiens, quelque soit leur confession, car cette affirmation est celle des Pères de l’Eglise qui sont communs, je vous le rappelle, à toutes les confessions chrétiennes puisqu’antérieurs de très loin aux schismes qui ont divisé la chrétienté. Par ailleurs, il suffit de lire la Bible non avec notre intelligence et nos pensées humaines, mais à la lumière de l’Esprit Saint : sans cela, nous ne pouvons pénétrer la sève de la Révélation, et nous restons dans la confusion du monde. La Bible le dit : vous êtes des dieux ! Mais combien peu de chrétiens sont effectivement des dieux : nous ne sommes pas appelés par le Christ pour former un groupe gentil, charitable et avoir une vie améliorée d’un peu d’espérance humaine. Non : le Christ appelle les hommes à la vie divine dès maintenant, car il l’a dit, « celui qui vit et croit ne mourra pas parce qu’il est déjà passé de la mort à la vie ». Or, le reproche que font les athées que je connais aux chrétiens, c’est que les chrétiens ne manifestent rien de particulier par rapport aux autres hommes, ils ne sont pas ressuscités.

  6. Nicolas Bernhardt dit :

    J’ai trouvé une video très intéressante qui expose bien le sujet:

    https://www.youtube.com/watch?v=Nwm5D_8tieI

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