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Baptême de Clovis, Basilique Saint-Rémi — Reims

Question d’un visiteur :

Bonsoir,

J’ai une question qui me tracasse, je sais que les protestants croient que le baptême n’est pas essentiel pour être sauvé, et je suis d’accord. Mais dans la Bible il est dit « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé », et ces mots me gênent, je crois que la Bible est là on ne peut plus claire. Alors ? Comment les protestants prennent cette phrase ?

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur

Merci pour cette question qui est intéressante non seulement pour le point précis qui est abordé mais encore pour l’usage que l’on peut faire de la Bible.

L’apôtre Paul a bien raison quand il dit « Dieu nous a rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre mais de l’Esprit; car la lettre tue mais l’Esprit donne la vie. » (2 Corinthiens 3:6)

En effet le passage que vous citez peut effectivement être compris comme très étroit du point de vue religieux, et c’est malheureusement comme cela qu’il a été utilisé par bien des églises dans le passé pour amener dans leurs rangs les personnes par la crainte, leur disant que celui qui n’acceptait pas une certaine confession de foi (ou plutôt un ensemble de doctrines théologiques obligatoires dans leur église) ou qui n’avait pas reçu tel baptême de telle façon ou tel rite, ou tel sacrement….

Mais si l’on prend le passage en entier, une lecture littérale est vraiment très dangereuse :

« Jésus il leur dit: Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. 16 Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. 17 Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; 18 ils saisiront des serpents; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur feront point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris. » Evangile selon Marc 16:15-18

Une lecture littérale de ce texte n’a pas de sens, à mon avis. Si seules les personnes qui peuvent boire un litre de ciguë et jouer avec une colonie de mambas noirs pouvaient être considérées comme ayant la foi, la Jérusalem céleste ne sera pas trop encombrée !

D’ailleurs, même les églises les plus fondamentalistes, à ma connaissance, ne font pas ce genre de tests pour recruter leur pasteur ou pour recevoir une personne dans le cercle des personnes considérées comme croyantes.

Mais ce n’est pas que pour cette parole « on ne peut plus claire » de la Bible qu’une lecture littérale n’a pas de sens. Par exemple quand il est dit que Jésus est la lumière du monde, au sens littéral du terme, ce n’est pas vrai. Jésus n’est pas une source de lumière permettant de voir clair même quand le soleil éclaire l’autre face de la terre. C’est autrement que matériellement qu’il éclaire, c’est une autre lumière, spirituelle, intérieure, divine, qu’il apporte…

Donc pour le passage « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » :

  • Le verbe croire n’est pas celui de la croyance, de la croyance (connaissance et adhésion à une doctrine), mais il est celui de la relation fidèle (pisteuo), la question est donc d’être tourné vers Dieu même si l’on doute, même si l’on pense de travers. C’est ce que l’on voit sans cesse dans l’Evangile où Jésus appelle à se convertir, c’est à dire à se tourner vers Dieu, le cheminement se fera ensuite à son rythme, mais se fera.
  • le baptême dont il est question ne peut donc être une simple question de rite (Jésus ne baptisait pas), mais quelque chose de plus essentiel que cela, de plus profond que cela. Selon Jean, le baptême dont baptise Jésus-Christ est le « baptême d’Esprit Saint et de feu » (Luc 3:16). Et de cela, nul ne peut honnêtement se prétendre maître (à moins de se prendre soi-même pour le Christ). Qu’est-ce que cela veut dire ? L’Esprit-Saint est la présence créatrice de Dieu auprès de nous et en nous. Le feu évoque la purification que Dieu nous offre, comme un beau service qui nous nettoie de ce qui nous fait souffrir, ce qui nous tire vers le bas et nous retient dans la mort (ce n’est donc pas seulement une question de pardon de nos fautes, mais d’une aide précieuse pour nous sauver, comme un chirurgien enlève une tumeur pour sauver quelqu’un). Dans l’évangile selon Jean, il est question de « baptême d’eau et d’esprit », cela revient au même que l’image de l’Esprit et du feu, il y est question de purification et de création.
  • Est-ce qu’il existe une seule personne vivant au monde qui soit à 100% dans la foi, non, évidemment et c’est sans arrêt que nous pouvons cheminer vers le Père, approfondir notre foi, grandir dans cette confiance et cet amour de Dieu qui nous fait vivre… Et c’est donc chaque jour que nous avons besoin d’être un peu arrosé d’Esprit et purifié par le feu. Et ainsi, la question n’est pas de savoir qui sera sauvé (telle ou telle personne), mais plutôt de reconnaître en nous ce qui est sauvé, ce qui est plus fort que la mort, ce qui peut être agressé par le serpent de la tentation et le poison du doute sans perdre notre dynamique de vie qui vient de Dieu.
  • A quoi sert alors de demander le baptême comme le font régulièrement des adultes au cours du culte à l’Oratoire ? Parce que nous avons besoin de signes dans notre existence. Comme le dit Jésus, « l’homme n’est pas fait pour le sabbat mais le sabbat est fait pour l’homme », il n’y a pas de règle religieuse plus fondamentale dans la religion de Jésus (la religion juive) que le sabbat, on peut donc traduire : l’homme n’est pas fait pour le baptême et le culte, mais le baptême est fait pour l’homme, le culte aussi est un instrument pour aider l’homme à cheminer… Il est utile de marquer des étapes dans notre existence, il est utile de mettr des gestes et des signes sur les réalités essentielles invisibles. Par exemple en offrant un petit cadeau pour dire à quelqu’un notre amour (l’essentiel n’est pas le cadeau mais l’amour, mais il n’empêche, le cadeau a son importance), par exemple en offrant le baptême comme signe de l’amour de Dieu pour un nouveau né (cela n’ajoute rien à l’amour de Dieu pour la personne mais ce signe vient dire que l’essentiel est dans cet amour de Dieu qui est sans condition, qui existera toujours même si cet enfant grandissant rejetais Dieu).
  • Et ce qui est vivifié par Dieu en nous, ce qui est capable d’aimer un peu véritablement comme il nous aime, cela est capable de miracle dans ce monde, comme nous le promet Jésus. Cela ne nous permet pas de guérir tous les cancers, de faire repousser une jambe coupée par un tramway… Mais cette formidablement bonne dimension de notre être est alors source de vie autour de nous…

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur Gaspard de Coligny

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4 Réponses à “Jésus : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé »,
et les non baptisés ?”

  1. Marie Tournelle, sur Facebook, nous signale les spectaculaires manipulateurs de serpents dans certaines églises américaines : http://en.wikipedia.org/wiki/Snake_handling
    Merci à elle

  2. emdeclerm dit :

    Je me pose une petite question quand même : les croyants les plus fervents sont souvent ceux qui se sont convertis sur le tard parce qu’ils y ont réfléchi, et aussi les enfants parce qu’ils se saisissent souvent de cet essentiel et le regarde avec leurs yeux d’enfants. On ne peut pas croire toute sa vie comme un enfant certes, et il faut savoir approfondir, s’interroger. Mais je remarque qu’on reproduit beaucoup les us et coutumes de nos familles : celles pour qui la tradition chrétienne est importante mais se révèle à travers les rituels et celles qui enseignent une implication de toute la personne : chasteté avant le mariage, refus de la contraception… je ne veux choquer personne mais n’y a-t-il pas un risque de conditionnement, non pas que la famille constitue un conditionnement mais Est-ce qu’on n’a pas tendance à reproduire ce qu’on a vu faire chez soi, d’où l’intérêt de se demander s’il n’y a pas une manière de réfléchir et d’envisager qui soit celle qui nous convient le mieux ? beaucoup d’enfants reproduisent le christianisme vécu chez eux comme si c’était sociologique. Cependant, je remarque que ce sont aussi les personnes converties sur le tard qui sont les personnes les moins intégristes car elles se rendent compte que la démarche de conversion n’est pas évidente. Et que Dieu n’est jamais complètement évident. Normalement, une croyance devrait toujours impacter une façon de vivre, mais je remarque que ce n’est pas toujours à la même échelle. Moi par exemple, je vois Dieu partout dans toutes personnes et même si ma pratique régulière augmente, être chrétien ne se limite pas à une pratique apparente mais plutôt à une façon de concevoir la vie humaine. Il y a des personnes par contre qui ne prennent des amis et des relations qu’à travers les chrétiens. C’est une façon de fonctionner qui se respecte aussi, mais la bonne mesure à trouver entre être dans le monde et hors du monde n’est pas évidente. La famille est un point d’ancrage et personne n’est sur la même longueur d’ondes spirituelle. Alors j’ai envie de dire : Est-ce que ce n’est pas la famille qui souvent insuffle et pose ses marques éducationnelles sur les enfants religion y compris ?

  3. Timothée dit :

    La famille est un moule en effet, ms , si elle est est fondée sur de bonnes bases , elle doit proposer ttes les cartes à l’esprit de l’enfant, y compris la carte chrétienne : par exemple en évoquant l’existence de la Bible, de la foi, d’un Dieu créateur unique , etc …Ensuite , l’enfant , devenu adulte, pourra faire ses choix EN CONNAISSANCE DE CAUSE , et pas seulement parce qu’il suit tel ou tel avis .
    Je pense que tt groupe (famille, communauté .. ) crée un conditionnement ; ms ce conditionnement peut être déjoué, si on y inclut la possibilité de dialogue, de débats d’idées contraires, de lectures contradictoires des textes , de positionnements personnels, d’écoutes d’avis différents , etc …
    J’adhère aux enseignements de Jésus, ms ce n’est pas pour autant que je n’écoute pas le débat contradictoire que peut susciter tel ou tel passage, et d’ailleurs , il semble bien que les paraboles de Jésus aient été conçues pour laisser place à un tel débat ( ds quel dessein ?) , car , bien que pertinent sans doute tjrs, leur sens profond reste parfois caché … ou multiple.
    Amicalement.

  4. emdeclerm dit :

    Il y a hélas des familles qui ne proposent pas du tout d’éducation religieuse, et d’autres une éducation religieuse unilatérale, et d’autres encore qui ne proposent vraiment qu’une seule carte et les parents tomberaient malades si leurs enfants avaient le malheur de choisir une religion qui n’est pas la leur. L’idéal est en effet qu’un enfant puisse choisir ce qui le rend heureux en toute connaissance de cause. Mais en ce moment, je suis dans un certain scepticisme et particulièrement en colère parce que je me rends qu’on est loin de l’idéal d’une famille dans laquelle le dialogue religieux prime sur le reste. Je trouve les religions particulièrement sectaires dans leur façon de proposer : l’idée d’un salut par Jésus convainc les chrétiens mais peut aussi en pousser certains à damner les musulmans et les juifs qui croient aussi en Dieu. Et on lit un discours semblable dans le Coran. D’où l’intérêt d’élargir les horizons mais j’ai l’impression que c’est très difficile voire impossible à l’heure actuelle. Les situations des familles mixtes ne sont pas des plus faciles, il faut dire que les manuels qui permettent de parler de la vie, de la mort aux enfants ne prennent pas du tout en compte les familles où plusieurs membres n’ont pas la même religion, ou alors dans lesquelles certains ne se rattachent à aucune tradition. On ne peut pas dans ce cas de figure parler de la mort d’un proche à un enfant d’un point de vue qui nous est personnel si ce point de vue n’était pas celui de la personne décédée. L’enfant retiendra toujours l’amour qui le lie à la personne décédée et à mon avis, c’est l’essentiel. Bien que chrétienne, je trouve les religions extrêmement radicales, c’est ce qui fait sortir bcp de monde des églises, je ne sais pas ce qu’il en est des autres lieux de culte. En tout cas, je ne pense pas que le but soit de dénaturer la Parole des Evangiles, mais il est plus que salutaire dans ce monde d’arriver à accepter qu’il n’y a qu’une Vérité mais qu’on ne peut pas être sûrs à cent pour cent de la détenir. Je suis pour ce relativisme. Ca commence dans la famille. Parler de ce que l’on croit comme quelque chose qui nous aide à vivre et à construire notre vie, mais laisser aussi les enfants comprendre que cette vérité n’est pas partagée par tous et que du moment qu’on ne peut prouver qui a tort et qui a raison, tout le monde a son propre chemin vers la vérité. Les enfants doivent emprunter le chemin qui les rend heureux. Je peux comprendre qu’on veuille transmettre sa religion mais on ne maîtrise pas la conscience de nos enfants. Je me demande d’ailleurs si l’Amour ne gagne pas davantage de terrain que les dogmes. Je suis de plus en plus mal à l’aise avec cette idée véhiculée chez les catholiques : le salut passe par la foi en Jésus. L’avantage de ce forum est de pouvoir se poser des questions et interpréter, ce qui est très bien. Le problème de cette idée de salut en Jésus-Christ c’est que la façon dont c’est prêché implique dès lors la condamnation. Que faire des gens qui ont embrassé une autre religion, qui n’ont jamais entendu parler de Jésus ? Un Dieu qui condamne parce qu’on s’est trompés, je ne peux pas y croire. je trouve cela de plus en plus ridicule, justement quand on voit que ceux qui prêchent ça sont nés dans une famille chrétienne, cette idée s’est amalgamée à leur éducation, leur paraît logique la plupart du temps. Il est très facile de garder cette idée quand on a baigné dans la tradition chrétienne. Pareil pour les autres religions : on ne s’interroge pas du tt de savoir ce qu’on aurait été si on était né dans un autre territoire. D’où le fait que la famille reste un lieu de conditionnement qu’il faudrait élargir.

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