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arbre dans la brume, flickrcc http://www.flickr.com/photos/41864721@N00/3092327234« Le péché …c’est permettre à la mort et au pessimisme de l’emporter sur la vie et la joie ». G Castelnau écrivait cela dans un dernier numéro d’Evangile et liberté.

Cette phrase me pose problème. Alors les personnes qui souffrent de dépression sont irrémédiablement des pécheurs? Non et non, ceci n’est pas l’évangile : au poids de leur maladie, il faudrait ajouter le péché ? Ce n’est pas possible. Ils n’ont plus de dynamisme, ils sont pessimistes,ils n’ont plus de projets ni d’espérance , ils sont obligés de prendre des médicaments et de se mettre en congé de maladie…etc.

Mais ils sont victimes de leur organisme , de leur psychisme, ce ne sont pas des pécheurs! L’énergie de Dieu n’a rien à faire dans cette histoire.

Elle ne pénètre plus en eux et Dieu est impuissant et faible comme il l’était sur la croix quand son Fils était torturé et descendait dans les abîmes de la mort.

Il y a un optimisme chrétien qui peut devenir cruauté impitoyable et qui vient se rajouter alors au malheur des humains. Ils souffrent et leur souffrance redouble par leur condamnation! Ou est la tendresse et la miséricorde de Dieu?

La résurrection n’est pas ce qu’on éprouve quand tout va bien, ou ce qui arrive quand ça va mieux. La résurrection se donne à voir par une petite lumière qui vacille au cœur des ténèbres alors que la nuit n’a pas encore disparue. Puis, c’est l’espérance que les ténèbres ne l’emporteront pas parce que Dieu « tient la main » de celui qui est à l’agonie. Et les mains de Dieu, ce sont alors les nôtres, si possible.

La résurrection , c’est le long travail de Dieu après « trois jours » qui peuvent être très longs. Les chrétiens ne doivent pas avoir la résurrection trop victorieuse sous peine d’être accusés de dénier le tragique de la condition humaine. Pour moi la résurrection est un « en dépit de ».

À trop proclamer le « dynamisme créateur « ,on en arrive à le confondre avec son propre dynamisme naturel !

Les théologiens du Process parlent d’ailleurs de « God as creative-responsive LOVE »…L’amour est le mots qui correspond le mieux à l’action de Dieu dans le monde. La résurrection n’est pas un « happy end », pour moi c’est la révélation que l’amour est le dernier mot sur Dieu et sur les humains entre eux, c’est le Logos qui s’est fait chair et qui se révèle précisément sur la croix au moment des ténèbres les plus obscures.

Le déprimé profond est lui aussi , dans la nuit sans lumière, il est découragé , sans le soutien de la foi, il se sent indigne de vivre, il se vit comme un déchet d’humanité, anéanti à ses propres yeux, n’eut-il pas mieux valu n’être pas né? Hé bien cet homme est lui aussi sur la croix! C’est pourquoi si le chrétien le rencontre , s’il a un peu le sens des choses, il peut voir sur son visage, le visage du Christ.

Attention, nous pensons nous adresser dans nos articles, dans nos prédication à des humains en pleine santé , équilibrés et rempli de dynamisme , mais ces humains n’existent pas, et nous risquons de leur faire plus de mal que de bien.

Amicalement .

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3 Réponses à “N’est-ce pas cruel de dire que le péché serait un manque de dynamisme ?”

  1. stéphane dit :

    Je trouve, pour ma part, la phrase de G. Castelnau lumineuse et pertinente, ainsi que l’article entier.

    Sans invoquer les théologiens du process ou une condamnation doloriste quelconque… je ne me vois pas même symboliquement cloué sur une croix quand je suis déprimé, non merci. La phrase et l’article font écho par contre dans ma propre vie, ce qui prouve cette pertinence. Dieu n’y est pour rien, moi beaucoup.

    Et je ne crois pas que les pasteurs s’adressent à des individus en pleine forme tout le temps, ils sont parfaitement conscients de nos faiblesses à avancer sur le chemin de la vie. Ils le répètent assez dans les prédications.

    Je crois en effet que lorsque nous « permettons » comme dit G. Castelnau au pessimisme de prendre le dessus on se détruit ainsi que sa Foi. Cette dernière doit nous faire reprendre le chemin de la joie et de la vie. Castelnau a raison de rappeler Tillich : « notre préoccupation ultime est de résister à la menace de la mort ».

    Moi qui suis chrétien de base avec mes angoisses nombreuses (mais pas doloriste pour un sou), les prédications me redonnent souvent la pêche ou au moins un peu de réconfort. Et la lecture d' »Evangile et liberté » bien entendu (surtout la rubrique « ces mots qu’on aime pas » très bien faite) ! 🙂

  2. laurent dit :

    je suis en pleine depression et souvent je me culpabilise de ne pas avoir assez de foi pour garder l’esperance et l’energie. je ne sais pourquoi je suis ainsi. j’essaie de prier mais la realité me ramène à mes peurs de l’avenir.

    merci pour cette article qui m’a donné du réconfort. merci de prier pour moi que jesus puisse briser définitivement ce voile qui me sépare de son amour

  3. Bravo d’arriver ainsi à chercher, creuser, prier.
    Nous savons combien cela demande de l’énergie.
    Il est normal de culpabiliser, en réalité. Mais comme vous le dites très bien, nous savons que c’est une sorte d’illusion et que nous n’avons pas à nous culpabiliser, mais que c’est juste plus fort que nous. Quand-même, en y pensant, déjà vous avez vu de l’autre côté du voile, vous avez senti que ce n’est qu’un voile, cette culpabilité, cette faiblesse, ces angoisses.
    Déjà, la graine est en terre, une graine d’espérance et de vie qui commence déjà à germer.

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