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soeur Emmanuelle

« Le paradis, c’est les autres » soeur Emmanuelle

Question d’un visiteur :

Bonjour, je me présente j’ai 22 ans, avant de poser ma question je souhaiterais introduire celle-ci par une explication.

Qu’est-ce que signifie être libre ?

C’est la réponse à cette question qui m’a amené à la religion, à l’enseignement de Jésus. Chacun a sa propre réponse, pour ma part être libre c’est avant tout être libéré de ses pulsions (colère, paresse, l’orgueil, jalousie, etc…) car ce sont-elles qui nous rendent esclave (bien sûr on pourrait débattre, je n’argumenterai pas pour le moment car ceci est juste pour introduire mes questions). Afin de se débarrasser de celles-ci je pense qu’il faut se détacher de tout ce qui est matériel, avoir aucune possession. C’est après avoir trouvé cette réponse que j’ai commencé à faire des recherches et je suis tombé alors sur LA phrase qui m’a attiré « vivre de pauvreté et d’amour. ». Je me suis alors intéressé de plus près au christianisme j’ai lu l’évangile de Marc et j’ai retrouvé dans l’enseignement de Jésus ma réponse à la question précédente,exemple ce que j’appelle les pulsions sont désigné dans la bible comme les péchés.

Aujourd’hui je souhaiterai vivre cette philosophie et partir vivre dans un monastère où je pense qu’ils vivent ainsi. Le problème est que je ne sais pas comment faire, je ne suis pas baptisé et je n’ai aucune éducation religieuse, pensez-vous que je serais accepté et que je pourrais apprendre là-bas à leur coté ? Si je vis en monastère puis-je m’investir dans des associations (resto du cœur, SPA …) ? Et si cela est possible pensez-vous pouvoir m’aider à m’intégrer dans un monastère ? Peut-être y a-t-il d’autre façon de vivre une telle vie.

Je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire. Amicalement.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur,

Bravo pour votre cheminement. Je suis persuadé que cela vous apportera énormément à vous et à ceux que vous croiserez.

Je trouve intéressante votre recherche sur les pulsions. Même si, à mon avis, cela mérite d’être légèrement nuancé. Je m’explique.

Il ne me semble pas juste de confondre les pulsions et le péché. Car dans un sens ce serait nier notre être profond, ce qui, à mon avis, est contraire à ce que Dieu veut pour nous, et entraîne des troubles.

Le péché, ce serait plutôt, comme vous le dites, une mauvaise façon de vivre et d’exprimer ses pulsions. Par exemple concernant la richesse, l’erreur ne serait pas de posséder mais ce serait de penser être plus grand parce que l’on possèderait plus (ou penser être plus grand parce que l’on aurait choisi la pauvreté, d’ailleurs). Ça c’est mauvais sur le plan existentiel et spirituel (la dignité de la personne ne repose pas dans son avoir mais dans le fait qu’elle est aimée), d’un point de vue relationnel (amenant à mépriser des personnes pour le simple fait qu’elles soient pauvres, ou qu’elles soient riches). Mais si le désir d’avoir à se disposition de l’argent est orienté vers le bien que l’on peut faire avec cet avoir, c’est très bien. Comme sœur Emmanuelle qui courait chercher des sous à droite et à gauche pour construire un incinérateur dans les décharges d’Alexandrie.

Donc, ce que propose l’Evangile, c’est plutôt de sublimer nos pulsions que de les considérer comme négatives et de chercher à les éliminer. C’est par exemple ce qu’a mis en place l’inventeur du scoutisme, Baden-Powell. Voyant dans une banlieue des garçons qui maltraitaient des plus petits, il s’est demandé que faire face à cette violence ? Il a proposé aux grands garçons d’être responsables d’apprendre des choses aux plus petits et de la aider quand ils n’avaient pas assez de force. Et cette méthode de Baden-Powell a marché au delà de toute espérance, la pulsion de domination des petits caïds étant sublimée dans la responsabilité des autres et dans la domination de soi-même afin d’être digne d’une confiance qui nous a été donnée…

Si vraiment quelqu’un était malade du désir de possession matérielle, comme un alcoolique est malade de sa relation aux boissons alcoolisées, peut-être qu’il devrait vivre dans une pauvreté totale. Si quelqu’un avait une addiction maladive au sexe, peut-être que la meilleure solution pour lui serait l’abstinence totale… Mais en général, l’Evangile du Christ ne nous encourage pas à frustrer nos pulsions. Mais à ce que l’Esprit en nous oriente ces pulsions positivement. C’est ainsi que je comprends la différence entre ce que Jésus dit à un jeune homme riche « va, vends tout ce que tu as et donnes-le aux pauvres », alors que Jésus ne demande pas la même chose à ses apôtres qui ont, par exemple, une entreprise de pêche (Pierre et André), ou à Zachée qui reste fort riche, ou à Marthe qui possède une grande maison et une bonne table dont Jésus profite souvent…

Donc, en général, je crois qu’il est plus sain (sans t, parce que saint avec un t, nous le sommes de toute façon, par grâce), plus sain, donc, de posséder sans s’attacher existentiellement à la possession, mais de la vivre comme un moyen de faire du bien, de donner, de servir quelques autres qui nous sont confiés. On est alors riche non de ce que l’on possède mais de ce que l’on donne, de ce que l’on construit. Et cette richesse là est belle. Elle n’ajoute rien non plus à notre dignité d’être humain, mais il y a une beauté et une joie d’avoir fait avancer un peu les choses d’une certaine façon.

Je comprends autrement la pauvreté des moines, par exemple de nos excellentes sœurs diaconesses. Ce n’est pas une pauvreté pour la pauvreté comme si elle était supérieure à la possession. Cette pauvreté n’est pas une théologie ou une éthique générale, mais c’est pour eux (elles) un moyen au service d’une vocation particulière. Il est extrêmement utile d’avoir des personnes qui témoignent ainsi dans le monde que la beauté d’une vie n’a absolument rien à voir avec ce que nous possédons. C’est leur façon, à eux, à quelques uns, de témoigner de cela ainsi. Il y a d’autres façons de le faire, mais c’est la leur, et elle a un vrai sens.

Comment s’engager ? Il y a bien des façons de vivre un telle vie, selon les occasions et la personnalité de chacun. Et aucune de ces façons n’est a priori plus élevée que d’autres :

  • Comme moines protestants je ne connais que des femmes (les diaconesses de Reuilly, par exemple). Et oui, elles sont engagées dans de beaux services, pas seulement dans la contemplation.
  • Dans un sens, les officiers de l’Armée du Salut sont un peu des moines et des moniales au service des plus pauvres et vous pourriez chercher dans ce sens ?
  • Ou comme pasteur de l’Eglise Réformée, avec 1000€ par mois pour faire vivre sa famille, même si nous sommes logés, l’état français nous reconnaît comme éligible au RSA et travaillant, si on le désire, 70 heures par semaine dans le cadre d’une paroisse.
  • Mais en général, le chrétien s’engage dans le service des autres tout en étant boulanger ou ingénieur… vivant de façon simple et mettant le reste au service de ses engagements dans sa paroisse et dans des actions de services de proximité ?

Vous dites que vous n’êtes pas baptisé et que vous n’avez pas suivi de catéchisme. Ce peut facilement se rattraper. Vous m’avez l’air plus que cultivé et ayant une tête qui tourne bien, vous avez déjà avancé dans la lecture et l’étude de la Bible. Il y a des formations théologiques et bibliques qui existent pour les adultes, des livres, des sites internet. Et pour ce qui est du baptême, il suffit de le demander.

Avec mes vœux de bénédiction pour que vous trouviez votre chemin.

Fraternellement

Gaspard de Coligny

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3 Réponses à “Comment être libre, comment avoir une belle vie ? Dans un monastère ?”

  1. Tigreek dit :

    Comme moines protestants (entre autres, oecuméniques en fait), il y a les frères de Taizé.
    Il y a aussi des communautés qui proposent un engagement, seul ou en famille, selon ses moyens, ses inspirations, sa vie de foi…

  2. Je suis beaucoup allé à Taizé avec des groupes de jeunes. J’ai été étonné de voir que pour la communion dans leur grande et belle église, la communauté célèbre l’eucharistie (catholique, donc), la communauté propose aussi en alternative « du pain béni » (probablement orthodoxe ? mais le concept même est en dehors de la pensée protestante), mais qu’il n’y a rien de prévu pour faire participer les protestants à ce temps de communion.

    Mais sinon, oui, il y a eu (et peut-être il y a encore) des protestants dans cette communauté portant un beau témoignage.

  3. Gérard BEBE dit :

    La vie monastique permet d’avoir le silence nécessaire au recueillement et à la prière; elle nous rappelle Jean Baptiste au désert, Elie, Jésus lui-même, qui quoiqu’étant proche des autres, consacrait beaucoup de temps à la prière dans un coeur à coeur avec le Père (au désert, sur la montagne). Cela nous fait penser au renoncement qu’exige l’appel de Dieu; rappelez vous des paroles de Jésus à Marthe: « Marthe, tu t’inquiètes pour beaucoup de choses, Marie a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera pas enlevée », ou encore cette parole de Jésus à ses disciples: »A ceux qui auront tout quitté pour me suivre, ils recevront le centuple dès cette terre, et plus tard la Vie Eternelle ». « C’est dans ce silence intérieur que l’homme découvre que tous les plaisirs du monde, toutes les richesses ne sont rien face à la Richesse du Coeur Dieu.

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