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'Neighborhood display'  http://www.flickr.com/photos/44124367109@N01/325644867 Found on flickrcc.netLes chrétiens fêtent Noël aujourd’hui, c’est une belle occasion de rechercher, de creuser, de méditer, de prier, de redécouvrir, de s’ouvrir à… tout ce que Dieu nous donne en Jésus-Christ. Et cette période riche en cultes nous a permis de creuser cette question à l’Oratoire, à commencer par le culte du dimanche 16, la fête de Noël avec les enfants, le culte du dimanche 23, la veillée de Noël du 24 au soir, et le culte du jour de Noël (tout cela est en ligne ou le sera tout bientôt, je sais vous êtes impatients, gourmands).

Mais pour les non chrétiens ?

Pour les juifs

N’oublions pas que Jésus, Marie, Joseph, les 12 apôtres (et même les 14 si l’on y ajoute Matthias et Paul), tous étaient juifs pratiquants. Bien des juifs sont devenus chrétiens, mais évidemment pas tous, ceux qui ne pensent pas que Jésus soit le Messie, le Christ de Dieu, ne sont pas devenus chrétiens. La séparation du Christianisme et du Judaïsme eu lieu vers l’an 70. Les relations restèrent en général bonnes, comme en témoigne le dialogue entre les premiers théologiens chrétiens (les Pères de l’Eglise) et les théologiens juifs des synagogues. Et il a longtemps existé au sein du Christianisme des personnes qui continuaient à suivre la Loi de Moïse.

Mais à partir du IVe siècle un rejet croissant, puis une brutalité, et enfin des persécutions vont malheureusement être commises par des chrétiens contre les juifs, et l’antisémitisme a parfois été virulent même sous la plume de Luther (surtout dans des pamphlets abominables publiés durant les dernières années de sa vie). Bien des juifs ont pu percevoir Jésus comme l’inspiration de leur persécuteurs.

Depuis une cinquantaine d’années un respect croissant entre le judaïsme et le christianisme se fait sentir. Les théologiens chrétiens découvrent ou re-découvrent les trésors des lectures juives des écritures. Des savants juifs lisent en commentent les évangiles et reconnaissent en Jésus un grand penseur juif, un vrai Rabbi. Et en Paul aussi. Peut-être que les gestes courageux de certains chrétiens pour soutenir des juifs face à l’extermination nazie ont été aussi une raison de cette ouverture.

Noël peut ainsi être pour des juifs la célébration d’une grande figure du peuple juif. Et de s’intéresser à son témoignage sans pour autant nécessairement devenir Chrétien. Et puis ce serait un geste de paix entre les croyants, geste que nous pourrions nous aussi avoir lors du Yom Kippour, par exemple ?

Mais puisque Noël a été fixé de manière symbolique sur le solstice d’hiver, les juifs ont leur propre fête qui a lieu à peu près au même moment et probablement pour les mêmes raisons symbolique, la fête de la lumière (intérieure) que Dieu donne par miracle.

Les musulmans

Le Coran parle de Jésus et de la « sainte famille » sous les noms de Issa (Jésus), Myriam (Marie), Ioussouf (Joseph). Pour les musulmans, Jésus est un prophète de l’Islam au même titre que Moïse, les grands prophètes de l’ancien Testament, et Mohamed. Comme les juifs, les musulmans ne considèrent pas que Jésus serait le Messie, c’est à dire le sauveur ultime de l’humanité. Les musulmans rejettent en général la notion de « Fils de Dieu » par rejet de la trinité qui leur semble incompatible avec le monothéisme (il faut reconnaître que chez certains chrétiens, nous n’en somme pas loin). Mais puisque le Coran évoque la conception miraculeuse de Jésus en Marie par l’Esprit, sans l’aide de Joseph ni l’aide d’aucun d’homme… Il n’est pas du tout idiot pour un musulman de fêter la naissance de ce grand grand prophète (pour le moins) qu’est Jésus pour eux. Un peu comme à la fête du mouloud ils font mémoire de la naissance de Mahomet.

Les hindouistes

Ils considèrent que le divin se manifeste en toutes choses. Jésus représente donc pour eux un «avatar», c’est à dire une manifestation du divin particulièrement parlante. Il est un grand et véritable yogi, un sage qui a pu s’unifier avec le divin par la voie de la compassion et de la dévotion. Noël est pour les hindouistes une fête célébrant ce grand visage du divin qu’est Jésus.

Les bouddhistes

Contrairement à ce que l’on dit parfois, le Bouddhisme est bien une religion, avec une vraie notion de transcendance, même si ce n’est pas un Dieu créateur et personnel comme dans le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Pour les bouddhistes, l’incarnation et les réincarnations sont une mauvaises choses, le salut étant d’arriver à rejoindre l’unité, le nirvâna, comme une goutte d’eau qui disparaît dans l’océan.

Il y a donc des différences radicales entre les visions du divin, de la valeur de l’individu et de la vie en ce monde… mais il y a aussi bien des convergences entre l’enseignement de Jésus et la sagesse du Bouddha, en particulier la compassion, l’accueil de l’autre, la non-violence, la priorité accordée au spirituel sur le matériel.

Noël est donc pour certains bouddhistes l’occasion de méditer sur ce grand maître de sagesse qu’est Jésus, comme invitant à l’éveil des consciences.

Les agnostiques, voire même les athées non intégristes

Même si l’on rejette l’idée de Dieu, même si l’on n’aime pas trop les religions en général, et les fêtes religieuses comme Noël en particulier… il est difficile de dire que l’Evangile ne donne pas à penser, au moins comme une philosophie ayant profondément marqué l’histoire de la pensée, au moins comme un humanisme qui a produit un certain nombre de bien belles choses (et pas seulement des croisades et de l’inquisition)… Jésus a par exemple promu la valeur de tout individu personnel, riche ou pauvre, croyant ou non, homme ou femme, de son peuple ou étranger. Il a promu des valeurs de respect et de qualité d’être, de réflexion personnelle et de liberté face à la tyrannie des autorités civiles et religieuses, face au pouvoir qu’ont sur nous l’argent et les soucis de ce monde… Fêter Noël ce pourrait entrer en débat avec cette pensée de l’homme de Nazareth ?

Bref

Bienvenue à tous pour entrer en débat, et peut-être partager une coupe, ou une boîte de chocolat.

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2 Réponses à “Noël pour tous les peuples ?”

  1. Nicole DEHEUNYNCK dit :

    Un billet fort intéressant où le bouddhisme aussi -qui a beaucoup à proposer à notre méditation -est présent alors qu’il me semble souvent regardé avec méfiance par les protestants.En ce lendemain de Noël
    voici un beau sujet de réflexion avec ce panorama des regards spirituels sur le sens de cet événement qui nous touche si fort. Merci

  2. Macha Sener dit :

    Bonjour,

    Merci pour cet article.

    Ce qui m’a frappée cette année en cette période de fêtes, c’est que nous nous souhaitons – aussi bien pour Noël que pour la nouvelle année – le meilleur les uns aux autres. Or, ces souhaits ne sont rien d’autre que des prières.

    Ceux qui pestent contre un Noël commercial, artificiel et culturellement inapproprié se rendent-ils compte qu’ils refusent une occasion de prier ensemble pour le bien de ceux qu’ils aiment et plus généralement pour le bien de l’humanité ?

    Ceux qui sont agnostiques, farouchement athées et/ou purement matérialistes, se rendent-ils compte en échangeant leurs voeux qu’ils prient, en fait, les uns pour les autres, et que cette démarche est totalement spirituelle ?

    Solstice d’hiver, évocation d’un prophète, visite d’un gros bonhomme en manteau rouge Coca-Cola ou anniversaire (arbitraire) de Jésus, peu importe, Noël est avant tout l’occasion d’abord d’aller chercher au fond de nous la plus grande espérance pour nos proches, nos moins proches, nos connaissances, et ceux qui nous sont parfaitement étrangers… et de formaliser cette espérance par la prière la plus simple qui soit : « passez un agréable moment, en agréable compagnie ». Et plus tard au moment de la nouvelle année, c’est la même chose qui recommence avec nos meilleurs voeux de bonheur et de santé pour l’année à venir.

    A mon avis, Noël est donc une longue et mondiale prière d’intercession, pour les enfants d’abord, pour l’amour, la magie de l’innocence et l’espoir qu’ils représentent, et donc pour toute l’humanité que nous formons autour d’eux, pour eux et en eux. En ce début d’hiver nous prions tous ensemble, en le sachant ou pas, les uns pour les autres, pour une vie meilleure, d’un coeur généreux.

    Je trouve assez cocasse de voir ça comme ça. Après, chacun a ses rituels dans la prière, mais le sens est le même. Bougies d’Hanoukkah ou sapin vert, crèche et santons ou guirlandes électriques, ça ne change rien ! 😉

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