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Image: 'Healthy Red Tomatoes are Wet and Organic'  http://www.flickr.com/photos/36495803@N05/8099419727 Found on flickrcc.net

Question d’une visiteuse du site :

Bonjour,

Je suis complètement végétarienne depuis presque un an et je ne consomme que très rarement des oeufs et du fromage, biologiques bien sûr. C’est en lisant « Révérence à la vie » de Théodore Monod que j’ai su que Dieu a soit-disant dit (Genèse 9, versets 1-3) que nous devions être « une crainte pour tous les animaux », que l’on devait manger « tout ce qui se meut » mais pas ce qui a une âme… Or, le mot « animal » vient du latin « anima » qui veut « âme ». Je ne comprends pas et je ne sais pas comment interpréter ce passage de la Bible qui me dérange beaucoup.

La façon dont les animaux d’élevages sont traités de nos jours me perturbe énormément. Dieu apprécie-t-il vraiment la façon dont nous traitons les animaux avant de les manger ?

Tout en respectant tout à fait l’Islam et le Judaïsme, j’ai beaucoup de mal à accepter leurs rites quant à la façon d’abattre les animaux (l’animal doit être conscient avant l’abattage). Pourquoi faut-il que l’animal souffre autant ? Surtout qu’au cours de mes recherches, je sais que beaucoup d’abattoirs soit-disant Halal ne respectent en aucun cas la prière avant l’abattage et que les animaux souffrent atrocement. Nous sommes, nous aussi, des animaux après tout…

Merci de me répondre et merci de tout coeur pour votre site sur lequel je trouve tant de riches lectures !

Réponse d’un pasteur :

Bonjour et merci pour ces encouragements,

Si cela vous correspond, c’est très bien d’avoir choisi d’être végétarienne, presque végétalienne. Cela doit demander une grande hygiène de vie et une bonne technique pour bien équilibrer les apports nutritifs.

Ce passage de la Genèse où Dieu dit que nous devrions être une terreur pour les animaux est à mon avis à appliquer surtout à nous mêmes, et que l’animal que nous sommes aussi, évidemment, respecte notre personnalité profonde, nos choix. Et c’est bien cela que vous faites en réfléchissant avec votre cœur et votre tête, et en ayant des actes qui sont en cohérence avec ce que vous croyez.

Pour le reste, c’est vrai que les animaux, et la planète entière ont de quoi être morts de trouille quand ils nous voient vivre comme nous le faisons !

Personnellement, je mange de la viande et du poisson, j’en mange peu, et avec un grand respect, conscient, mais j’en mange. C’est aussi une humilité, un rappel que nous dépendons tous de tous. Et puis je vois la planète comme un ensemble. La vache ne vaut pas plus que la salade, ni moins. L’une comme l’autre ont besoin de se nourrir et consomment pour cela. Quand j’épluche une salade, franchement, j’ai du respect pour cette salade, comme du beef steak. Consciemment.

Mais nous, nous pouvons consommer en choisissant ce que nous consommons et comment nous le consommons. Et je suis bien d’accord avec vous qu’il est impératif de tout faire pour économiser au maximum la souffrance de toutes et tous, et en particulier du vivant, mais plus largement de la création tout entière pour la cultiver et la garder, comme le dit la Bible.

En plus, si nous faisons souffrir et stressons l’animal que nous allons ensuite manger, je pense que ce stress est non seulement mauvais en lui-même, comme quantité de souffrance ayant été vécue, mais en plus que la viande est porteuses, d’une certaine façon, de ce stress et de cette souffrance, et que ce n’est pas si sain à manger.

Bravo pour votre questionnement.

Amitiés fraternelles

Gaspard de Coligny

Image: 'Butter lettuce'  http://www.flickr.com/photos/41664681@N00/540296994 Found on flickrcc.net

Réponse de la visiteuse

Je vous remercie infiniment pour votre réponse. En effet, on peut interpréter ce passage comme vous le décrivez, c’est une interprétation parmi tant d’autres je suppose… Mais je crois que l’humanité, depuis la nuit des temps, interprète ce passage littéralement et prend les animaux comme une commodité pour les manger, s’en vêtir, expérimenter dessus etc… Pour moi en fait c’est devenu l’horreur, mais c’est mon ressenti personnel…

Je me permets de vous dire que je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites au sujet que « la vache ne vaut pas plus que la salade » (bien que je comprenne ce que vous voulez dire quand vous dites que la planète est un ensemble). La vache vit, veut vivre, ressent la douleur physique et émotionnelle (quand on lui enlève son veau à la naissance par exemple – les vaches sont très maternelles) et c’est en ça que je supporte très mal la souffrance qu’on impose aux animaux.

Il paraît que Wilfred Monod était « hanté » par la souffrance des animaux. C’est devenu un peu comme ça pour moi. Alors… je prie pour les animaux (comme le souhaitait Théodore Monod), je demande à Dieu qu’Il nous accorde de réfléchir à nos actions envers eux, envers la planète. Je me sens un peu « écrabouillée » par le monde actuel, notre façon de saccager la nature, notre environnement, notre obsession de l’argent et du rendement et finalement… je ne donne pas cher de l’avenir de l’humanité ! Mais je garde la foi, je reste persuadée que Dieu est Amour finalement et je prends courage et espoir dans le fait qu’il existe aussi bien des gens qui pensent dans la même direction que moi et qui agissent. Je me nourris de lectures sur l’écologie (entre autres).

Voilà ! Merci de m’avoir lue et à bientôt peut-être pour d’autres questionnements ! En fait, j’avais une autre question : d’où vient la Genèse ? Qui l’a écrite ? Où a-t-on trouvé ces écrits ?

Réponse du pasteur :

Oui, vous avez raison, il y a bien des façons de comprendre la Bible, et donc ce passage de la Genèse en particulier. Et certains peuvent évidemment en faire une lecture cruelle. Une des responsabilité de chacun est de faire sa propre interprétation, avec le cœur et la foi. Mais la Bible est principalement un livre de bonnes questions à se poser, plus que de réponses toutes faites. Et ce passage ede la Genèse est une très bonne question, que vous reprenez utilement pour votre compte (et dont vous nous faites profiter).

Pour la vache et la salade, je serais un peu d’accord, sauf que… cette intuition que le végétal vaut moins que l’animal, est assez délicate, à mon avis, quand on y pense.

  • Si c’est la capacité à ressentir, ou en tout cas à exprimer la souffrance et l’envie de vivre qui donnait une dignité plus grande à une créature, alors l’autiste profond vaudrait moins qu’une personne mieux portante ! Ce qui est impensable dans une façon non seulement chrétienne, mais humaine de voir les choses
  • Et c’est précisément au nom de cette hiérarchie que nous, qui avons en général une plus grande conscience que les autres animaux, pourrions trouver normal de dévorer des créatures moins conscientes.
  • Et les végétaux sont tout aussi importants dans l’équilibre global que les animaux,

Je pense qu’à sa façon, un arbre, un océan, une planète, et même une salade ont leur envie de vivre et souffrent quand on les embête. Ils ne l’expriment pas nécessairement, ou pas comme nous.

Il y a aussi une grande part culturelle qui nous fait nous sentir plus proche d’un chaton mignon ou d’un agneau que d’une araignée ou d’un requin, et pire encore d’un végétal…

Donc il est bon, à mon avis,

  • d’assumer que, comme la salade consomme de l’eau et des nutriments, comme la vache dévorant des montagnes d’herbe chaque jour, comme son veau qui se nourrit de sa mère, comme le lion qui se nourrit gazelle, nous assumions notre besoin de consommer
  • Toute en le faisant de façon raisonnable, et responsable. Notre plus grande conscience, comme toute richesse, nous donne de plus grandes responsabilités vis à vis de ceux qui ont moins. C’est sur ce point que je comprends et que j’admire votre engagement, votre façon de ne pas ou pas trop consommer certains produits, sans en faire une nécessité morale universelle.

Le livre de la Genèse a été écrit par les hébreux semble-t-il, du VIe au IVe siècles avant Jésus-Christ, à partir de sources plus anciennes et de traditions orales. En particulier, ces récits sur les origines des 11 premiers chapitres de la Genèse sont fortement inspirés de récits de création babyloniens plus vieux de 1000 ans et dont nous avons des témoins dans le musée du Louvre, d’ailleurs, en face de chez nous. Mais les hébreux ont repris ces textes en les adaptant à leur expérience de Dieu. En particulier, il n’y a plus qu’un seul Dieu et il est bon, il ne lutte pas contre un dieu destructeur mais il agit en mettant un ordre bon dans le chaos. Et il « crée l’humain », non comme un esclave à sa botte, mais « à son image », c’est à dire digne d’être un libre créateur lui-même, et être ainsi une authentique source de vie, de bonté et de beauté.

Amitiés fraternelles

Marc

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Une Réponse à “Végétalienne, je ne comprends pas ce passage de la Genése”

  1. mbadinga nyongo dit :

    Bonjour,

    Le même questionnement me hante depuis plusieurs années. Je suis végétarienne moi aussi et ce fut pour moi une évidence de l’être pour être en conformité avec ma foi chrétienne.
    Dans la Genèse (version Bible de Jérusalem) il est indiqué que Dieu dit que notre nourriture sera les herbes portant semence et les arbres qui ont des fruits portant semence. La même recommandation est faite pour les animaux. Je suppose donc qu’à l’origine, dans le Jardin d’Eden, nous n’étions pas faits pour nous manger. La violence n’existait pas.
    Je peux comprendre qu’après la chute, nous nous soyons adonnés à d’autres pratiques alimentaires qui correspondaient à l’homme nouveau, le pécheur, que nous sommes devenus mais arrêtons de trouver à cela des prétextes pour justifier notre barbarie. Du plus profond de nous-mêmes, chaque humain sait le mal qu’il fait endurer à d’autres êtres vivants. Et puis, dans la salade, je ne lis pas l’émotion, la peur, la joie que je retrouve dans les yeux d’un animal. La salade n’a pas le cœur qui bât où le sang qui gicle. La salade, elle ne hurle pas quand je la balance dans ma vinaigrette. Soyons honnêtes s’il vous plaît. Dieu a béni les animaux aussi et il leur a demandé d’être féconds et nombreux sur la terre et dans les eaux. Notre compassion ne peut se limiter aux hommes, elle doit s’étendre aussi aux animaux qui sont nos semblables. Notre mission sur terre n’était pas de les manger et de saccager la création de Dieu mais de veiller sur elle, de travailler pour que l’oeuvre de Dieu continue de témoigner de Sa grandeur.
    Bien à vous ma famille en Christ.

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