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Sainte-Cène dans l'Oratoire du Louvre, le plat et la coupe passent de personne à personne.

Sainte-Cène dans l’Oratoire du Louvre, le plat et la coupe passent de personne à personne.

Question d’un visiteur :

Bonsoir monsieur le Pasteur,

Je suis catholique et j’ai un différend avec mon ami prêtre. Il dit que la Sainte Cène est interdite à un catholique. Je suis d’un avis contraire.

Alors je me suis retournée vers les textes (directoire pour l’application des principes et des normes sur l’œcuménisme). Je suis consciente que l’Eglise catholique refuse l’Eucharistie à un protestant. Mais le contraire n’est pas explicitement démontré dans ce texte.

Aussi je me permets de vous demander votre avis. J’ai lu toutes les questions réponses à ce sujet sur votre site mais aucun ne donne vraiment la réponse. Pourriez-vous m’aider ?

Avec mes remerciements, et très cordialement.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir madame

En fait, vous avez tous les deux raisons !

  • Officiellement, l’église de Rome interdit à ses fidèles de participer à une communion protestante, en tout cas c’est ce que le pape, dans ses textes officiels, interdit (« Ecclesia de Eucharistia III.30 » publié pour Pâques 2003 par Jean-Paul II), et interdit aux protestants de participer à l’eucharistie. Depuis Vatican II et son souffle, il y a eu progressivement une joyeuse et fraternelle habitude de procéder à des échanges de chaire et à l’hospitalité eucharistique entre paroisses protestantes et catholiques voisines. Puis il y eu les féroces attaques de Jean-Paul II (mais était-ce lui, ou déjà Joseph Ratzinger qui lui tenait la main ?), contre les églises protestantes, en particulier contre l’église réformée et ces gestes fraternels ont été interdits officiellement (l’hospitalité eucharistique, la visite eucharistique, ainsi que la participation d’un pasteur pour donner l’homélie au cours de l’office dominical).
  • L’église protestante, non seulement autorise les catholique à participer mis les invite avec joie, comme d’ailleurs toute personne sans distinction. Au contraire, si je puis dire. La communion étant comprise dans l’église protestante comme une nourriture pour plus et mieux entrer en communion avec Dieu et avec les autres, une personne, même non baptisée, même d’une vie moralement douteuse, même d’une théologie pas très affinée… est invitée. Je dirais même que plus une personne serait éloignée et plus nous serions enclins à lui donner le pain et le vin. Si une telle personne se sent alors invitée c’est qu’elle a senti qu’en Christ lui est offerte une nourriture, une vie, un salut qui vient de Dieu, et ce jour là, désire répondre oui, et faire un pas de plus pour entrer dans le corps du Christ. En effet, comme Jésus le dit lui-même pour expliquer aux intégristes qui le critiquaient de fréquenter des personnes de foi et de moralité douteuse, ce sont les malades qui ont besoin de médecin. Et c’est donc en toute cohérence que Jésus, lors de la Cène où il institue la Communion, donne à Judas en premier le pain, judas qui l’avait déjà vendu aux autorités.

Donc vous avez tous les deux raisons. Tout dépend si l’on voit la question du côté de l’église de Rome ou du côté de l’église Réformée.

Voilà pour la théorie, mais en pratique, il en est souvent bien autrement (fort heureusement) :

  • Comme le disent bien des prêtres « Rome est loin », et bien des prêtres (par ouverture, par foi et par charité) autorisent leurs fidèles à communier dans une église protestante s’ils en ont l’occasion, en particulier pour les couples œcuméniques ; bien des prêtres prennent la communion avec nous à l’occasion et donnent la communion aux protestants, même au pasteur en robe de pasteur (cela m’est arrivé ainsi avec des dizaines de prêtres, curés de paroisses, deux vicaires épiscopaux, et un père abbé d’un monastère trappiste).
  • Chaque dimanche dans l’Oratoire, il y a peut-être une trentaine de catholiques au culte (des conjoints ou amis de protestants, des voisins, des catholiques qui viennent de temps en temps pour s’ouvrir l’esprit avec la prédication…) Et quand il y a une communion (une fois par mois), la plupart de ces catholiques participent de bon cœur.

Je dirais que c’est un peu l’ironie de l’histoire. Ces deux derniers papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont été très raides, aussi bien concernant les relations avec les protestants que dans leurs conceptions morales, ou ecclésiales en ayant plus de gestes de paix envers les intégristes catholiques qu’envers les libéraux catholiques (je préférerais personnellement voir un geste de paix envers Hans Kung, envers le Père Tony Flannery et sœur Margaret McBride… qu’un geste de paix envers l’évêque révisionniste Mgr Williamson). Ce que j’observe au jour le jour dans les paroisses, c’est que le rigorisme de ces deux derniers papes a conduit bien des catholiques sincères à être plus autonomes dans leur foi et leur réflexion que du temps où les papes étaient plus souples. La plupart des catholiques engagés (que je connais, ce qui n’est pas représentatif, certes) écoutent ce que dit le pape, puis en prennent et en laisse, ce qui me semble une saine et bonne façon d’être chrétien, en fait. La vérité vous rendra libre. Et la source de cette vérité c’est l’Esprit qui souffle au plus profond de chacun.

Amitiés

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10 Réponses à “Accueil des catholiques à la communion protestante ?”

  1. Samuel MORIN dit :

    Merci pour ces belles paroles. Elles me vont droit au coeur.

  2. Jetro dit :

    Monsieur le pasteur,

    Je vois que vous êtes bien informer, merci pour votre éclairage.
    Mais il y a une chose qui me ronge, c’est lorsque vous dites je cite:  » L’église protestante, non seulement autorise les catholique à participer mis les invite avec joie… »

    Si vous parler uniquement de l’oratoire je suis d’accord, mais si vous généraliser là je suis pas d’accord.
    De quel église protestante qui autorise la communion aux catholiques ?
    Parce que pour avoir fréquenter moult communautés protestantes, la grande majorité refuse la communion aux catholiques.
    Vous n’êtes pas baptiser chez nous pas de communion chez beaucoup de protestant, expérience vécu.

    Donc, il faudra être très précis quand vous parler de l’Eglise protestante.

  3. Vous avez tout à fait raison, hélas.
    Et l’ouverture de la Cène à tous est valable pour l’Oratoire, bien entendu, pour toutes les paroisses de l’église réformée de France, qui rassemblent le plus de protestants.

    Ensuite, les choses sont plus compliquées.

    Par exemple, dans les églises luthériennes de France avec qui nous venons de nous unir. Théoriquement, ces églises invitent avec joie à la Communion « tous les baptisés qui reconnaissent Jésus Christ comme leur sauveur », donc en particulier les catholiques, les orthodoxes, les évangéliques. Pourtant, plusieurs paroissiens m’ont dit qu’à la paroisse luthérienne voisine de l’Oratoire, les Billettes, le pasteur dirait que seuls ceux qui confessent la foi trinitaire sont invités, ce qui inclus les catholiques mais exclut explicitement un protestant qui ne serait pas amateur de cette théologie trinitaire relativement tardive dans l’histoire de la théologie chrétienne, et qui a toujours été discutée. Personnellement, je suis vraiment heureux qu’il n’y ait pas ce genre de conditions dans nos églises, car avec de telles barrières, bon nombre des apôtres de Jésus-Christ n’aurait pas pu participer à la Cène puisque la confession de foi trinitaire leur était bien évidemment inconnue et qu’il n’y a aucune raison de penser que les 12 apôtres aient été baptisés (Jésus lui-même ne baptisant pas).

    Pour ce qui est des églises appelées évangéliques, c’est sans doute très variable. J’ai déjà été accueilli sans difficultés ni questions trois fois dans mon existence à la Communion dans une église « évangélique », mais c’est vrai que ces églises sont parfois très fermées aux chrétiens d’une autre confession, en particulier des catholiques qui n’y sont pas toujours bien reçus (et c’est un euphémisme). Et les églises évangéliques qui font partie de la Fédération Protestante de France ne sont pas toujours, malheureusement, celles qui font preuve d’ouverture.

    Donc, oui, vous avez raison, ma réponse correspond aux paroisses de l’Église Protestante Unie (sauf cas particulier de paroisse plus fermée que la moyenne)…

  4. Nicolas dit :

    Je me permets juste une petite remarque. Tapez sur internet DIDACHE et vous lirez des choses très intéressantes sur la communion et vous comprendrez aussi pourquoi des ministres chrétiens n’invitent à la communion que ceux qui se repentent et qui croient.
    L’enseignement des apôtres est contenus dans cette publication. Pour la paroisse des Billettes, Monsieur le Pasteur, je me permets juste de vous rappelez que comme vous le dites elle appartenait à l’Eglise évangélique luthérienne de France et comme toute église luthérienne doit transmettre la foi du livre de Concorde. Il y a donc une référence qui est plus ou moins suivie à la lettre. Mais il y a une chose qui est sûre, c’est qu’effectivement les église luthérienne enseigne la foi trinitaire. Il est donc logique qu’elle appelle des fidèle à la communion qui reconnaissent cela.
    Contrairement à ce que vous pouvez laissez penser: « (sauf cas particulier de paroisse plus fermée que la moyenne) », l’EELF n’est pas plus fermée que la moyenne. Je vous rappelle que vous faites partie de la même église aujourd’hui. L’EELF est juste plus fidèle à l’enseignement de la réforme luthérienne que vous pourriez peut-être le penser.

  5. Nicolas dit :

    Encore une petite remarque, la théologie trinitaire a été pleinement exprimée par Saint Augustin au IVème siècle, si vous appelez cela tardif, moi non. Nous sommes juste au XXIème, cela fait donc juste 17 siècles…

  6. Bonsoir Monsieur Nicolas,
    1) Quand je « tardif », c’est bien entendu par rapport à Jésus-Christ, qui est quand-même la référence pour nous les chrétiens, même si nous étions en l’an 32784.

    Trois générations de chrétiens, peut-être, ont passées avant la rédaction de la Didachè (merci, je l’ai lue, et pas besoin de wikipédia pour cela, j’en ai deux exemplaires chez moi), c’est donc relativement tardif par rapport aux apôtres dont l’auteur de ce texte s’inspire. Ces générations d’écart ne rend pas ce texte inintéressant, loin de là, mais ce n’est pas Jésus-Christ qui parle, ce texte appartient déjà à un certain courant théologique, présentant une option possible pour être chrétien à cette époque ce qui ne veut pas dire que ce soit la seule possible, ni qu’elle soit la plus pertinente pour aujourd’hui.

    Quand au dogme de la Trinité, le mot même est apparu au début du IIIe siècle (sous la plume de Tertullien), le concept lui-même de Trinité étant alors en pleine élaboration, qui se poursuivra encore pendant des siècles, comme vous le dites, jusqu’au temps d’Augustin, au début du Ve siècle. Donc oui, par rapport à Jésus Christ, c’est relativement tardif. Cela ne veut absolument pas dire que cette doctrine ne soit pas bonne puisque, de fait, elle nourrit la foi d’une très très large majorités de fidèles, comme vous le dites, depuis 17 siècles. Mais néanmoins, on ne peut pas dire que les chrétiens qui dataient d’avant l’élaboration de cette doctrine n’étaient pas chrétiens (les 10 ou 15 premières générations, apôtres compris) ! Et du coup, ce n’est pas logique de dire qu’une personne qui aujourd’hui ne confesse pas Dieu en terme trinitaire ne pourrait pas être chrétienne.

    2) Je n’ai pas dit du tout que l’EELF était plus fermée que la moyenne, évidemment non ! ! ! Et je me réjouis grandement de l’union entre les réformés et les luthériens. Ma grand-même maternelle était d’ailleurs luthérienne, même descendante de la sœur de Philippe Mélanchton (du coup, nous l’appelons Mélanchtonton). Et quand la famille de cette grand-mère a quitté Strasbourg en 1870 pour se réfugier à Nancy, avec toute un peuple important de luthériens, ils n’ont pas créé de paroisse luthérienne, mais ils sont restés de sensibilité luthérienne toit en rejoignant tous ensemble, par choix, l’église réformée de Nancy. Des générations, donc, ce bonne entente.

    Et l’EELF pratique une large ouverture à la Communion, comme je l’indique plus haut, le règlement de l’EELF indique officiellement que « tous les baptisés qui reconnaissent Jésus Christ comme leur sauveur » sont invités à communier.

    Ce que je disais, c’est que chaque paroisse, chaque célébrant a évidemment son histoire, une sensibilité spirituelle et théologique. Et cette diversité est vécue dans nos églises comme une richesse. En particulier à Paris où il y a plein de paroisses, ce qui laisse la liberté à chacune d’avoir plus facilement son propre style.

  7. Tigreek dit :

    Merci pour cette réponse limpide, sur un sujet hélas douloureux.
    Je viens également de l’éprouver, comme je l’indique sur mon blog, où je me permets de vous citer : http://tigreek.org/index.php?post/2013/06/Non-communion

  8. DELPECH dit :

    Il me semble que si la Trinité n’a été érigée en dogme qu’assez tardivement, cela était en germe dans les Evangiles. Je pensais d’ailleurs que cela était admis par tous les Chrériens.
    Mais là n’est pas la question. Je suis catholique et j’ai conscience que si j’étais né ailleurs je serais peut être luthérien ou orthodoxe, et pas moins appelé par le Christ. Je pense donc que toute attitude visant à exclure l’autre est contraire à ce que Jésus ne cesse de nous rappeler, à savoir aimer son prochain comme il est. Et j’allais dire comme il hait, aimer son ennemi!
    Donc en tant que catho, je crois à la présence réelle, ce qui , si l’on m’accepte, ne m’empècherait pas de participer au partage du pain et du vin chez les réformés, sauf que pour moi cela n’aura pas la même signification. Pourtant je regarderai cela comme très émouvant comme signe de mémoire de Christ et de partage avec des personnes que je n’ai pas l’habitude de cotoyer. Et c’est plus facile que d’aimer ses ennemis non ? alors….

  9. A mon avis, protestants comme catholiques, nous croyons à la présence réelle du Christ, un présence réelle mais non matérielle, bien sûr, et cela aussi bien dans la confession protestante que dans la confession catholique. Oui, nous faisons ce geste, comme indiqué dans la Bible, « en mémoire » du Christ, mais ce geste est une communion au Christ vivant. Et ce faisant, nous devenons, ou nous prenons plus conscience que nous sommes membres du corps du Christ.

  10. Patrice dit :

    Bonjour,
    Je pense qu’il faut respecter la volonté des catholiques et orthodoxes de ne pas admettre à la communion les autres chrétiens car c’est pour eux une autre théologie (il faut croire en la présence réelle du Christ matériellement dans le pain et le vin consacrés, après tout)
    Mais ce n’est pas l’unique moyen à Dieu/au Christ d’être présent parmi nous loin de là.
    Surtout ne pas considérer cette exclusion comme un rejet des personnes ou une marque de supériorité.

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