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Film "Les misérables"

Un film de Tom Hooper avec Hugh Jackman, Russell Crowe, Anne Hathaway… et 3 Golden Globe 2013

À vrai dire, je craignais un peu de voir notre Victor Hugo passé à la moulinette pour devenir une comédie musicale chantée par des stars. Mais bon, je pensais qu’il pourrait en être comme pour la musique de Jean-Sébastien Bach qui reste géniale même transposée pour harmonica, et que même ainsi, quelque chose du souffle de Victor Hugo resterait, en particulier de la foi sincère de Victor Hugo. Et bien oui, et plus que je ne le pensais. Même si certains passages sont un peu longs, certaines musiques un vraiment kitch avec l’orchestre symphonique jouant dans le pur style « musique de film ». Mais les acteurs le fait que les acteurs jouent et chantent à la fois, est assez touchant, je dois dire.

L’histoire est connue, Jean Valjean, sortant de 19 années de bagne pour le vol d’un pain, rejeté de tous, est plein de haine pour le monde entier. Accueilli comme un hôte de marque par un brave évêque, il s’éclipse discrètement en embarquant l’argenterie. Ramené par la gendarmerie devant le curé, Jean s’attend bien entendu à retourner au bagne à vie puisque le vol d’un pain lui avait déjà valu 19 années de bagne. Mais le curé ment aux gendarmes en disant qu’il a donné son argenterie à Jean Valjean, ajoutant encore deux lourds chandeliers en argent. Il s’agit là d’un symbole, bien entendu, d’une lumière autre qui est de l’ordre de l’Évangile, de l’ordre du pardon et de l’amour, du sentiment de la dignité de la personne. Ce symbole est bien mis en valeur par le chant du bon Père qui dit en donnant à Jean Valjean les chandeliers : «  Je t’ai offert ça aussi, laisserais-tu ce qu’il a de meilleur derrière-toi ? » Comme une parabole de la grâce de Dieu qui nous donne tout, la vie, le pardon, la dignité, la liberté, et qui nous donne en plus sa lumière, le meilleur des dons de sa grâce, mais que l’homme souvent oublie en partant ?

Vient alors une scène de conversion de Jean Valjean, où quelque chose en lui résiste encore, voyant sa haine s’enfuir sous le coup de la bonté gratuite du curé, qui l’a reconnu comme humain, et même comme ayant une âme, l’espérant vivant, heureux, et bienfaisant.

Effectivement, il y a le souffle d’Hugo dans ce thème chrétien mis ici en valeur, Hugo qui voyait son roman comme un cheminement depuis le néant vers Dieu.

Une péripétie de roman, et de film, sans doute inspirée de cette parole perturbante de Jésus (Matthieu 5:38-48) :

Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent.
Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.
Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.
Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.
Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains n’agissent-ils pas de même? Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Les païens n’agissent-ils pas de même? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.

Un extrait avec ce passage du film (attendre quelques minutes que le fichier se charge, désolé):

Je ne sais plus.
Oh mon Dieu, je ne sais plus
Si on peut encore sauver
L’homme que je suis devenu.
Est-ce bien cela que je veux?
La douceur d’un mot trompeur
Ne peut pas tarir le flot brûlant de ma haine.
Seul dans la nuit,
Je crie pour personne.
Peut-on changer
Soudain le destin d’un homme?

S’il y a un autre chemin pour moi,
Je l’ai manqué, il y a vingt ans déjà.
Ma vie est une vie perdue à la naissance.
Au premier faux pas, au nom de la justice,
Chaînes aux pieds et menottes à la main
Pour avoir pris un morceau de pain

Pourquoi ai-je permis à cet homme
De me toucher de sa bonté?
Il m’a nourri, il m’a réchauffé;
Sa miséricorde
Est trop lourde à porter.
Il dit que j’appartiens à Dieu.
Qu’est-ce qu’il en sait?
Moi je veux faire payer aux hommes
Le prix d’une vie qu’ils m’ont volée

J’ai nourri ma vengeance
À de maigres repas.
J’ai bâti une muraille
Entre le monde et moi.

Il aurait pu me dénoncer,
Me rendre au bagne et au fouet.
Mais il préfère que je sois libre
Pour laisser le doute s’insinuer en moi.
Il m’a dit que j’avais une âme,
Qu’est ce qu’il en sait?
Mais je sens fondre le mur de glace,
Mon coeur bat sous la carapace

Toutes mes certitudes s’effondrent;
Et je pleure comme la terre tremble.
Je regarde dans le vide
Un autre homme qui me ressemble.
Je vais épargner au monde
La colère de Jean Valjean.
Jean Valjean est mort ce soir;
Ici commence une autre histoire.
http://www.chanvrerie.net/musical/translations/prc04.php

I don’t know anymore
Oh my God, I don’t know anymore
If it’s still possible to save
The man I’ve become
Is that really what I want?
The softness of a deceiving word
Cannot stem the burning tide of my hate.
Alone in the night,
I cry out for nobody.
Can you suddenly change
A man’s destiny?

If there’s another way for me,
I missed it already twenty years ago.
My life is a life lost at birth.
At the first misstep, in the name of justice,
Chains on my feet and cuffs on my hands
For having taken a bit of bread

Why did I allow this man
To touch me with his goodness?
He fed me, he warmed me;
His mercy
Is too heavy to bear.
He says that I belong to God
What does he know of it?
I want to make mankind pay
The price of a life they stole from me.

I fed my vengeance
With lean meals
I built a wall
Between me and the world.

He could have denounced me,
Returned me to prison and to the lash.
But he prefers that I go free
To let doubt insinuate itself in me.
He told me that I had a soul,
What does he know of it?
But I feel the wall of ice melting,
My heart beats beneath the shell.

All my certainties collapse,
And I weep as the earth shakes
I look into the void,
At another man who looks like me.
I will spare the world
The anger of Jean Valjean.
Jean Valjean is dead tonight;
Another story begins here

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2 Réponses à “Les misérables : un roman, et même un film, qui nous invite à passer du néant à Dieu”

  1. Chahab dit :

    La première phrase du Coran est la suivante: Au nom de Dieu le très miséricordieux, le tout miséricordieux. Il ne parle pas de l’omnipotence ni de l’omniscience du dieu qui n’est pas défini comme un seigneur éternel, mais miséricordieux comme père et bien plus d’un père. Cette scène inoubliable des Misérables est sans doute l’image par excellence de cette qualité que le Coran nous appelle à apprécier, en l’attribuant à dieu et sans cela, il ne s’agirait que d’une prétention absurde (s’il n’était pas la question qu’on en serve comme un exemple).

  2. Merci Chahab. Quand les musulmans adopteront la Fatiha (cette sourate d’ouverture du Coran) comme clé d’interprétation de tout le reste du Coran, mettant au dessus de tout la miséricorde, alors vraiment, l’Islam sera une religion de paix.

    De même, dans l’Evangile, il y a ce verset où le Christ nous appelle à « aimer nos ennemis, à bénir ceux qui nous maudissent, à faire du bien à ceux qui nous haïssent et à prier pour ceux qui nous maltraitent et qui nous persécutent, car c’est alors que nous serons les enfants de notre Père qui est dans les cieux. » Quand les chrétiens mettront ce verset de l’Evangile au cœur de leur interprétation de la Bible, alors le Christianisme sera vraiment une religion de la paix.

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