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crucifixion aux PhilippinesUn des grands apports du XXe siècle à la théologie chrétienne est la théologie féministe.

Par exemple sur la question du salut apporté par le Christ à l’humanité.

La théologie majoritaire classique a longtemps expliqué qu’il fallait absolument que Jésus souffre et mort sur la croix pour que l’humanité soit sauvée. Dans un sens, ce serait la volonté de Dieu qu’il souffre en meure ainsi.

Des théologiennes ont montré que cela a pu avoir une influence sur la violence faite aux femmes et aux enfants, la justifiant en quelque sorte (même si ce n’est pas voulu à la base, évidemment). Que c’est un dommage induit.

Il existe plusieurs façons différentes de comprendre le mécanisme de l’expiation de nos péchés par le Christ souffrant. Mais toutes justifient les souffrances de Jésus étaient indispensables pour que nous soyons sauvés.

Le chrétien devant être à l’imitation de Jésus, un serviteur souffrant, un fils sacrifié, selon la volonté de son Père, un volonté nécessairement bonne, juste, légitime. Et du coup (c’est le cas de le dire), la femme accepte plus facilement de souffrir, du coupe les maris et les pères trouvent plus facilement normal de sacrifier leur enfant, de voir souffrir et même de faire souffrir leur femme jusqu’à la mort.

Encore une fois, cette théorie de l’expiation n’est absolument pas la seule compréhension du salut de Dieu donné en Christ par les théologiens chrétiens, ce n’est absolument pas la seule théologie dans la Bible.

Il y a au moins trois théories inventées par les théologiens au cours des siècles qui appartiennent à cette idée plus large de l’expiation de nos péchés par les souffrances et la mort du Christ :

La première théorie est celle du Christ victorieux. En mourant, le Christ est allé combattre aux enfers le diable, la mort et autres puissances du péché, il les a vaincues et du coup nous sommes sauvés. Cette théorie doit beaucoup aux mythologies païennes, comme l’histoire de Perséphone ou d’Orphée. Mais cette lecture au moins, les souffrances de Jésus ne sont pas justifiées en tant que telles. Il reste que le patriarche ne trouve pas d’autres moyens que d’envoyer son fils à la boucherie, et que le fils doit bien sagement se laisser massacrer par obéissance à son Père. Des théologiennes féministes se sont demandé si cette théorie n’a pas pu avoir de lourdes conséquences sur notre société, nous aveuglant au point que de graves violences aient été trop longtemps acceptées.

La seconde théorie est celle de « la satisfaction ». Jésus aurait souffert et serait mort pour « payer le note » de notre péché, être puni à notre place. L’idée est que Dieu ne pourrait pardonner à un coupable sans que quelqu’un ait payé la note, ait souffert pour cela. Mais comme Dieu serait à la fois justice et amour, il offrirait son propre fils (par amour) afin de satisfaire sa propre justice. C’est la théorie qui fait le plus de dégâts dans la conception que les gens se font de Dieu et qu’ils se font de la justice. Car alors Dieu a besoin de la souffrance, dans un certain sens elle satisfait quelque chose en lui. Et le pardon qui a besoin d’être acheté n’est plus véritablement de l’amour, c’est du marchandage. Et selon cette théorie, il serait juste de faire souffrir un innocent pour la faute d’un coupable. Et cela induit qu’il serait imaginable de délibérément offrir un de ses enfants à la souffrance et à la mort…

Cette théologie associe alors l’amour et la souffrance. Pâques deviendrait alors la fête de cette souffrance belle et bonne, la fête de ce Père qui sacrifie son Fils, la fête de ce Fils qui se soumet à cette volonté du Père. Pâques deviendrait la fête du sang versé, sang qui rachèterait les fautes, sang qui établit une association entre Dieu et nous.

Bien des hommes, mais surtout probablement des femmes, ont alors plus facilement accepter de souffrir, de se faire maltraiter, pensant que c’est dans un sens normal, juste et bon de souffrir pour sauver ceux qu’elles aiment, que c’est la volonté de Dieu pour sauver leur mari, leur couple, leur entreprise, leur enfant,leur pays…

Et si Dieu a lui-même voulu la souffrance et la mort de son fils, les sévices corporels apparaissent alors comme justifiés. Les tyrans domestiques, les tyrans usant de peines cruelles pour « punir » des coupables sont légitimés, voire les peines sur des innocents comme à Oradour sur Glane, et les bombardements des civils à Dresde ou Hambourg pendant la 2e guerre mondiale.

Heureusement que ces théories ne sont pas les seules pour comprendre ce qui est arrivé à Jésus et le salut donné par Dieu à travers lui.

C’est le péché, la violence des hommes qui est la cause de la mort de Jésus de Nazareth, et c’est malgré la volonté de Dieu. Car Il est le Dieu du pardon, de l’amour et de la vie.

Une des preuves est la parabole des vignerons qui raconte que le projet de Dieu n’était pas que son fils soit tué, bien évidemment :

Jésus dit : Ecoutez une autre parabole. Il y avait un homme, maître de maison, qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir, et bâtit une tour; puis il l’afferma à des vignerons, et quitta le pays. Lorsque le temps de la récolte fut arrivé, il envoya ses serviteurs vers les vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne. Les vignerons, s’étant saisis de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, et lapidèrent le troisième. Il envoya encore d’autres serviteurs, en plus grand nombre que les premiers; et les vignerons les traitèrent de la même manière. Enfin, il envoya vers eux son fils, en disant: Ils respecteront pour mon fils.
Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux: Voici l’héritier; venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent.
Maintenant, lorsque le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? Les auditeurs de Jésus lui répondirent: Il fera mourir misérablement ces misérables, et il affermera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en donneront le produit au temps de la récolte.

(Matthieu 21:33-40).

Cette parabole affirme que Dieu pensait que son fils serait entendu et respecté, et qu’il n’a pas imaginé une seconde qu’il serait tué. Et quand l’Evangile selon Matthieu est rédigé, après la mort de Jésus, tout le monde savait qu’il n’était pas tombé du ciel de la foudre pour faire mourir misérablement les misérables qui ont fait cela (la foule réclamant sa tête, le sanhédrin et le tribunal qui l’avaient condamné, les soldats romains, Pilate, les apôtres qui l’ont abandonné, renié, trahi…). Cette parabole dit ainsi que Dieu ne voulait pas la mort de Jésus, et qu’il a pardonné même cela : l’exécution d’un innocent, et en plus d’un innocent venu sauver l’humanité, envoyé par Dieu.

Dieu nous aime donc malgré la croix, malgré les souffrances et la mort de son fils. Et en même temps cette croix est le signe d’un amour. D’abord celui de Jésus pour Dieu et pour l’humanité. C’est en assumant sa vocation malgré l’hostilité des hommes qu’il s’est retrouvé être exécuté. Ensuite l’amour de Dieu qui ne réagit pas par la violence à la violence humaine mais par l’amour. Mais cela, nous le savions déjà, comme le dit la parabole, par de nombreux témoins qui sont dans l’ancien testament qui disent déjà que Dieu pardonne et ne supporte pas les souffrances infligées à un innocent.

Et donc ce fameux passage :

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n’est point jugé; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et ce jugement c’est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises.
(Jean 3:16-19)

Ce passage ne veut pas dire que Dieu a offert son fils comme les païens offraient en sacrifice un enfant pour calmer la fureur des dieux tyranniques. Ces pratiques sont étrangères à la pensée du peuple hébreu, elles existaient au contraire chez les adorateurs de dieux terribles comme Baal. Mais Dieu a donné sont Fils pour que nous le respections et changions de mentalité. Et c’est l’humanité qui a voulu sa mort, absolument pas Dieu.

Cette pensée que Dieu aurait voulu les souffrances et la mort de Jésus n’a aucun sens. Elle présente une théologie d’un Dieu tyrannique qui est étrangère à l’Evangile et même à la Bible hébraïque. Et cette pensée a pu avoir des effets terribles sur les violences faites aux femmes et sur la maltraitance des enfants.

C’est vrai que ces violences sont incroyables. Et que le plus incroyable est qu’elles semblent parfois trop bien acceptées par notre société et par les victimes elles-mêmes. Et c’est ainsi que nous avons le triste bilan de centaines de femmes violées ou tuées par leur conjoint, en France (pas seulement au fin fond du Pakistan).

Voir cet article (en anglais) de la théologienne Joanne Carlson Brown.

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