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professeur André GounelleDans le numéro d’Evangile et liberté à paraître (mais déjà en partie en ligne sur le site), il y a un intéressant article d’André Gounelle sur la trinité. Un article plein de nuances et de finesse, comme d’habitude avec André. Et rien que pour cela, son article est à lire et à méditer afin de se faire sa propre opinion sur la question. Il y a bien entendu dans l’Oratoire des personnes qui sont très attachées à leur théologie trinitaire et d’autres qui ne sont pas sur ce type d’expression.

Dans la fin de son article, André Gounelle apporte à ce propos sa tristesse de voir inscrites dans les statuts de la toute nouvelle et encore naissante Eglise Protestante Unie de France deux points qui sont assez gênants.

  • Le premier est que sous l’impulsion des concepteurs de cette union, bien des paroisses ont inscrit une expression trinitaire de la foi dans leurs statuts. Heureusement qu’à l’Oratoire, une vigilance de dernière minute de quelques personnes a permis de faire sauter cette mention très discutable, car poussant dehors ceux qui auraient une conception non trinitaire de Dieu. C’est effectivement extrêmement regrettable, car contraire à un des piliers du protestantisme qu’est le retour à la Bible comme socle de notre pensée théologique (la trinité ne se trouve pas dans la Bible et ne peut s’y trouver, le terme et la notion même n’étant apparu que des siècles plus tard).
  • Le second point que relève André Gounelle est l’insistance dans ces textes sur la soumission non pas à Dieu, mais aux autorités ecclésiastiques. Personnellement, ce point m’avait moins gêné, après tout ces statuts sont des règlements intérieurs pour que nos associations fonctionnent à peu près démocratiquement sans que ce soit trop le chaos et le chacun pour soi… mais André a raison, cela appelle à une vraie vigilance car il ne faudrait pas que notre église se romanise trop quand même. Et ce n’est pas seulement une question théorique. Nous en voyons des effets très concrets dans la liberté qui est laissée ou non au le Conseil Presbytéral de chaque paroisse pour exercer son discernement dans la conduite de l’église locale, en fonction non seulement des personnes et des circonstances locales, mais aussi du souffle de l’Esprit.
  • Cela dit, je ne pense pas comme André qu’il faille songer quitter notre Eglise pour autant. Si vraiment cela nous préoccupe, nous pouvons faire des pétitions, des votes, des motions aux synodes… et en définitive nous pouvons toujours faire de la résistance de l’intérieur. Du genre « Rome est loin » et autre « les chiens aboient et la caravane passe » comme ces prêtres et des fidèles cathos qui restent dans l’église sans être d’accord avec le pape, affirmant : « nous sommes aussi l’église« .

Bref, voici cet article bien intéressant d’André Gounelle dans Evangile et liberté (abonnez et réabonnez-vous), afin de garder l’œil ouvert.

À propos de la Trinité

Est-il vrai que vous, protestants libéraux, ne croyez pas à la Trinité ? On nous pose souvent cette question avec étonnement, parfois avec une nette désapprobation. Toutes les Églises n’admettent-elles et ne professent-elles pas la Trinité ? La Trinité ne découle-t-elle pas directement de l’enseignement du Nouveau Testament ? Peut-on encore considérer comme chrétiens ceux qui la rejettent ? À ces interrogations, je vais tenter de répondre en exposant non pas la doctrine du libéralisme, mais le point de vue d’un libéral (les libéraux sont divers et n’ont pas de positions officielles communes).

De quoi s’agit-il ?

Le dogme de la Trinité a été formulé aux IVe et Ve siècles par les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) dans des « symboles » (confessions de foi), auxquels s’ajoute celui attribué (à tort) à Athanase d’Alexandrie, rédigé entre 430 et 500. Ces textes sont beaucoup trop longs pour qu’on les reproduise ici. Quand on les lit, on est frappé par leur complexité et leur sophistication.

En résumant et en simplifiant à l’extrême, ils déclarent que Dieu est une essence ou une substance unique en trois personnes ou instances distinctes. On ne peut ni séparer ni confondre le Père, le Fils et l’Esprit ; ils sont à la fois identiques et différents.

On ne trouve rien de tel dans le Nouveau Testament. Quand, à la fin de l’évangile de Matthieu, Jésus demande à ses disciples de baptiser les croyants « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », il s’agit d’une formule ternaire (qui ne dit rien des relations entre les trois êtres qu’elle énumère), mais nullement trinitaire (elle ne dit pas que les trois sont un et que cet un est trois). La Trinité découle de réflexions et de débats très postérieurs aux temps apostoliques ; en discerner l’affirmation dans le Nouveau Testament s’apparente à un tour de passe-passe.

Des débats épineux

Pourquoi a-t-on formulé le dogme trinitaire ? Essentiellement pour mettre fin à d’âpres disputes, dépourvues de toute charité, entre diverses factions du christianisme dont les thèses nous paraissent aujourd’hui très voisines ; si l’une de celles qui ont été condamnées avait gagné, pas grand-chose n’aurait changé. La formulation devenue « orthodoxe » l’a emporté en grande partie parce que les autorités politiques l’ont imposée de force.

Au fil des siècles, la doctrine trinitaire a été souvent contestée. Contrairement à ce qu’on prétend parfois, elle n’a pas fait et ne fait toujours pas l’unanimité (l’existence de communautés unitariennes le montre bien). Cependant, il est juste de remarquer qu’au cours de l’histoire beaucoup de ceux qu’on qualifie d’ « antitrinitaires » (ainsi les célèbres Arius au IVe siècle et Servet au XVIe siècle) ont proposé plutôt une variante qu’une négation de la Trinité. Cette doctrine a révulsé les juifs (parce qu’elle entraîne la divinisation de Jésus, identifié avec le Fils, qu’ils jugent blasphématoire) et les musulmans (qui y voient une insupportable atteinte à l’unicité divine).

Les protestants libéraux ont toujours été très réticents. En 1938, pour tenir compte de leurs réserves, l’Église Réformée de France a adopté une « déclaration de foi » qui ne mentionne pas expressément la Trinité ce qui a permis à des trinitaires et des antitrinitaires d’en devenir membres. En 1961, lors de l’Assemblée OEcuménique de New-Delhi, l’Église Réformée de France et la Fédération des Églises Protestantes de Suisse ont exprimé leur refus d’obliger pasteurs et fidèles à souscrire à ce dogme.

Ce que j’accepte

Après ce rapide historique, j’en viens à ma position personnelle. À la différence de beaucoup d’unitariens et de libéraux, je ne vois pas dans la doctrine trinitaire un tissu d’absurdités. Elle ne manque ni d’intérêt ni de valeur.

D’une part, pour faire comprendre ce qu’est ou qui est le Dieu chrétien, elle utilise les catégories de la pensée philosophique du monde hellénistique. Les Conciles ne disent pas la même chose que le néoplatonisme dominant à leur époque, mais ils se servent de son vocabulaire, de ses notions, de ses analyses. Cette tentative d’adaptation à la culture du monde ambiant me semble louable en son principe. Il y a là un exemple à imiter. Au lieu de répéter des formules qui appartiennent à un autre temps (comme celles des anciens conciles), nous devrions nous efforcer, nous aussi, de dire l’Évangile dans le langage de notre époque.

D’autre part, des intuitions justes s’expriment dans cette doctrine. Ainsi, pour le croyant, Dieu est puissance (je ne dis pas « toute-puissance » qui n’est pas un concept biblique), ce qui correspond à la première personne de la Trinité, symbolisée par la figure du Père, créateur et providence. Dieu est également sens, ce qui correspond à la deuxième personne de la Trinité, associée à la sagesse ou au Logos (qui veut dire parole raisonnée) et symbolisée par la figure du Fils. Et surtout Dieu est l’unité de la puissance et du sens ; il n’est pas une puissance dépourvue de sens ni un sens dépourvu de puissance, ce qui correspond à l’Esprit, dont on dit classiquement qu’il est l’union du Père et du Fils.

Comme l’écrit A. Schweitzer, pourtant plutôt critique à l’égard des doctrines classiques, « le dogme de la Trinité touche à des réalités profondes, auxquelles nous restons sensibles ».

Ce que je refuse

Si je discerne dans la doctrine trinitaire des intuitions et des visées que je crois justes, en revanche je trouve ses formulations peu convaincantes, parfois maladroites, et dangereuses. Je lui reproche d’avoir transformé une expérience de foi vécue en une spéculation ontologique alambiquée, vaine et incompréhensible pour le monde moderne.

Cette doctrine propose une interprétation à mes yeux défectueuse, parmi d’autres également discutables (mais quand même moins), du témoignage du Nouveau Testament. Je ne crois pas que ce soit la meilleure possible, tout en admettant qu’on puisse en juger autrement et y tenir. Je fais mien ce qu’en écrivait un humaniste du XVIe siècle, Castellion, ancêtre du protestantisme libéral, qui n’estimait guère cette doctrine : « Si je pouvais [la] défendre, je le ferais. Mais je dois confesser franchement que je ne puis. Si quelqu’un le peut, je l’approuverai de le faire […] Si certains possèdent un esprit assez aigu pour saisir ce que moi et ceux qui me ressemblent ne saisissons pas, tant mieux, je n’en suis pas jaloux. »

On ne doit ni rendre obligatoire la doctrine trinitaire ni l’exclure (ce serait tomber dans une intolérance et une rigidité dogmatique à rebours de celles d’une certaine orthodoxie, mais de même nature). Je n’en demande pas la suppression, je souhaite seulement qu’on accepte aussi d’autres options.

Je respecte, même si je pense qu’ils ont tort, ceux qui voient dans la Trinité une expression ou interprétation convenable du message du Nouveau Testament. En revanche, parler du « Dieu trinitaire » ou de « Dieu Père Fils et Esprit » me paraît une grave erreur. On touche là à l’inacceptable. En effet, on identifie une formulation ecclésiastique et une définition théologique avec la révélation divine. On confond l’être de Dieu avec notre discours sur Dieu, ce qui fait de ce discours une idole. Aucune doctrine ne doit prétendre « enclore » Dieu. Il serait si simple et si juste de parler tout simplement du « Dieu de Jésus ».

L’Église Protestante Unie

À l’assemblée générale de ma paroisse, lors du vote pour l’Église Protestante Unie, je me suis abstenu. Avec regret et tristesse, car l’union entre luthériens et réformés me paraît une excellente chose. Malheureusement, le texte qui nous était présenté contenait une allusion, à mes yeux équivoque, à la Trinité ; de plus, mais c’est une autre histoire, il insistait sur la soumission non pas à Dieu, mais aux autorités ecclésiastiques, ce qui m’a inquiété. Si dans les textes à venir de l’Église Protestante Unie, il est question du « Dieu trinitaire » ou du « Dieu Père Fils et Esprit » ou encore du « Dieu triun », je n’y adhérerai pas ou j’en sortirai. Pour la première fois de ma vie, je serai « hors Église » – mais pas hors communauté croyante.

André Gounelle

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21 Réponses à “D’importantes réserves d’André Gounelle vis à vis des statuts de l’EPUF (Eglise Protestante Unie de France)”

  1. Wolfram Steuernagel dit :

    En résumant et en simplifiant à l’extrême, ils déclarent que Dieu est une essence ou une substance unique en trois personnes ou instances distinctes. On ne peut ni séparer ni confondre le Père, le Fils et l’Esprit ; ils sont à la fois identiques et différents.

    On ne trouve rien de tel dans le Nouveau Testament.

    écrit André Gounelle.
    C’est son avis. Acceptons pourtant que les théologiens des premiers conciles dits oecuméniques, qu’on appelle parfois les Pères de l’Église, n’étaient ni nés de la dernière pluie, ni en quête d’une doctrine à l’écart de l’Écriture. Au contraire, il vaut, à mon avis, la peine de relire les écrits attribués à Jean, notamment l’Évangile et la première Épître – il y a la de quoi comprendre l’origine de la trinité. Si tout cela ne suffit pas, eh bien, que faire de Phil.2,5-11 qui dit clairement que Jésus n’est pas

    un homme avec une vocation unique dans l’histoire de l’humanité, celle de manifester l’amour de Dieu, celle d’apporter un ferment d’humanité nouvelle par la foi en ce Dieu…

    comme je l’ai lu ici.

  2. OK, les Pères conciliaires n’était pas nés de la dernière pluie, et ce qu’ils ont dit n’est pas « à l’écart des Écritures », mais ils ont développé ainsi une prolongement, une extrapolation. On peut aimer ou ne pas aimer cette doctrine, mais on ne peut pas dire que la Trinité serait présente dans le Nouveau Testament. Le prétendre n’apporte absolument pas un soutien à cette doctrine, au contraire, cela fait passer cette doctrine pour une supercherie alors qu’André Gounelle la défend assez bien.

    L’idée même de la trinité ne pouvait être pensée au 1er siècle par personne, le prétendre serait comme montrer une photo de l’apôtre Pierre avec un iphone à l’oreille appelant l’apôtre Paul et prétendre qu’elle est authentique !

  3. Arthur dit :

    Au premier siècle votre libéralisme théologique n’était pas plus concevable, cela ne semble pourtant pas vous gêner dans vos déclaration de « foi » libérale.

  4. Arthur, je ne comprends pas bien le sens de votre remarque.

    D’abord, personne ne nie que l’Esprit continue à souffler, et nous sommes tous d’accord pour dire que la théologie, l’éthique et la religion doivent évoluer.

    Ensuite, je ne sais pas de quelle déclaration de foi libérale vous parlez ? Le propre du libéralisme théologique se marque précisément dans le fait que chaque personne est libre de rédiger sa propre déclaration de croyances, pour exprimer sa foi personnelle. La seule déclaration de foi qui est obligatoire à l’Oratoire est « Jésus-Christ est le Seigneur ». Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de chrétiens qui contesteraient qu’il y a là le point essentiel de la foi chrétienne, point essentiel tiré d’ailleurs des lettres de Paul (au premier siècle).

    Enfin, est-ce que le libéralisme théologique était inconcevable au 1er siècle ?

    Quand Jésus dit « le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » et effectivement est libre vis à vis de ce commandement biblique essentiel, et laisse libre ses disciple de faire de même en grignotant des épis de blé, n’est-il pas libéral ?

    Quand Jésus dit que’il n’a jamais vue de plus grande foi que celle du centurion romain (adorant obligatoirement César comme dieu, et sans doute efficace dans son service guerrier), quand Jésus fait de la Samaritaine et de Marie Madeleine des apôtres chargées d’enseigner leurs frères, n’est-il pas libéral aux yeux des usages religieux de l’époque, réservant le droit de prêcher habituellement aux mâles ? Ou quand Jésus enseigne explicitement que la prière doit être intime et individuelle, dans sa chambre porte fermée, il relativise le groupe et l’institution comme lieu de la prière chrétienne ?

    Et quand Paul dit « tout est permis mais tout n’est pas utile » ? Ou quand il donne son hymne à l’amour relativisant la doctrine, la générosité et même la foi devant les trois vertus théologales ? Ou quand Jean dit « Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » ?

    Et la première église, acceptant non pas un unique évangile, mais quatre évangiles différents pour rendre témoignage de l’Évangile et de la personne du Christ, n’est-ce pas une ouverture à une relation personnelle à Christ, selon la sensibilité particulière de chacun ?

    Mais oui, comme pour la trinité, nous n’avons là que des indices dont chacun peut faire son miel pour élaborer en responsabilité la foi, les croyances, les valeurs et les rites que nous pensons être justes en bon aujourd’hui.

  5. Jeep dit :

    Bonjour et merci à A. Gounelle et M. Pernot de leurs exposés à la fois lumineux et structurés.
    Ce qu’ il me semble depuis déjà pas mal d’ années, c’ est qu’une partie de ces problèmes (ici la notion trinitaire) vient du fait que
    – d’ une part , comme dans nombre de domaines l’ être humain a une certaine propension à se créer et à s’enfermer dans des routines de pensée auquel il tient ensuite mordicus (ce qui fait le côté à la fois admirable et ….parfois catastrophique de la foi)
    – Et d’ autre part que, tout focalisés sur le concept de « judéo-chrétien », nous passons sous silence le fait que toute cette aventure est née , certes, dans le monde juif (Ieshouah et ses apôtres ainsi que la grande majorité des acteurs des évangiles sont juifs, et donc parlent vraisemblablement en araméen et hébreu, avec leur back-ground culturel propre, non seulement premier testament mais aussi toute la « mythologie populaire  » de l’ attente messianique.
    Et ce monde culturel juif, lui, il a l’ habitude des contreverses, d’ un certain « pluralisme de pensée »; A-t-on assez dit « deux rabbis, trois opinions? » (;-))
    Certes donc tous cela part d’ un monde culturel Juif, mais ce monde , depuis l’ aventure conquérante d’ Alexandre le Grand, laisssant derrière lui ses diadoques dont Séleucos, après lequel on aura l’ épisode Hasmonéen.(bref…). Donc on a un cotoiement puis une certaine influence à la fois de la langue et de la culture, des catégorisations Grecques.
    ET c’ est des Grecs que viennent les notions de D-ieu assimilable à la Parole Rationnelle (en V.O. « Logos »), mais pour les néo-platoniciens Logos différent du « dieu infierieur », créateur de la matérialité du monde, de « démiourgos ».
    Ce qui , vous le remarquerez, ferait une théorie dualiste (influence aussi au passage de la pensée perse Zoroastrienne).
    Ce qui explique que, pour rétablir une unité de D-ieu, Jean commence son évangile par son célèbre prologue (En prima to logos en V.O. etc..)
    Merci au passage à Isaac Asimov, plus connu en France pour sa science fiction, mais qui a fait un remarquable travail d’ analyse historique/ vulgarisation du monde biblique.

    Bref nous semblons en permanence « oublier » que ce que nous appelons « chrétienté » est né du télescopage du Judaisme, de la langue et de la culture Grecque, et de…. l’ administration politique Romaine: Que serait cette querelle trinitaire (entr’ autres) si à un moment donné Constantin n’ avait pas un peu tapé du poing du la table en anticipant en quelque sorte le principe du « cujus regio , ejus religio « .
    Dans la même veine, quand Ieschouah parle de papa (« abba ») il utilise le même terme pour la prière et donc suggère que ce n’ est pas que son père à lui mais celui de tout être humain qui prie.
    Quant à l’ Esprit, il me semble que lui redonner son qualificatif d’ origine( le « Souffle »/rouach) permettrait de le recontextualiser aussi.
    Si l’ on veut bien me pardonner cette autre référence de science-fiction, mais quand les personnages d’ une célèbre saga cinématographique parlent de « la force », çà ressemble beaucoup à la signification de « rouach/pneuma »
    Bien amicalement
    jeep

  6. Jeep dit :

    …Autre chose me vient à l’ esprit:
    Quand il dit  » une spéculation ontologique alambiquée, vaine et incompréhensible pour le monde moderne. », il me semble que le denier mot est de trop: Combien de ceux qu’ on a qualifiés de « chrétiens » au travers de ces deux millénaires on compris quelque chose à ces subtilités que, précisément, on a à un moment donné qualifié de « Byzantines » (vous savez , le truc de l’ Esprit qui procède du Père et/ ou du FIls, on est dans une facette de la même discussion, en fait).
    Mis à part quelques « clercs », quelques lettrés, qui comprenait quelque chose à cela.
    Déjà beau si , quelques siècles à peine après Cicéron, on avait pas suffisamment oublié le « bon latin » pour ne pas voir que « personna » voulait dire « masque de l’ acteur, d’ où:aspect, représentation ».
    Si j’ en crois certains historiens (« Les hommes de la fraternité » édité par Golias) on a par exemple assez rapidement perdu de vue que « homo » désignait l’ être humain (mâle et femelle) pour lui faire désigner seulement le mâle (« vir » en latin classique); Et je parle là des lettrés qui se rencontraient au concile.
    Qu’est-ce que pouvait y comprendre le simple serf, et le bourgeois ou le « miles » à qui on avait simplement donné la consigne « eux en face méchants, « bad guys » , alors cogne! »
    Amicalement
    Jeep

  7. Merci, Jeep, pour ces remarques fines et utiles.
    Oui, ce n’est pas d’hier que cette « spéculation théologique » est si fine qu’elle est incompréhensible par le commun des mortels. Mais je pense que Gounelle a raison de dire que cette incompréhension a encore empiré à l’époque moderne car bien des concepts essentiels convoqués dans cette doctrine trinitaire ont changé de sens. Par exemple les termes de « personne » ou de « substance » qui n’ont pas du tout le même sens aujourd’hui en français qu’au IVe siècle dans un monde imprégné de la philosophie grecque tardive.

  8. nathan ANDIRAN dit :

    Je me retouve bien dans la position d’André Gounelle.
    Je ne partage pas le dogme trinitaire avec mes frères réformés alors que je partage volontier leur culte.
    Mettre dans la profession de foi une formule trinitaire si explicite me serait dérangeante.
    Ainsi, malgré l’attachement à mon église, je devrais, par principe, en tirer les mêmes conséquences que l’auteur de l’article: devoir quitter la communauté.
    Et c’est, à l’instar de Castellion, une position courageuse guidée par une conscience avec laquelle on ne peut transiger sans se condamner soi- même.

  9. ltrobat dit :

    Je suis paroissien réformé et non-trinitarien (et par là même assez proche du libéralisme théologique bien que n’en partageant pas toutes les orientations). En ce qui me concerne, la déclaration de foi à minima que j’ai signée en adhérant à l’association cultuelle(« Jésus-Christ est le Seigneur ») m’allait tout à fait et avait, à mes yeux, l’immense avantage de permettre aux trinitariens et aux non-trinitariens de cohabiter harmonieusement au sein de l’ERF.
    Je suis de ceux qui se sont réjouis de l’avènement de l’EPUF, pensant qu’elle pourrait insuffler au protestantisme historique un dynamisme lui permettant de sortir de l’entre-soi dans lequel il se complaît un peu trop à mon goût. Déjà à l’époque se faisaient entendre des voix qui mettaient en avant le risque de « normalisation théologique ». Je mis alors cela sur le compte du « conservatisme », tout à ma

  10. ltrobat dit :

    Je suis paroissien réformé et non-trinitarien (et par là même assez proche du libéralisme théologique bien que n’en partageant pas toutes les orientations). En ce qui me concerne, la déclaration de foi à minima que j’ai signée en adhérant à l’association cultuelle(« Jésus-Christ est le Seigneur ») m’allait tout à fait et avait, à mes yeux, l’immense avantage de permettre aux trinitariens et aux non-trinitariens de cohabiter harmonieusement au sein de l’ERF.
    Je suis de ceux qui se sont réjouis de l’avènement de l’EPUF, pensant qu’elle pourrait insuffler au protestantisme historique un dynamisme lui permettant de sortir de l’entre-soi dans lequel il se complaît un peu trop à mon goût. Déjà à l’époque se faisaient entendre des voix qui mettaient en avant le risque de « normalisation théologique ». Je mis alors cela sur le compte du « conservatisme », tout à ma joie de faire église commune avec les luthériens.
    Cela dit, je viens de lire que l’EPUF compte se doter, en 2017, d’une déclaration de foi. Et je vous mets mon billet que, comme celles qui ont cours dans les autres églises, nous aurons droit à une référence explicite à un Dieu en 3 personnes…
    Que ferais-je alors? J’avoue n’en rien savoir, mais je fais d’ores et déjà part de ma préoccupation à ce suejt…

  11. Slaite dit :

    Mon avis,

    Plus de 2000 ans après l’Avènement de notre Seigneur La Parole du Fils de Dieu est toujours aussi actuelle, mais incomprise sur l’idée même de Dieu. Il nous manque ce que Jésus appelle “la clef de la connaissance” (cf. Luc 11 : 52) Pourtant il n’y a rien de bien compliqué à croire en Jésus Christ notre Seigneur. Lui seul ouvre notre esprit à l’entendement des Écritures, encore faut-il humblement l’en prier. Pour ma part Jésus Christ est mon Seigneur et mon Dieu.

    “Jésus lui dit : Je suis depuis si longtemps avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ? Celui qui m’a vu, a vu le Père ; et comment toi, dis-tu : Montre-nous le Père ?” Jean 14 : 9

  12. @ Slaite : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » ne dit pas du tout que ce Père et Jésus soit une seule personne, ni que Jésus est Dieu. Tout au plus que le Christ est image de Dieu, comme dit dans la Genèse dans le passage évoquant la création de l’être humain « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (1:26)

    @Itrobat : effectivement, il y a bien le risque qu’une confession de foi trinitaire soit inscrite, ce qui serait une marque d’intolérance pour ceux qui ne le sont pas. Espérons donc que la sagesse, l’Esprit, le respect de la foi des fidèles… prévaudront. Cela dit, personnellement, je m’en fiche un peu. Ils pourraient bien marquer dans cette confession de foi que la terre est plate cela me ferait plus rire (même pas pleurer) que quitter l’église. Juste peut être un petite prière « Seigneur pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

  13. @ Slaite : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » ne dit pas du tout que ce Père et Jésus soit une seule personne, ni que Jésus est Dieu. Tout au plus que le Christ est image de Dieu, comme dit dans la Genèse dans le passage évoquant la création de l’être humain « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (1:26)

    @Itrobat : effectivement, il y a bien le risque qu’une confession de foi trinitaire soit inscrite, ce qui serait une marque d’intolérance pour ceux qui ne le sont pas. Espérons donc que la sagesse, l’Esprit, le respect de la foi des fidèles… prévaudront. Cela dit, personnellement, je m’en fiche un peu. Ils pourraient bien marquer dans cette confession de foi que la terre est plate cela me ferait plus rire (même pas pleurer) que quitter l’église. Juste peut être un petite prière « Seigneur pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

  14. Slaite dit :

    @ Gaspard de Coligny

    Nous comprenons ce qui nous convient le mieux. Dans le cas présent j’affirme ma certitude. D’autre part je respecte tous ceux qui s’interrogent et qui cherchent leurs convictions. Je réfute cependant la théorie (dogme) de la trinité qui ne vient pas de Dieu mais des hommes. Si toutes choses sont possibles pour Dieu (cf. Mt 19 : 26) alors est-il possible à l’homme d’infirmer que l’Éternel soit Dieu et Homme en une Personne ? L’Église est face à ses responsabilités, pour être crédible elle devra répondre sagement à ce questionnement.

  15. ltrobat dit :

    Oui, on peut en rigoler.
    Cela dit je me bouche déjà (mentalement) les oreilles quand mon pasteur nous lit une confession de foi trinitarienne, ou quand, venant visiter mon fils qui préparait son baptême, il lui parlait de la trinité.
    Je fais déjà semblant de chanter quand un cantique évoque « Dieu Père … Dieu Fils …Dieu Saint-Esprit ».
    Si, en plus, l’EPUF nous colle une profession de foi trinitarienne, ça va faire un peu beaucoup pour moi.

  16. En tout cas, à l’Oratoire, nous avons enlevé la référence à la trinité proposée par les instances nationales comme statuts des églises. Et nous n’avons pas mis de « confession de foi » dans ces statuts pour bien marquer la liberté de chacun de définir ses propres convictions théologiques.

    Quand je dis « nous avons », il s’agit en fait de l’Assemblée Générale, sous proposition du Conseil Presbytéral. D’où l’importance de s’inscrire comme membre électeur de sa paroisse si on s’intéresse à ces questions assez ingrates mais importantes de l’évolution permanente de l’église.

  17. Arthur dit :

    Vous êtes anathème.

  18. Domitille dit :

    « bien marquer la liberté de chacun de définir ses propres convictions théologiques » : Merci pour cette phrase, la liberté est à mon sens à protéger et à valoriser, y compris (surtout?) en matière de religion!

  19. @ Arthur : Et qui est-ce qui nous anathématiserait ? Et pourquoi ?

  20. ltrobat dit :

    La seule fois où je me suis retrouvé un dimanche à Paris, je n’ai pas manqué d’aller au culte à l’Oratoire.
    Oui, je suis membre de l’association cultuelle de ma paroisse, ne serait-ce que pour m’inscrire de plein pied dans le protestantisme qui est un héritage familial dont j’ai été privé dans ma jeunesse…

  21. Gef dit :

    Bjr,
    Il me semble que la polémique au sujet de la Trinité est…d’abord une polémique, avant d’être une question de fond, d’un point de vue philosophique en tout cas.
    L’erreur serait d’instaurer un Dieu triple, éclaté en trois instances, avec cette notion de « personne » qui est si complexe. Alors oui, nous nous exposons aux critiques de l’Islam, allant jusqu’à l’idolâtrie.
    Mais si l’idée de « kénose » fonctionne, il ne s’agit pas de 3 personnes ontologiquement densifiées, comme le regrette Gounelle, mais d’un mouvement permanent d’un rôle ou aspect de Dieu (tous ces termes sont inadéquats) de l’un vers l’autre.
    Car Dieu n’est pas non plus « massif », fermé sur Lui-même et le principe trinitaire pourrait exprimer ce besoin de le dire « en mouvement ».
    Chaque fois qu’on « réifie » l’un des aspects de Dieu (l’un de ses Noms?) on fait erreur et on prétend s’emparer de sa Nature divine, qui nous échappe ET qui se révèle à nous. Si elle suscite en nous la pensée, sans fin, ne faut-il pas dire que sa Révélation est d’ordre dialectique, génétique (au sens de genèse, pas de « gènes »? JL Nancy, développe bien cette compréhension dans son ouvrage « L’Adoration », et ce à partir d’un point de vue agnostique.
    le seul problème, la seule vigilance devrait, à on sens, porter sur notre désir d’idoles, de réduction de Dieu. Que ce soit en le préservant de la Trinité ‘et alors on le massifie) ou en usant de la Trinité comme d’une sorte de géographie ontologique de Dieu (et alors on le fragmente en idoles), c’est pareil.
    Gef

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