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Image: 'Consciousness / Consciencia'  http://www.flickr.com/photos/24463988@N00/810106764 Found on flickrcc.net

Question d’un visiteur :

Cher Pasteur Pernot,

Je vis actuellement une situation très douloureuse, on a diagnostiqué des métastases à ma mère au niveau du foie lui laissant peu d’espoir. Je vais devoir me rendre souvent en Bretagne où elle vit pour la soutenir ; je ne sais pas exactement quand je pourrai venir au culte… Ce qui ne m’a pas empêché de continuer ma lecture des évangiles! En cela ne remet absolument pas en cause mon désir d’être baptisée mais cela repousse mon projet.

Je vous avoue que je ne sais pas comment affronter cette situation (alors que je suis psychologue!!), comment la mort est-elle envisagée dans le culte protestant?

Je vous souhaite une bonne fin de journée,

Émilie

Réponse d’un pasteur :

Chère Émilie

Ne vous inquiétez pas, je comprends très bien, vous gérez parfaitement et humainement cette situation si dure.

La maladie n’appartient pas à la volonté de Dieu, bien entendu, et il lutte avec nous contre le chaos et la maladie, et il œuvre pour nous donner de la force, avec lui, même des moments terribles (sans les justifier pour autant), peuvent devenir des moments qui nous permettent d’approfondir la qualité de notre être et de nos relations. C’est le cas de ce temps terrible où votre mère serait semble-t-il condamnée à court terme. Que ce puisse être un temps vrai entre vous deux, un temps de vie. attention toutefois à ne pas vous épuiser à la tâche, cela ne sert à rien, au contraire. Il vaut mieux descendre un peu moins et que ce soit un moment génial que de s’user physiquement et moralement, ce qui nuirait à la qualité de ces temps.

Mais vous avez raison de parler de « peu d’espoir », on ne sait jamais. Le cancer apparait et disparaît parfois sans qu’il n’y ait de raison apparente. Noter corps est une réalité si complexe.

La mort est une certitude, il n’est donc pas inutile de l’envisager même si nous n’en savons rien, en vérité.
La Bible est très discrète à ce sujet.

  • L’Ancien Testament fait comme s’il n’y avait rien après, et à mon avis ce n’est pas par ignorance, les hébreux étaient entourés de peuples pour qui cet espoir était essentiel (en particulier les égyptiens, oh combien), c’est à mon avis pour que nous vivions la vie présente pour elle-même, sans la sacrifier pour la vie future. Et à mon avis c’est génial, essentiel. Il faut vivre le temps présent en vue de l’approfondir de lui donner de la qualité, c’est déjà tout un travail, et cela suffit.
  • Le Christ affirme qu’il y a une vie future, au delà de la mort physique, et c’est à mon avis une bonne chose à noter, comme un point de suspension qui nous donne une espérance d’une autre dimension. Mais le Christ aussi passe rapidement sur cette question pour nous inviter à vivre le temps présent en dans la joie de vivre en ce monde, mais aussi en approfondissant sa dimension spirituelle, divine, qui est une qualité de relation avec Dieu, avec les autres et avec nous-mêmes. Et il me semble que nous pouvons encore plus vivre avec le Christ ce temps présent sans nous préoccuper de notre avenir éternel, car nous voyons en lui que Dieu est amour, que nous n’avons rien à craindre de lui, que nous pouvons lui faire confiance pour que tout soit au mieux venant de lui. Et donc en particulier en ce qui concerne la vie future.

La mort de ce corps est donc une porte vers une vie future dont nous ne pouvons imaginer comment nous pourrons être vivant sans ce corps que nous sommes aussi en ce monde. Mais nous verrons bien. Ce que nous dit Jésus, c’est que ce qui est vivant de la vie spirituelle que j’évoquais ci-dessus est magnifique en ce temps et en plus, cerise sur le gâteau, demeure éternellement. Génial. Et ce n’est pas seulement une belle idée pour nous rassurer face à la fragilité de l’existence en ce monde. Nous pouvons expérimenter quelque chose de cette réalité par l’amour. Si le corps d’une personne que nous aimons est diminué, malade, ou même mort, nous n’aimons pas moins cette personne pour autant !

Cette confiance en Dieu que nous donne le Christ fait que nous ne prions pas pour les morts, comme si nos prières pouvaient attendrir Dieu, comme si Dieu ne nous aimait pas encore assez de lui-même ?!

En même temps, la mort n’est pas rien du tout, elle est aussi dramatique.

  • Car le corps est si important pour nous que nous ressentons évidemment la mort de nos proches comme une coupure, même si nous continuons à les aimer. Nous voudrions leur parler, les prendre dans nos bras, et nosu ne le pouvons plus.
  • Et la mort prématurée est également dramatique, car même si la vie en ce monde n’est qu’une étape, il est bon qu’elle soit vécue entièrement, que tous les âges de la vie soient vécus.
  • Donc bref, comme on dit souvent en rigolant, la question n’est pas tant de savoir s’il y a une vie à après la mort, la question est de savoir si nous sommes vraiment vivant avant la mort.

Cela me fait penserà un article que j’ai lu il y a quelque temps dans un site internet protestant suisse, rapportant le témoignage d’une infirmière en soin palliatif. Voici les cinq principaux regrets des mourants :

  1. J’aurais aimé avoir le courage de vivre en accord avec moi-même au lieu de mener la vie qu’on attendait de moi.
  2. Si seulement je n’avais pas travaillé autant.
  3. Si seulement j’avais eu le courage d’exprimer mes sentiments.
  4. Si seulement j’avais gardé le contact avec mes amis.
  5. Si seulement je m’étais autorisé à être plus heureux.

Bon, c’est un peu terre à terre, on a le droit d’avoir des préoccupations qui seraient plus nourries par une idée du bien et de la justice, une vision du bonheur qui soit plus profonde, enracinée dans le bonheur qu’il y a aussi à rendre les autres heureux… mais la question n’est pas initéressante.

Amitié fraternelles

Marc

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4 Réponses à “Face à la mort prochaine d’un proche, comment la foi protestante considère la mort ?”

  1. Alphonse Charet dit :

    L’article de ProtestInfo cité par Gaspard de Coligny: http://www.protestinfo.ch/201307046528/6528-les-cinq-plus-grands-regrets-des-mourants.html

  2. Houziaux Magali dit :

    Merci pour vos textes, votre simplicité et votre foi généreuse.
    Celui-ci me touche particulièrement car il arrive au moment où je viens de perdre un être très cher.
    Mais je tenais à vous dire en général mon intérêt et ma gratitude pour ce blog.

  3. Et bien ça, c’est hyper sympa !
    Merci

  4. André dit :

    Chère Emilie.

    La Terre Bretonne contrairement aux images d’Epinal et aux préjugés est aussi une terre de Reforme.
    Il existe un temple de l’EPUF, a Vannes, Lorient, Quimper, Brest, Saint-Brieuc et Rennes.

    Le culte y est célébré chaque Dimanche a 10h30 et vous y trouverez un acceuil chaleureux, et si vous le souhaitez, sans aucun doute, des oreilles attentives, et un soutient actif face a cette épreuve . Les portes sont ouvertes.

    Amicalement

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