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couverture du livre de Lézard Aimée Degallier-Martin (totem Lézard) a été éclaireuse à Genève au tout début du scoutisme (elle est née vers 1905), cheftaine dans les années 1920. Elle est auteure de trois livres de réflexions éthiques, de méditations et de prières très appréciées depuis des générations.

Mourir

Penser à la mort.
Y penser simplement, à la fin de sa journée.
Elle n’est pas laide ; elle n’est pas triste
grave seulement, entourée d’inconnu.
C’est la porte qui s’ouvre – un peu plus tôt pour les uns, un peu plus tard pour les autres sur le pays mystérieux, vers lequel nous allons tous.

Pourquoi mourir? Pourquoi?
Personne ne peut répondre.
Personne ne sait ce qui suit la mort
Comme personne ne sait ce qui précède la naissance.
Devant le mystère de l’au-delà et de l’en-deçà de la vie, le plus intelligent et le moins intelligent sont égaux : muets, silencieux, tout petits.

Il faut mourir.
La mort viendra pour toi et pour moi; demain ou après-demain; dans un mois ou dans une année…
La vie n’est pas longue ; elle n’est pas éternelle ; mais je l’aime telle qu’elle est, avec sa joie et sa souffrance, l’effort qu’elle exige et cette grave tristesse qui l’entoure.

Penser à la mort.
Y penser simplement, à la fin de sa journée.
Elle n’est pas laide ; elle n’est pas triste
grave seulement, entourée d’inconnu.
C’est la porte qui s’ouvre – un peu plus tôt pour les uns, un peu plus tard pour les autres sur le pays mystérieux, vers lequel nous allons tous.

Mourir… s’en aller.
Es-tu prête ?
Es-tu assez forte pour supporter la plainte de ton corps ? l’angoisse de ta chair attachée à la vie ?
Es-tu assez forte pour t’en aller toute seule ?
Si je devais mourir demain, il me semble, qu’en une vision rapide, je verrais autour de moi, tous ceux que j’ai fait souffrir, sans le vouloir il y a tant d’insouciance en nous, si peu de bonté. – Tous ceux que je n’ai pas pu aimer. Tous ceux que j’ai aimés sans jamais le leur montrer.
Cette richesse enfouie.
Cette joie perdue.
Ce bonheur qui aurait pu être et qui n’a pas été.
Et ce sera ma souffrance de la dernière heure, de sentir que je n’ai pas été ce que j’aurais pu être, ni fait ce que j’aurais pu faire.

Pourquoi ne pas aimer ceux qu’on aime?
Pourquoi ne pas aimer aussi ceux qu’on n’aime pas? Pourquoi ne pas offrir tout ce qu’on a?
Jusqu’à l’épuisement du trésor,
Jusqu’au tarissement de la source ?
Pourquoi attendre?
Pourquoi compter, calculer, partager, réserver ?
Ne peut-on pas tout donner à tous, dans la mesure de ce que chacun réclame et si possible audelà?
Le jour viendra assez tôt où l’on ne pourra plus rien pour les autres, parce qu’ils seront partis… parce qu’on sera parti…

Penser à la mort.
Y penser simplement, à la fin de sa journée.
Elle n’est pas laide ; elle n’est pas triste
grave seulement, entourée d’inconnu.
C’est la porte qui s’ouvre – un peu plus tôt pour les uns, un peu plus tard pour les autres – sur le pays mystérieux, vers lequel nous allons tous.

Si je devais mourir dans une année,
cette dernière année serait la plus belle de ma vie.
je la vivrais lentement jusqu’à son dernier jour,
Sans hâte, sans hâte;
regardant les choses ; aimant les hommes.

Je sais qu’on ne peut pas aimer tout le monde.
Ça ne fait rien.
On peut ne pas faire souffrir, et c’est déjà aimer.
Mes actes ne sont pas inspirés par l’amour, parce que j’en ai bien peu ; ni par la pitié, parce que je la méprise ; mais par ce besoin, plus fort que tout, de ne pas faire souffrir.
Il me semble toujours que l’homme a droit au plus grand bonheur possible dans ce monde où la vie l’a placé ; et que les autres hommes n’ont pas le droit de le lui diminuer ; de le lui amoindrir.
Avant d’agir, pourquoi ne pas se demander :
« Ferai-je souffrir » ?
C’est si simple et c’est déjà aimer.

Penser à la mort.
Y penser simplement, à la fin de sa journée.
Elle n’est pas laide ; elle n’est pas triste grave seulement, entourée d’inconnu.
C’est la porte qui s’ouvre – un peu plus tôt pour les uns, un peu plus tard pour les autres – sur le pays mystérieux, vers lequel nous allons tous.

N’aie pas peur de la mort.
C’est une loi naturelle.
Elle met fin à la vie sensible que nous vivons.
Elle commence autre chose que nous ne pouvons ni comprendre ni concevoir…

Si cela n’était pas…
Si la vie n’était pas autre chose que ce qu’il y a entre la naissance et la mort, elle n’aurait aucun sens et il ne vaudrait pas la peine de la vivre. Et qui donc aurait le courage de mettre au monde un petit enfant pour lui imposer une semblable vie?
Mais la vie n’est pas seulement ce qu’il y a entre la naissance et la mort.
Elle est davantage.
Car nous venons de plus loin que le corps de nos parents.
Et nous allons plus loin que nos propres corps.
A cause de cela ;
A cause de ce mystère d’avant qui chante en nous, confus et lointain
A cause de ce mystère d’après qui déjà nous environne,
J’accepte le présent ;
Le jour d’aujourd’hui et celui de demain; et toute la vie ; la vie…

Mourir… qu’est-ce que cela veut dire ?
Je n’en sais rien.
Mais je suis prête à m’en aller
Prête à disparaître comme la fleur qui a fleuri
Comme le blé qui a mûri ;
Comme l’herbe verte du printemps.
Prête à renaître aussi et à revivre
Dans une autre forme,
Sous une autre loi.

Penser à la mort.
Y penser simplement, à la fin de sa journée.
Elle n’est pas laide ; elle n’est pas triste grave seulement, entourée d’inconnu.
C’est la porte qui s’ouvre – un peu plus tôt pour les uns,, un peu plus tard pour les autres – sur le pays mystérieux, vers lequel nous allons tous.

2nd livre de Lézard

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