S'abonner par :
 rss
 email

Image: 'underworld II'  http://www.flickr.com/photos/37182073@N06/4408596598 Found on flickrcc.net

Question d’un visiteur :

Ma fille s’est suicidée après une dépression. Suite à sa mort je me suis tournée vers le seigneur et je suis maintenant une chrétienne protestante pratiquante, malheureusement ma fille n’ à pas eu cette chance là, j’ ai peur que Dieu ne lui pardonne pas son geste,je voudrai tant la retrouver un jour, je prie le Seigneur pour avoir cette grâce car c’est moi la plus coupable, je ne lui ai pas donné l’enseignement.

Réponse d’un pasteur :

Alors là, vraiment, vous pouvez faire confiance en Dieu dont l’amour dépasse tout ce que l’on peut imaginer.

En plus, je pense que l’on ne choisit pas de se suicider. Au contraire, on se suicide quand on a l’illusion que l’on n’a plus de choix. Ce qui, objectivement, est en général faux, mais c’est pour cela que l’on voit bien que le suicide est une maladie. C’est comme un cancer.

Est-ce que Dieu abandonnerait quelqu’un qui souffre profondément de sa maladie ? Non, jamais il n’abandonnera votre fille (ni vous-mêmes, d’ailleurs).

Manifestement, vous n’êtes pas coupée de votre fille. Vous l’aimez et lui voulez du bien encore aujourd’hui, évidemment. Le lien n’est donc pas rompu. La Bible dit que c’est l’amour qui est plus fort que la mort, et c’est une expérience, ce n’est pas seulement un espoir. Dans la vie future, ce lien restera, à mon avis. Ce lien d’amour qui n’a jamais été coupé. Ce lien se vivra autrement, car nous serons transformé, vivant autrement que dans un corps. Mais ce sera ce même lien qui vous lie aujourd’hui. Vous recevez d’elle, et elle reçoit de votre amour aujourd’hui encore et que d’une certaine façon cela l’aide à avancer, je pense. Comme nous avons besoin ici bas d’amour et que cela nous fait avancer.

Bien sûr, vous auriez pu donner à votre fille l’enseignement chrétien, et cela aurait été une bonne idée. Est-ce qu’elle serait devenue chrétienne pour autant ? Il y a, mettons, une chance sur deux, au mieux (d’expérience). Car ce n’est pas la connaissance qui fait la foi, la connaissance aide. Ensuite, si elle était devenue chrétienne est-ce que cela l’aurait empêchée de se suicider ? Peut-être, mais parfois, cette maladie du moral est comme un cancer, vraiment, et la maladie est la plus forte. Comme je vous le disais, de toute façon il est totalement déraisonnable de se suicider, c’est comme de jeter une Rolls-Royce à la poubelle parce que le cendrier est plein.

Alors oui, bien sûr, il y a un million de choses que nous n’avons pas faites, ou que nous avons faites et qui étaient une erreur, ou qui auraient pu être mieux faites, passer plus de temps, montrer plus d’amour… oui, mais bon. La mission des enfants est de faire avec ce qu’il y a eu de bien dans ce que nous avons reçu des parents (et des autres), et de gérer les manques, les erreurs et les blessures comme nous le pouvons, en acceptant de nous faire aider, aussi, car personne n’est Superman, et même Jésus s’entoure de ses amis dans les moments difficiles. Grandir, c’est un travail de digestion. La mission des parents est de faire ce qu’ils peuvent, comme ils le sentent au moment où ils ont à le faire. On ne peut pas leur demander plus. Et je suis certain que vous avez fait cela. Alors oui, vous n’êtes pas Jésus Christ, ce n’était pas parfait, mais il y avait plein de bonnes choses. J’en suis persuadé.

Donc, je suis d’accord pour votre repentance. C’est bien. Vous l’avez placée devant Dieu, encore et encore. Maintenant c’est assez. Son pardon n’est pas pour les chiens (ou au moins, son pardon n’est pas seulement pour les chiens). Vous allez au culte, l’annonce de la grâce qui commence le culte, cette annonce est pour vous. Après la repentance, il y a l’annonce du pardon de Dieu, ce pardon est pour vous. A la fin du culte, la bénédiction de Dieu est proclamée, cette bénédiction est pour vous. Le temps de la repentance, des remords et des regrets doit se clore un jour. Ressusciter et vivre. Je sais que ce n’est pas facile. Et c’est là que Dieu aide. Il est source de résurrection.

Amitiés fraternelles

Marc

Articles similaires :

Suivez-nous sur : Facebooktwittergoogle_plusrssyoutubeinstagramFacebooktwittergoogle_plusrssyoutubeinstagram - Partagez cette page sur : Facebooktwittergoogle_plusmailFacebooktwittergoogle_plusmail + Merci 🙂

4 Réponses à “Ma fille s’est suicidée, j’ai peur que Dieu ne lui pardonne pas son geste ?”

  1. Marie-Alicia dit :

    Bonjour Madame.

    J’aimerais vous dire toute ma compassion dans ces moments difficiles et si compliqués.

    Mais aussi, savoir que dans tout deuil, existe la recherche de la culpabilité répondant à ces questions : « A cause de quoi, pourquoi », « qu’ai-fait ou n’ai-je pas fait pour en être arrivé(e) à cela ? » et surtout lorsque la personne a décidé de mettre elle-même, un terme à sa propre vie.
    Autour de cette question de la culpabilité, est essentiellement, la recherche et surtout le fait d’essayer de trouver -, un « bouc émissaire » afin d’expliquer ce départ : soi-même ou Dieu, lorsqu’il n’y a pas d’autres intermédiaires possibles. C’est une phase normale (même si elle est injuste à l’égard d’autrui, de Dieu et/ou de soi-même), dans le cheminement des deuils.

    Mais il est beaucoup plus important de se retrouver personnellement dans ce qui reste votre paix intérieure, ne pas se laisser envahir par la culpabilité qui viendra se manifester, même lorsque nous n’y sommes pour rien.

    Soyez encouragée pour vous-même dans ce temps, comme incompréhensible et difficile.
    Bien à vous et à l’ensemble de votre famille.
    Marie-Alicia

  2. Patrick dit :

    Bonjour, madame,

    Effroyable problème que celui que vous évoquez !
    Il est bien normal de se demander pourquoi : Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Pourquoi cela m’arrive t’il à moi ?
    Peut-être n’y a-t-il pas de réponse.
    Mais je note avant tout que ce choc vous a rapproché de Dieu, et c’est là un point extrêmement positif, non ?
    Alors, plutôt que d’employer mille conditionnels qui resteront toujours des conditionnels – si j’avais su, si j’avais pu – pourquoi ne pas envisager cela sous un autre angle ?

    Se demander si Dieu ne vous a pas apporté la foi comme un dédommagement pour votre perte, ou si votre fille elle-même n’y a pas œuvré dans votre inconscient, peut-être ; qui sait si elle n’est pas encore auprès de vous, en un certain sens ? Si elle ne continue pas à vous aimer comme vous l’aimez ?

    Se dire que l’existence nous est prêtée, et qu’elle finit quand elle doit finir. La mort, c’est quand on ne vit plus. Quand nous n’avons plus à être sur ce plan terrestre. Quand notre « mission » est accomplie, qui sait ?

    Il est très difficile de discerner ce qui relève du divin (rien de ce qui touche à la mort ne me semble arriver fortuitement ou par hasard ; notre heure arrive, tôt ou tard) de ce qui relève de notre volonté humaine.
    Dans une dépression, on ne s’en sort pas, et la vie pèse comme une chape de plomb. Ce qui est pathologique, hors de la volonté, c’est qu’il parait impossible de se convaincre qu’après la pluie, le beau temps reviendra. L’avenir est obstinément noir, et la souffrance est infinie en intensité et – on en jurerait – en durée.
    Alors, il reste le libre-arbitre de disposer de sa vie, ce qui permet d’en sortir, malgré le coût faramineux que cela implique (l’abandon de tout ce, de tous ceux qu’on aime, l’irréversibilité de l’acte, la peur viscérale de la mort,…).

    Et dans votre réflexion de mère, vous êtes-vous demandé qui n’a pas raté un jour ou l’autre le train qui lui aurait permis de vivre heureux ? Qui est parfait au point de ne jamais se tromper, même sur des problèmes vitaux ?

    L’amour est plus fort que tout. Notre destinée à tous nous a amené à certains moments à supporter des choses horribles. C’est ainsi ; cela est peut-être voulu. Mais en tout cas, cela est.

    On se retrouvera un jour ; d’ailleurs, on ne s’est jamais vraiment quittés, n’est ce pas ?
    Il suffit simplement de se recueillir dans le calme et d’écouter, et ils reviennent près de nous, ceux que nous n’avons jamais cessé d’aimer, ils nous parlent dans nos pensées ; ou il suffit de s’endormir en pensant très fort à ceux qu’on voudrait revoir dans nos rêves. Et ils viennent.

    La vie est longue, et elle nous apprend tant de choses.
    Elle nous apprend surtout, si nous sommes attentifs à ses enseignements, à ne pas juger, jamais !

    Bonne continuation.
    Patrick

  3. Jasmine P. dit :

    Bonjour Madame,

    Chrétienne pratiquante, j’ai traversé cette année une période très difficile de dépression. J’ai lu votre question et les réponses faites. Venant d’un horizon un peu différent, voici également mon témoignage:

    > je souhaiterais tout d’abord témoigner sur la dépression et le lien entre dépression, foi & culte afin de répondre à votre sentiment de culpabilité face à l’enseignement non donné.

    Durant ma dépression, et bien qu’étant chrétienne, le suicide a été une question qui venait s’imposer à moi. D’un naturel plutôt éveillée, joyeux et ouvert à l’autre, j’étais, durant ma dépression repliée sur moi-même, craintive de l’autre, triste et remplie d’angoisses. J’avais l’esprit totalement brouillé. J’étais fréquemment en proie à une lutte contre l’attrait que m’apparaissait le suicide.

    Au début de ma dépression, je ne suis pas certaine que ma recherche spirituelle m’ait aidée: j’ai pris ma maladie pour de l’acédie, péché capital plus communément connu sous le nom de paresse. J’ajoutais ainsi au fardeau lourd de la dépression un sentiment de péché très important. Nous avons, dans la religion catholique, un sacrement dit de réconciliation consistant en une rencontre avec un prêtre et à une absolution de nos péchés. Je suis allée plusieurs fois voir des prêtres et leurs réponses ont été signe d’un manque d’ouverture qui ne m’a certainement pas aidée dans ma maladie. Hésitant à prendre rendez-vous avec un psychiatre, la réponse du Père que j’ai rencontré en premier a été d’éviter si possible cette solution, retardant ainsi la prise en charge médicale nécessaire.

    La foi est un don de Dieu que l’on peut accepter ou refuser. Ce n’est pas en tant que tel quelque chose que l’on peut enseigner. Bien qu’ayant eu un enseignement chrétien dès l’enfance, je ne pense pas que ce soient les enseignements (autant j’ai appris au cathéchisme durant l’enfance, autant l’enseignement religieux obligatoire dans mon collège & lycée était souvent l’occasion de bonnes blagues entre copines durant l’adolescence) ou une quelconque obligation de culte (je suis la seule pratiquante de ma famille, cousins et grands-parents inclus) qui m’ont poussés à croire et à cultiver ma foi. C’est certainement plus des rencontres faites en dehors du cadre familial, des épreuves de la vie (maladie, difficultés familiales) et des actes très forts au sein de la famille (l’amour, le dévouement et la capacité de pardonner de ma mère par exemple) qui ont encouragé cette foi.

    Ce que je tente d’expliquer ici est que ce qui m’a aidé dans ma maladie est plus la foi que l’enseignement en tant que tel et qu’il n’est pas certain qu’un enseignement de votre part aurait donné la foi à votre fille où qu’elle l’aurait acceptée & cultivée. Je pense rejoindre ici la phrase du Pasteur Pernot: “Bien sûr, vous auriez pu donner à votre fille l’enseignement chrétien, et cela aurait été une bonne idée. Est-ce qu’elle serait devenue chrétienne pour autant ? Il y a, mettons, une chance sur deux, au mieux (d’expérience).”

    > pour répondre à votre « peur que Dieu ne lui pardonne pas son geste » et souhait de « la retrouver un jour », je souhaiterais partager avec vous cet extrait du Cathéchisme de l’Eglise catholique sur Le suicide:
    « 2282 (…) Des troubles psychiques graves, l’angoisse ou la crainte grave de l’épreuve, de la souffrance ou de la torture peuvent diminuer la responsabilité du suicidaire.
    2283 On ne doit pas désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort. Dieu peut leur ménager par les voies que lui seul connaît, l’occasion d’une salutaire repentance. L’Église prie pour les personnes qui ont attenté à leur vie. »

    Sur la question du suicide, ma source précise donc que « Des troubles psychiques graves, l’angoisse ou la crainte grave de l’épreuve, de la souffrance ou de la torture peuvent diminuer la responsabilité du suicidaire. ». La dépression entrainant un suicide semble pouvoir répondre à ce cas et diminuer ainsi la responsabilité de la personne qui se suicide. Bien qu’étant une source catholique, les protestants doivent certainement avoir une approche proche de celle-ci sur cette question.

    La prière aide au pardon et c’est notamment pour cela qu’il existe des prières pour les défunts:
    – “Voilà pourquoi il (Judas Maccabée) fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché.” (2M 12, 46)

    Il y a une divergence entre le catholicisme et le protestantimse sur les indulgences qui est bien décrite par le Pasteur Pernot dans son article « Obtenir une indulgence plénière par Internet » http://blog.oratoiredulouvre.fr/2013/07/obtenir-une-indulgence-pleniere-par-internet/mais.
    Cependant, pour information, dans l’Eglise catholique, il est possible pour des vivants de demander l’indulgence pour des défunts:
    Cathéchisme de l’Eglise catholique “Obtenir l’indulgence de Dieu par l’Eglise”
    1479 “Puisque les fidèles défunts en voie de purification sont aussi des membres de la meme communion des saints, nous pouvons les aider entre autres en obtenant pour eux des indulgences, de sorte qu’ils soient acquittés des peines temporelles dues pour leurs péchés.”
    Les indulgences sont mêmes recommandées en faveur des défunts (1031 “La purification finale ou Purgatoire).

    J’espère que cela pourra vous apporter une aide. Nos religions sont très proches. Je ne sais ce que disent les pasteurs sur cet ouvrage qui est largement conseillé aux catholiques car répondant à presque l’ensemble des questions d’interprétation, de rituel et de vie qu’un homme peut se poser et s’il existe un tel ouvrage chez les protestants.

    Amitié et courage dans votre deuil et dans votre combat spirituel,

    Jasmine P.

    PS: Pour la référence:
    http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_INDEX.HTM

  4. Sylvaine dit :

    Chère Madame,

    Si mon témoignage peut apporter, je vous l’offre.

    J’ai vécu une longue dépression de neuf ans, un long tunnel obscur, une plongée dans le néant.
    Le pasteur Pernot dit que le suicide est un cancer et la dépression, elle même, est un cancer.
    A l’époque, d’éducation catholique, mais malheureuse en catholicisme-j’ai depuis rejoint la communauté protestante-la religion, même si elle était présente, n’a pas été d’un grand secours. J’imagine que si alors, j’avais déjà fait partie de mon actuelle communauté, cela aurait peut-être été différent… Quoi que…Les digues cèdent dans une telle épreuve, les unes après les autres !
    J’ai fait une lourde tentative de suicide. Quand j’ai émergé un peu, le sentiment de culpabilité fut grand, bien entretenu par tous ceux qui m’ont condamnée et ont clamé haut et fort mon indignité. Ils n’avaient même pas l’excuse d’ancrer leurs reproches dans une quelconque foi, étant de parfaits athées.
    J’ai éprouvé le besoin de tout raconter à ma chef de choeur, catholique très pratiquante, très ouverte, très bienveillante. J’avais besoin de l’entendre elle, là dessus. Quelque part, je me suis choisi un juge, un juge dont j’aurais accepté la sévérité.
    Elle me dit alors: « Ne laisse jamais personne te juger. Tu as fait ce que tu as pu. Dieu ne t’en veut pas et ton fardeau est déjà bien assez lourd ». Elle m’a raconté qu’une de ses soeurs, dans leur jeunesse, avait fait une tentative de suicide. La famille était pourtant ô combien catholique ! Cela n’a pas suffi.
    Je sais, j’ai eu beaucoup de chance. Dieu m’a donné une deuxième vie, cette chance, votre fille ne l’a pas eue et je comprends que la culpabilité vous hante. Tout parent réagirait ainsi, mais le Dieu auquel je crois ne peut pas avoir condamné votre fille et sa souffrance. Jésus soignait ceux qui souffrent, il ne les jugeait pas.
    D’ailleurs-et je partage le sentiment de celui qui a laissé ce commentaire-Dieu vous aime tellement et aime tellement votre fille qu’il a dégagé, pour vous, les voies qui mènent à lui et vous avez suivi le chemin, vous avez accepté la main qui se tendait. C’est ce que vous pouviez faire de mieux pour votre enfant et pour vous même.
    Je sais que quoi qu’il m’arrive, je ne tenterai plus de me suicider car précisément, je n’ai pas été condamnée et jugée par qui aurait eu des raisons de le faire. Personne, sauf Dieu, selon moi, ne peut nous accorder le pardon-je ne crois pas en l’absolution catholique mais respecte ceux pour lesquels elle est un secours-mais une personne a , à la fois puisé dans sa foi et dans sa simple humanité de tous les jours pour me délester de mon poids et me mettre devant moi même et je peux maintenant, solide, tracer ma route.

    Courage ! Amitiés fraternelles.

    Sylvaine.

Laisser un commentaire