S'abonner par :
 rss
 email

James Woody

prédication du pasteur James Woody
pour le dimanche 24 novembre 2013

Chers frères et sœurs, aimer Dieu de tout son être constitue une évidence pour les croyants. Les croyants, ça aime Dieu, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Mais si nous prenons la peine de nous interroger sur ce que signifie « aimer Dieu », l’évidence fait place à la perplexité, à cause de Dieu, qui échappe à notre savoir, qui échappe à nos sens. Comment aimer ce qu’on n’a pas vu ? Mieux que cela, comment aimer Dieu dont nous disons, avec le théologien Paul Tillich, qu’il est au-dessus de Dieu ? Si nous nous rappelons avec l’épître de Jean que « Dieu est amour », alors cela signifie que le croyant est celui qui aime l’amour, à la manière des adolescents qui disent que lorsqu’on aime quelqu’un on aime surtout le fait d’être amoureux. Cela ne nous éclaire pas beaucoup sur ce que signifie aimer Dieu. Pour comprendre quelque chose à ce commandement d’amour qui implique tout notre être, je vous propose de nous mettre à l’école de la théologie de l’expérience, cette théologie qui ne spécule pas, mais qui observe l’être humain et qui fait entrer ses observation en dialogue avec les textes bibliques. Bernard de Clairvaux (1090-1153) qui est à l’origine de la réforme cistercienne, est l’un des maîtres de la théologie de l’expérience, aussi appelée théologie monastique. Il s’est intéressé de près au sujet qui nous occupe et a rédigé un Traité de l’amour de Dieu qu’il faut lire en tension avec ses Sermons sur le Cantique des cantiques.

Et pour ancrer dans l’expérience notre compréhension de ce qu’aimer Dieu veut dire, je puiserai dans le récit Tiphaine ou le silence du moi, écrit par le pédopsychiatre Guillaume Monod, une scène qui nous permettra de relier la typologie de Bernard de Clairvaux à ce que nous pouvons nous-mêmes vivre.

Tiphaine a huit ans. Elle est placée dans une unité de pédopsychiatrie suite à un signalement à l’école : elle a des bleus partout, quelques cicatrices, mais elle n’a ni fractures, ni traces de brûlures. Vient un jour où Tiphaine entre en conflit avec d’autres enfants. Elle est séparée, emmenée dans sa chambre et elle se débat. Elle mord soudainement jusqu’au sang le pouce de l’adulte qui l’avait prise en charge et qui l’enferme dans sa chambre. Une fois seule, elle explose : elle renverse les tables, jette les tiroirs contre la glace du lavabo, renverse le lit, déchire les deux oreillers avec ses dents, retourne l’armoire à laquelle elle donne un furieux coup de pied, ce qui la blesse. A ce moment, une aide-soignante, Sabine, entre dans la chambre avec un verre à la main et un cachet destiné à calmer l’état de crise. Tiphaine donne un coup dans la main tendue « et plante dans les yeux de l’aide-soignante un regard de haine, tranchant comme un poignard » (p. 167).

Quelle est la suite de l’histoire ?

L’amour esclave

… suite du texte ici

Articles similaires :

Suivez-nous sur : Facebooktwittergoogle_plusrssyoutubeinstagramFacebooktwittergoogle_plusrssyoutubeinstagram - Partagez cette page sur : Facebooktwittergoogle_plusmailFacebooktwittergoogle_plusmail + Merci 🙂

9 Réponses à “Prédication : Aimer Dieu, une gageure ?”

  1. Michel Jas dit :

    super !

  2. Marie-Alicia dit :

    Bonjour.

    Super ?
    Est-ce que cela ne dépendrait pas, dans la vie réelle, de la position que chacun a, face à l’autre : acteur ou spectateur ? Un peu comme dans un théâtre ? On applaudit ou on joue à, on fait « comme si » ? – ce qui n’est pas la même chose et ne donnerait pas, en conséquence, la même vision, ni la même conception des relations et de l’amour en pratique.
    ??

  3. benoite dit :

    toujours égal à lui-même notre Prédicateur : super, merci James !
    je vais acheter le livre de Tiphaine pour mes cadeaux de Noël….pour fixer cet exemple.

  4. Effectivement, Marie-Alicia, il y a une relation on ne peut plus étroite avec notre manière de nous tenir face à l’autre et d’en faire un interlocuteur, ou non. Dans la perspective d’aimer Dieu, on cesse d’être en représentation pour s’engager véritablement, pour engager ce qui compte vraiment pour nous. Je dirais ni acteur, ni spectateur, mais interlocuteur, producteur d’une relation Je-Tu pour reprendre Martin Buber.

  5. Marie-Alicia dit :

    Monsieur le Pasteur, Bonsoir.

    « interlocuteur » écrivez-vous : = inter : entre ; locuteur : locution, langage.
    > entre deux langages.

    Comment être à la fois Je face à un Tu (autre Je), et en même temps, entre deux, alors que chacun, en relation, et l’un Je ou l’autre, un autre Je ? Comment pensez-vous que l’entre-deux, peut-être dit, voire traduit ?

    Si vous pouvez éclairer ma compréhension. Merci par avance.

  6. bertrand dit :

    HISTOIRE DE TIPHAINE TOUCHANTE , belle réflexions a partir de ce livres .
    vous avez tout a fait raison sur le faite de ne pas mettre de cote les personne car elles sont différentes, on peut appelez cela la politique du « mouton noir « quand quelqu’un ne vas pas dans le meme sens mais cela n est pas humain et surtout cela est une chose pas sociale .

  7. bertrand dit :

    moi aussi je vais m acheter le livre de Tiphaine , amitié protestante bertrand

  8. Marie-Alicia dit :

    Bonsoir.

    Monsieur le Pasteur.

    Difficile compréhension entre :
    Comment expliquer ce fossé entre la beauté de cette prédication – la vôtre -, de son contenu, de son message si profond, de cette humanité si proche de la perfection, cette délicatesse
    et
    la si grande évidence, bien souvent, de la dureté comportementale à l’égard d’autrui dont nous ne savons bien souvent rien des souffrances que sont les siennes, rien de ce qu’il vit, encore bien moins d’oser l’aborder au niveau de sa vie « inabordable », parce que réfugié dans sa souffrance dont il ne parlera pas, qu’il tentera aussi de masquer, parce qu’il a compris que personne n’est intéressé par le fait de se pencher sur sa peine, en d’autres termes, « n’en a que faire » ?

    Comment expliquez-vous cet espace, « entre deux mondes » ?

    Merci pour votre éclairage.

  9. Marie-Alicia dit :

    Monsieur le Pasteur, Bonjour.

    « Je dirais ni acteur, ni spectateur, mais interlocuteur, producteur d’une relation Je-Tu ».

    Donc, à vous lire quelques jours plus tard, dans votre prédication de dimanche 15 dec :

    « La liberté est réelle quand nous cessons d’être des spectateurs abrutis par ce qu’ils voient, entendent, ressentent, et que nous sortons pour recueillir la parole du jour, chaque jour, autrement dit, lorsque… nous nous nourrissons d’autre chose que ce que nous tenons pour acquis, lorsque nous allons à la rencontre d’une parole qui fait que nous sommes bel et bien présents au présent ».

    Lorsque nous considérons ces deux textes,
    Seule la liberté réelle autoriserait la production de relation Je-Tu ? Est-ce que l’on peut entendre, comprendre un peu – voire beaucoup – cela ?

Laisser un commentaire