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Image: 'Apocalypse film'  http://www.flickr.com/photos/12836528@N00/3249700433 Found on flickrcc.net

Question d’un visiteur :

Bonjour Cher Marc,

il y a quelque chose qui me trouble souvent, mais comme c’est un sujet un peu trop « bizarre » pour en parler facilement, je le laisse souvent de côté en renonçant à y réfléchir …

Dieu crée un monde magnifique, je ne me lasse pas de l’admirer, être humain compris, on est bien d’accord, et j’ai aussi envie de me battre tous les jours pour le défendre, ce monde, cette vie, sous toutes ses formes.

Mais je sais aussi que dans … un certain temps qui se compte en milliard d’années (ou en millions ?) – ce monde va disparaitre. Pas parce que l’homme l’aura détruit, même si çà reste une possibilité, mais je ne veux pas y croire, mais simplement parce c’est la règle dans le monde des planètes, qu’elles naissent et qu’elles meurent, parce que le soleil s’éloigne ou s’éteint, je ne me souviens jamais.
Donc ce monde et les êtres humains n’auront vécu qu’une fraction de seconde à l’échelle temps des planètes. Et à l’échelle de l’éternité qui est le temps de Dieu ? Cà voudrait dire, rien du tout, cette seconde n’existe presque pas ?

Mais Dieu – pardonne-moi d’élucubrer et de dire tant de sottises – ne peut pas rester « tout seul » après la mort de la planète Terre et de ses habitants, c’est impossible ? Donc il y a d’autres Terres, et d’autres vies que Dieu peut faire naitre – a fait naitre – pour les aimer et être aimé d’elles. Simplement elles sont un peu loin, dans l’espace ou dans le temps, et on ne les connaitra jamais.
Pas grave. Et pas grave non plus que le Terre disparaisse ? Et bien non, puisqu’il y en a d’autres.

Mais ce n’est pas une raison ni pour désespérer, ni pour ne pas aimer Dieu et sa création – du moins le misérable petit bout qu’on en connait – de toutes ses forces.
Au contraire, même.
Mais quand même, c’est bizarre, parce que penser à tout çà me pousse à me détacher du passé et de l’avenir, et à ne m’intéresser qu’au présent ?

Ou au contraire, certains pourraient dire que croire cela est nuisible, cela conduit à se déresponsabiliser, à se centrer sur soi, à être nihiliste, etc …. ( mais ce n’est pas ce que je ressens) ?
Hmm… vrai sujet ou ergotage de fin de soirée ? Pourtant, j’aime bien confronter le monde « scientifique » et le monde « spirituel », je suppose qu’il n’y a aucune raison qu’ils ne se rejoignent pas.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir et merci pour ce message. C’est une excellente question, j’y vois quantité de réponses possibles à adopter ou panacher selon sa sensibilité.

Il parait que Martin Luther aurait dit « Même si j’apprenais que la fin du monde est pour demain, aujourd’hui encore je planterais un pommier », mais peut-être que Confucius, Mohamed, et Zarathustra l’ont dit avant lui… en tout cas, ce n’est pas bête, à mon avis. La beauté a sa valeur en elle même. En particulier la beauté d’un sentiment, d’une pensée, d’une espérance, d’un geste.

Cela concorde avec ce que dit l’apôtre Paul quand il dit que trois choses demeurent, au delà du visible et du temps : la foi, l’espérance et l’amour (1 Corinthiens 13). J’ajouterais peut-être la beauté, mais bon, je chipote.

Cela rassemble athées et croyants. Je pense que cela peut largement suffire comme réponse, déjà, car cette réponse est tout à fait porteuse non seulement dans l’hypothèse où nous serions effectivement la dernière génération avant que notre soleil grille notre terre. Mais cela suffit déjà à valoriser ce qui compte vraiment pour chaque journée que nous avons à vivre. Et cela montre que ta question n’est pas une question en l’air mais essentielle.

Ce qui nous ramène avec grande justesse à la qualité de ce que nous vivons dans l’instant présent. Cela me semble assez essentiel, car vivre en fonction de ce qui restera après sa mort pose un certain nombre de problèmes, à mon avis :
on ne tient alors pas assez compte de sa propre dignité en tant qu’individu personnel, même non productif. C’est dommage pour soi-même, mais c’est aussi dommage dans le regard que l’on est plus ou moins consciemment sujet à porter sur les êtres moins productifs, voire incapable de produire quoi que ce soit (les handicapés profonds, par exemple, ou une pâquerette).
Et on ne tient pas assez compte à mon avis de la valeur de l’instant présent, cette perle unique est comme abaissée au rang de simple matériau sans valeur en lui-même, mais juste à sacrifier pour une réalisation, qui, elle a de la valeur.
Cela va dans le sens de ce que dit Jésus : « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Matthieu 6:34).

Par ailleurs, on ne peut en être certain, c’est une hypothèse assez discutable et discutée dans la Bible, mais il est bien possible qu’il y ait une vie au delà du visible, au delà du matériel, et donc au delà du temps et de l’espace dans lequel les étoiles et les galaxies elles-mêmes naissent et meurent. Il me semble que cette hypothèse est plausible, qu’elle a plus de chances de correspondre à une réalité, même si elle ne peut être que très différente de ce que nous sommes évidement en mesure d’imaginer. L’existence même de foi, d’espérance, d’amour, de liberté et de beauté dans cet univers faits de particules, de réactions chimiques et de forces toutes bêtes… cette existence est l’inimaginable, et pourtant, c’est là. Cette qualité surprenante me semble d’une autre sorte que la simple matière, et ne pas être entièrement portée par elle. Nous en avons en tout cas une certaine expérience, en particulier au limites. Nous préférons évidemment avoir une personne que nous aimons le plus en forme et la plus vivante possible, mais même si elle perd un bras, ou sa fortune, ou même sa vie biologique, cela ne change rien à la valeur que cette personne a pour nous et pour ceux qui l’aiment.

Il me semble assez raisonnable de penser qu’il y a une vie future, que le meilleur reste, par Dieu et en Dieu. C’est une idée qui me plaît assez, mais d’abord je n’y mettrais pas ma main à couper, et ensuite, je pense qu’il faut ne pas trop baser quoi que ce soit là dessus car cela me semble nocif, comme j’ai essayé de le montrer plus haut.

Donc bref, ce n’est pas « cueille le jour » que je propose, car cela me semble passer à côté de l’essentiel, mais honore le jour, valorise chaque instant, chaque rencontre, chaque vie pour elle même.

Comme tu le dis. Et cela me semble bien. Un jour après l’autre. Ça passe si vite.

Amitiés fraternelles

Marc

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Une Réponse à “Se battre et remercier pour un si beau monde, mais qui va mourir ?”

  1. André dit :

    un seul mot: j’aime! Merci Monsieur Pernot

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