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Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur le pasteur,
Je suis un « catholique de base » (sans « instruction religieuse » particulière), et j’ai 79 ans…
J’aimerais avoir votre avis sur les questions suivantes :

1 Il me semble que, avant la naissance de Jésus, « l’Esprit de Dieu » (Saint-Esprit, Esprit saint) « agissait » en chaque homme, et l’Ancien Testament nous montre beaucoup d’hommes remplis de l’Esprit saint, à commencer par les Prophètes ; alors, pourquoi, dans l’évangile selon St Jean, y a-t-il cette insistance concernant « l’envoi » de l’Esprit saint (le « Paraclet », le « Défenseur ») par Jésus, une fois qu’il aura « quitté corporellement » cette terre ?

2 Si l’Esprit saint agit en chaque être humain, pourquoi est-il nécessaire de recourir aux sacrements (dans la religion catholique : le baptême et la confirmation) pour « le faire venir en nous » ?

3 Mon esprit personnel me permet de réfléchir (de vous écrire ce message), de m’exprimer, d’acquérir des connaissances, de revenir sur mon passé, de faire des projets d’avenir, etc . Quelles relations voyez-vous entre mon « esprit personnel » et l’Esprit saint ? Pénètre-t-il toutes mes pensées (par exemple si je résous un problème de mathématique, ou si j’étudie dans une autre discipline…) ? Dans quels domaines cet Esprit saint, intervient-il, selon vous, pour « guider » ou « influencer » mon esprit personnel ?
D’ailleurs, qu’est-ce que mon esprit personnel ? N’est-il pas aussi « insufflé » en l’homme par Dieu ?

Je vous remercie pour votre bienveillance, concernant ma « recherche de meilleure compréhension », et, par avance, pour le temps que vous voudrez bien me consacrer en répondant à mes questions.
Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour et bravo de vous poser des questions, de creuser, d’explorer et de demander. Je suis persuadé que cela vous apportera beaucoup, à vous et à ceux qui vous sont chers…

1) C’est vrai que, dans le livre de la Gnèse, l’Esprit de Dieu est donné à l’homme à sa création (2:7). Mais cet Humain dont parle ce texte (ou cet Adam, qui est le mot hébreu, tout simplement, pour dire Humain), n’est pas un personnage historique, il n’y a pas eu de monsieur Adam et de madame Eve qui discute avec un serpent qui parle, etc., ces récits de création de l’Humain par Dieu forment un conte théologique qui parle de l’Humain dire en quel sens Dieu entend ce qu’est l’Humain, quel est son projet. Or, l’Humain véritable, pour une fois, existe dans l’histoire en Jésus de Nazareth. C’est dire l’importance de l’événement. Mais quand même, Jésus n’est pas un extraterrestre, et si nous ne sommes pas pleinement humain au sens où Dieu l’entend, nous ne sommes pas non plus complètement inhumain. Et toute personne a, au moins un peu, de cet Esprit de Dieu qui fait de la créature qu’est l’homme, un être à l’image de Dieu, et en ce qui nous concerne, vaguement à sa ressemblance.

Avec Jésus, la création de l’humain prend une autre tournure, elle atteint un autre stade, par ce qu’il est et par ce qu’il apporte à l’humanité. Principalement, par la révélation que Dieu est amour, qu’il n’est que tendresse et fidélité pour chacun d’entre nous, cela nous permet ainsi de vivre nous-mêmes par la grâce au lieu de vivre « pour faire son salut », ce qui est encore une forme d’égoïsme. Jésus nous montre aussi le mode d’être d’un humain véritable, à la fois de la terre et du ciel, aimant Dieu et aimant son prochain comme lui-même.

3) L’Esprit de Dieu qui est insufflé dans l’ensemble un peu organisé d’atomes que nous sommes, c’est une certaine liberté, une créativité personnelle, une forme de capacité à une intelligence de la situation.

Notre esprit personnel se forge au jours le jour au gré de ce que nous avons reçu, d’un patrimoine génétique et de mutations en grande partie dues au hasard, un part de Dieu aussi, j’en suis persuadé, mais aussi de nos rencontres, de nos lectures, de nos pensées, de nos prières, de nos actes reçus et accomplis… C’est ainsi que l’humain n’est pas uniquement créé par Dieu mais à mon avis dans une collaboration de Dieu et de l’homme. Dans la Genèse, quand Dieu dit « créons l’homme à notre image », il s’adresserait peut-être ainsi à l’homme lui-même : si tu veux, ensemble, toi et moi, nous créerons un humain véritable, à l’image de Dieu, comme le Christ.

Mais si cette présence de Dieu était demeurée aussi massive qu’en Christ, nous serions restés comme spectateurs de l’avenir de notre vie et du monde, démobilisé pour être créateur nous-mêmes. C’est ainsi que je comprends le « il est avantageux pour vous que je m’en aille » de Jésus, c’est comme un « à vous de jouer ».

2) Les sacrements, mais plus largement toute religion, sont comme une pédagogie de la grâce de Dieu. C’est bien utile, mais ce n’est qu’un moyen. Jésus lui-même dit que « le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat », on pourrait le dire des sacrements. Ils sont utiles mais à ne pas confondre avec l’essentiel qu’est Dieu.

Ensuite, pourrait-on se passer des sacrements pour se laisser créer par Dieu ? Oui et non. Il est toujours difficile de dire ce que seraient devenues telle ou telle personne pour qui les sacrements ont été vraiment décisifs dans leur cheminement, si elles n’en avaient pas bénéficié ? Dans l’autre sens, je rencontre souvent des personnes élevées dans un milieu complètement athée, sans religion aucune, et qui dès l’enfance sentent « quelque chose » comme un amour qui les accompagne. Ces personnes vivent parfois cela 30 ans, puis se décident à chercher l’appui de la religion, de la Bible, des débats théologiques mais aussi du culte et des sacrements, et d’une communauté pour poursuivre et approfondir leur cheminement, mais avant cette étape, il a bien été vécu d’une belle et décisive façon d’abord sans les sacrements. Et donc l’Esprit était là, avait été donné et avait largement commencé à être reçu sans l’aide des sacrements. Et heureusement que c’est possible, sinon, que dire ? Ce serait comme un cercle vicieux, on n’a pas envie des sacrements sans l’Esprit et sans les sacrements on ne pourrait recevoir l’Esprit ?

Autre exemple, vécu. J’ai rencontré une grand mère très âgée, qui m’a avoué qu’elle n’avait jamais été baptisée et qu’elle n’avait jamais communié, n’expliquant cela à personne, ayant honte de ne pas en avoir envie, et ne l’ayant jamais fait par honnêteté, pour rester sincère. Elle ne ressentait pas le besoin de ces gestes, elle priait facilement et en confiance, elle lisait la Bible, la connaissais très très bien, et s’en nourrissait, elle faisait ce qu’elle pouvait comme bien dans la vie de tous les jours, elle avait frôlé la mort avec courage et trouvé la force à 85 ans de rester une journée entière ayant grimpé je ne sais comment au sommet d’une armoire quand sa maison avait subi des inondations torrentielles … mais pour ce qui est de recevoir les sacrements, non. Elle gardait cette phrase de Jésus « l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. » (Jean 4:23). Seulement, l’âge venant, elle voulait vérifier auprès de moi si Dieu ne lui en voudrait pas. Et bien non, je suis persuadé que non, bien entendu. Il n’est pas comme ça !

Il y a bien des chemins. Et il ne s’agit pas de « faire venir l’Esprit en nous », mais bien plus simplement de s’ouvrir au don de l’Esprit que Dieu ne cesse de nous proposer, avec espérance. Et pour ça, je pense que la grand-mère avait raison, rien ne vaut la sincérité et la confiance au jour le jour dans notre relation à Dieu.

Avec mes amitiés fraternelles
& mes félicitations pour cette recherche

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