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arbre et tombeaux

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Ayant eu un décès dans ma famille il y a peu, j’ai été amené à me poser des questions sur l’après. Je suis quelqu’un de très angoissée par la maladie et par la mort. En poussant ma réflexion un peu plus loin je me suis rendue compte que cette peur m’a été transmise par certains de mes proches qui se disent très sereins par rapport à tout ça mais qui ne sont jamais prêts à en parler librement. En étant face à des murs c’est compliqué de faire le chemin de mon côté. Heureusement j’ai évolué et je peux en parler à d’autres mais j’ai toujours cette peur qui remonte dès que j’ai une douleur suspecte ou quand une maladie se déclare chez un de mes proches.

Autant vous dire que lorsque ce décès à eu lieu début Janvier toutes mes angoisses sont remontées et j’essaye de rationaliser, de penser à ce qui m’angoisse. Je me suis rendue également compte du fait que personne ne savait si celui qui nous a quitté voulait être enterré ou incinéré.

Quelle difficulté de prendre cette décision pour quelqu’un d’autre, c’est déjà très compliqué de la prendre pour soi. Qu’est ce que je veux d’ailleurs ? J’ai le souhait d’aider si je ne sers plus à rien et d’être le plus utile que possible : si je peux donner mes organes je le ferais, mais après ?

J’ai la foi, la foi scientifique, mais la foi. Je crois à quelque chose de supérieur, et je suis certaine que si nous avons vécu ce n’est pas pour mourir et puis c’est tout. Nous avons forcément un but autre que celui de vivre sa vie pendant plusieurs années sur la terre pour rien. Oui le but animal est de pérenniser son espèce mais pourquoi si au final tout le monde part ? Je me raccroche à cette idée qu’il y a quelque chose après. J’espère. Cela me permet de faire disparaître mes angoisses momentanément, même si, malgré ma foi, j’ai des doutes. Je pense que c’est normal. Mais je veux y croire.

J’ai essayé de trouver des questions/réponses par rapport au don d’organe et à la crémation sur le site de l’Oratoire mais, à moins d’avoir mal cherché, je n’ai pas trouvé de réponse. Quel est votre position sur ces sujets ?

PS : Heureusement que vous êtes présents en ligne et que l’on peut suivre les prédications par médias interposés, merci pour tout !

Vous suivre est un réel plaisir.

Très belle journée.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Il est tout à fait normal d’être plus ou moins angoissé par la maladie, c’est n’est absolument pas drôle d’avoir un accident, pas drôle de souffrir ou d’être mal à l’aise, diminué dans sa liberté, pas drôle de perdre du temps dans les hôpitaux…

Et c’est plus que normal d’être plus ou moins angoissé par la mort, car c’est en tout cas la fin d’une étape, même s’il y a quelque chose après (ce que nous pouvons espérer mais dont nous ne savons littéralement rien), même un jeune qui vient de remporter le concours de polytechnique peut avoir un pincement au cœur car il va quitter papa et maman, sa chambre avec les ours en peluche qui ne sont pas si vieux que ça, commencer par un stage militaire puis être interne dans cette école, se demandant s’il va y rencontrer, peut-être l’homme ou la femme de sa vie, s’il va y être heureux ou s’ennuyer loin de ses amis d’avant…

Ne pas ressentir cette angoisse serait être un inconscient ou un illuminé. A mon avis. Donc oui pour l’appréhension, mais bon, il faut quand même que ce soit gérable.

C’est bon quand c’est une stimulation utile pour se réjouir aujourd’hui de sa santé, souvent on ne découvre que quand on a mal qu’en réalité un genou qui marche bien est une merveille extraordinaire et improbable. On peut ainsi se réjouir de la coupe à moitié pleine et non seulement pleurer sur la moitié vide, ou sur ce qui est perdu sans s’être réjoui une seconde de ce que l’on avait, le considérant comme un dû mérité. On peut ainsi mieux soigner sa santé, mieux surveiller et protéger. On peut ainsi avoir plus de compassion pour ceux qui souffrent, mais aussi pour vivre la beauté du jour présent comme une merveille unique à apprécier et non à laisser passer bêtement comme si nous avions 100 vies en réserve derrière. Et c’est une façon de se demander que ferons nous de cette richesse ? Je me souviens de Gainsbourg ayant brûlé un billet de 500 francs en direct à la télévision, j’avais été horrifié par ce geste alors que tant de pauvres gens n’ont pas de quoi manger correctement, ou travaillent vraiment dur pour gagner cela. C’est la même chose avec nos journées qui nous restent, c’est une ressource précieuse dont nous pouvons user pour être heureux mais aussi pour rendre un peu heureux, comme nous pouvons.

Mais quand cette angoisse est trop forte, c’est au contraire paralysant. C’est alors contre productif. De toute façon nous mourrons bien un jour alors ce n’est pas la peine non plus de nous rendre malade pour ça.

Pour ce qui est de l’enterrement ou de l’incinération (ou crémation)… a mon avis, ce choix devrait plutôt revenir à ceux qui restent, à la famille, car c’est à eux que reviendra de faire leur deuil. Le mort, lui, de toute façon ne sera pas sous la terre ni dans l’urne, évidemment. Alors que lui importe ? Et pourquoi casserait-il les pieds (même) après sa mort à ses proches en les forçant à suivre ses volontés ? Mais le problème c’est qu’il y a bien des personnes qui sont encore dans cette vision préhistorique de vie après la mort dans ce corps fait de protéines. Cela n’a, à mon avis aucun sens du point de vue scientifique, et c’est complètement étranger à la théologie biblique. Mais on a le droit d’être animiste, après tout (même si j’ai de gros doutes sur le bénéfice de cette façon de voir sur notre façon de bien appréhender la vie présente). Alors incinération ou inhumation ? Je trouve l’incinération plus propre, matériellement. Du point de vue psychologique, c’est plus radical et les proches peuvent moins facilement penser que la personne qu’ils aiment serait là, dans l’urne, alors qu’avec le corps mort, gardant le souvenir photographique du visage bien préparé par les pompes funèbres, on croirait presque la personne endormie sous terre… L’incinération est donc plus vraie, mais elle est parfois brutale pour des proches qui n’auraient pas suffisamment vécu en faisant attention à la dimension spirituelle de l’être et sans avoir trop pensé à ce que peut être la mort. Tout dépend donc de la famille, c’est plus une question de pédagogie en vue d’un deuil plus favorable. Et comme toute pédagogie, c’est un accompagnement en fonction de chaque personne.

En suite, personnellement, je suis pour le don d’organe, bien sûr, sans l’ombre d’une hésitation, sans réserve. Comment serais-je assez égoïste pour garder jalousement quelque chose dont je n’ai absolument plus besoin et qui pourrait transformer la vie d’une autre personne ? C’est encore le coup du billet de banque brûlé pour le plaisir, mais là ce n’est plus seulement un billet de 500 francs mais un billet qui vaudrait des centaines ou des millions d’euros quand on pense à ce que peut représenter les yeux, les reins, le cœur, la vie et l’autonomie d’une personne qui aime et qui est aimée… J’ai fait aussi les papiers pour le don du corps à la science, affaire de donner là aussi un petit coup de main supplémentaire, et question de faciliter aussi la gestion de mon cadavre pour ceux qui me perdraient. Mais c’est un peu autre chose, car l’absence totale de corps aux obsèques peut rendre difficile le travail du deuil pour certaines personnes. Mais dans mon cas, cela convient parce que ce n’est pas sur la tombe que mes proches se souviennent et qu’ils aiment les personnes disparues, mais par le cœur et la pensée.

Comme vous, je trouve très plausible l’existence d’une survie d’une dimension de chaque personne humaine au delà de la mort biologique, je le pense rationnellement et par l’expérience concrète de ce qui fait la valeur de la vie et des êtres que nous aimons.

Mais il ne faut à mon avis pas vivre en fonction de cela. Il faudrait presque l’oublier, au risque de passer à côté de sa vie présente. Ce serait comme de vivre les vacances en pensant tout le temps au travail qui va arriver à la rentrée, et passer son temps à travailler en pensant aux vacances que nous aurons dans un an… c’est la meilleure façon de ne jamais être heureux, de vivre toujours à contre pied. Y penser un peu, oui, comme un clin d’œil, comme une bonne surprise possible, toujours possible. Mais pas plus. Et chercher plutôt à vivre plus et mieux la vie présente. Avec cette qualité de présence qu’acquiert parfois une personne qui a frôlé la mort et qui se met à mieux goûter chaque jour, dans les petite set grandes choses, à être plus bienveillant envers les autres… nous ne sommes absolument pas obligés d’attendre de frôler la mort ou encore moins d’être mort pour commencer à aimer ainsi !

Merci pour les encouragements concernant les prédications et le site internet 🙂
Avec mes amitiés fraternelles

Marc

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4 Réponses à “Question sur l’après la mort, la crémation, l’inhumation et le don d’organes”

  1. Clarice dit :

    J’aime bien la réponse du pasteur. Je suis complètement d’accord que l’incinération est un choix personnel. Tout dépend de la famille. Moi je suis pour l’incinération. Je crois que c’est une bonne façon de préserver de l’espace dans les cimetières. De plus, je suis pour le don des organes. Les décédés n’ont pas besoin des organes donc pourquoi pas les donner à quelqu’un qui en a besoin ?

  2. Céline dit :

    Bonsoir,
    Juste de passage, tout d’abord meilleurs vœux pour 2017 ! Ça me rongeait depuis un moment, mais je tenais à vous remercier pour ce site qui m’a beaucoup aidée. En effet je suis parfois prise de crises d’angoisses au sujet de la mort, étape par laquelle nous passerons pourtant tous un jour ou l’autre, et vos articles concernant la mort (ceux que j’ai lu du moins) m’apaisent. Comme celui-ci en particulier. En effet j’ai pu comprendre que de toute manière, c’est nous qui quittons ce monde et non pas le monde qui s’éteint autour de nous nous laissant seul dans la pénombre (depuis mon enfance j’ai mal intégré la notion de la mort : je m’imagine parfois en tant que squelette dans un cercueil ou encore dans une urne). Finalement c’est ce que dit aussi la philosophie (Épicure notamment). Je garde le meilleur pour la fin : je ne suis pas pratiquante de quelque religion que ce soit, je me considère comme agnostique voire athée. Et pourtant j’ai trouvé du réconfort sur votre site, pour la bonne et simple raison que vous répondez avec sincérité et ouverture, sans prétendre posséder un savoir sur la mort (ou l’après-vie ?) que personne ne peut avoir, et en faisant le lien avec la raison et la science. Merci encore !

    Céline, 21 ans

  3. Mil mercis pour ces encouragements !

  4. emdeclerm dit :

    J’ai souvent cette peur de la mort, mais il faut dire que j’ai grandi dans un foyer chrétien où on se raccroche à l’espérance de la foi chrétienne. Mais l’Eglise catholique a toujours fait peser la menace sur les non croyants, j’entends encore des prêtres dire que tous les hommes qui n’ont pas cru ne reviennent pas à la Maison du père et sont précipités dans le néant. Je ne sais pas si la mort préfigure véritablement les choix que l’on a faits, auquel cas c’est dommage pour ceux qui n’ont pas choisi de suivre Jésus, ça voudrait dire qu’il y a une bonne religion et une mauvaise. Je suis assez triste d’entendre dire des choses comme ça, parce qu’est-ce que Dieu, au fond, s’en tient à faire des clivages entre les chrétiens et les autres ? j’ai du mal à y croire et en même temps, je trouve ces idées ancrées dans notre culture chrétienne depuis bien trop longtemps. La mort n’est pas facile à appréhender, mais à l’heure actuelle, on l’appréhende aussi à l’angle des convictions de chacun. Dans une même famille, tout le monde ne s’enterre pas à l’église, et tout le monde ne s’enterre selon des rituels (chrétiens ou non). Y a-t-il une façon plus fluide d’appréhender la mort ? auquel cas, si l’on pense que c’est l’amour de chaque être qui survit, cela veut dire que l’amour est au-dessus des dogmes, et qu’elle découle de la foi, que c’est la manifestation la plus palpable de Dieu.

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