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Question d’un visiteur :

Bonjour,
Je ne sais pas s’il vous sera possible de répondre à une question que je devrais plutôt adresser à l’église catholique, mais bon, il vous arrive, vous aussi, de conseiller la lecture des Psaumes et votre avis est souvent très éclairant et intéressant pour moi.
Dans la liturgie des heures, par exemple, il est clair que certains Psaumes ne sont plus adaptés à notre temps, si Dieu nous écoute nous ne pouvons pas réciter des Psaumes juste pour le plaisir de les dire sans qu’ils aient un rapport avec ce que nous vivons!!
J’espère que ma question n’est pas trop confuse et je vous remercie pour le temps que vous prenez pour répondre à chacun.

Claude

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Claude

Merci pour votre excellente question.

Les Psaumes font partie du patrimoine commun des juifs et des chrétiens. Et la seule différence entre les psaumes dans l’église catholique et les psaumes dans l’église protestante est parfois une petite différence d’un chiffre dans le n° du Psaume (les protestants et les juifs suivent la numérotation hébraïque, les anciennes bibles catholiques suivant la numérotation des traductions en grec puis latin).

Vous avez raison, l’intérêt de lire des Psaumes n’est pas de faire plaisir à Dieu, mais c’est d’en tirer un bénéfice spirituel, que cette lecture nous convertisse, nous rende plus confiant en Dieu, plus aimant pour notre prochain, plus en forme et plus heureux nous-mêmes. Car c’est la conversion du pécheur qui donne de la joie dans le ciel (Luc 15:7), pas de nous voir réciter des psaumes comme des moulins à prière. Donc, vous avez raison, la sincérité, l’authenticité de notre lecture du psaume est indispensable, notre implication personnelle.

Et ce n’est pas a priori évident. C’est vrai que les psaumes ont été écrits il y a 2500 à 3000 ans dans une autre culture que la nôtre. Mais ils offrent des témoignages de vies humaines et de relation à Dieu. Et finalement, ces textes nous sont ainsi incroyablement proches.

Par exemple, le Psaume 51 hébreu (n° 50 dans la traduction grecque), l’entête nous dit qu’il a été prié par David après un épisode de péchés épouvantables (en général pire que ce que nous ne ferons jamais, j’espère). Nous ne sommes pas dans la même situation que lui, et pourtant, nous sommes tous pécheurs et la repentance est une bonne hygiène de vie. La prière de David contenait sans doute des détails des circonstances de son péché et de ses remords, cette prière a été transformée pour la rendre plus neutre afin de nous aider à venir l’habiter avec notre propre vie. Et prier ce Psaume est alors très efficace, si l’on y met de la sincérité.

De même pour le Psaume 8 qui rend grâce pour l’incroyable merveille qu’est la personne humaine, même toute petite. Chaque jour de notre vie, nous pouvons avoir un bénéfice à nous rappeler que nous sommes une merveille, « presque l’égale de Dieu », c’est une promesse et une responsabilité.

Et les psaumes de confiance en Dieu, qui nous font un bien fou.

Dans le protestantisme, nous préconisons plutôt une lecture libre, selon l’inspiration, ou bien une lecture continue, page après page de la Bible, page après page des psaumes. La liturgie des heures est un exercice spirituel qui est en usage dans les monastères et parmi les fidèles catholique. Cela peut tout à fait être un bon exercice, rythmant notre temps de temps de prière. Si c’est fait volontairement et joyeusement, c’est excellent. Cela m’est déjà arrivé plusieurs fois de m’offrir ainsi une petite cure de Psaumes pendant un mois, en suivant une distribution des Psaumes sur 4 semaines et 5 temps de prière par jour (proposée à la fin du Psautier liturgique). Bien souvent, la lecture de tel Psaume à tel moment est comme une loterie, en fait, puisque le psaume n’est absolument pas choisi en fonction des circonstances particulière de ma propre vie, pourtant c’est vraiment inspirant. La plupart du temps, il y a un bénéfice car nous avons chaque jour besoin d’être ainsi aidé à trouver des paroles pour prier notre louange, notre repentance, méditer sur Dieu, sur ses promesses, s’ouvrir à un cheminement, oser dire nos doutes sans crainte devant lui, dire notre espérance de lui…

Ensuite, quand on a lu plusieurs fois le Psautier, que ce soit par une lecture continue ou par la liturgie des heures, nous connaissons un peu les psaumes « qui nous parlent » le mieux (pas forcément ceux qui nous font le plus plaisir, mais ceux qui sont pour nous les plus efficaces pour nous faire avancer), nous pourrons plus facilement aller chercher le juste psaume, en toute liberté et sincérité aller chercher tel psaume à tel moment particulier pour nous, le psaume dont nous avions besoin. Le lire, puis le méditer lentement, comme on sirote une liqueur rare.

Il y a aussi des psaumes qui ne nous parlent pas, c’est normal. Peut-être est-ce que ce sera le psaume dont vous ou moi aurons besoin le 21 avril 2017 à 11h37 ? Peut-être aussi est-ce un psaume a la parole dure, qui mérite d’être compris au 2e degré, au sens figuré. Dieu ne veut la mort et la souffrance de personne et quand il parle d’anéantir le méchant, il faut comprendre cela comme le projet de Dieu et la grâce qu’il nous fait de nous purifier de notre méchanceté, mais aussi de tout ce qui nous fait du mal comme blessures anciennes et insuffisances…

Pour cela, il n’est pas inutile de faire de temps en temps une lecture savante, une exégèse des textes bibliques et en particulier des Psaumes.

Et en parallèle, de faire une lecture priante des Psaumes.

Amitiés fraternelles

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3 Réponses à “Question : les Psaumes ne sont-ils pas trop éloignés de ce que nous vivons ?”

  1. ltrobat dit :

    Il n’est pas inintéressant de relire ce qu’écrivait mon compatriote Félix Pécaut à propos des psaumes. Je vous en livre un extrait (pris dans « Le Christ et la conscience »):
    « Et parmi les psaumes, lesquels choisit-on? Un cantique nuptial, un hymne de guerre, un chant patriotique? Non, mais un certain nombre de poésies de choix qui expriment la repentance, la gratitude, la douleur, et surtout l’inébranlable confiance dans la fidélité de Dieu. Et on se gardera bien de méditer le psaume 45; on n’attachera qu’un intérêt littéraire au psaume 137, qui retrace avec tant de charme les patriotiques regrets des Juifs exilé sur les bords de l’Euphrate, et qui se termine par des cris de vengeance dignes des peuples de l’Orient. On franchira rapidement les psaumes qui contiennent des malédictions, en laissant aux théologiens orthodoxes la peine de les justifier par des explications inacceptables. Au contraire, les fidèles de tous les âges consulteront avec confiance des cantiques tels que les 1er, 27e, 32e, 37e, 103e, 115e, 135e, et tant d’autres. »

  2. C’est intéressant, mes psaumes préférés ne sont pas sur cette liste.

    Et par contre, sans être un théologien orthodoxe, le Psaume 137 a été certes écrit dans un contexte historique, mais nous pouvons facilement nous approprier le sentiment d’être en exil, loin de la vie que l’on espère, loin d’une personne que l’on aime, hors de la santé, de la foi, du bonheur… c’est ce que fait cette chanson bien connue « By the rivers of Babylon » ( http://www.youtube.com/watch?v=zdgMo7BjA0Y ).

    L’idée de vengeance que l’on pourrait lire à la fin devient alors une espérance que le mal qui nous a emmené en exil loin de nous-mêmes, ce qui nous fait souffrir et nous diminue… que tout ce mal puisse être rendu hors d’état de nuire. Mais, même ce qui nous a blessé peut garder des conséquences néfastes sur un plus long terme, des blessures mal cicatrisées, des blessures et des culpabilités que nous subissons ou que nous avons engendrées, par exemple. La dernière phrase, horrible au 1er degré, de ce Psaume se comprend alors et est fort précieuse : « Heureux qui saisit tes enfants, Babylone, Et les écrase sur le roc » cela espère que Dieu pourra guérir les plaies du futur, supprimer les conséquences futures du mal commis hier et aujourd’hui. Et il existe bien des cas où briser ainsi cette chaîne du mal est hors d’atteinte pour les forces humaines. Il y faut la force de Dieu, notre rocher, qui seul peut le faire.

  3. ltrobat dit :

    Même moi qui théologiquement parlant suis de sensibilité libertaire, je trouve parfois Pécaut un peu trop radical. Cela dit, il était natif de Salies de Béarn, et les protestants saliesiens avaient naguère la réputation d’être assez raides. Ils ont en tout cas de nos jours un pasteur extraordinaire en la personne de Bruce Dennis (http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2011/12/23/pasteur-aux-semelles-de-vent,221851.php).

    Pour la petite histoire musicale, « Rivers of Babylon » était une reprise d’un standard ska enregistré dans les années 60 par le groupe jamaïcain The Melodians (http://www.youtube.com/watch?v=o-5E6_qtXAw&feature=kp). L’histoire ne dit pas si les auteurs ont perçu leurs droits, vu qu’à l’époque les membres de Boney M s’étaient faits royalement gruger par leur producteur.

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