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http://www.flickr.com/photos/91372563@N00/115520005 Found on flickrcc.net

Question d’un visiteur :

Bonjour monsieur le pasteur,

Permettez moi de vous écrire suite à de petites interrogations. Tout d’abord j’ai trouvé le site de l’oratoire du Louvre par hasard sur internet en cherchant des éléments de compréhension sur divers aspects du christianisme en général. Je trouve vos réponses intéressantes et c’est pour ça que je vous écrit.

J’ai été élevé par mes parents dans une recherche de la plus pure laïcité, mes parents ne voulant pas « m’imposer » une religion que je n’aurais pas choisi (bien qu’ils n’y soient pas hostiles du tout, ils n’ont pas d’avis tranchés), jusqu’à récemment je me considérais comme non croyant mais depuis quelques temps je commence à me demander si l’univers n’est pas le fruit d’une force supérieure, ce que j’appellerais Dieu (ce que je pense et résumé par une phrase de Voltaire : L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger).

J’ai donc commencé, par simple curiosité, à m’intéresser au christianisme (de manière très générale, grâce à Wikipédia notamment). Néanmoins, le Dieu que j’imaginais n’était pas forcément celui décrit dans la Bible. Et pourtant, en m’y intéressant encore, j’ai commencé à éprouvé une certaine « sympathie », une certaine orientation vers le christianisme (ici je ne distingue pas les différentes religions comme catholicisme ou protestantisme, étant donné que je ne m’attache pas aux détails de ces religions). Cette orientation, je sais qu’elle n’a rien de rationnelle. J’ai beau cherché qu’est-ce qui pourrait me faire dire qu’une religion monothéiste est plus probable qu’une autre, je ne trouve pas. Mais j’imagine que les croyants savent, et ne se posent pas de question sur la véracité de leur religion (je ne dis pas ça au sens négatif du terme, bien sûr). Serais-je en train de faire mon chemin de Damas ?
De plus, même si j’éprouve cette affinité, je ne considère pas du tout ce que je pense comme étant la vérité. Toutes les religions croient en ce qu’elles disent non ? Pourquoi une aurait raison et une autre tort ? Comme vous le voyez, j’aurais plutôt tendance, par ma raison, à ne pas croire en une religion précise, mais par mon cœur j’ai des doutes. (et je ne pense pas que l’existence d’une force originelle soit forcément la vérité non plus ! Je pense que chacun pense ce qu’il pense, et là encore, pourquoi l’avis d’un homme serait le bon et pas celui d’un autre ? Cependant je suis plus conforté dans ma croyance d’une force originelle, à la foi par la raison et le cœur, que pour la croyance au christianisme). A noter que je ne pense pas du tout, comme le disent beaucoup des mes camarades, que la science réfute la religion, je ne vois pas vraiment le rapport…
Je n’ai donc pas vraiment de question précise sur ce sujet, j’aimerais juste avoir l’avis d’une personne qui croit.

A côté des ces réflexions personnelles (dont j’oublie sûrement plein d’éléments qui me font réfléchir sur la religion), j’ai d’autres questions plus précises :
J’ai commencé à lire la Bible (parce que je considérais ça comme un livre majeur de l’histoire de l’humanité à la base, puis pour mieux comprendre la religion ensuite), et je me demandais si les croyants croient à la lettre aux récits de la genèse ou de l’exode par exemple, ou si on peut les considérer comme des métaphores, des récits légendaires ayant pour but d’expliquer aux hommes la vision de la religion et de la foi de ceux qui l’ont rédigée ? Parce que là, j’ai du mal à préférer l’ouverture de mer rouge comme un phénomène divin que comme une invention (mais le contraire est tout autant valable, je ne vois pas ce qui peut nous faire dire que telle explication est la bonne, n’est-ce pas la foi justement ?).
Enfin une dernière question, peut-on croire sans être baptisé, ce que je ne suis pas, et sans adhérer à une religion précise ? Est-ce que les différentes formes de christianisme ne sont pas le fruit de divergences plus terre à terre que l’idée de Dieu ? Et je poursuis ce raisonnement avec le Judaïsme (et éventuellement l’Islam, mais je ne connais rien à l’islam). Peut-on croire en la Bible (car j’aurais une affinité tout à fait irrationnelle envers ce texte) et être à la fois protestant, catholique, juif ? Etre tout cela et aucun en particulier ?

Cette fois, une vraie question précise : Pourquoi Dieu considère le peuple Juif comme le peuple élu ? Tous les hommes descendent d’Adam et d’Ève non ? Pourquoi ce peuple plutôt qu’un autre. Et pourquoi dans l’Exode, inflige-t-il des plaies à l’Egypte, il ne laisse pas vraiment Pharaon choisir, s’il s’était entêté, Dieu aurait tout fait pour le forcer à laisser partir Moïse et son peuple, est-ce en accord avec le libre arbitre ? On dit que Dieu est amour, bonté, etc. Pourquoi a-t-il tué tous les premiers nés égyptiens ? Ils étaient innocents… C’était pour convaincre Pharaon j’imagine mais bon quand même, pourquoi tuer ces enfants dans le seul intérêt du peuple « élu » ? Dernière chose : « les voies du Seigneur sont impénétrables », certes, mais, n’est-ce pas une réponse à tout un peu facile ? (bien que je comprenne cette phrase et que je pense qu’elle est vraie, je pense que d’un autre côté ça peut aussi être un argument « choc », qui a l’intérêt d’avoir le dernier mot, et qui a peut-être été conçu dans ce sens là, bien qu’il se tienne).

Merci de me lire. J’espère que mon message n’est pas trop disparate et est compréhensible.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Et merci pour votre réflexion, en particulier sur la question de la vérité, et du fait qu’il existe plusieurs religions.

Le mot « vérité », dans la Bible, est le même mot que « fidélité », il s’agit donc d’une vérité d’être, de relation. Le rite, la doctrine ou les actes sont des moyens de chercher la vérité / fidélité, ils peuvent être des fruits aussi de cette vérité / fidélité.

Il en est de même par exemple des langues dans le monde. Qui a raison, qui est dans la vérité, serait-ce celui qui parle français plus que celui qui parle le polonais, le chinois ou l’inuit ? On peut voir les religions différentes et les multiples sensibilités à l’intérieur d’une même religion comme des langues différentes.

Pour le reste, il est utile de se rendre compte, à mon avis, de ce que l’on fait quand on fait de la théologie. Cette force, comme vous dites, est de toute façon unique en son genre et tout mot que nous utilisons pour en parler est nécessairement tiré de notre expérience commune de vie sur cette terre dans le mode d’être qui est le nôtre. En ce sens Dieu n’existe évidemment pas comme une table existe, ni même comme l’amour existe. Il a un mode d’être qui est d’un autre ordre, comme source de la possibilité même d’exister ou d’imaginer. Alors est-ce que l’on peut vraiment dire que « cela » est unique plutôt que multiple ? C’est néanmoins utile, ou dangereux, selon la façon dont on conçoit cette affirmation. Je pense que c’est très fort de penser qu’il y a un seul Dieu. Cela veut dire que toute recherche de transcendance converge vers une seule et même source.

La science a été un certain temps contre la religion, comme le disent vos amis. Mais c’était plutôt à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Aujourd’hui ce serait plutôt l’inverse.

Il existe effectivement certains croyants qui sont en conflit avec la science, ces croyants qui tiennent très fermement à sauver une interprétation fantaisiste de la Bible (ou du Coran) comme décrivant l’histoire de la création du monde en 6 ou 7 jours, au lieu de lire ces textes pour ce qu’ils ont toujours été, une prédication sur l’alliance entre Dieu et l’Humain vivant en ce monde. Mais c’est loin d’être le cas de tous les croyants et de tous les chrétiens en particulier. En France, je pense que la plupart des chrétiens ne sont pas fondamentalistes. Et depuis la fin du XVIIe siècle, la foi s’est progressivement réconciliée avec la raison dans bien des milieux chrétiens. Et dans les sensibilités catholiques (nous ne sommes plus au siècle de Galilée), luthériennes et réformées, nous travaillons main dans la main avec les sciences, que ce soient les sciences de la nature, les sciences sociales, la psychanalyse…

Inversement, la science a pu être arrogante et mépriser la religion au début du siècle dernier. Mais depuis au moins 50 ans ce n’est plus du tout le cas. Sauf, bien entendu la façon de penser des croyants fondamentalistes qui mettent en suspens leur intelligence, croyant bien faire, alors que ce faisant ils nient une excellente bénédiction de Dieu.

Je dirais même que depuis la découverte de l’évolution dans l’univers, ce sont les athées qui sont le plus fâchés contre la science, parce que, comme vous le dites, l’existence d’un mouvement d’évolution dans l’univers face au 2e principe de la thermodynamique (disant que spontanément, tout système ayant un tant soit peu d’ordre tend vers un désordre croissant) rendent plus plausible l’existence d’un apport extérieur rendant possible cette évolution, plutôt que rien.

Mais de toute façon, même s’il n’existait pas de source transcendante d’évolution, ce n’est qu’un plus, de toute façon par rapport à cet intérêt certain qu’il y a à chercher en quel Dieu on croit (et ne croit pas), et se référer à lui. Voltaire effectivement, appuie la vraisemblance de l’existence de Dieu comme horloger avec cette phrase que vous citez « L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger » mais il affirme l’utilité de se référer à Dieu avec cette autre phrase choc, et un peu provocatrice « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ». En effet, il est essentiel, à mon avis, de chercher Dieu au moins comme un concept utile à élaborer afin de définir ce que nous considérons être le but ultime du cheminement de l’homme. Rien que cela rend hyper utile, voire indispensable de faire de la théologie. Car le Dieu que nous choisissons d’adorer (consciemment en l’appelant Dieu, mais même pour ceux qui refusent d’utiliser ce terme), ce Dieu nous crée à son image. Il me semble donc essentiel de chercher en quel Dieu on veut croire, et ensuite, de le prier pour faire converger notre pratique, notre être, avec notre idéal, se réjouir de ce qui est beau, travailler ce qui l’est moins, espérer un cheminement.

Et parmi les dieux,les idéaux, les cheminements possibles, franchement, je trouve que celui proposé par Jésus de Nazareth est top. Bien entendu, c’est subjectif, on a le droit. Je ne dirais pas à un musulman ou à un bouddhiste qui’l doit changer… mais je dis que personnellement, la foi chrétienne me convient et me fait du bien, et que je n’imagine pas d’en changer.

Et en plus, je pense faire l’expérience de cette dynamique d’évolution qu’est Dieu, par la réflexion, l’action, le culte et par la prière (et je ne suis pas le seul dans ce cas)…

Concernant la Bible

Il y a des personnes pour croire que Moïse a écarté la mer comme deux hautes murailles d’eau, que Marie a conçu Jésus sans relations sexuelles avec un homme, et que Jésus a marché sur l’eau sans skis nautiques. Mais je pense (et ne suis pas le seul à penser) que ces textes sont une mise en récit de vérités existentielles et spirituelles. Oui, par la puissance de la foi, de l’espérance et de l’amour il arrive que nous puissions franchir des barrages qui auraient en toute logique dû nous être infranchissable. Oui, comme Marie, nous pouvons laisser notre existence être fécondée par l’Esprit et que la simple banalité de nos jours naisse une réalité de l’ordre du Christ…

Et concernant les passages horribles où Dieu envoie massacrer ou massacre lui-même une population entière, j’y vois là aussi une façon de dire que par la foi, ce qui est en nous et dans l’humanité quelque chose de négatif comme la haine, le désespoir, les blessures anciennes, la faiblesse…. sont comme éliminées. Mais il n’est pas question de lire ces passages horribles comme un appel à massacrer qui que ce soit. Ces textes sont à interpréter, à mon avis, avec pour clef de lecture l’amour de Dieu manifesté en Christ, amour pour chaque personne.

Pourquoi Dieu considère le peuple Juif comme le peuple élu ?

Il y a deux réponses. La première est historique, au niveau des faits matériels. Le peuple hébreu était un tout petit peuple, mais situé à un carrefour, entre l’Egypte, l’Ethiopie, La Phénicie, La Méopotamie, la Perse, la Grèce, et même l’Inde… Le peuple hébreu s’est trouvé ainsi influencé par quantité d’intuitions plus ou moins géniales mais fortes et inspirantes, les religions et les philosophies, des bribes de monothéisme venant d’Egypte, de dualisme avec Zoroastre, de philosophie grecque… et ils ont su en faire une synthèse géniale. La Bible hébraïque en est issue, intégrant un riche pluralisme, d’ailleurs, ce qui encourage l’interprétation personnelle et le débat. Ensuite, l’espérance messianique a favorisé une attente, une espérance qui a permis de susciter ou d’accueillir le Christ, homme sans doute à la fois cultivé et génial, à une époque incroyable en Israël (à cause de cette attente), et dans l’empire romain, avec cette paix et cette langue grecque qui permettait de se faire comprendre partout.

La seconde réponse est dans une lecture spirituelle, là encore. Le peuple hébreu représente la bonne dimension de l’homme en général et de chaque homme en particulier. C’est cette dimension là que Dieu élit, qu’il aime, qu’il bénit, qu’il fait naître. Il ne faut donc pas, à mon avis, lire cette « élection » comme du favoritisme, mais comme une vocation qui naît d’une capacité et de circonstances particulières. Ensuite, chaque peuple, chaque personne est également aimé par Dieu, comme une mère aimante aime chacun de ses 12 enfants d’une façon unique pour chacun.

L’Egypte représente la dimension de richesse et d’industrie humaine. Il est bon d’y passer quand le besoin s’en fait sentir, comme le fait par exemple Abraham, mais il n’est pas bon de s’y installer, d’en faire sa demeure comme si c’est cela qui primait. Quand l’Egypte devient source d’esclavage, nous pouvons nous retrouver sans force, ayant besoin d’aide pour nous libérer. La Pâque juive évoque cette libération, et les Pâques chrétiennes proposent une relecture spirituelle de cela, une libération du « péché », libération de notre moi intime hors de l’esclavage de notre égoïsme, de notre asthénie, de nos fausses espérances…

Tous les hommes descendent d’Adam et d’Ève non ? Oui, dans un sens, même si évidemment, cette histoire est mythologique. Mais cela veut effectivement dire que nous sommes tous, que nous le vouions ou non, que nous le reconnaissions ou non, tous frères et sœurs.

« les voies du Seigneur sont impénétrables » : Ah, comme vous le dites, l’argument est un peu facile, il fonctionne un peu comme un « Joker » brandi par les théologiens quand ils se retrouvent face à l’incohérence de leurs théologies, avec des « c’est le grand mystère de… la foi, de Dieu, du salut, de je ne sais quoi encore ». Ce n’est à mon avis pas acceptable, car si la théologie peut dépasser le connaissable, comme Dieu dépasse ce que l’on peut en dire, l’absurdité et l’incohérence ne sont pas acceptable.

Avec mes amitiés fraternelles

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