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Image: 'Uluru at sunset'  http://www.flickr.com/photos/26693938@N08/3114503461

La montagne sacrée, Uluru / Ayers rock

 

Question d’un visiteur :

Bonsoir Pasteur Marc,

Réfléchissant sur la notion de sacré, j’aimerais avoir votre position. La question est de savoir si le sentiment du sacré est l’expression d’une transcendance, ou s’il a du sens dans une perspective immanente. J’avoue que j’ai du mal à articuler sacré et immanence, même si cela semble plus simple puisque Dieu est en toute chose. Si l’on associe Dieu à la nature, tout est sacré de fait; ou plutôt tout est sacralisable, car le sacré est plus dans le regard que dans la chose. Donc voilà pour la position immanente. Elle ne me convient pas vraiment car il me semble ( je le ressens ainsi) que le sacré ne peut naitre que l’étonnement d’une rencontre.

Dans la tradition chrétienne en effet, Dieu est distinct de la création. La nature n’est pas une émanation nécessaire de Dieu ( comme le fleuve émane de la source). La distinction entre Dieu et la création me semble importante car sans séparation il n’y a pas d’altérité, sans altérité, il n’y a pas de rencontre, et sans rencontre pas d’amour.

Réponse d’un pasteur :

Le sacré, c’est ou c’était le domaine réservé des dieux, que l’on ne peut toucher sans être un professionnel, et encore au péril de sa vie, après des rites de purification, des lavages, des enfumages, des sacrifices, des tenues folkloriques…

Par exemple dans l’histoire de Moïse au buisson ardent, Dieu lui dit « N’approche pas d’ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte« . Le sacré, c’est le « ne t’approche pas » (en hébreu qarab) sinon gare à toi. Comme le temple de Jérusalem, interdit aux païens sous peine de mort, temple où le comble du sacré était le « saint des saints » dans lequel n’entrait que le grand prêtre une fois par an, et seulement après des jours et des jours d’extraordinaires purifications…

Mais avec le Christ, le voile qui sépare le « saint des saints » est fendu de bas en haut, nous dit l’Evangile. Cela ne veut pas dire que le saint des saints serait profané, au contraire, cela veut dire que le monde entier devient le lieux saint et que nous sommes tous dignes d’entrer en présence de Dieu, tel que nous sommes, nous sommes tous saints, en tout cas aux yeux de Dieu, par son amour.

Dieu n’est alors ni plus ni moins à Thuilley-aux-Groseilles qu’à Jérusalem, car Dieu est une source d’évolution et de salut aussi bien ici que là. Selon Jésus, Dieu et son action directe se manifeste aussi « au dedans » de nous (dans la relation à Dieu, dans son Esprit) et « au milieu » de nous, dans l’amour qui nous attache. L’univers est alors sacré (le souiller est une offense à Dieu ce qui n’est pas joli joli, même si son amour fait qu’il ne va pas nous griller pour autant), la personne humaine devient le sacré par excellence, et la qualité des relations interpersonnelles.

Mais je suis bien d’accord avec vous pour dire que Dieu est aussi bien plus que cela. Dieu n’est pas seulement dans la nature, ni seulement dans notre être (en particulier notre capacité à aimer, à être un peu libre et créateur).

Quel serait alors le sentiment du sacré ? Quand nous prenons conscience que nous sommes en relation avec quelque chose d’immense qui nous dépasse, qui dépasse le raz des pâquerettes (autrement dit la transcendance). Dieu, où qu’il soit. Dans la nature, dans la personne humaine et dans nos attachements vrais. Mais aussi dans la recherche théologique, recherche de ce qui est source de vie de mouvement et d’être (comme le dit l’apôtre Paul aux athéniens), ou dans la réflexion de Moïse autour de du nom de Dieu, après l’expérience mystique du buisson ardent.
Ce sentiment du sacré peut apparaître :

  • Par le sentiment mystique quand nous sommes en relation directement avec lui,
  • Dans un instant d’émotion face à la nature, face aux étoiles
  • Dans le fait d’être, comme on dit dans la Bible « être pris aux entrailles » devant une personne, ou un groupe, par émerveillement, par compassion. Car dans un sens Dieu est là, dans ce monde, au dedans de nous et au milieu de nous.
  • Mais aussi dans l’intuition théologique ou morale, quand on sent une profonde résonance avec ce qui est essentiellement vrai pour nous.

Une personne se disant athée peut vivre chacune de ces dimensions. Ce qui va lui manquer, à mon avis, c’est d’appeler « Dieu » cette transcendance. Et cela, du coup, rend plus difficile de faire le lien avec ce que vivent bien des personnes et des peuples depuis que l’homme n’est plus seulement une sorte de signe, cela rend plus difficile de faire le lien avec ce qu’évoquent bien des textes, bien des œuvres d’art…

Avec mes amitiés

B

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