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Image: 'Holy Long Exposure' http://www.flickr.com/photos/53969873@N00/107007854Question d’un visiteur :

Cher Pasteur,

Je reviens vers vous, notre discussion par mail et en tête à tête m’avaient fait le plus grand bien. J’ai poursuivi ma lecture de la Bible, et j’ai eu accès à d’autres livres.
J’ai quelques questions, concernant le 1er testament :

La création de l’Homme dans la Genèse.

Dieu a le pouvoir de crée l’Homme, alors pourquoi lui faut il endormir Adam pour lui ouvrir la côte et sortir Eve ? En me renseignant sur le sujet, et à force de lecture, je suis tombée sur les mythes sumériens qui ont des similitudes assez frappantes. Mais dont la compréhension sur la côte est différent (magnifiques jardin, plusieurs Dieux, dont l’un souffre parce qu’il a mal à une côte, une déesse lui ouvre la côte et de la sort une autre déesse.

Le texte sumérien étant plus vieux que la Bible, et Abraham aurait été sumérien. Peut on imaginer que ceux qui ont écrit la Bible se soit inspiré de ces mythes qui ont bercés leurs enfances et auraient modifiés certains passages ? Sachant qu’à cette époque, les gens étaient polythéistes. Idem pour le récit de Noé, qui ressemble beaucoup trop à GILGAMESH.

Ca n’enlève rien à la croyance en Dieu mais ça fait relativiser sur la Bible 1er testament.

Il y’a aussi 2 passages qui me gênent beaucoup, qui concerne :

L’HOLOCAUSTE accepté par Dieu :
1er celui ou Dieu aurait testé Abraham, mais Dieu a-t-il réellement besoin de tester physiquement quelqu’un en lui proposant de sacrifier son enfant ?
2eme (JUGE 11.30-31) est qui est le pire pour moi, c’est le cas de JEPHTE qui demande la victoire à Dieu en promettant de donner en Holocauste un des membres de sa famille.
Il gagne et fait bruler sa propre fille pour remercier Dieu.

Peut on croire que c’est Dieu qui aurait autorisé cela ? Alors qu’il aime ses enfants.

Dieu peut il mentir ? peut il vouloir le mal ?

Et Michée dit: Ecoute donc la parole de l’Eternel! J’ai vu l’Eternel assis sur son trône, et toute l’armée des cieux se tenant auprès de lui, à sa droite et à sa gauche. Et l’Eternel dit: Qui séduira Achab, pour qu’il monte à Ramoth en Galaad et qu’il y périsse? Ils répondirent l’un d’une manière, l’autre d’une autre. Et un esprit vint se présenter devant l’Eternel, et dit: Moi, je le séduirai. L’Eternel lui dit: Comment? Je sortirai, répondit-il, et je serai un esprit de mensonge dans la bouche de tous ses prophètes. L’Eternel dit: Tu le séduiras, et tu en viendras à bout; sors, et fais ainsi! Et maintenant, voici, l’Eternel a mis un esprit de mensonge dans la bouche de tous tes prophètes qui sont là. Et l’Eternel a prononcé du mal contre toi.

Ce passage à mon goût aussi est vraiment limite.
Comment un homme aurait pu assister à un conseil de Dieu et ses anges ?
Pire encore, ce prophète fait dire que Dieu ne sait pas comment faire tomber un homme et demande de l’aide ???
Il faut qu’un esprit se propose pour le faire.
Et là encore, c’est que Dieu lui demande « comment ».
Dieu est incapable de lire dans les pensées de l’esprit ??
Donc nous avons dans ce passage, un Dieu qui veut faire tomber un homme, qui demande de l’aide et qui est incapable de sonder un esprit, et permet que celui-ci dise des mensonges.

Quand au livre du Deutéronome, c’est notre condamnation à mort puisque nous ne sommes pas juif???

Heureusement, que nous avons un esprit critique pour ne pas prendre mot pour mot ce qu’il y’a d’écrit dans le 1er testament.
J’aurai besoin de votre avis.

Bien cordialement.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Marie

Bravo de creuser la Bible. Le début de la Genèse est passionnant, mais ensuite il vaudrait mieux, peut-être, ne pas prendre toute la Bible dans l’ordre des livres au risque de vous décourager. J’ai mis sur le site une proposition parmi tant d’autres possibles d’itinéraire de découverte.

Oui, les textes des grands mythes de la Genèse ont été inspirés des mythes sumériens que les hébreux connaissaient et qu’ils ont encore approfondis lors de leur exil à Babylone. C’est intéressant de voir comment ils se les ont appropriés, avec une théologie strictement monothéiste (alors que dans d’autres passages de la Bible, les autres dieux existent, ou sont relis comme les archanges et les anges), sans dieu négatif (alors que dans d’autres passages de la Bible, le dieu mauvais du dualisme zoroastrien devient le diable et ses armées). Dans la Genèse, Dieu crée contre le chaos, contre le péché de l’homme qui consiste à vouloir prendre la place de Dieu et prendre la place de son frère. Le déluge invite aussi à une conversion de notre idée de Dieu, d’un Dieu qui cherche à faire progresser la justice par la punition violente, nous sommes invités à comprendre que Dieu développe une pédagogie pour faire progresser l’humanité, une pédagogie de l’alliance et de la parole…

Vous avez donc raison, ces textes ne sont pas à lire comme des reportages historiques mais comme des traités de théologie, des prédications. Cela n’enlève rien à leur valeur, au contraire. Car pour elle-même, l’histoire d’un monsieur ou d’un peuple ayant vécu il y a 2000, 3000 ou 4000 ans n’a pas beaucoup d’importance pour nous aujourd’hui sur le plan spirituel et existentiel (même si du point de vue de la connaissance, ce ne serait pas inintéressant). Mais là, nous avons effectivement des textes qui parlent directement de nous, qui nous concernent au 1er degré, des textes qui sont déjà les fruits d’un débat riche avec l’expérience spirituelle, philosophique, morale et théologique sur des centaines et des centaines de générations.

A mon avis, non, Dieu n’a jamais demandé qu’Isaac soit sacrifié. D’abord parce que Abraham est vraisemblablement une figure mythologique aussi, un fond historique plus repérable archéologiquement commence avec David. Ce texte me semble dire précisément que le sacrifice humain, qu’il soit physique ou psychologique, est inacceptable aux yeux de Dieu. Et que sa bénédiction n’est pas à acheter, qu’il n’a pas besoin de tester notre foi. En effet, la bénédiction donnée en conclusion de cet épisode est ironiquement la même que celle donnée déjà à Abram au début de cette saga, alors qu’il n’a encore rien fait.
Voir peut-être cette prédication : https://oratoiredulouvre.fr/predications/va-et-fais-monter-ton-fils.php

Le sacrifice de Jephté est épouvantable. La seule morale que je vois est de nous appeler à ne pas jurer n’importe quoi, et si l’on a juré n’importe quoi, au moins ne pas être opiniâtre, reconnaître simplement devant Dieu que l’on a fait n’importe quoi. Ce texte nous montre aussi que si l’on fait n’importe quoi nous sommes source de souffrance et de mort pour nous-mêmes mais aussi pour nos proches. Et contre cela, Dieu ne peut rien d’autre que de nous appeler, de chercher à nous convaincre, de nous appeler à revenir sur nous-mêmes. Dieu ne peut pas empêcher Jephté s’il ferme son cœur, il n’a pas pu non plus calmer des fous furieux comme Hitler, Staline ou Ben Laden… ou nous-même quand nous avons choisi de ne pas nous laisser toucher par Dieu, parlant au fond de nous, éclairant notre conscience et notre intelligence, nous aidant à lire le monde et en nous. Non, Dieu « n’autorise pas » le mal, il y travaille, il fait ce qu’il peut. Mais il n’est ni tout puissant, ni magicien pour faire pousser un chêne centenaire en une seconde ou pour faire pleuvoir sur une terre desséchée ou jeter du pain sur la table des affamés, ni marionnettiste pour piloter les personnes et les peuples. Dieu est source d’une dynamique d’évolution dans l’univers, en nous et entre nous, un amour qui accompagne, une source d’ouverture de notre intelligence, de notre cœur…

Et donc vous avez bien raison d’être choquée quand le texte attribue à Dieu d’être source de mal, de mensonge, de souffrance…

Vous avez raison, nous n’avons pas à lire littéralement la Bible, ni à être d’accord avec tout, ni penser nécessairement que Dieu est ce qu’en dit tel passage, ni qu’il aurait dit et fait ce que les auteurs de ces textes lui mettent sur le dos. Et cette lecture critique ne se limite pas à l’Ancien Testament mais aussi au nouveau. La Bible est un recueil de témoignages, de prédications, de prières et de pensées. Souvent le texte travaille sur des questions qui se posent à son époque, dans un certain contexte. Et ce contexte est à la fois le même que le nôtre à cause de notre commune humanité, et dans certaines choses assez différentes, en particulier sur les questions religieuses et sociétales, mais aussi dans la façon de raisonner, de s’exprimer, dans certaines notions et mode de pensée… Il y a aussi des options. Même à une époque donnée de l’histoire de l’écriture de la Bible, il a pu coexister des options théologiques et morales différentes. La Bible a compilé les options les plus intéressantes, c’est à nous de faire notre choix, en particulier à la lumière des options choisies par Jésus, et parfois notre propre synthèse.

En général, les textes bibliques sont plus à considérer comme un réservoir de questions, de bonnes questions à se poser, plus qu’une réserve de réponses à appliquer dans la soumission. J’ai mis sur le site quelques pistes ( ici ici ici et ici…) mais la plupart des prédications peuvent aussi aider.

Il faudrait entrer ainsi dans le détail de chacun des textes que vous citez, en détail, pour s’ouvrir à un questionnement pour nous. Et c’est bien parti puisque déjà ces textes vous ont amenée à vous poser des questions. À l’occasion, passez voir mon collègue ou moi pour que nous en discutions. La plupart du temps il est possible en creusant, en interprétant, en débattant, d’en tirer de bien bonnes pistes.

Pour votre question sur les juifs et les étrangers. Il existe certains textes peu amène vis à vis des étrangers dans la Bible, mais il y en a plein aussi qui montrent une ouverture formidable, pas du tout évidente à l’époque. En particulier l’alliance universelle avec Noé, la bénédiction universelle avec Abraham, l’attente messianique universelle. Les non-juifs ne sont donc pas condamnés à mort dans l’Ancien Testament, bien au contraire, et si le peuple juif y a une alliance spéciale, ce n’est pas pour sélectionner un petit club de sauvés au milieu de la foule des rejetés, mais c’est pour une mission exigeante au service de l’humanité (mission qui continue, à mon avis, et que bien des religieux juifs ont trop oubliée, à mon avis, d’être lumière pour les nations, témoins de Dieu auprès des goim).

Mais ce n’est pas seulement la question, car dans bien des textes, le peuple hébreu, ou le petit reste de justes dans le peuple hébreu est une image de ce qui est juste et bon en chacun, l’image de l’enfant de Dieu en chacun. Et ce qui est mauvais dans l’humanité et en nous, tout ce qui est pécheur, faible ou souffrant, mal grandi ou pas encore grandi… est parfois figuré par « le méchant » ou « le pécheur » (qui est chacun de nous comme « le juste » est chacun de nous aussi), mais il est parfois figuré aussi par l’étranger (étranger à Dieu, à la vie, au bien, à la justice, à l’amour).

Jésus, en tout cas, ne s’arrête pas à la descendance d’Abraham par le sang comme critère. Ce serait plutôt la descendance d’Abraham par la foi, la confiance en Dieu. Mais même le manque de foi ne l’arrête pas, évidemment, et il s’occupe aussi des pécheurs.

Avec mes amitiés fraternelles

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2 Réponses à “Questions au cours de la rude découverte de la Bible”

  1. ANDIRAN nathan dit :

    J’ai effectivement lu les questions posées et les réponses données.
    Il me semble que Gaspard de Coligny a raison en disant qu’il faut un devoir d’interprétation
    quand on lit la Bible.
    Qu’après, l’interprétation que le Pasteur Pernot donne est possible mais pas la seule envisageable.
    D’autres options peuvent concilier des choses qui paraissent contradictoires.
    D’où la nécessité d’accorder les passages contraires, comme le proposait Pascal.
    Est-ce que les textes Sumériens se font l’écho d’une réalité historique commune à la Bible.
    L’antériorité de l’écrit n’est pas alors contradictoire.
    Quant à l’historicité d’Abraham, la remettre en question n’est qu’une option qui faut prendre comme telle. Là encore d’autres choix peuvent être faits.
    D’où la nécessaire démarche de varier ses sources. N’est-ce pas le conseil que donne le très nécessaire Gaspard de Coligny.

  2. Bien sûr, il y a différentes options de lectures et d’interprétation. En ce qui concerne l’historicité de telle ou telle fait, les historiens, les archéologues, les exégètes ont des observations à apporter, dont il est intelligent de tenir compte. Dieu n’a rien à craindre de la vérité, bien entendu. Ces scientifiques apportent la connaissance de certaisn faits, d’autres choses sont des hypothèses qui sont faite spour être remises en question…

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