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Le visage de Jésus selon Rembrandt

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur Marc,
Je vous félicite pour le site de l’Oratoire qui m’aide beaucoup dans ma recherche de Dieu. Depuis quelques mois je fréquente l’Oratoire et avant même d’y aller je consultais souvent le site pour écouter les prédications.

Dimanche dernier (6 juillet) il y avait une prédication avec le Pasteur Jean Dietz, Un moment d’égarement. Lors de la lecture du texte de Matthieu au chapitre 11, texte que je n’ai jamais lu avant avec soin, j’ai été un peu choqué par les mots de Jésus. Du coup je me suis demandé aurait il arrivé à Jésus de se tromper sur sa théologie?

Lorsque je regarde les commentaires sur le Notre Père et le tristement célèbre ‘’Ne nous soumets pas à la tentation’’… Je me dis et si c’est vraiment ce que voulait dire Jésus (si ce n’était pas un problème de traduction comme vous le pensez), se serait il trompé?

Merci et Bonnes Vacances

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Dans la pensée biblique, la notion de vérité est bien plus dynamique et relationnelle qu’aujourd’hui, où la vérité est plus analytique. Ce n’est donc pas si facile de juger en dehors du contexte.

Par exemple quand Jésus dit, sur la croix « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » c’est naturellement faux théologiquement car Dieu n’abandonne pas ses enfants, pas plus Jésus que qui que ce soit d’autre. C’est donc une erreur théologique mais c’est une vérité existentielle, et c’est une vérité spirituelle profonde :

  • Jésus se sent abandonné par Dieu, c’est à dire que ce qui lui arrive ne cadre pas avec sa notion de Dieu, de son pouvoir, de son action, de sa volonté. C’est donc sa notion de Dieu qui l’abandonne, pour une autre notion plus fidèle encore à Dieu puisque priant le début du Psaume 22 c’est tout le Psaume 22 qui est évoqué, passant de ce cri de reproche à l’expérience de la présence de Dieu. Mais comme souvent dans les évangiles, la fin de l’histoire n’est pas écrite afin, me semble-t-il de laisser le lecteur se poser la question de la suite de l’histoire et de notre propre histoire. Nous aimerions bien que dans les évangiles selon Matthieu et Marc qui montrent Jésus dire « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »(Mt 27:46, Mr 15:34) le texte mette ensuite dans la bouche de Jésus « Père je remets mon Esprit entre tes mains », mais cette dernière phrase est dans un autre évangile (Lu 23:46), dans Matthieu et Marc, dans la suite, Jésus pousse un grand cri sans que nous sachions ce qu’il dit. Mais pour moi, c’est ça, Jésus se convertit encore sur la croix, montrant que la Vérité est un chemin.
  • Et c’est une vérité spirituelle profonde. Le doute est normal, la déception, la révolte contre Dieu peut arriver à tout homme surtout dans les situations de détresses et d’injustice, de trahison. Le sentiment de l’absence de Dieu est normal, sa présence n’est pas massive,rarement comme on l’attend (par définition, puisque Dieu est vivant, sans cesse en mouvement, sans cesse en train de créer du jamais vu). Mais Jésus dans cette situation de doute et de perte de contact, Jésus reste priant Dieu, l’interpelant comme s’il était là alors qu’il ne le sent plus présent. Son attitude spirituelle est donc juste.

Par ailleurs, on voit Jésus hésiter parfois, dans les évangiles, les tentations de Jésus sont ses tentations et il est donc à la marge de l’erreur, mais il choisit le bon côté (Mt 4). Il hésite à se détourner de sa mission prioritaire quand finalement il se laisse convaincre, peut-être, pas une femme étrangère de guérir sa fille (Mt 15:23). Il prend un temps de réflexion et de prière une nuit entière, seul quand la foule veut le nomme roi (Jn 6:15). Il hésite encore à Gethsémanée, dans la réflexion, dans la prière, cherchant le soutien de ses proches (Mr 14:34). Mais à chaque fois, me semble-t-il, les évangiles nous le montrent choisir bien, sans se tromper.

Peut-être s’est-il trompé en choisissant Judas comme apôtre, et les 11 autres pour faire le lot (Jn 6:70)? Peut-être aurait-il dû ne choisir que des femmes dans cette équipe emblématique de 12 puisque les femmes m’ont l’air plus fidèles quand l’histoire devient dure. Peut-être Jésus corrige-t-il cela en nommant finalement Marie-Madeleine apôtre des apôtres, chargée de les initier à sa résurrection (Jn 20:17)?

Albert Schweitzer, que j’admire par ailleurs beaucoup, a émis une hypothèse selon laquelle Jésus aurait pensé qu’en acceptant de mourir sur la croix il provoquerait la venue du Royaume de Dieu. Il me semble que pendant quelque années les premiers disciples de Jésus ont effectivement entretenu cette espérance, et l’on voit la communauté de Jérusalem arrêter de travailler, vendre leurs outils de travail et leurs champs (Ac 2:45)… avant de devoir faire la quête dans tout le bassin méditerranéen pour survivre après cette erreur de théologie (Ro 15:26). Mais personnellement, je ne pense pas que Jésus était dans cette erreur. Pour lui, le Royaume est déjà là et encore en train de venir, ce Royaume ne vient pas de façon spectaculaire, il est en nous et dans les relations qui existent entre nous (Lu 17:21). Il est dans la présence de Dieu en nous et notre investissement en Dieu (Jn 14:20-23)…

Avec mes amitiés fraternelles
Et merci pour les bonnes vacances, on s’y applique.

Marc

pasteur Gaspard de Coligny

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2 Réponses à “Question : serait-il arrivé à Jésus de se tromper sur sa théologie ?”

  1. nathan andiran dit :

    Je suis d’accord avec vous sur la presque totalité de votre réponse.
    Quant à la conception eschatologique de Schweitzer et notamment sur la venue
    du royaume et la conception qu’en avait Jèsus, je crois qu’on ne peut pas balayer
    d’un revers de main la raisonnement de Schweitzer.
    Il fait remarquer que la venue du royaume de Dieu se combine avec les prophéties
    eschatologiques que le Christ énonce (Math 24 et synoptiques), que le Christ prend
    lui même le titre de « Fils de l’homme », renvoyant à l’eschatologie juive du prophète Daniel.
    Schweitzer ainsi dérange toujours avec cette idée.
    La spiritualisation du Royaume de Dieu est certes séduisante mais Schweitzer la rattache
    au problème de l’héllénisation du christianisme.
    En cela le libéral Schweitzer n’appartient à aucune chapelle et garde pour moi toute sa saveur.
    « La vérité n’a pas d’heure, elle est de tous les instants (…) même et surtout lorsqu’elle nous apparait innoportune ». A l’orée de la forêt Vierge.

  2. D’accord pour la saveur de Schweitzer, pour ses prédications, pour son irremplaçable « Jean-Sébastien Bach, le musicien poète » (en ligne). J’ai effectivement plus de doutes sur sa théorie concernant la pensée eschatologique de Jésus, mais bon. On n’est pas obligé d’être d’accord avec tout (sans pour autant la balayer d’un revers de main, ce qui serait effectivement pas trop sympa).

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