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Prêts à se prendre dans les bras ? Ou à se battre ?
C’est au choix.
« Je te prie, Père, afin que tous soient unis »
(Jean 17:21)

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je suis catholique mais j’aime bien passer sur ce blog, je trouve les publications et les échanges intéressants. Dans ma vie de foi, j’apprécie toujours les partages avec des protestants, même si j’ai des vues divergentes sur certains points.

J’avais envie de poser une question concernant l’unité des chrétiens. Ces derniers temps, un rapprochement sensible se produit entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe. Des jalons d’unité possible se posent, des efforts de compréhension réciproque sont entrepris.

J’aimerais savoir comment des protestants vivent ces rapprochements. Vous sentez-vous concernés ? Avez-vous vous-mêmes des aspirations à l’unité des chrétiens ? Quels sont vos obstacles majeurs à un rapprochement avec ces deux Eglises ? Pensez-vous que l’unité soit possible à moyen terme ?

Je serais intéressée par un débat à ce sujet.

Merci pour la qualité de ce blog !

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Merci pour les encouragements, c’est bien motivant. Même si c’est de bon cœur que je fais ce blog et le site, c’est quand même en plus du boulot, donc un peu de félicitations fait du bien 🙂

Je suis depuis toujours très porté sur l’œcuménisme, et en particulier depuis que je suis à l’Oratoire avec de très bonnes, fraternelles et régulières relations avec la paroisse catholique Saint Eustache voisine.

Et donc nous nous sentons déjà unis, par un respect mutuel qui n’est pas de façade mais surtout par l’évidence que notre foi en Christ est commune. Que certains

  • prient Dieu et parfois la vierge alors que nous ne prions que Dieu,
  • mettent de l’encens et chantonnent une partie de la liturgie alors que notre culture est dans une forme plus austère,
  • mettent une aube et une étole alors que nous mettons une robe noire,
  • usent d’hosties plutôt que du pain levé…

tout cela n’est pas sans importance mais ce n’est pas un sujet de divisions, mais une diversité  assumée et joyeuse qui ne nuit pas au sentiment de faire partie légitimement du même corps. Le corps du Christ.

A l’occasion, nous baptisons ensemble, entourons les couples pour leur mariage, faisons de l’entraide, nous réunissons autour de la Bible mensuellement et pour des cérémonies œcuméniques à chaque occasion…

A vrai dire, ce qui se passe dans les hautes sphères du pouvoir ecclésiastique ne me concerne pas trop, chacun son boulot à son échelle. Il y a un travail catho-orthodoxe, il y en a un entre catho et protestants luthériens avec un accord important sur la justification en 1999 et des travaux en cours pour le centenaire des 95 thèses de Luther en 1517… Tant mieux, mais j’ai la vocation d’être pasteur de paroisse, le reste est un petit peu en dehors de mes préoccupations quotidiennes, à vrai dire.

À notre niveau de pasteurs, ce que nous espérons c’est que nous puissions ainsi accompagner au mieux les personnes et les familles. Vatican II a été une bénédiction pour les familles mi catholiques mi protestantes. Jean-Paul II avait initié un refroidissement terrible dans les relations œcuménique avec « Dominus Iesus » en 2000, un texte assez injurieux contre les églises protestantes (quel paradoxe est le nom de cette encyclique pour ce sinistre projet). Nous avons alors eu une dizaine d’années assez dures dans les relations au niveau des paroisses, les fidèles catholiques étant invités par JPII de dénoncer leur curé à la hiérarchie en cas de manquement aux restrictions apportée spar Dominus Iesus. Puis les choses se sont assouplies et tout est redevenu comme avant. Je ne sais pas si le pape François est très progressiste au niveau du dogme, mais en tout cas il a le don pour placer les projecteurs sur l’essentiel plus que sur l’accessoire, et cela est un grand grand soulagement pour bien des catholiques, et cela donne de fait plus de liberté pour s’occuper de cet essentiel qui est commun à tous les chrétiens.

Bref, je ne trouve pas que l’unité soit seulement à espérer à moyen terme, mais qu’elle est déjà bien réelle entre catholiques et protestants, au niveau des personnes, des familles et des paroisses. Bien entendu, je ne parle que pour les paroisses un peu progressistes, qu’elles soient protestantes ou catholiques, parce que nous avons tous des franges traditionalistes, voire intégristes qui ne sont parfois pas très fraternelles dans leur jugement sur les rites, la théologie ou l’éthique du copain, étant persuadés que leur vérité est LA Vérité,celle de Dieu lui-même.

En réalité, la difficulté entre chrétiens ne se situe pas vraiment entre catholicisme et protestantisme mais la question se situe à mon avis plutôt là, entre ces deux courants qui montent aussi bien dans le catholicisme que dans le protestantisme : les progressistes versus les conservateurs.

  • D’un côté un courant montant qui allie la spiritualité et la réflexion la plus intelligente possible, se réjouissant du pluralisme, insistant sur la sincérité de la relation à Dieu et de la réflexion de chacun.
  • et de l’autre un courant montant aussi et qui valorise comme essentiels sa doctrine, ses rites et sa compréhension des Ecritures, valorisant aussi l’expérience religieuse collective très régulière, faisant de cela le ciment de la communauté chrétienne.

Pour l’unité des chrétiens, il me semble juste et bon de promouvoir le premier courant, car il permet une communion dans la diversité des formes. C’est la tradition la plus ancienne parmi les disciples du Christ, unissant des personnes aussi différentes dans leur sensibilités Pierre, Jean, Jacques « frère du Seigneur », Paul, Marie, Marie-Madeleine… Acceptant qu’il y ait dans la famille des disciples du Christ des chrétiens « judaïsants, et d’autres ne suivant pas la Loi de Moïse, des courants baptisant leurs membres et des courants comme celui de Paul ne le pratiquant qu’exceptionnellement…

C’est ce qui fait que nous avons des relations bien plus fécondes entre une paroisse catholique comme Saint Eustache et une paroisse protestante comme l’Oratoire. Alors que les relations sont plus difficiles avec des paroisses protestantes conservatrices, et plus difficiles encore avec des églises fondamentalistes.

Le rapport que nous avons avec notre propre façon d’être chrétien est ainsi plus déterminant pour l’unité des chrétiens, que le fait d’être de telle ou de telle confession. C’est ainsi notre propre conversion qui est la clef, replaçant le Dieu de Jésus-Christ au centre, à un autre niveau que nos légitimes façons d’exprimer notre foi, de la vivre, d’interpréter la Bible, et de rendre un culte à Dieu.

Avec les orthodoxes, nous avons des bonnes relations pour ce qui est du dialogue théologique, par exemple entre la Faculté de Théologie Protestante de Paris et l’Institut Saint-Serge. Nous participons ensemble de bon cœur aux célébrations œcuméniques. Pour ce qui est de l’accompagnement des familles,  j’ai toujours rencontré plus de difficultés qu’avec les paroisses catholiques, car les rites orthodoxes sont souvent du genre non négociable rendant difficile de faire place en parité aux deux confessions pour un mariage, par exemple, ou pour un baptême.

Je nous sens donc dans une unité profonde. Si l’on parle d’espérance de progrès à moyen terme, j’aimerais que le signe visible non seulement d’un accueil eucharistique mais d’une intercommunion joyeuse et sincère soit généralisé, comme l’est notre reconnaissance des baptêmes pratiqués dans les autres églises et éventuellement de baptêmes explicitement œcuméniques.

Ensuite, faudrait-il à terme une institution commune ? Je ne vois pas très bien en quoi ce serait essentiel, plus l’institution est grande et plus elle a tendance à se penser comme essentielle. Faudrait il un représentant (plus qu’un chef) qui parlerait d’une seule voix au nom de tous les chrétiens ? J’en vois l’intérêt potentiel, mais je n’y tiens pas tellement. Même le Christ, me semble-t-il a résisté à cette tentation de faire cela, préférant l’action au raz de la vie du pauvre, c’est là qu’il faisait des miracles. Mais bon, cela se discute évidemment.

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur Gaspard de Coligny

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3 Réponses à “Question : unité des chrétiens ?”

  1. Stéphanie dit :

    Bonjour,
    Je voudrais vous poser une question qui me travaille depuis un moment j’espère que l’endroit est approprié. Etant en recherche depuis longtemps je me rapproche de plus en plus de la foi chrétienne mais j’ai beaucoup de mal dans le choix d’une église du coup je chemine à la fois avec une communauté libérale comme la vôtre et avec une paroisse réformée plus traditionnelle. ( car je trouve qu’il y a du bon à prendre des deux côtés)
    J’ai appris en plus que ces deux églises se connaissaient. Est-ce que ce serait mal vu si cela se finissait par se savoir que je vais voir « à gauche à droite » ? Va-t-il falloir que je fasse un choix ? Surtout que j’envisage de demander le baptême, je ne saurai pas à qui faire cette demande 😉

    En fait ce que j’aime dans la sensibilité libérale c’est la grande place laissée à la liberté, la réflexion personnelle. D’un autre côté je trouve qu’il y a plus de place pour l’intimité avec Dieu chez les réformés plus traditionnels…

    En vous remerciant pour le temps accordé.

  2. Bonjour

    A mon avis, dans le domaine de la religion, c’est à chacun de sentir quelle pratique et à quel rythme lui convient le mieux. Ce n’est peut-être pas ce qui nous plaît le plus, mais ce que l’on sent nous faire le plus progresser, cheminer dans notre être, notre foi, notre relation aux autre set à la vie, notre espérance…

    Dans le domaine de la religion, Jésus nous invite à être pragmatique quand il dit « le Sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbat » (Marc 2:27), on peut élargir cela à « la religion est faite pour l’homme », cela replace la religion à sa place, comme un simple moyen au service du développement, de la genèse de l’humain. Et Jésus est tout à fait du genre à prendre en compte le cas particulier de chaque personne individuelle. La bonne pratique religieuse pour une personne donnée est ce qui qui développe sa qualité d’humanité, sa foi, son espérance, son amour… cela ne veut pas dire que ce sera nécessairement l’idéal pour une autre personne, mais que c’est bon pour cette personne là à un moment donné de sa vie. Or, manifestement, vous vous épanouissez dans votre double appartenance, c’est donc une bonne chose, une bonne façon de pratiquer pour vous.

    Alors oui, il y aura des personnes qui vous diront « il faut choisir »… pour ces personnes, votre liberté peut vraiment être un souffle d’air, un geste prophétique,une interrogation qui les évangélise. On a si vite fait de prendre sa propre paroisse pour le royaume, sa théologie pour la Vérité de Dieu. Et puis nous avons besoin de personnes passerelles entre les églises, comme vous. Mais vous n’êtes pas seule à être sur deux paroisses. Bien des personnes vivent ainsi leur foi, faisant leur propre synthèse, prenant ce qui est le meilleur de chaque côté pour leur propre cheminement.

    Et puis si un jour vous désiriez vous concentrer sur une seule paroisse, il sera toujours temps de le faire quand vous sentirez que c’est alors pour vous le meilleur chemin.

    Avec mes amitiés & tous mes vœux de bénédiction pour vous et ceux qui vous sont chers.

  3. Stéphanie dit :

    Merci beaucoup pour votre réponse.
    C’est donc ce que je vais continuer à faire pour le moment, ma propre synthèse 🙂

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