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parapente au dessus d'un lac - http://www.flickr.com/photos/41136313@N04/3858218325 Found on flickrcc.netQuestion d’un visiteur :

Monsieur le pasteur,
Arrêter de croire qu’il existait un système « tout cuit » qui permettait de comprendre le monde et d’articuler les différentes question de l’Homme a été un coup pour moi. Je ne savais plus comment articuler mon exigence de réalité et la radicalité de ma recherche de sens, de l’Eternel. Ma formation cette année m’a énormément fait réfléchir et le fait de vivre et de travailler dans un contexte culturel très différent, auprès de personnes en détresse n’arrête pas mon envie (bien au contraire) de mettre ma vie et ma foi à l’épreuve du sens.

J’ai été très discret cette année à l’Oratoire, mettant un pied sans m’imposer, venant prendre ma nourriture pour la route sans trop oser « demander mon reste ». J’ai bien lu les articles « Christ » et « Jésus » sur le site de l’Oratoire, j’ai aussi lu un certain nombre d’articles du blog traitant plus ou moins de ce sujet. La prédication de James Woody pour l’Ascension a réveillé ces questions avec force. Selon mon interprétation de ses mots, l’Ascension est symbolique, Jésus est mort est bien mort. Mais alors, si Jésus est mort, la Résurrection elle-même serait symbolique ? Je surinterprète mais peut-être, mais ça correspondrait bien à ma foi. De plus, au détour d’un café après le culte, j’ai entendu (d’une oreille non initiée) que la tradition réformée faisait une différence entre Jésus (la personne) et le Christ (fonction). Tout ça me questionne. Dans l’Eglise catholique, il m’a toujours été répété que la Résurrection était le cœur, le sens de la foi chrétienne, de notre joie présente et de nos espérances. Alors qui est Jésus ?

Je peine aujourd’hui à croire à la divinité de Jésus. Il me semblerait plutôt que Jésus, sans être Dieu, transpire et rayonne de l’Eternel. Peut-être par la grâce reçue, par sa mission ou par sa vie. Peut-être parce qu’il a réussi à être davantage humain. Je crois que Jésus incarne réellement quelque chose. Mais peut-être qu’en n’ayant même pas existé il pourrait l’incarner tout autant. Un homme venu nous parler de l’Eternel, venu nous parler de nous-mêmes, d’une alliance.

J’ai du mal aussi à croire qu’il ait été nécessaire d’effectuer un sacrifice pour le salut du monde. J’ai été souvent retourné par l’annonce de la grâce en début de culte. La grâce non comme une conséquence mais comme un commencement, un point de départ, un possible possible. Dieu fait homme, le sacrifice, etc. pris tels quels me semblent être des réponses trop simples, n’allant pas assez loin.

C’est très personnel et je ne condamne aucune foi, je cherche. J’ai du mal à ordonner tout ça, car ça bouscule tout ce en quoi j’ai pu croire jusque-là. Si Jésus n’est pas Dieu j’ai l’impression de ne plus être tout à fait chrétien, que le reste du message s’émiette. Soit je me trompe complètement, soit il me manque une clef de lecture. Que faire de la trinité, de l’incarnation (« Dieu s’est fait Homme pour que l’Homme soit fait Dieu » ai-je pu lire) et du prologue de Jean par exemple ? En Jean 3, Jean parle du Christ comme venant du Ciel, que le Père a tout remis entre ses mains. Est-il le verbe qui était auprès de Dieu, « Dieu né de Dieu, lumière né de la lumière » , « Fils Unique engendré » qui donne la vie éternelle (Jean 3) ? Est-il seulement « le Christ, le Fils du Dieu vivant » comme le répète Pierre ? C’est une réponse suffisante pour moi et déjà immense. Pourquoi alors « fallait-il » qu’il s’en aille à Jérusalem, soit rejeté par les anciens, y souffre beaucoup et y meure (Matthieu 16, 21, Marc 8, 31). Il me semble qu’il y a une réalité derrière tout ça, mais que ce n’est peut-être pas la plus évidente. Qu’il me faut creuser et, peut-être, me laisser creuser encore. J’ai bien lu l’article qui parle de Jésus de Nazareth et de la mission reçue…

J’imagine qu’il faudrait une prédication, un livre ou une vie entière pour répondre à ces questions. J’en suis désolé mais je ne peux pas poser ma question à moitié, sans prendre aussi quelques lignes pour me présenter. Je peux attendre un hypothétique passage à Paris après mon retour pour vous faire part de mes questions. Sinon, vous aurez peut-être quelques minutes pour me donner un petit éclairage, une orientation ou un conseil de lecture ?

Bien sincèrement,

Réponse d’un pasteur :

Cher Ami,

Bravo pour votre question si intéressante et fondamentale, et encore plus pour votre si belle démarche, spirituellement, existentiellement et intellectuellement.

C’est vrai qu’il y a comme un vertige, souvent, à s’ouvrir à une foi qui est :

  • en cheminement plutôt que gardée en sécurité dans un écrin de dogmes,
  • mettant en tension, en dialogue fécond, la théologie et les sciences humaines,
  • s’ouvrant au dialogue respectueux avec les autres confessions chrétiennes, les autres religions, et les philosophies

Cela donne, comme à Pierre qui ose s’avancer hors de la barque pour marcher sur l’eau, parfois des moments délicats où l’on prend peur, car la mer est profonde et parfois agitée. Mais comme lui, la mystique nous est une dimension indispensable, et nous pouvons prier en Christ « Seigneur sauve-moi » et nous laisser prendre par la main, et sentir alors que ce vent qui nous faisait peur était le souffle de Dieu, souffle de création, de bienveillance, de bénédiction sur nous, et que nous n’avons rien à craindre, même du chaos du monde.

Oui, nous connaissons le doute et l’incertitude, mais la confiance dans l’amour de Dieu est plus forte que tout, et la sincérité que permet un tel enracinement, est une qualité essentielle, à mon avis pour laisser Dieu travailler en nous.

Mais la plupart du temps, cette difficulté de passer à une foi en cheminement ne dure pas bien longtemps, et au bout de peu de temps les bénéfices de cette nouvelle façon de vivre sa foi apporte d’extraordinaires fécondités. Car alors, notre sécurité, notre confiance repose sur la grâce de Dieu, et non plus sur des images humaines aussi belles soient elles (l’église, les dogmes éternels, la morale toute faite). Et il y a une vraie force à pouvoir constamment approfondir, réviser, améliorer sa pensée, l’enrichir de nouvelles connexions.

La Résurrection elle-même serait symbolique ? Non. Elle ne se situe seulement pas dans le domaine de la chimie des protéines. Si Jésus était seulement revenu dans son corps fais de sang et d’os, ce ne serait pas la Résurrection, mais la réanimation d’un cadavre. Spectaculaire, certes, mais sans quelconque rapport avec notre salut. Ce serait juste un petit bonus de vie de 40 jours. C’est bon à prendre, mais rien d’essentiel. Bien des théologiens catholiques et protestants lisant les évangiles et les autres écrits du Nouveau Testament en concluent que la Résurrection du Christ est une expérience de foi des disciples. Par exemple, Paul présente son expérience mystique sur le chemin de Damas comme un épisode de la résurrection du Christ (1Co 15:8). Et lors des apparitions de Jésus aux disciples sur le chemin d’Emmaüs, le Christ n’a pas une apparence physique qui ressemble au Jésus en chair et en os, et il disparait en un clin d’œil (Luc 24). Ailleurs il passe à travers les portes fermées… Mais finalement, qu’importe si Jésus a été ressuscité comme ceci ou comme cela, cela concerne les témoins de l’époque, pour nous qui vivons 2000 ans après, l’essentiel est qu’il soit pour nous ressuscitant, comme le dit Jésus à Marthe (Jean 11:25), et comem il l’a été pour Paul sur le chemin de Damas, par la foi, par la mystique, et ensuite par la théologie et la philosophie. La question pour nous est donc de saisir que Christ est la résurrection et la vie, aujourd’hui pour nous, et de ressusciter, nous, maintenant, alors que nous sommes dans cette vie présente, dans ce monde, et que notre vie soit si profonde et vraie qu’elle soit même plus forte que la mort.

Et ce n’est pas symbolique. Parfois, cela se vit comme ce que certains appellent la résilience, c’est aussi une naissance à un état de soi-même plus vivant, unifiant les différentes dimensions de notre être, donnant une façon d’habiter ce monde, notre corps et nos faculté de façon qui apparaissent à ceux qui vivent cela comme plus vivante, mobilisant un enthousiasme et une créativité insoupçonnée… Mais je ne voudrais pas laisser penser en disant cela que nous pensons que les athées ou les croyants d’autres religions vivent une vie amoindrie. Peut-être y a-t-il d’autres façons de devenir soi-même, ce n’est pas la question, mais en tout cas la foi en Christ est un chemin formidable de naissance à soi-même. Et donc la résurrection n’est pas seulement symbolique, mais ce n’est pas seulement un fait qui est arrivé il y a 2000 ans, c’est quelque chose qui est en rapport avec cet homme Jésus et qui permet d’être éveillé, mis debout, guéri, rendu vivant plus intensément aujourd’hui. Et la résurrection, la nôtre grâce au Christ, et celle de l’humanité, est bien le cœur de la foi chrétienne.

Effectivement, « Jésus » est un homme qui a existé historiquement, et « Christ » est une fonction. Avec une minuscule, « christ », il s’agit de quelqu’un qui est embauché par Dieu pour accomplir une mission, et nous sommes tous appelés à l’être, et nous le sommes tous au moins un peu. Avec une majuscule, « Christ », est le sauveur ultime de l’humanité, c’est une vocation unique dans l’histoire. Et oui, nous pensons que Jésus avait cette vocation et l’a assumée, et a reçu de quoi l’accomplir, et qu’il le job a été fait.

Sur la divinité de Jésus, il existe plusieurs façon de la penser, et il est tout à fait possible, légitime et vivifiant de penser Jésus comme vous le dites, un homme qui transpire et rayonne de l’Eternel, ou d’une relation très profonde avec lui, qu’il incarne réellement quelque chose, l’homme véritablement humain, « à l’image de Dieu » comme le dit la Génèse, c’est à dire avec des qualités de grâce, de créativité, de liberté.

L’histoire de Dieu fait homme, de trinité est un développement certes légitime, mais tardif. Il n’y a pas de raison de se sentir obligé par cette façon d’exprimer sa foi. Si vraiment il fallait absolument penser que Jésus est Dieu pour être chrétien, l’Evangile le dirait, non ? Or, dans l’es évangiles, il y a plein de passages qui insistent sur la différence entre Jésus et Dieu, de la bouche même de Jésus. Et il est possible de lire le prologue de Jean, avec l’incarnation du verbe (de la Parole de Dieu), comme parlant de l’homme a l’image de Dieu, et non comme disant l’homme-Dieu.

Par contre, il y a une doctrine traditionnelle qui concerne le sacrifice du Christ sur la croix pour racheter le péché originel et autres péchés… c’est un concept qui me semble absolument indéfendable au point de vue théologique et au point de vue éthique. Je pense plutôt que Jésus s’est donné pour sa mission, comme un pompier, comme un artiste, comme sœur Emmanuelle, mais que sa mort n’était pas nécessaire ni voulue par Dieu pour que nous soyons sauvés. Mais qu’en méditant sur ce don de soi par amour, nous pouvons un peu mieux saisir ce que c’est que la grâce de Dieu. Et que c’est salutaire pour comprendre Dieu, et pour comprendre ce que c’est que vivre.

Mais je suis prêt à en discuter, bien entendu, et même avec joie.

Mais ce qui est certainement chrétien et vivifiant, et ressuscitant, c’est de faire comme vous le faites : de vous poser des questions, de chercher Dieu, chercher à saisir l’importance du Christ, chercher avec cette belle sincérité, intelligence, et confiance dans la grâce de Dieu. Car c’est en se posant ainsi des questions que l’on avance, et c’est par cette sincérité que Dieu peut travailler en nous. Alors qu’en se cramponnant à des doctrines toutes faites, même si elles étaient parfaites, notre cœur et notre esprit est plus fermé à l’Esprit de Dieu.

Donc Dieu vous bénit

pasteur Gaspard de Coligny

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3 Réponses à “Question : comme un vertige à accepter d’être adogmatique ?”

  1. Marc dit :

    Merci pour le témoignage, les questions et les réponses.
    J’ai exactement le même vertige depuis que je chemine dans les théologies libérales. Plus de questions que de réponses mais je me sens de mieux en mieux en m’étant débarrassé de mes vêtements taillés dans les théologies orthodoxes. Je me sens nu devant l’Ultime mais enveloppé par sa grâce.

    Ce qui m’aide dans ce cheminement: la fréquentation assidue du site de l’Oratoire, de ce de ce blog, de celui du Temple de l’Etoile, quelques échanges que j’ai eu sur twitter avec le pasteur Woody, Lady Béatrice et d’autres; des livres (par ex: Jésus pour le XXième siècle de J. Spong; Dieu sans Dieu de John A.T. Robinson; Nouveau testament et Mythologie de R. Bultmann; La Bible, quelles histoire de T. Römer, Tous théologiens de R. Picon, etc); la lecture de la revue Evangile et Liberté et la fréquentation de son site; le site « Protestants dans la ville » de Gilles Castelneau. Voilà pour quelques ressources et il en existe bien d’autres que je n’ai pas encore exploitées.

    Je saisi ici l’occasion de remercier tous les contributeurs des sites que je viens de citer et de celui-ci en particulier pour l’aide lumineuse et l’ouverture qu’ils m’apporte dans un cheminement qui n’est guère aisé et ne sera jamais abouti. Mais comme dit le proverbe chinois: ce n’est pas le but qui compte mais le chemin.
    C’est aussi ce chemin qui m’amène à être beaucoup plus humble et respectueux envers les autres, leurs fois, leurs façons de vivre, d’être, …

  2. Véronique Belen dit :

    Bonjour,

    Sur ce sujet qui a le mérite de creuser un questionnement en profondeur, je voudrais rebondir sur une partie de la réponse du pasteur Pernot :
    « Par contre, il y a une doctrine traditionnelle qui concerne le sacrifice du Christ sur la croix pour racheter le péché originel et autres péchés… c’est un concept qui me semble absolument indéfendable au point de vue théologique et au point de vue éthique. Je pense plutôt que Jésus s’est donné pour sa mission, comme un pompier, comme un artiste, comme sœur Emmanuelle, mais que sa mort n’était pas nécessaire ni voulue par Dieu pour que nous soyons sauvés. Mais qu’en méditant sur ce don de soi par amour, nous pouvons un peu mieux saisir ce que c’est que la grâce de Dieu. Et que c’est salutaire pour comprendre Dieu, et pour comprendre ce que c’est que vivre. »

    Sans être prisonnière de dogmes mais pour avoir beaucoup médité et prié sur cette question, je ne suis pas du même avis que vous, pasteur Pernot. Je pense même que lorsque nous refusons l’idée du sacrifice nécessaire du Christ, nous sommes un peu comme le disciple Pierre à l’annonce de la passion. Nous refusons cette idée parce qu’elle nous révolte, nous semble injuste, ne correspond pas à l’image que nous nous faisons de Dieu. Dieu est-il un Dieu cruel et injuste parce qu’il exige de son fils ce sacrifice ultime ? Serait-il donc plus dur avec Jésus qu’il ne l’a été avec Isaac prêt à être sacrifié par son père Abraham ?
    Je pense que Dieu est capable d’aller plus loin qu’Abraham et d’exiger davantage du Christ parce qu’il est son propre fils. Sans vouloir aborder la question du péché originel, je suis capable d’affirmer dans ma foi que Jésus Christ était absolument sans péché, et à ce titre, tel que l’agneau sans défaut qui devait être sacrifié par les Hébreux à la Pâque.
    Jésus s’abandonne à la volonté de son Père, non comme à la volonté d’un Dieu cruel envers lui, mais d’un Dieu infiniment compatissant et miséricordieux pour nous tous qui sommes pécheurs, qui sommes sans mérite, qui pouvons nous convertir au contact de cet Agneau très saint. J’ai vécu maintes fois la grâce de l’absolution dans le sacrement de réconciliation – je suis catholique – et je la vis à chaque fois dans un débordement de reconnaissance pour le fils de Dieu qui a accepté cette mort injuste pour nous offrir la vie dans sa résurrection. J’aime bien ce que vous dites au sujet de la résurrection.

    Je crois que tout chrétien – et même parfois le non-croyant – qui traverse une profonde souffrance peut trouver dans la proximité du crucifié un réconfort parce qu’il sent bien que cet homme-là, Jésus, est allé jusqu’à l’extrême de la souffrance, consentie mais profondément injuste (même s’il n’y a pas de souffrance juste, mais pensons par exemple aux paroles du « larron » au Golgotha qui reconnaît qu’il a péché, alors que lui, Jésus, n’a rien fait pour mériter la croix.)

    Disant cela, je ne défends pas un dogme, je témoigne d’une expérience personnelle de « résilience », comme vous le dites vous-même, au contact du Christ crucifié.

    Et enfin, j’ajoute et cela est une idée qui m’est propre, que je pense que Dieu étant profondément juste, il n’aurait jamais pu honorer son fils d’une toute première place à ses côtés après sa résurrection s’il n’avait pas consenti à ce que ce même fils occupe à un moment donné la dernière dans le monde. Dieu est du côté du pauvre, de l’opprimé, de l’humilié. Qui pourrait se reconnaître dans un Messie glorieux de bout en bout ? David fut couvert de gloire mais aussi d’opprobre, et c’est ce qui le rend humain. Le Christ est né et est mort dans la plus extrême pauvreté, et c’est ce qui le rend légitime aux côtés du Père désormais. Personne ne pourrait lui contester sa première place au prétexte qu’il a été un petit messie gâté.
    Bien cordialement,

  3. Bonjour
    Je suis d’accord avec vous sur la force et la grandeur du bouleversant sacrifice du Christ. Mais c’est son lien avec notre salut qui pose question. Et ce qui me semble inacceptable c’est de considérer qu’il fut nécessaire dans une sordide question de comptabilité des fautes et d’une souffrance qui rachèterait aux yeux de Dieu les fautes. Au contraire, il me semble que quand Jésus accepte de se sacrifier il manifeste son amour pour nous, pécheurs, et que c’est bie cela l’Evangile : que même les pécheurs sont aimés de Dieu, alors même qu’il n’aime évidemment pas le péché.

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