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Marie-Louise Girod Parrot. photo © Gérard Chevalier

Marie-Louise Girod-Parrot à l’orgue de l’Oratoire du Louvre
photo : Gérard Chevalier

Notre grande « Dame d’en haut », Marie-Louise Girod-Parrot est décédée ce matin. Un culte de louange à Dieu pour sa personne et pour son ministère est en cours de préparation pour Jeudi 4 septembre à 14h30.

Mais déjà, voici un petit peu son testament spirituel, seulement entant que titulaire des grandes orgues de l’Oratoire du Louvre, dans un article paru dans notre bulletin, la Feuille Rose n°756 du 15 septembre 2003, mais elle a écrit cet article le 14 mai 1988.

Pasteur, vétérinaire ou organiste ?

C’est l’âge du choix et la sage jeune fille au petit col blanc, sa chevelure brune bombant sur les épaules va s’acheminer vers l’orgue.

Inconsciemment sans doute, reste en elle le souvenir d’une réflexion enfantine faite un jour à sa mère: « Tu sais, plus tard, dans le monde plus haut, je serai assise sur un nuage, les jambes pendantes, et j’irai m’installer de temps en temps sur le banc à côté de Jean-Sébastien Bach ». Il y avait là un côté « Verts Pâturages » bien sympathique, mais l’enfant devait savoir plus tard quelle différence il y avait entre le moelleux du nuage et la dureté du banc.

Le choix est donc fait, et pour la future organiste, c’est le temps du Conservatoire et ses multiples disciplines pendant de longues années avant le départ dans la vie musicale. Cette vie musicale, pour elle, sera toujours double, car son désir n’est pas seulement d’être concertiste, mais en même temps d’être une organiste au service de l’église.

Vous me demandez d’écrire quelques lignes sur ce sujet la Musique et le chant dans le culte . Combien grande est la question. Il faut résumer.

Pour le service à la radio ou pour le culte public, le problème est le même. Je vois trois exigences: l’esprit de service, la recherche de la qualité et la mise en valeur de notre patrimoine.

L’esprit de service

Si le travail de l’organiste est un travail solitaire, il doit devenir automatiquement communautaire dès qu’il entre en action ecclésiale et faire ainsi partie d’une démarche collective. La musique n’est plus seule mais doit participer, s’incorporer totalement dans l’ensemble de l’église vivante. Ce point est peut-être encore plus sensible lorsqu’il s’agit d’une chorale ou d’une assemblée qui, par l’introduction d’un texte, touche plus directement encore la pensée et le cœur. Jouer et chanter ensemble c’est offrir un témoignage qui, à mon avis, est primordial.

La recherche de la qualité

Un autre point très important, c’est la recherche de la qualité qui, je le précise n’a rien à voir avec la difficulté. Il est très difficile de chanter une chose simple. Soyons parfaits dans la mesure de nos moyens. Au cours du service radiodiffusé ou au cours du culte, nous chantons et nous jouons dans un cadre qui est toujours prestigieux parce qu’il est divin. Que ce soit dans une merveilleuse cathédrale, dans un studio ou dans une simple chambre, il faut apporter tous nos soins à la justesse, à la précision et donner le meilleur de nous-même aux œuvres que nous interprétons.

Le choix de ces œuvres est aussi une recherche de qualité. Qui aurait l’idée de chanter Noël à la Pentecôte? Les maîtres anciens et contemporains nous ont légué des commentaires musicaux de toute beauté sur des mélodies que nous chantons couramment. L’expérience est quotidienne et facile. La parole, le chant et l’orgue groupés autour d’un même thème liturgique ou poétique, c’est ce que j’appellerai l’unité de style et c’est essentiel.

La mise en valeur de notre patrimoine

Enfin, nous avons la chance d’avoir un patrimoine, ne l’oublions pas. Au cours des siècles, le Psaume et le Choral ont été la lumière et l’espoir de nos ancêtres musique d’une qualité rare, elle est le pivot de tous nos services, toujours vivante et profondément attachante. Il est évident qu’il est normal d’agrandir notre répertoire et d’introduire des œuvres nouvelles. Cela ne doit jamais exclure les richesses des temps anciens. Que trouver de plus jeune, de plus actuel et surtout d’une telle qualité dans la musique d’aujourd’hui ? Ce patrimoine est notre spécificité et nous y tenons.

Ces quelques réflexions ne veulent pas être des conseils. – Qui est capable d’en donner? Elles sont simplement le résultat d’une longue carrière passée près d’un orgue, d’où l’organiste de temps à autre lève les yeux vers son nuage préféré.

signature de Marie-Louise Girod

 

Une prière

Elle avait accompagné le culte diffusé le dimanche matin sur France-Culture pendant plus de 50 ans, en tant qu’organiste et aussi comme membre actif de la commission d’accompagnement du service radio. Voici une prière qu’elle avait dite à la radio en 2009.

Cette prière est de Saint Jean de la Croix.
Elle a choisi, tout à fait délibérément de n’en retenir que la première partie, assumant sa nature passionnée et plutôt que de demander à Dieu de la réduire, elle choisit de la mettre au service de son ministère.

Silence

Prends-moi dans ton silence,
loin des bruits et de l’agitation du monde.

Dans un silence où tout mon être se retrouve en sa vérité,
en sa nudité,
en sa misère,
car ce silence me permet de me découvrir moi-même.

Fais taire en moi ce qui n’est pas de toi,
ce qui n’est pas ta présence.

Impose silence à mes désirs,
à mes caprices,
à mes rêves d’évasion,
à la violence de mes passions.

Imprègne de ton silence ma nature trop impatiente de parler,
trop encline à l’action extérieure et bruyante.

Fais descendre ton silence jusqu’au fond de mon être,
et fais remonter ce silence vers toi, en hommage d’amour.

St Jean de la Croix

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17 Réponses à “Témoignage de Marie-Louise Girod-Parrot (12 octobre 1915 – 29 août 2014)”

  1. oback dit :

    Ce fut une femme formidable que j’ai eu le bonheur de rencontrer

  2. Yvan BEUVARD dit :

    Dans les années 58-60, passionné par la musique et le chant choral, mon père m’avait inscrit à un stage de chant choral auquel Marie-Louise Girod était conviée. Ce fut une sorte de révélation: plénitude, sagesse, épanouissement, dont j’avais le plus grand besoin. Sa simplicité, son humilité, à côté de ses extraordinaires qualités musicales resteront gravées dans ma mémoire. Sans jamais avoir le culte des reliques, je conserve quelques pièces manuscrites de sa main (des tirages !) qu’elle avait écrites pour l’occasion.

  3. Gill Daudé dit :

    Tristesse de la voir partir. Mais elle le souhaitait un peu, avait des comptes à rendre au celui d’en haut, plus haut qu’elle !
    Bonheur d’avoir colléboré avec elle jusqu’au bout à la maison de retraite de la Muette.
    Reconnaissance pour l’immense talent et l’immense sens du service de l’Eglise, des traditions musicales de la Réforme, de la radio, des jeunes générations…
    Reconnaissance aussi pour sa coquine et incadrable (mais adaptable !) impertinence spirituelle…
    « Nos coeurs te chantent ! »… évidemment !

  4. Philippe BENSE dit :

    « On ne tue jamais le feu d’une étoile, même quand l’étoile est morte . »
    (Zorba le Grec)

  5. Jean-François Vaucher dit :

    Il y a des personnes uniques qui nous grandissent, nous imprègnent, nous entourent en permanence de leur humanité, de leur aura. C’est vraiment très mystérieux. Ni la distance, ni le temps, ni la mort même ne pourront jamais enlever de mon cœur tout ce que cette VRAIMENT grande dame m’a donné. Le diamant est une pierre minuscule, d’une grande discrétion mais, une fois exposée à la lumière, cette pierre irise tout ce qui s’approche d’elle. Pour beaucoup d’entre nous Marie-Louise fut cette précieuse pierre et sa lumière intérieure longtemps encore nous habitera tous!

  6. Pierre-François Baron dit :

    Toutes nos prières pour Marie Louise Girod, sa famille, et ses amis; elle fut une très grande dame de l’orgue….mais aussi une très grande dame tout court….

    J’ai eu le bonheur de l’entendre jouer, et de l’approcher un petit peu il y a longtemps, ce fut lumineux, et inoubliable !

  7. Jean Szabo dit :

    Merci pour cette dernière rencontre.
    Jusqu’au bout, vous avez été sereine, admirable et compréhensive.
    J’ai aimé votre talent et ce regard si pétillant lorsque nous parlions musique.
    Vos orgues préférées vont se trouver orphelines.
    Merci encore pour ce partage si enrichissant.
    De tout cœur avec votre famille.
    Jean Szabo

  8. Quand j’ai appris la triste nouvelle, j’ai tenu à glisser, parmi les témoignages de gens plus à même de rendre hommage à Mme Girod, une anecdote à la fois un peu longue – je m’en excuse – et toute petite – je m’en excuse derechef.
    Un jour, un ami se mariait à l’Oratoire et m’avait demandé si j’accepterais d’être l’organiste lors de cette cérémonie. Bien que je fusse organiste chez les catholiques, et bien que je sévisse à des tribunes loin d’égaler la réputation de l’Oratoire, Mme Girod m’avait accueilli personnellement et, après avoir vérifié rapidement que j’avais effectivement quelques notions d’orgue, m’avait laissé répéter sans plus insister. Or, les organistes nomades le savent : il y a deux sortes de titulaires, ceux qui ne vont pas vous lâcher du regard et de la remarque acerbe, même après vous avoir « testé », et ceux qui, une fois rassurés in vivo sur la personne à qui ils confient « leur » instrument, se font discrets laissent travailler le musicien auquel ils acceptent de céder momentanément leur banc.
    Habitué aux paltoquets prétentieux qui traitent de hauts la piétaille des organistes moins réputés qu’eux – engeance dont je suis, on l’aura compris -, j’ai été très touché et que Mme Girod m’autorise à jouer sur l’orgue dont elle a su tirer tant de suc, et qu’elle le fasse avec une élégance à laquelle je n’osais croire, jeune blanc-bec que j’étais, tout tremblant de jouer « en lieu et place » d’un mythe de l’orgue parisien…
    Tel est mon témoignage, sans doute minuscule et peut-être ridicule pour les non-organistes ; mais cette expérience est aussi une leçon pour moi : parfois, on garde en haute estime des personnes autant pour leurs talents intrinsèques que pour leur humilité. En cette heure triste, je voulais donc signifier que je n’ai pas oublié la beauté légère de cette rencontre éphémère qui m’a tant marqué que, tant que mes neurones demeureront à peu près intacts, le temps ne risquera pas de l’effacer.
    Bertrand Ferrier, titulaire adjoint des orgues de Saint-André de l’Europe (Paris 8) et des grandes orgues de la collégiale Saint-Martin de Montmorency (Val-d’Oise)

  9. Denis CERISIER dit :

    Adieu à cette grande dame de l’Orgue qui nous a tant appris à l’Académie de Saint-Dié et qui a marqué le XX° siècle. Femme de conviction, organiste de talent, pédagogue incomparable, elle était à la fois douce et exigeante.

    Marie-Louise GIROD a fondé avec le pasteur Marc GOERTZ l’Académie de l’Orgue de Saint-Dié des Vosges, qui, depuis sa création en 1968, a formé tant de générations d’organistes, que j’ai suivie pendant 10 ans. Nous avons à l’Académie en mémoire, son enseignement, sa gentillesse, son dynamisme, sa bonne humeur, mais aussi son exigence et sa sensibilité musicales, les nuits de répétition au Temple de Saint-Dié. Soucieuse de la parfaite exécution du choral, de son interprétation et du sens qu’il évoquait en tant que prière offerte à Dieu.

    Marie-Louise m’a accueilli un jour de Noël à l’Oratoire. Parvenu aux Grandes-Orgues où j’étais venu l’écouter, elle m’a cédé sa place pour la répétition qui précédait l’Office car elle devait préparer certains détails avec le Pasteur. C’est ainsi qu’en quelques secondes, je me suis retrouvé aux Grandes Orgues de l’Oratoire du Louvre, face au chef de choeur et aux choristes. Quant au morceau de sortie, elle m’a dit : « Denis, tu n’es pas venu les mains vides »… et j’ai joué… Un instant inoubliable.

    Marie-Louise avait un sens aigu de la musique et de son rôle au service de la liturgie et de la prière. Avec elle, nous surpassions nos peurs, les difficultés techniques, stimulés par les encouragements, les conseils techniques mais aussi désireux de rendre à cette grande dame de l’orgue, l’affection qu’elle nous portait. L’Académie de Saint-Dié a été une aventure musicale et humaine incroyable, tenue par Marie-Louise et Marc Goertz, malgré toutes les difficultés d’organisation. Nous savions la chance que nous avions, mais c’est avec le temps passé que nous avons pris conscience de façon si aigüe de cette présence qu’elle représentait et qui nous manque tant aujourd’hui.

    En tant qu’ancien Trésorier de cette Académie pendant des années mais surtout en tant qu’ancien élève, c’est avec une réelle émotion que je partage avec vous tous la nouvelle de sa disparition.
    A Dieu, Adieu Marie-Louise, nous ne vous oublierons jamais.

    Denis CERISIER, titulaire Orgue Eglise Espagnole de Paris

  10. TRARIEUX dit :

    Marie Louise GIROD fut le témoin d’événements capitaux de l’histoire de l’orgue en France. Amie de Jehan ALAIN, elle l’entendit jouer ses litanies ; elle assista au dernier concert de VIERNE à Notre Dame à la fin duquel il mourut ; elle eu Pierre COCHEREAU comme élève ; elle fut très poche de Jeanne DEMESSIEUX.
    Excellent organiste, modeste, très proche des jeunes, Marie Louise GIROD nous laisse un excellent souvenir.

  11. BRUCELLE dit :

    Marie-Louise Girod fut une éminente organiste, à l’Oratoire et mais aussi à la Synagogue de Nazareth où elle succède à Jehan Alain. Elle a eu son prix la même année que Jeanne Demessieux. L’accès des femmes à la carrière musicale dans les années 40 n’est pas aisé. Jean Gallon déclare en 1943 : »Oui, eh bien, je crois qu’après la guerre, on va mettre à jour tous les talents obscurs, les organistes d’églises, et aussi bien les femmes artistes que les hommes ».
    Sa vie et sa carrière ont probablement ouvert une brèche dans le milieu misogyne de l’orgue.

  12. Fédération Musique & Chant dit :

    Marie-Louise GIROD était connue pour le service qu’elle assurait dans le cadre des cultes radiodiffusés. Dans l’ensemble de la France protestante, elle s’était fait une spécialité des concerts d’inauguration, lors des créations ou des rénovations d’instruments.

    Elle était engagée au sein de la Fédération Musique & Chant depuis la création et elle s’est spécialement investie dans la élaboration des recueils de cantiques, Nos coeurs te chantent,en 1979, et Le Psautier Français dont elle signe la présentation, en 1995.

    Elle a animé des académies d’orgue, notamment celle d’Orgue en Cévennes, mais, soucieuse de la qualité d’ensemble des célébrations, elle a fondé et animé pendant plusieurs années les sessions Orgue et Parole, qui se déroulent chaque année au début du mois de septembre, au sein de la Communauté des Soeurs de Pomeyrol.

    Elle est restée fidèle à Musique & Chant dont elle était Présidente d’honneur, participant à toutes les séances du Comité Directeur jusqu’en janvier 2013. En septembre 2012, au cours d’une rencontre de paroliers et de musiciens, nous l’avons vue à l’orgue déchiffrer une composition proposée par l’un des participants.

  13. Marie-Louise,
    Tu m’as appris, pendant mes premières années d’orgue, l’art subtil d’entraîner le chant d’assemblée. Je t’ai toujours vue souriante et de bonne humeur et j’ai souvent pensé à toi dans les moments de découragement qui parfois jalonnent le service liturgique. Les mots ne sont pas assez forts pour décrire mon admiration pour toi, tout ce que tu m’as appris, apporté musicalement et humainement.
    Un grand merci!
    A toute ta famille, tes amis, tes proches, j’adresse toutes mes condoléances.
    Mes prières vous accompagnent.
    Irène Randrianjanaka (Montpellier)

  14. Jean Figuière dit :

    Nous avons collaboré 10 ans ensemble à la production des cultes sur France Culture. Elle m’a appris toutes les subtilités de la musique des cultes protestants. Ses improvisations étaient toujours dans la tonalité du chant qui précédait.
    Elle avait toujours un mot gentil pour le (ou la) prédicateur (-trice). A l’époque, les cultes étaient en direct de l’Oratoire et après la diffusion sur France Culture, nous nous retrouvions au bistrot d’en face pour prendre un petit-déjeuner avec quelques choristes et chefs de chœur.
    Mon seul regret : ne pas l’avoir eu comme organiste au culte en direct et en Eurovision de l’ascension, depuis l’Oratoire. Elle était déjà bien diminuée.
    C’était une grande dame.
    Fait étonnant, dans la nuit qui a suivi sa mort, je pensais dans mon insomnie que si elle venait à mourir, personne ne me préviendrait dans ma retraite cévenole… et elle venait de décéder !
    Jean Figuière

  15. Guilhem Lavignotte dit :

    Je l’avais bien connu deux années de suite durant les 2 semaines que durait l’académie d’orgue de St Dié des Vosges. J’allais souvent à la tribune de l’Oratoire quand j’allais à Paris le dimanche. Elle m’appelait avec affection « Le pt’it Guilhem » ou « mon pt’it « avec des yeux malicieux, un air pince sans rire et complice pour moi. Un dimanche matin elle se mit à l’orgue et dit :  » Ce matin se sera Ste Clotilde » . Elle improvisa à la Franck en usant avec ingéniosité de la boite en introduisant le thème du premier cantique…. Elle avait l’art des improvisations bien construites, sachant exploiter un thème avec intelligence. Un parfait exemple de l’école Dupré dont elle est issue. Ma grand-mère de cœur à l’orgue s’en est allée. Père je remets son âme entre tes mains. Je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je t’aime.

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