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Statue de femme - http://www.flickr.com/photos/59988389@N00/20806712 Found on flickrcc.net

Dans le jardin des Tuileries

Question d’un visiteur :

Bonjour monsieur le Pasteur,

J’ai une question à vous poser. Je travaille actuellement sur un devoir intitulé « Le plaisir sexuel dans la société protestante au temps de la Réforme ». J’ai déjà lu plusieurs sources et cherché dans plusieurs livres mais je ne trouve que des interprétations.

Je me tourne ainsi vers vous pour vous poser la question : que dit la Bible sur le plaisir sexuel ? Est ce mal ? Est ce nécessaire ?

La société de notre temps est plutôt extravertie et répugnante dans ce domaine et j’ai du mal à me mettre dans le contexte d’une autre époque. C’est pour cela que je cherche des réponses dans les écrits fondamentaux.

Cependant je ne voudrais pas vous embêter avec mes questions ni vous prendre trop de temps.

Respectueusement

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

A mon avis, la Bible dit que le plaisir est un don de Dieu, une bénédiction. Il n’y a qu’à regarder le livre de la Bible appelé « Le cantique des cantiques » et qui compare l’alliance de Dieu avec l’humanité, son amour, à la passion amoureuse d’un homme et d’une femme. Il n’est même pas question de fécondité dans ce texte, mais juste d’amour et de sensualité. Il n’y a donc rien dans la sexualité de sale puisqu’elle est digne de servir d’image à la relation entre Dieu et l’humanité.

On peut aussi se référer à la création de l’humain dans la Genèse. Il est créé de la poussière du sol, Dieu insuffle en lui de son Esprit, puis il plante pour lui un jardin des délices, il y place l’homme pour le cultiver et le garder. (Genèse 2:7-15) La vie est ainsi faite pour être belle, bonne, agréable, délicieuse. Mais on voit aussi dans ce récit que l’homme est fait responsable de garder et de cultiver ce qui est bon. Cette prédication sous forme de récit poursuit en parlant du péché fondamental qui consiste à prendre son propre désir comme Dieu, comme source et critère de ce qui est bien et mal.

Et cela, je pense, nous éclaire sur le plaisir sexuel. C’est une excellente chose mais le problème c’est quand on se divinise soi-même et de son propre plaisir. Alors, on se permet tout, et il n’y a plus cette responsabilité qui fait partie de notre bénédiction, de garder et de cultiver cet élan de bonne création dont Dieu est la source.

En particulier, je dirais cela du sexe sans amour, et sans le projet de construire quelque chose de solide et de vrai, d’éternel.

Mais qu’entendre par là ? Est-ce que l’on peut dire avec certains théologiens que le sexe n’est juste seulement quand il est dans le cadre d’une procréation possible ? A mon avis, ce serait réducteur de le dire, et pas conforme à l’esprit de l’Evangile. Il y a plusieurs mots différents en grec pour parler de la vie, schématiquement, il y a le bios (l’existence terrestre), la psychè (la vie de l’esprit) et la zoè (la vie éternelle). La vie qui est donnée en abondance en Christ, la vie de Dieu, est la zoè. La vocation à la fécondité, particulièrement dans les évangiles, c’est celle d’être source de zoè plus que de bios. La promesse de « vie en abondance » dont parle Jésus c’est cela, et non d’avoir une jolie courbe de natalité.

C’est pourquoi dans le protestantisme il n’est pas imposé aux couples de promettre de vouloir faire des enfants, et il n’est pas interdit d’utiliser des méthodes contraceptives efficaces. Au contraire. Quand l’activité sexuelle est faite dans un véritable esprit de don mutuel pour le bonheur de l’autre, et pour la constitution du couple, il y a bien quelque chose de constructif et de fécond même s’il n’y a pas de procréation biologique.

Ce plaisir que peut donner le sexe n’est pas une cruelle tentation donnée par Dieu à l’homme, ce plaisir quand il est dans le don mutuel, donne du glamour (comme on dit en français) à l’acte de procréer. Mais pas seulement. Le fait de considérer l’acte sexuel comme pouvant avoir une beauté et du sens en lui-même et non seulement comme un moyen de procréer le place dans une perspective bien plus riche.

C’est important pour les couples stériles, quelle qu’en soit la raison. Mais c’est important aussi pour le couple potentiellement fécond. Cela veut dire que le sexe n’est a priori pas quelque chose de bestial, de dégradant, mais qu’il peut effectivement participer à constituer un vrai couple, pas seulement l’accouplement de deux bios. Mais oui, le sexe procurant du plaisir, il peut facilement aussi devenir l’occasion de s’idolâtrer soi-même, comme Adam et Ève dans le jardin d’Eden. Alors le sexe peut devenir une spirale descendante pour celui qui devient son esclave, et malheureusement aussi un instrument de torture pour d’autres personnes, transformées en jouets sexuels par leur bourreau.

pasteur Gaspard de Coligny

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