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Coupes et plats de communion

Coupes et plats de communion

Question d’un visiteur :

Monsieur le Pasteur,

Je me posais dernièrement une question sur la communion et notamment les divergences en termes d’interprétation/de pratique entre catholiques et protestants. Mon amie est catholique et je suis amené à me rendre plus ou moins régulièrement à des messes (mariages, baptêmes ou tout simplement pour l’accompagner). Au cours de celles-ci, je refuse systématiquement d’aller communier, ne souscrivant pas, en tant que protestant, à la pratique/conception catholique de la communion. J’aurais ainsi aimé savoir si ce refus de principe était justifié (la conception et la pratique de la communion chez les catholiques ne comportent elles pas un risque d’idolâtrie ?) ou si je ne faisais preuve que d’intolérance (mais, sur le ton de la boutade, dire qu’un protestant est intolérant, c’est un peu un antithétique non ?).

Je vous remercie par avance pour votre réponse.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Personnellement, je participe avec joie à l’eucharistie catholique chaque fois que j’y suis invité, ce qui m’arrive plusieurs fois par an. Ce qui fait une petite différence, car vous pouvez effectivement avoir l’impression de ne pas être vraiment invité à l’eucharistie catholique, et que si le prêtre savait que vous êtes protestant il ne vous l’offrirait pas ?

Oui, il y a un risque d’idolâtrie pour certains catholiques dans leur rapport à des sacrements et à des doctrines hautement sacralisées. Mais nous avons tous, nous avons chacun, de toute façon, à lutter contre notre propre idolâtrie et le travail sur une profonde communion et dialogue entre chrétiens nous aide non pas à lutter contre l’idolâtrie de l’autre, mais contre notre propre idolâtrie.

La différence entre les communions catholiques et protestantes ne sont pas aussi grandes théologiquement qu’on le pense parfois, à mon avis. La présence « réelle » du Christ est dans les deux cas affirmée, pensée, et c’est de cela que nous nous nourrissions, dans cette communion que nous nous fondons et que nous recherchons. En effet, même si pour le catholicisme des fidèles la présence du Christ dans l’hostie reste assez mystérieuse, pour les théologiens catholiques, ils sont bien d’accord pour dire qu’il n’est pas question de comprendre la notion de « substance » au sens moderne du terme comme si l’ADN de Jésus était devenu présent dans l’hostie ou le vin consacrés, nous sommes donc bien d’accord, en réalité sur le côté spirituel de la présence du Christ.

Il existe néanmoins des différences d’accentuations qui ne sont pas négligeables :

  • Le protestantisme voit le geste de la communion comme un moyen au service de l’approfondissement de la communion avec le Christ, avec comme fruit une communion croissante avec nos prochains. C’est ainsi que même le plus grand des pécheurs, même un non baptisé est invité à la communion à l’Oratoire.
  • Le catholicisme voit plus la communion comme un signe d’une communion profonde entre croyants, dans l’église, permettant une communion au Christ. C’est pourquoi la participation d’une personne en profonde rupture avec les autres pose un problème de cohérence dans cette façon de concevoir ce geste.

C’est ainsi plus une question de pédagogie qu’une question vraiment de théologie.

  • Le protestantisme insiste plus sur la transcendance infinie de Dieu et de sa grâce qui accueille chacun sans condition, le « prenez et mangez » évoque la foi, cette démarche personnelle de l’individu, le résultat étant le « ceci est mon corps » du Christ, une humanité un peu plus réconciliée en lui et par lui.
  • Le catholicisme insiste plus sur l’incarnation de la Parole de Dieu en Christ, il insiste plus sur l’église comme vecteur du salut, sur le sacrement comme essentiel dans cette économie.

Donc, personnellement, quand je suis invité à l’eucharistie, je participe avec joie. Quand je ne suis pas invité et que je pense que cela pourrait choquer que je participe, je m’en abstient. Quand je ne suis pas invité particulièrement et que je pense que personne ne sera choqué, je fais comme pour la communion protestante, je participe si cela m’inspire de participer ce jour là, ce qui n’est pas systématique, cela dépend de mon humeur, des personnes avec qui je suis, du temps qu’il fait…

Mais chacun fait ce qu’il veut, bien entendu. Dans le domaine de l’acte religieux il me semble qu’il convient d’être pragmatique.

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur Gaspard de Coligny

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10 Réponses à “Question : Communion – divergences Catholiques/Protestants – participer ou non ?”

  1. RC dit :

    Cher M. Pernot,
    est ce que si je suis dans ma cuisine et décide de communier avec un morceau de pain, est ce que je peux appeler ça communier ?
    peut on parler d’eucharistie dans le protestantisme ?

    Pour ma part j’aime bien voir les deux cotés que vous décrivez : une communion avec le christ, et au delà avec Dieu…. mais également en tant que communion avec d’autres. Puisque les disciples se partagent ce pain.

    J’ai vu récemment « la dernière tentation du Christ », que pour ma part je n’ai pas complètement aimé, mais il y a un moment qui m’a interessé ou Jésus se retrouve a genoux sur le sol, prend de la terre dans ses mains, et redit « ceci est mon corps ».
    J’aime bien l’idée que ce morceau de pain est un bout de matière de l’univers et donc de la Création, de Dieu. Et qu’un ainsi c’est un instant où l’on peut se rappeler de ça.

    Amitiés fraternelles.

  2. Dans le domaine de la religion, il convient à mon avis d’être pragmatique, la bonne religion pour une personne donnée à un moment donné de sa vie est ce qui l’élève spirituellement, ce qui lui permet de plus et mieux aimer Dieu, son prochain et soi-même en vérité.

    Alors, peut-on communier dans sa cuisine avec un morceau de pain et un verre d’eau (ou de vin) ? Chacun, et particulièrement le protestant, a bien le droit d’avoir les exercices spirituels qu’il choisit d’avoir. Surtout si c’est murement décidé dans la réflexion et dans la foi.

    C’est vrai que l’idée de la communion est de fonder dans une communion au Christ une communion humaine. Et donc que communier tout seul dans sa cuisine peut sembler manquer de la dimension collective. Certes. Mais quand Jésus dit de ne prier que chez soi, dans sa chambre, porte fermée, dans l’intimité avec Dieu, cette prière qu’il nous propose n’est pourtant vraiment pas coupée des autres, car la prière qu’il nous propose en exemple est au pluriel : « Notre Père… Donne nous… ».

    Tout dépend donc dans quel état d’esprit (et d’Esprit) se ferait cette communion tout seul dans sa cuisine.

    • Si c’est dans un esprit égocentrique, c’est un peu triste, mais alors il y a quand même une chance que par le canal de cette recherche spirituelle solitaire Dieu puisse attendrir le cœur de cette personne et lui fasse découvrir qu’elle a un prochain vers qui Dieu l’envie.
    • Mais cette communion tout seul dans sa cuisine peut correspondre à la vie d’une personne qui ne peut se déplacer, ou d’une personne qui a besoin de cela à tel moment de sa vie, ou pour marquer une décision personnelle de vraiment s’engager plus profondément dans la communion au Christ…

    Donc je trouverais bien cruel de critiquer par principe l’idée qu’une personne décide de communier tout seul dans sa cuisine si c’est d’un cœur sincère.

    Mais il y a une tendance dans les églises à parfois insister plus sur la dimension horizontale (le partage entre nous) que sur la dimension verticale (la grâce et la foi). L’Evangile me semble plutôt nous inviter à ce que la dimension horizontale soit un fruit de la dimension verticale, qui est ainsi fondatrice, essentielle, prioritaire, sans oublier la seconde ensuite. C’est ainsi que dans le corps du Christ, la tête (le principe de ce corps) est le Christ.

    Oui, on peut parler d’eucharistie, bien que je ne vois pas très bien pourquoi ce joli mot grec qui signifie « rendre grâce », ou remercier Dieu, serait gardé en grec dans une phrase en français ? Dans le protestantisme on dit plutôt « la sainte cène » pour se sentir comme invité à la table du Christ vivant avec les 12 apôtres. Ou « la communion » pour faire méditer sur ce geste comme une invitation à approfondir notre communion avec le Christ et son corps qui est l’humanité.

    Je ne me souviens plus de cet épisode de « la dernière tentation », c’est intéressant, il faudra que je le recherche.

    Amitiés

  3. Marie dit :

    Je suis catholique.

    Pendant longtemps je n’ai plus communié, parce que je donnais pas à la communion, ce sens de partage horizontale et verticale.
    Au fil du temps, je suis allée communier. Je me suis aussi rendue compte, à quel point cette communion m’était nécessaire, parce qu’elle me fortifie.
    Bien sûr, je regrette, souvent, que chacun ne puisse participer à ce moment important, et librement.
    Parfois, je m’interroge ? peut-on délibérément s’inviter sans préparation? D’un côté, Jésus partage le pain et le vin avec ses compagnons de route -donc préparés, d’un autre côté Il s’invite chez ceux qui lui offrent l’hospitalité, et donc sans préparation. (dans le contexte du sens donné à l’hospitalité dans la culture moyen orientale).
    Quel sens donner à la communion chez les protestants? Une invitation à devenir un ou une apôtre de Jésus, ou une invitation à l’accueillir ?

  4. Bonjour

    J’aime bien votre proposition de sens donné à la communion que vous proposez :

    • une invitation à accueillir Christ (d’abord) et à devenir un(e) apôtre (ensuite), c’est vrai que l’un et l’autre sont les deux faces de la même pièce.
    • J’y verrais aussi le signe de la grâce (pain et vin offerts) et un geste de confession de foi (prendre et porter en bouche).
    • J’y verrais encore l’idée d’une nourriture (le Christ) pour notre être entier, corps et esprit.
    • J’y verrais enfin, en résultat le signe du corps mystique constitué par le Christ rassemblant les humains.

    Et cela n’épuise pas les sens possibles de ce geste, ouvert à l’interprétation pour quiconque y est sensible. Sans qu’il soit obligatoire non plus d’y être sensible. Certains chrétiens ne le sont pas, chacun sa sensibilité.

  5. Marie dit :

    J’aime bien votre blog. Il est ouvert à quiconque voudrait cheminer.
    Merci
    « Se nourrir, en notre être entier corps et esprit ». Nourriture nécessaire pour permettre une rencontre dans les deux sens: du Christ vers nous, et de nous vers le Christ, et dont la nourriture serait le vecteur? La rencontre est présente dans de nombreux textes d’Evangile, et il se passe toujours quelque chose après que cette rencontre ait eu lieu. Comme un témoignage.
    Au fond , l’important est ce que nous en faisons nous-mêmes.

  6. Aurel dit :

    Bonjour,

    Je me permets ce message sur la communion.
    Je suis catholique et je commence a pratiquer de nouveau.
    J’ai pu lire à plusieurs endroits qu’on ne pouvait pas aller à la communion si on ne s’est pas confesser de ses péchés, et si on vivait en couple sans être marié (comme cela est mon cas) .
    J’aimerais connaitre votre avis à ce sujet car je ne sais pas quoi faire, j’ai très envie de communier car pour moi c’est la continuité de la messe, et lorsque je prends l’hostie je me sens en fusion avec Jésus.
    Mais je veux pas être dans un interdit, péché, ou faire mal.

    Merci à vous de m’éclairer.
    Que Dieu vous bénisse .

  7. Bonjour Madame

    Vous devriez en parler à votre curé, il est possible qu’il vous réponde de faire selon votre conscience.

    Dans notre église (protestante), toute personne est accueillie avec joie à la communion sans conditions, comme un signe de la grâce de Dieu. Nous sommes de toute façon tous pécheurs, même celui qui préside la communion. Mais cela tombe bien, le Christ est venu pour les pécheurs et il a même donné la Communion de sa main à Judas.

    Avec mes amitiés fraternelles

  8. Françoise dit :

    euh … Judas n’était pas déjà sorti au moment où Jésus a donné la communion à ses disciples ?? il va falloir que je vérifie ….

  9. Les 4 évangiles sont unanimes sur ce point :

    • Matthieu 26:23
    • Marc 14:18
    • Luc 22:17-21
    • Jean 13:26
  10. Françoise Bleker dit :

    Merci beaucoup, par votre réponse vous avez facilité mes vérifications …. et pour une fois que les quatre évangiles sont d’accord … bon là j’exagère un peu mais c’est vrai que parfois il y a des divergences ….
    je trouve que c’est le passage de Luc qui est le plus explicite …g

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