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Enfants faisant avec leurs doigts une étoile. Image: 'FUTURO' http://www.flickr.com/photos/10907882@N05/1533282309 Found on flickrcc.net

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Ce mail simplement pour vous saluer. Il fait longtemps que je n’ai plus écrit mais la vie ici est trépidante et le fait d’être séminariste l’est encore plus.
Cependant, je crois qu’il est nécessaire de parfois prendre le temps de s’arrêter!

Je continue mes recherches et mon travail sur le sujet de l’unité des Chrétiens et plus je travaille et plus des questions se posent à moi et plus je cherche des réponses dans les différentes traditions de nos Eglises respectives et plus il m’apparaît que le dialogue m’a l’air beaucoup plus compliqué avec les évangéliques qu’avec les autres Chrétiens…. Heureusement après que je ne travaille pas seul mais il est vrai qu’il me manque quand même certaines expériences comme la participation à un culte par exemple mais mon agenda ne me l’as pas permis pour l’instant…

Je vais me mettre en contact avec l’un des pasteurs de l’Eglise Protestante Unie de France, j’ai d’ailleurs pu repérer un temple déjà. Si vous avez des contacts autre, je suis aussi preneur. Je verrai ensuite comment m’organiser. Si l’occasion se présente, je viendrai faire un tour à l’oratoire, ça peut être aussi une bonne expérience.
D’un point de vue plus personnel, j’attends une réponse de mon évêque pour savoir la suite à donner à mon cheminement vers le ministère de prêtre. Je vous demande de prier pour et avec moi. Je prie pour et avec vous en espérant qu’un jour, les Chrétiens soient pleinement unis.

J’espère que votre communauté se porte bien et que les fêtes qui approchent se préparent bien. Par avance je vous souhaite à vous et à votre communauté une belle fête de Noël. Fraternellement,
Christophe, séminariste

Réponse d’un pasteur :

Cher Christophe
Merci pour ce message si prometteur sur votre élan œcuménique.
A mon avis pour comprendre le dialogue entre les religions, il ne faut pas seulement analyser les religions ou les confessions elles-mêmes mais le rapport que chacun a avec sa religion.

En effet, dans tous les courants de pensée et religions, il y a tout un éventail de rapports que la personne peut avoir avec sa religion ou son courant de pensée. Il y a :

  • des intégristes (tout ce qui est en dehors de mon courant de ma religion est diabolique et doit être combattu),
  • des traditionalistes (très attachés à bien tout respecter à la lettre, sinon c’est perdu),
  • des classiques (rentrent dans le moule sans chercher à personnaliser sa foi),
  • des progressistes (l’essentiel est la foi, et la réflexion personnelle sur ce que l’on croit et sur la façon de nourrir sa foi et sa réflexion),
  • des libéraux extrêmes (mélangeant tous les courants),
  • sans compter les je-m’en foutistes (qui ont plus ou moins une certaine croyance, mais qui ne change concrètement rien du tout à leur façon d’être).

Ces types de façons de vivre sa foi existent aussi dans le catholicisme, l’orthodoxie, le judaïsme, l’islam… mais la liberté qui existe dans le protestantisme fait qu’il y a effectivement de multiples églises en fonction du courant.

On pourrait donc faire une matrice avec en colonnes les religions et confessions, et en lignes les types de rapports que chacun a avec sa religion.

chrétien catholique
chrétien protestant
juif
musulman sunnite
musulman chiiite
écologiste
  …  
intégriste
tradi
main stram
progressiste
libéral synchrétiste

Ce qui est intéressant, c’est qu’en réalité les affinités sont plus importantes sur les lignes voisines que selon les colonnes. Ce sera seulement un peu plus facile quand on s’inscrit dans la même colonne, ou dans des colonnes proches.

L’église de l’Oratoire rassemble des personnes qui sont plutôt de sensibilité progressiste, nous avons des relations intéressantes et fécondes avec des catholiques jésuites, oratoriens, des juifs massortis ou libéraux, des musulmans réformistes… mais nous avons bien plus de mal (et c’est un euphémisme) à échanger avec des protestants « évangéliques » un peu durs, pourtant faisant partie de la même Fédération Protestante de France… Et pour lutter contre le droit des homosexuels d’avoir une cérémonie de mariage, pour manifester devant les centres d’IVG, d’Assistance à la Procréation, ou devant une exposition mettant en scène du sacré… nous retrouverons les croyants les lignes du haut du tableau…

Cela ne veut pas dire que cela n’aurait qu’une importance secondaire de penser que Jésus est le Christ ! mais pour ce qui est du dialogue, ce qui est le plus déterminant n’est pas là, il est dans le rapport que chacun entretien avec sa propre pensée. Le degré de sacralité qu’il attache à sa propre théologie, sa pensée morale, ses rites, son institution.

Le dialogue sur les doctrines, pour chercher à mieux connaître les positions des autres est certainement utile, l’étude des différentes colonnes de la matrice. D’autant plus qu’en formalisant ces connaissances, on facilite une travail d’intelligence de ces éléments, ce qui peut permettre à chacun (et donc en particulier à nous-mêmes) d’évoluer et de relativiser un peu le caractère absolu, englobant de mon seul point de vue. Le travail sur les colonnes nous permet éventuellement ainsi de monter dans les lignes, même si l’effet produit chez d’autres peut être l’inverse, avec un durcissement des positions quand on sent que le caractère absolu de nos convictions est plus fragile que ce que l’on pensait, qu’il a ses failles, ses incohérences internes et ses incohérences vis à vis de la réalité vécue…

Il est à mon avis tout aussi fondamental de travailler aussi et d’évoluer dans le domaine du rapport que l’on entretien avec nos propres convictions et religion. Car c’est seulement cela qui peut nous permettre de dégager en nous Dieu des idoles qui le polluent. Bien sûr, ce n’est pas facile, surtout au début, car cela touche au fonctionnement même de la personne, que cela ébranle peut-être le statut de quelque chose qui à un moment donné de notre vie nous a vraiment fait vivre et avancer. Il ne faut dons pas trop brusquer les personnes, bien entendu. Peut-être faut-il plutôt chercher à relativiser les vérités entre le « tout à fait vrai » et le « tout à fait faux », cherchant en quoi une affirmation est vraie, ou importante, mais aussi quelles sont ses limites en certains cas…

Mais oui, j’espère que les chrétiens progresseront vers l’unité. Mais qu’entend-on par là ? Une unité des colonnes, avec une même pensée, les mêmes rites, les mêmes chasubles, la même institution ? Je ne suis pas certains que ce soit cela qui serait bon, car la diversité des membres, comme le dit l’apôtre Paul est une vraie richesse dans un corps. Mais qu’il y ait une unité par la compassion et par la complémentarité des ministères, c’est à dire une unité par le Christ, une unité qui ne nie pas la diversité. Cela passe à mon avis par une rapprochement des lignes mais aussi par un vrai dialogue, à chaque niveau.

Et vous avez raison, cela passe aussi par la prière.

Avec mes amitiés fraternelles
& mes vœux sincères de bénédiction pour votre ministère.

pasteur Gaspard de Coligny

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3 Réponses à “Question d’un séminariste catholique sur l’unité des chrétiens”

  1. andre dit :

    Question iconoclaste: s’unir, oui mais pourquoi ?
    Une petite phrase apprise a l’armée: « un jour l’ennui naquit de l’uniformité, un jour la joie naquit de l’uniforme ôté  »
    J’avoue entendre dans « unité » un message d’appel a se ranger ensemble derrière un même drapeau, oui, mais lequel ? puisque le drapeau du christ, nous le voyons tous sous un angle différent.
    Alors pour moi c’est oui au dialogue, oui au respect des différences, mais non a l’unité. Je pense que justement la diversité est aussi une richesse qui permet a chaque croyant de choisir la voie qui lui convient le mieux a un moment donné et d’en changer en fonction de sa propre évolution sur le chemin de foi.

  2. Marike dit :

    Pour moi, il faut travailler à l’unité car la Vérité ne peut être qu’une, c’est à dire être approuvée par tous… sinon, à quoi sert-elle ? Parfaitement à la verticale de la Transcendance… Nous avons tant d’héritages inutiles et tordus qui sont notre héritage, appris, répétés sans cesse dès le berceau, et qui nous divisent ! Revenir aux premiers temps, aux tout premiers temps … Même, et surtout, avant ce merveilleux Saint Paul (mes articles 511-512. bilan). Reprendre minutieusement les faibles traces de Jésus, dirait Marcel Légaut… Pour moi, j’ai pris le parti d’essayer de mettre une frontière entre l’extraordinaire légende-berceuse et la raison… La poésie d’un côté, que je ne récuse pas, loin de là, comme la beauté, si nécessaire à nous tous, poésie que parfois je transforme en symbole fort, et de l’autre le chemin rigoureux de vérité.

  3. Oui, Marike, sauf que « la Vérité » est vivante et comporte de multiple facettes.

    Même en ce qui concerne une personne humaine, quelle est « la vérité » de cette personne ? N’est-elle pas évolutive en fonction du temps et des circonstances, variable en fonction des rôles et des personnes avec qui elle est en relation (son père, sa mère, son conjoint, chacun de ses enfants, son chien, tel ou tel collègue ou voisin, son patron et son boulanger…) ?

    Pour ce qui est de « la Vérité » de Dieu, du Christ, de la religion et de la vie humaine, c’est encore infiniment plus vivant et riche.

    C’est pourquoi en hébreu, très justement il y a un seul et même mot émèt qui désigne à la fois la « vérité » et la « fidélité ». Deux personnes peuvent ainsi avoir des relations différentes avec Dieu et être dans une démarche fidèle, et être ainsi dans la vérité, dans une relation vraie avec Dieu. Et chacun à sa façon, différente, approuve alors la même Vérité, qui est Dieu, la source de la vie en abondance.

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