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couverture du livre "L'âme de la vie" du Rabbi Haïm de Volozine (éditions Verdier)

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je viens de lire un livre magnifique de la tradition juive : « L’âme de la vie » du Rabbi Haïm de Volozine (éditions Verdier) – avec une préface de Lévinas qui m’a fait littéralement pleurer, tant il élève la responsabilité humaine à son sommet.

Ce livre portant sur l’importance de l’Etude, ( qui passe par toute la tradition, du Talmud au Zohar…le tout avec une cohérence époustouflante ) décrit en quelque sorte la relation de l’homme à la Torah, écrite et orale et ses implications pour le monde.

Peut-être fais-je des analogies trop facilement, mais je n’ai pas pu m’empêcher de comparer le Christ en tant que « Parole faite chair » à la Torah.
Je m’identifie un peu à la problématique des actes au sujet des gentils. Je suis un homme des nations qui par le baptême s’est fait adopté, greffé. Mais à qui ou à quoi? Mon sentiment est que la figure de Jesus ( celle des évangiles) est « verbe » ou « parole », parce qu’il serait l’incarnation exemplaire de la Torah. Je ne parle pas seulement de la Loi écrite, mais aussi de la tradition orale reçue au Sinaï. Ce qui explique le rôle de Paul comme apôtre des nations, puisque le Christ nous donne accès au Dieu des juifs. Mais cela suppose une lecture de ses actes et de ce qu’il serait selon un sens « juif ». Je prends un exemple : Fils est un jeu de mot avec Graine, et c’est la première syllabe de Bérechit, le commencement. Ce n’est qu’un indice parmi mille. Je m’exprime avec difficulté ici, et il est difficile de faire court tant un bombardement de notions me vient à l’esprit. En somme, est-il juste de voir Jesus comme le pendant, pour ceux qui le reçoivent ,de la Torah ( au sens que lui donne les juifs, c’est à dire orale et écrite). Il me semble même avoir lu que la Torah est « engendrée » et non « créée », ce qui force l’analogie!

Ce qui suppose de ne pas l’adorer comme un Dieu, mais de le « Suivre » ou passer par Lui pour avoir une relation avec YHVH? Ce qui explique aussi l’importance du premier testament dans le canon? N’est-il pas descendant de David, comme le seraient les Psaumes? Tous ces actes ne consistent-ils pas à réintégrer dans « Israel »? ( je pense aux morts, à la lèpre, la brebis égarée, la samaritaine, le centurion : que des « exclus » réintégrés, comme moi!)

J’aimerai beaucoup savoir ce que vous en pensez. Merci !

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Et merci pour ce très intéressant message. Cela me donne vraiment envie d’acheter ce livre et de le lire.

Je suis bien d’accord avec vous, Christ n’est pas à être adoré, mais pour être suivi (Jean 14:6), et même plutôt mangé (Jean 6, Matthieu 26:26…), mangé comme le rouleau du livre dans Ezéchiel 3:1 (et alentours), Jérémie 15:16, Psaume 19:11… le manger, voire le ruminer, murmurer jour et nuit la parole faire chair en Christ (Psaume 1), et s’en nourrir. Il s’agit alors de bien plus que de le suivre comme un mouton, mais de se laisser transformer pour être christique à notre façon et ainsi suivre le Christ, la Parole de Dieu, non seulement en ayant ses gestes ou ses mots, mais le suivre dans notre être même, dans notre capacité à aimer (Dieu, notre prochain, nous mêmes, ce monde, la vie). Et de le faire à notre façon, avec notre sensibilité propre.

Oui, le Christ a pour vocation de chercher tout le monde, de toutes les nations. Cela fait partie de la mission essentielle du messie, accomplissant la promesse dont parle la bénédiction d ‘Abraham (Genèse 12:3; 18:18…). Mais je ne pense pas s’il s’agisse d’une réintégration (dans Israël), mais plutôt d’un élargissement (de l’alliance). La réintégration serait une sorte de recroquevillement, une perte de l’identité des personnes, de notre personnalité, et de la culture des peuples. Alors qu’à mon avis, en Christ, Israël reste Israël avec sa vocation particulière. Chacun a sa vocation, chaque groupe, chaque personne, à chaque moment de son histoire. Et le salut du Christ, qui était effectivement juif, dépasse alors le cadre du seul peuple juif pour toucher toutes les nations, et en faire un seul corps, même s’il y a plusieurs membres.

C’est ce que dit à sa façon le récit du voile du temple qui se déchire à la mort de Jésus en croix. L’humanité entière n’est pas comme aspirée subitement pour que tout le monde tienne miraculeusement dans le petit espace du saint des saints du temple de Jérusalem, nous y serions formidablement compactés. Mais au contraire, c’est le monde entier qui devient le saint des saints, le lieux de la présence même de Dieu, le lieu de la prière entendue.

Vous avez raison, nous sommes ainsi greffés dans ce corps, dans cette alliance nouvelle, et cette intégration touche même la plus perdue des brebis perdues, même le centurion romain (nécessairement idolâtre et meurtrier), ou le lépreux (réputé être malade du fait de son péché), ou la Samaritaine… et donc chacun de nous, par l’amour de Dieu manifesté en Christ.

Amitiés

pasteur Gaspard de Coligny

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2 Réponses à “Question inspirée de la lecture d’un livre magnifique « L’âme de la vie » du Rabbi Haïm de Volozine”

  1. Sylvie Jouniot dit :

    Très beau commentaire et très belle réponse.Merci

  2. northon dit :

    Merci encore pour ses explications

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