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http://www.flickr.com/photos/22288108@N00/2408535634 Found on flickrcc.net

Question d’un visiteur :

Bonsoir pasteur,
Je viens vers vous car j’ai un souci avec mon ami avec qui je suis depuis 3 ans.(non marié, 22 et 23 ans). Nous nous sommes rencontrés alors que j’allais dans l’église d’une très bonne amie qui se trouvait être la même que lui. Je n’avais jusque la connu que les église catholique, mais je n’ai jamais vraiment été touché en y allant.
Tout se passait très bien jusqu’au jour où il s’est posé la question de savoir si j’étais chrétienne… Je lui ai dit que oui. Suite à ça nous avons eu plusieurs confrontations et désaccord car je me revendiquais catholique (simplement parce que ma mère l’est) et que lui ne se voyait pas partager sa vie religieuse avec qqun d’une religion différente de la sienne. C’était des moments qui étaient très durs pour nous qui ont laissé des séquelles.

Cependant, nous somme quand même resté ensemble, trouvant qu’il était trop tôt pour s’attarder sur ce genre de question pour le moment, essayant de partager au mieux notre expérience spirituelle, nous avons fait des concessions, j’ai aussi commencé à trouver le culte protestant plus touchant et plus accessible
Je lui a fait part après grande réflexion, prières, et travail sur moi-même, que j’étais chrétienne et que j’aimais aller dans son église mais que je ne me qualifierais pas par une religion car la religion et la foi sont deux choses très différentes.
Nous avons ensuite eu de tristes épisodes où on se demandait pourquoi on arrivait pas à partager nos fois plus que ça, nous ne prions pas beaucoup ensemble, ne lisons pas ensemble…
Seulement le problème aujourd’hui, c’est qu’il veut vivre ça à 100% avec moi, il voudrait que je viennes plus souvent, voire tout le temps dans son église, il dit que ce n’est pas possible qu’on ne soit pas capable de partager ça, que nous n’agissons pas en tant que couple chrétien, il m’a dit qu’il avait besoin d’être fixer à savoir si je suis prête à faire tout ça. Comme si le changement allait se faire du jour au lendemain, alors que ce genre de changement s’opère dans le temps et avec Dieu et que rien ne sert de presser les choses. J’aime à savoir que me foi évolue au fil du temps, que Dieu agit en moi, que j’avance à mon rythme.
Je sais qu’il culpabilise car il à l’impression de me forcer la main, et parce qu’il n’est pas à la hauteur non plus, qu’il est déçu de lui même en tant que chrétien mais je me demandais s’il y avait vraiment lieu de remettre en question tout notre couple …
Je ne sais plus que faire, car je voudrais pouvoir prendre cette décision par rapport à moi seule mais il faut que je pense à la dimension spirituelle de mon couple mais aussi à l’impact sur ma famille
je vous remercie déjà de me lire
Merci pour vos précieux conseils et réponses sur d’autres sujet qui m’ont déjà bien aidée.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

A vrai dire, ce que vous me dites me fait penser à deux problèmes, qui sont en réalité assez fréquents.

Votre compagnon est très attaché à sa foi, mais aussi à sa religion, sa façon de travailler sa foi, de la vivre, et encore à son église. C’est très très bien. Mais c’est à mon avis un problème théologique, un problème spirituel et un problème relationnel quand on identifie un peu trop profondément sa foi et sa religion, quand on identifie Dieu et sa théologie.

  • Le premier problème est une question spirituelle et théologique. Car Dieu est infiniment plus grand que cela, plus vaste, on ne peut l’enfermer dans un seul point de vue. Il entre en relation avec des individus particuliers, il s’incarne dans le monde et dans nos vies bien réelles, de sorte qu’il apparaît comme une vérité subjective, car chacun est appelé à avoir une relation particulière avec lui, et pensée particulière sur lui, son Dieu à lui, qui est pourtant aussi le Dieu de tous. C’est aussi un problème spirituel car tant qu’on est cramponné à la façon particulière d’être chrétien d’une église on peut craindre de s’ouvrir à la nouveauté sans cesse vivante de Dieu.
  • Mais c’est surtout un problème relationnel, en l’occurrence. Quand on est identifie Dieu et sa façon personnelle de vivre sa foi, on ne peut comprendre que d’autres personnes vivent leur foi d’ne façon différente. On se met à les juger comme éloignées de Dieu quand elles vivent simplement leur foi différemment. Alors que cette différence pourrait être vécue comme une richesse, permettant de sentir que Dieu est au-delà de tout, d’en saisir des nuances inconnues dans ce que l’autre à en particulier dans le cœur, dans la pensée, dans ses actes.

Comment faire ?

A mon avis, la solution n’est certainement pas que vous vous sentiez forcée à vivre votre foi à la manière de votre compagnon, pour lui faire plaisir.

Jamais, au grand jamais, une foi n’a gagné à tordre ainsi cette dimension essentielle de la foi qu’est la sincérité. Le Coran a cette belle expression (pas assez vécue malheureusement, ou habilement nuancé pour la contredire) « Nulle contrainte en religion » (Baqarah, 256). Jésus, fondamentalement, est dans cette esprit (et cet Esprit) quand il rencontre quelqu’un, il lui dit « tes péchés sont pardonnés », « ta foi (ta confiance en Dieu) t’a sauvée », « va en paix » (Luc 7:50) = va en paix sur ton propre chemin, pas comme esclave obligé de se soumettre au chemin d’un autre, pas même aux pas du Christ.

Jamais, au grand jamais un couple n’a gagné quand on a essayé de le construire sur la volonté d’imposer à l’autre ce qu’il n’est pas, ni sur la volonté de faire comme si on était un autre que celui/celle que l’on est pour faire plaisir à celui/ celle que l’on aime.

Le couple est constitué, à mon avis, de deux personnes qui aiment et respectent chacune ce qu’est l’autre, tel qu’il est aujourd’hui, et même s’il ne changeait jamais. C’est cela aimer l’autre. Et cela n’empêche pas de tout faire pour que l’autre s’épanouisse, qu’il progresse, mais dans le sens qu’il devienne plus et mieux lui-même, pas dans le sens qu’il devienne ce qui nous plairait à nous ! Car nous ne sommes pas Dieu pour créer l’autre à notre image et à notre ressemblance.

Ce n’est donc pas Dieu qui, ni la religion qui est un problème dans votre couple. Heureusement ! Ce serait le comble d’imaginer que Dieu voudrait briser un couple de deux personnes qui s’aiment vraiment. Mais cette difficulté n’est qu’un symptôme.

A mon avis il faut travailler là dessus : savoir si oui, ou non, dans votre couple, dans vos têtes et dans vos cœurs, vous avez cet amour et ce respect de ce qu’est l’autre ? Est-ce que, lui, dans le respect et même dans l’admiration de votre façon de vivre votre foi, un peu catholique mais surtout intime et intérieure ? Est-ce que, vous, êtes dans le respect et même dans l’admiration de sa foi vécue intensément dans sa vie et dans son église « évangélique ». Et si vous arrivez à saisir la richesse de cette diversité. Ensuite, peu importe la façon dont vous évoluerez, peut-être dans son église, peut être dans une autre église, peut-être dans deux églises ou deux façons différentes de vivre votre foi, peut-être avec l’un qui garde la foi et l’autre qui devient agnostique… s’il y a ce vrai respect à la base, tout pourra être vécu pour le mieux.

Et la foi aide, je pense, à pouvoir avoir ce respect de l’autre dans sa différence. Car en sentant la grâce, l’amour inconditionnel que Dieu a pour nous, alors même que nous sommes imparfaits (bien sûr), nous pouvons plus facilement accepter l’autre tel qu’il est. Non ?

Avec mes amitiés fraternelles
& mes vœux de bénédiction pour vous deux.

pasteur Gaspard de Coligny

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