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Un Jocker malfaisant - http://www.flickr.com/photos/49708320@N00/2735207717 Found on flickrcc.net

Non, Dieu n’est pas un malfaisant personnage

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur Pernot,

Je me permets de vous interpeller sur ce passage de Luc, dites  » à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence.

Comment comprendre cet affirmation de violence de Jésus, qui nous est toujours présenté comme un homme de paix et de non violence… Cette phrase doit sans doute être interprétée dans le contexte du texte complet. Merci de m’éclairer pour que j’ai des arguments quand des personnes attaquent l’Evangile en disant que certaines phrases sont des appels à la violence, comme Michel Onfray etc.

Bonne journée.

Fraternellement.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Muriel

On peut interpréter la Bible comme on veut, c’est donné à interpréter à chacun en toute liberté afin que dans cette lecture on interprète aussi sa propre existence, son être, sa vie, ses projets avec le maximum de sincérité.

Dans cette lecture de la Bible on ne peut faire autrement que de remarquer :

  • qu’il y a des passages très différents les uns des autres. Par exemple Jésus dit « heureux les doux » et lui, Jésus n’est vraiment pas doux avec les intégristes de son époque ou les commerçants du temple.
  • qu’il y a des passages à prendre évidemment au sens figuré (par exemple « Jésus ets la lumière du monde », Or Jésus n’est manifestement pas un champ de photons. Mais pour certains passage, le choix existe de les lire au sens littéral ou au sens figurés.
  • et qu’il y a des passages qui sont caricaturaux, provoquant, par exemple quand Jésus dit « de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre » (Matthieu 5:39), c’est parfois faisable et intéressant comme réaction, mais il n’est pas question d’adopter cela avec un pédophile ou un tueur en série !

Donc, la Bible est plus un livre qui est fait pour nous poser des questions, d’excellentes questions. On ne peut pas le prendre comme un livre de réponses toutes faites à appliquer brutalement sans réfléchir.

Mais néanmoins il est utile de se construire une pensée, une théologie, une morale, une ligne directrice. Quand on est chrétien on se base fondamentalement sur les paroles mais surtout sur la manière d’être de Jésus de Nazareth, que nous pensons être le Christ. Comme Jésus utilisant souvent des paraboles assez paradoxales et des enseignements provoquant ou impossibles à appliquer, cela devrait minimiser les risques de devenir un intégriste (mais c’est vrai qu’avec plein une tonne de bonne volonté – de la part des fidèles- et mille tonnes de mauvaise foi et de manipulation de la part d’un chef d’église, on peut quand même y arriver ). Normalement, les paroles de Jésus donnent des pistes de réflexion et encouragent chacun à se laisser transformer directement par Dieu. Mais comment en faire une synthèse personnelle, et comment être sûr que l’on ne pense pas n’importe quoi ? C’est là qu’il convient de regarder la manière d’être de Jésus, ses actes, pour voir si notre pensée est cohérente avec le Jésus que nous connaissons ou si c’est aberrant.

Par exemple pour le passage que vous citez « Amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, et tuez-les en ma présence. » (Luc 19:27). Il y a une difficulté car ailleurs, Jésus dit exactement l’inverse, dans ce célèbre : « Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » (Matthieu 5:43-45).

Alors quelle est la conception que Jésus se fait de l’attitude de Dieu envers les pécheurs, et quelle attitude est-ce qu’il nous propose d’avoir avec les méchants ?

Si vraiment la violence et la peine de mort était la conception de la justice selon Jésus, ce serait incohérent avec sa manière d’être. Car Jésus qui n’a jamais bousculé personne (le pire qu’il ait fait semble d’avoir renversé une table, et de critiquer les chefs religieux de l’époque d’opprimer les fidèles). Au contraire, Jésus a sans cesse une attitude d’accueil extrêmement large et bienveillante pour les pécheurs, pour les trop religieux et les pas assez religieux, pour ceux qui le critiquent, le rejettent, le frappent et même le crucifient, pour les trop fous et pour les trop sages… Donc, on ne peut penser que Luc 19:27 exprimerait la morale de l’Evangile du Christ, ce n’est tout simplement pas cohérent avec la manière d’être de Jésus. Et par conséquent ce n’est pas non plus sa théologie. Car Jésus manifeste à travers sa manière d’être sa théologie, sa conception de l’attitude de Dieu envers nous.

Un Michel Onfray n’est pas un imbécile, loin loin de là. Je suis certain qu’il sait très bien que l’Evangile comprend ce vibrant appel à l’amour des ennemis.

Comme vous le suggérez, Luc 19:27 doit donc être lu autrement qu’un appel à tuer celui qui rejetterait Dieu, ni comme une menace que Dieu condamnerait à une mort éternelle le mécréant. Bien sûr. Comment s’en sortir ?

  • On peut remarquer que c’est dans le cadre d’une de ces paraboles paradoxales que Jésus dit cette phrase, et qu’il n’est pas marqué que ce serait l’attitude de Dieu, mais c’est simplement le roi de sa petite histoire qui dit cela à la fin. C’est donc une question posée, c’est pour reprendre la pensée de ses interlocuteurs et les mettre face à leur propre contradiction. Jésus ne serait donc pas d’accord avec l’idée que Dieu est comme ce roi de son petit conte.
  • Mais on peut aussi remarquer que si Dieu aime son ennemi, ce n’est pas pour autant qu’il aime la méchanceté, la haine, le meurtre et le mensonge… mais qu’il aime la personne malgré cela. Et l’aimer c’est aussi avoir l’espérance que cette personne progresse et qu’au lieu de pensées négatives, d’actes nocifs cette personne puisse s’exprimer avec une belle créativité personnelle par laquelle il embellira le monde. Donc l’homme mauvais que Dieu élimine, ce n’est pas telle ou telle personne qui est en dessous de la moyenne ou qui a vraiment exagéré dans le mal, mais l’homme mauvais que Dieu espère éliminer c’est l’homme mauvais en chacun de nous, c’est notre méchanceté, notre faiblesse, notre manque de maturité, ce sont nos blessures anciennes… bref cette élimination de l’homme mauvais est en réalité de l’amour. Quand Roméo aime Juliette, elle n’est pas parfaite, donc le regard de Roméo a éliminé, lui aussi, ce qui est mauvais en Juliette, soit qu’il le lui pardonne, soit même qu’il le trouve charmant. Et en plus, Roméo espère l’épanouissement de ce qu’il y a de meilleur dans sa Juliette. Ce regard de bienveillance radicale est celui de Dieu, et l’on ne peut vraiment pas dire que l’élimination qui soit envisagée soit de la violence.
  • Cette façon de lire la Bible n’est pas une invention des chrétiens progressistes du XXIe siècle, mais elle fait partie de l’écriture même de la Bible il y a 2000, 2500 ans. Cette interprétation permet de comprendre bien des textes violents de la Bible comme cohérent avec le Dieu d’amour dont parle Jésus Christ. Mais il arrive que l’on ne trouve pas comment « sauver » un texte difficile. Alors, on peut simplement le passer pour l’instant. Et en rester à ce que l’on a déjà pu comprendre. C’est normal, notre interprétation de la Bible se fait lecture après lecture, au fil de notre expérience de prière et de vie.

Bonne lecture et bonne discussion avec vos amis…

& Amitiés

pasteur Gaspard de Coligny

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8 Réponses à “Question face à des versets des évangiles qui ressemblent à des appels à la violence ?”

  1. Serge Droulez dit :

    Merci Marc pour cette superbe étude bien instructive et qui remet les choses en place. Ca fait du bien surtout de remettre les choses dans le contexte. En effet je suis perturbé car moi, je suis un ‘doux’, Conseiller Presb en province, je viens de commencer le Krav Maga, une technique israelienne de self défense efficace mais brutale et violente. Alors que Jesus nous invite à tendre la joue gauche, moi, j’apprends à répondre en faisant le plus de mal possible pour neutraliser l’attaquant….Moi plus habitué à chanter des cantiques ou discuter de la Bible… Le pire, c’est que j’y prends gout et ca me plaît maintenant d’enfiler des gants de boxe… Est ce compatible avec l’Evangile ? Ou ne céderais je pas plutôt à une envie égoïste et égocentrique à essayer de me dépasser, en faisant un sport ‘trendy’ plutôt que de m’engager plus dans l’Eglise… Temps perdu avec une activité incompatible avec l’Enseignement de l’Eglise ? Pourtant, Il y a des ‘bastons’ dans l’Evangile, lorsque Jésus est arrêté, certains disciples réagissent en se battant pour le défendre (l’image me plaît en plus grrr), alors qu’il leur a dit auparavant ce qui devait arriver et enseigner à ‘laisser s’accomplir ce qui a été écrit’. Notre Temple n’a pas besoin d’agent de sécurité (je plaisante) même ci un jour ca pourrait être utile (j’espère jamais) de renouer avec l’Esprit Camisard. J’ai peur de me laisser submerger par l’esprit actuel de la société même s’il s’agit de self défense et que j’apprends aussi pour défendre mes frères et sœurs. Bref, est ce compatible avec mes resp au sein de l’Eglise ?

  2. La phrase de Jésus « ne résistez pas au méchant » est à prendre comme une question, une solution parfois optimale pour faire avancer la situation, par exemple dans le couple. Mais ce n’est pas une recette à appliquer à la lettre dans la société, sinon ce serait vraiment la fête dans les clubs de pédophiles, de violeurs, de gangsters et de terroristes. Et je ne pense pas que ce soit ce que Jésus veuille dire.

    Votre entraînement à un sport de combat augmente vos capacités d’action. Cela appelle une sagesse, ou plutôt une capacité de discernement qui soit à la hauteur de cette augmentation de capacités, c’est à dire d’être encore plus capable de bien analyser une situation et de décider la meilleure attitude à prendre. Et cela aussi s’entraîne. En vous posant la question, c’est déjà amorcer cet entraînement. Vous poser la question face à l’Evangile est une bonne piste. Et une pratique d’Eglise est même une vraie chance, à mon avis, pour entraîner votre capacité à être plus libre de la première impulsion, à prendre de la hauteur, et à vous tourner vers Dieu pour qu’il vous donne la sagesse et la force. Que cette pratique religieuse nourrisse ainsi votre réflexion et votre prière intime, secrète, personnelle, quotidienne pour placer votre journée présente et future devant le créateur.

  3. Serge Droulez dit :

    ‘Merki’ Marc, ca me rassure, voilà un message qui encourage à poursuivre avec un sagesse chrétienne, tout en remettant toujours toutes nos activités entre les mains de Dieu, même celles de nos loisirs, qu’ils soient les plus ‘farfelues’ ou les plus ‘hard’. Ma présence dans un tel club peut être aussi devenir une forme de témoignage.

  4. Alexandre dit :

    Le nouveau testament peut être une horreur en première lecture, mais quant on a appris à le lire, il recèle des merveilles de beauté et de profondeur. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’a l’époque de Jésus, une bonne partie du savoir se faisait par la transmission orale et très peu par l’écriture. Il est donc légitime de remettre en cause les horreurs que nous pouvons lire, car il est peu probable que Jésus les aient exprimées. Mon conseil est de chercher ce qui est une interprétation de ce qui est un véritable axe de réflexion. La pierre angulaire pour déchiffrer le nouveau testament sont les 10 commandements qui permettent de borner tout dérapage religieux. Dans ce que dit Luc, ou plutôt ce qu’on lui fait dire, il y a déni des commandements. La vérité est soit bien cachée, soit illusoire. N’oublier donc pas d’utiliser vos dix commandements lorsque vous sentez une aversion dans les paroles transcrite de l’évangile. N’oubliez pas que Jésus est venu soulager l’humanité de ses souffrances. Si vous sentez une souffrance dans la lecture de l’évangile alors posez-vous la question si c’est une souffrance gratuite, ou une acte de libération de celle-ci. Dans tous les cas, fiez vous à votre âme et à votre coeur, ils sont souvent d’excellents conseiller dans votre quête d’un Amour véritable.

  5. Bzzz dit :

    le philosophe dont vous parlez attaque régulièrement le christianisme, qui semble-t-il le dérange, il cite assez souvent cette phrase de Luc en l’attribuant à Jésus, sans préciser que cette phrase est dite par un personnage d’une histoire que raconte Jésus (selon Luc). Un auditeur non averti entendant ce philosophe pourrait croire que Jésus appelle ses disciples a tuer ceux qui ne veulent pas de lui, jésus, comme roi (c’est probablement une confusion voulue par le philosophe). Cela n’est évidemment pas le cas, la croix devrait nous rappeler à nous chrétien que Jésus est celui que l’on tue (ou qu’on lynche) et non celui qui tue ou qui appelle à tuer.

  6. sophie dit :

    Evangile selon Luc, chapitre 19, versets 11 à 27

    Comme ils écoutaient ces choses, Il ajouta une parabole, parce qu’Il était près de Jérusalem, et qu’ils pensaient que le royaume de Dieu allait être manifesté à l’instant.
    Il dit donc: Un homme de haute naissance s’en alla dans un pays lointain, pour prendre possession d’un royaume, et revenir ensuite. Ayant appelé dix de ses serviteurs, il leur donna dix mines, et leur dit: Faites-les valoir jusqu’à ce que je revienne. Mais ses concitoyens le haïssaient, et ils envoyèrent après lui une ambassade, pour dire: Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. Et il arriva qu’à son retour, après avoir pris possession du royaume, il ordonna qu’on appelât les serviteurs auxquels il avait donné de l’argent, pour savoir comment chacun l’avait fait valoir.
    Le premier vint, et dit: Seigneur, ta mine a produit dix mines. Et il lui dit: C’est bien, bon serviteur; parce que tu as été fidèle en peu de chose, tu auras puissance sur dix villes.
    Le second vint, et dit: Seigneur, ta mine a produit cinq mines. Et il lui dit: Et toi, sois établi sur cinq villes.
    Un autre vint, et dit: Seigneur, voici ta mine, que j’ai tenue enveloppée dans un mouchoir; car je t’ai craint, parce que tu es un homme sévère: tu enlèves ce que tu n’as pas déposé, et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé. Il lui dit: Je te juge par ta propre bouche, méchant serviteur. Tu savais que je suis un homme sévère, enlevant ce que je n’ai pas déposé, et moissonnant ce que je n’ai pas semé; pourquoi donc n’as-tu pas mis mon argent à la banque, afin qu’à mon retour je le retirasse avec les intérêts? Puis il dit à ceux que étaient présents: Otez-lui la mine, et donnez-la à celui qui en a dix. Et ils lui dirent: Seigneur, il a dix mines. Je vous le dis, on donnera à celui qui a déjà, et il sera dans l’abondance; mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a.
    Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et tuez-les devant moi.

    il s’agit d’une parabole visant à nommer des dérives: il parle d’un roi et de ce qu’il fait et dit pas de lui… c’est l’histoire d’un roi qui demande à ce que l’on tue ses ennemis… c’est pas compliqué à comprendre…

  7. Cette parabole est passionnante, et donne lieu à des montagnes de commentaires, d’interprétations et de prédications diverses depuis 2000 ans.

    Mais elle n’est pas si évidente à comprendre quand même pour tout le monde. Lue comme cela, si l’on ne connaissait pas Jésus-Christ et sa façon d’être avec les gens, cette petite histoire qu’il raconte pourrait sembler horrible et menaçante. Car la plupart des interprètes de cette parabole pensent que ce personnage du roi est Dieu. Alors effectivement, on peut trouver que ce roi ressemble plus aux pires tyrans de l’histoire qu’à Jésus accompagnant avec patience les pécheurs, priant pour le pardon de ceux qui le crucifient en se moquant de lui en plus…

    Sauf que l’on peut effectivement interpréter ce roi comme massacrant non pas la personne qui n’est pas à la hauteur, mais un roi massacrant ce qui fait souffrir cette personne, ce qui la rend méchante. Alors, effectivement, ce massacre est de l’amour. Comme un médecin massacre le cancer qui fait souffrir une personne malade, mais le médecin ne massacre pas la personne malade elle-même, sinon, c’est un mauvais médecin. Jésus se compare à un médecin quand on lui reproche d’aimer les pécheurs au lieu de les rejeter et de les laisser exécuter.

  8. Joseph Grillet dit :

    Je suis étonné que le pasteur ne cite pas le nom du roi Hérode Archélaos car c’est bien de lui qu’il s’agit. Son histoire était aussi connue des juifs que celle du vase de de Soissons pour les français. Brièvement, Hérode Archélalos devait succéder à son père en tant que roi mais les juifs ne voulaient pas de lui car c’était une brute. Alors il partit pour Rome pour faire confirmer son titre par l’empereur. A son retour il fit exécuter ceux qui s’étaient opposés à lui. Luc a cru intéressant d’insérer la parabole dans l’histoire du roi (littérairement cela s’appelle récit-cadre ou récit enchâssant), malheureusement il manque quelques mots qui établiraient clairement que la phrase finale a été prononcée par le roi et que Jésus ne fait que la rapporter. Cette parabole se trouve aussi en Mathieu, sans l’histoire du roi. Les musulmans qui cherchent à nuire au christianisme ne se privent pas de citer abondamment cette phrase.

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