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foule - http://www.flickr.com/photos/18378655@N00/613445810 Found on flickrcc.netJ’aime bien souvent ce que dit « François », le pape des chrétiens de l’église romaine. Mais il y a un point où il me semble avoir un discours particulièrement nocif, c’est quand il tente d’imposer aux couples le devoir de faire des enfants.

Selon Le Guardian, lors d’une audience générale Place Saint Pierre cette semaine, le pape François a encore une fois insisté sur son sentiment qu’il est égoïste pour un couple de ne pas vouloir d’enfant. Il reprend ainsi un thème qui semble récurrent chez lui.

Nous avions pu remarquer cela déjà dans le rapport publié à l’automne dernier à l’occasion du synode sur la famille. Ce rapport présentait des ouvertures remarquables sur bien des points sauf sur la question de la fécondité biologique du mariage, présentée comme un élément clef du mariage, quasiment sa raison d’être.

Et, en remontant dans le temps, j’avais déjà remarqué en juin dernier un terrible développement du pape lors d’une de ses homélies en juin dernier, ironisant sur les couples qui par choix n’ont pas eu d’enfants, comme préférant des animaux de compagnie :

« … ah c’est sûr, tu peux visiter le monde, partir en vacances, avoir une maison à la campagne, être tranquille. Et c’est sans doute mieux, plus commode, d’avoir un petit chien, deux chats… » Le souverain pontife n’a pas mâché ses mots au sujet des couples qui préfèrent vivre pour eux au lieu de choisir de donner la vie, et de partager les joies de la transmission. Pour François, il est clair qu' »à la fin, ces couples parviennent à la vieillesse dans l’amertume de la méchante solitude ». De plus, cette vision des choses n’est pas « ce que Jésus a fait avec son Eglise : lui l’a rendue féconde ». (Radio Notre-Dame)

Cela me semble tout à fait injuste, cruel et nocif.

  • c’est injuste car tous les couples qui ne veulent pas avoir d’enfant ne sont pas des personnes égoïstes qui ne pensent qu’à leur loisirs. On pourrait tenir le même discours, ironisant sur les couples qui ont des enfants juste pour répondre à la convenance sociale (où aux commandements de leur église), et qui ne s’investissent que peu ensuite dans l’éducation de leurs enfants. Ou accuser les couples d’avoir des enfants pour toucher les allocations, ou égoïstement en espérant ainsi avoir un soutien dans leurs vieux jours… Ce serait injuste de faire l’amalgame entre ces cas particuliers et tous les autres couples avec enfants ! C’est la même injustice que le pape fait subir aux couples n’ayant pas choisi d’avoir des enfants, le même type d’amalgames.
  • c’est cruel : car cela promeut une image du couple comme devant procréer, or il y a des couples qui voudraient avoir des enfants mais qui n’y arrivent pas. Avec cette théorie, le pape fait peser des soupçons sur ces couples déjà éprouvés, comme sur ceux qui, effectivement, ne se sentent pas prêts à avoir des enfants pour diverses raisons de santé, de difficultés de vie ou de vocation personnelle… et qui devront se justifier sans cesse face aux questions des « bien pensants » encouragés à trouver cela anormal, voire égoïste. Cette image du couple idéal projetée par ce genre de discours est cruelle aussi pour les personnes qui ne sont plus jeunes et qui désirent construire un couple, si la fécondité biologique est indissociable de la notion de couple et de mariage, comment sera considéré le mariage de personnes trop âgées pour avoir des enfants ?
  • Et c’est nocif. Très nocif. Car cette théorie conduit à multiplier des naissances dans des couples qui n’ont pas vraiment la vocation à élever un enfant. C’est déjà difficile d’élever un enfant quand on l’a désiré, c’est déjà difficile de grandir dans ce monde quand on est un enfant, puis un adolescent. Mais c’est encore bien plus difficile pour tout le monde quand l’enfant arrive dans un couple qui ne le désirait pas tellement. C’est nocif car la vocation personnelle de tel couple en particulier était peut-être tout autre que celle d’avoir un enfant, la vocation de ce couple était peut-être d’agir dans l’action humanitaire, ou dans l’éducation, dans l’art, dans la création d’emplois, dans l’annonce de l’évangile, ou la santé… et que cette vocation personnelle correspondant à leur talent, leur sensibilité et leur foi va être contrecarrée par un moralisme brutal tentant d’imposer une universelle vocation à la procréation.
  • C’est nocif encore pour la place de la relation sexuelle dans le couple. Si le fait de choisir de ne pas avoir d’enfant est accusé d’égoïsme, est-ce que cela ne salit pas la beauté et la valeur du plaisir donné à l’autre et reçu de l’autre dans le couple ? Non, ce n’est pas nécessairement égoïste de faire l’amour sans intention de procréer, en s’étant protégé ou en utilisant des contraceptifs, ou quand on n’est plus en âge de procréer.

Cette vision du couple comme devant obligatoirement avoir la vocation de procréer si cela est possible est d’autant plus surréaliste que l’évangile du Christ insiste tout particulièrement sur la dimension spirituelle de la personne et de la vie humaine. Et quand il nous est dit que le Christ est venu pour donner la vie en abondance (Jean 10:10), il ne l’a certainement pas accompli en ayant conçu biologiquement des douzaines d’enfants. Il semble plausible que Jésus n’a pas eu d’enfants. Peut-on dire que sa vie n’a pas été féconde ? Cette fécondité est spirituelle, théologique, morale. Mais Jésus n’a absolument rien fait, apparemment, pour augmenter la démographie,  il n’en a même pas parlé pour nous encourager à faire des enfants.

C’est vrai que la dimension biologique est une excellente dimension de l’humain, et à ce titre le plaisir sexuel, le plaisir d’écouter de la musique ou de manger des plats délicieux… font partie des bénédictions de Dieu. Et c’est pourquoi aussi la procréation est une excellente et vraie fécondité, et c’est une magnifique vocation. Mais il y a d’autres fécondités qui existent, et donc d’autres vocations. Et l’on peut créer de l’humain dans d’autres types d’investissement qu’en fabriquant et en élevant un enfant.

Alors pourquoi un couple n’aurait pas le droit d’avoir une vocation à prendre d’autres engagements, pour d’autres fécondités ? Pourquoi est-que ce serait nécessairement plus égoïste, ou moins saint ? La vocation personnelle est quelque chose qui s’élabore et se négocie par chaque personne individuelle dans sa tête et son cœur en dialogue personnel avec son Dieu. Il en est de même du couple, et de sa vocation qui doit s’élaborer dans la sincérité d’un dialogue dans le couple et dans la prière à Dieu. Jésus lui-même ne s’immisce pas dans cette élaboration de la vocation personnelle des personnes qu’il rencontre. Au contraire, il les libère, il les autorise avec des phrases comme « ta foi t’a sauvé, va en paix » à élaborer leur propre cheminement. Ce « va en paix » de Jésus est aussi pour le couple.

Clairement (selon le pape), le couple sans enfant qui « parvient à la vieillesse dans l’amertume de la méchante solitude« , ce portrait est particulièrement cruel. Cela n’est pas correct de vouloir forcer les gens à suivre ce que l’on veut leur imposer en utilisant des menaces comme cela, fausses. J’ai eu l’honneur et la joie de rencontrer sœur Emmanuelle (dont Charlie hebdo s’amuse à salir la mémoire, il parait que c’est de l’humour et de la légitime liberté d’expression ? mais c’est une autre question). Cette merveilleuse, rayonnante, généreuse et libre grande dame n’était absolument pas « parvenue à la vieillesse dans l’amertume de la méchante solitude » . Alors, pourquoi un couple qui aurait agi toute sa vie en réponse à sa vocation personnelle, sans avoir d’enfant non plus, serait nécessairement à la fin de sa vie dans l’amertume de la méchante solitude ? C’est à mon avis tout le contraire, c’est quand on accomplit une vocation personnelle, construite en toute sincérité avec son Dieu que l’on fait l’œuvre la plus utile. Et c’est en même temps la façon d’être et de vivre la plus épanouissante pour soi-même, que cette vocation soit d’avoir des enfants, ou qu’elle soit différente.

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4 Réponses à “Monsieur le pape : par pitié, arrêtez de stigmatiser les couples sans enfant !”

  1. marie-thérèse - nancy dit :

    votre article est comme d’habitude plein de bon sens et d’apaisement – maman d’une fille qui ne souhaite pas d’enfant, j’ai essayé longtemps de la faire changer d’avis conformément
    à ma religion (catholique) – mais j’ai compris depuis que sa vie est pleine de richesses et en vous lisant j’ai vraiment ressenti un total soulagement – merci
    bonjour amical de Nancy

  2. Havah dit :

    Je suis d’accord avec les arguments soulevés par le Pasteur Pernot, n’aimant pas du tout les gens qui critiquent systématiquement le refus de certains couples de faire des enfants. Ceci dit, je pense que le Pape par ses propos, semble vouloir plutôt attirer l’attention sur LA NATURE DES RAISONS qui poussent certaines personnes à ne pas vouloir des enfants.

    “A society with a greedy generation, that doesn’t want to surround itself with children, that considers them above all worrisome, a weight, a risk, is a depressed society,” the pope said. “The choice to not have children is selfish. Life rejuvenates and acquires energy when it multiplies: It is enriched, not impoverished.”

    The remarks echoed his earlier comments on the topic of childlessness. Last year, he warned against the lure of a “culture of wellbeing” that can come when a couple does not have children and has the money and freedom to take nice holidays and buy a second home in the countryside.
    “It might be better, more comfortable, to have a dog, two cats, and the love goes to the two cats and the dog,” he said. “Is this true or is this not? Have you seen it? Then, in the end, this marriage comes to old age in solitude, with the bitterness of loneliness.”

    Il est très évident dans les paragraphes ci-dessus que l’interpellation s’adresse aux gens qui ne veulent pas voir d’enfants car ils considèrent cette tâche comme un fardeau, les empêchant de profiter de la vie comme ils le souhaiteraient, comme si ce serait un frein à un certain hédonisme: « Nous ne voulons pas d’enfants car nous voulons pouvoir voyager librement, à notre guise, sans entraves ou pouvoir consacrer l’argent qui aurait été dédié à l’éducation des enfants, à l’achat d’une seconde résidence de campagne ». Même moi, je le sors cet argument de la liberté d’action et de mouvement qui se retrouve restreinte quand on a des enfants.

    Prenons-le comme on veut mais les maisons de retraite sont un parfait témoignage de ce que le Pape énonce dans les paragraphes cités par le Guardian: des personnes âgées qui vieillissent et meurent seules. Oui, on NE DOIT PAS faire des enfants juste pour qu’ils nous servent de bâtons de vieillesse, surtout qu’ils pourraient très bien mourir avant leurs parents. Cependant, le Pape a quand même un bon argument quand il essaie de faire comprendre que refuser de faire des enfants car c’est trop de boulot et se prendre des animaux de compagnie à la place car l’investissement est moindre, se traduit dans bien des cas, par une vieillesse dans une extrême solitude. Après, chacun fait ce qu’il veut.

  3. Louise dit :

    Monsieur le Pasteur,
    Savez comment l’on fait pour trouver sa vocation ? ( comme vous dites dans l article … »art, humanitaire, création d’emploie, enseignement, enfants » …?
    Merci

  4. Toronado dit :

    J’approuve à 100% votre article, qui correspond exactement à ma façon de penser. Je vais même plus loin : cette déclaration du pape est scandaleuse et irréfléchie.
    Comme vous le dites très justement, on peut soupçonner un couple ayant beaucoup d’enfants d’être égoïste en pensant aux allocations et à ses vieux jours.
    Mais il y a autre chose de plus grave : les problèmes écologiques sont directement liés à la démographie. Si la croissance démographique continue sur la même pente, on estime que la population atteindra 10 milliards d’individus à la fin de ce siècle. On me dira que la démographie se stabilise dans les pays développés. Mais la parole du pape est entendue dans le monde entier, et souvent considérée comme celle de Dieu.

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