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Panneau de circulation avec des flèches. http://www.flickr.com/photos/38712296@N07/7951903536 Found on flickrcc.netDans le choix d’une religion, il me semble qu’il y a, en réalité, un double choix à faire :

  • Le choix d’une religion, et d’une confession à l’intérieur de cette religion concerne une conception de Dieu (théologie), de l’humain (anthropologie), ce que l’on peut attendre de Dieu (comment est-on sauvé et de quoi), une éthique… mais aussi une culture (rites, peut-être des lieux, temps…)
  • Le choix du rapport que l’on entretien avec sa religion, la sacralisant plus ou moins.

En effet, dans tous les courants de pensée et religions, il y a tout un éventail de rapports que la personne peut avoir avec sa religion ou son courant de pensée.
Il y a, schématiquement :

  • des intégristes (tout ce qui est en dehors de mon courant est diabolique et doit être combattu),
  • des traditionalistes (très attachés à bien tout respecter à la lettre, sinon tout est perdu),
  • des classiques (rentrent dans le moule sans chercher à personnaliser sa foi),
  • des progressistes (la religion est un moyen à perfectionner toujours afin d’aider au développement de chaque personne)
  • des libéraux extrêmes (prêts à mélanger éventuellement tous les courants),
  • sans compter les je-m’en foutistes (qui ont plus ou moins une certaine croyance, mais qui ne change concrètement rien du tout à leur façon d’être),

Ces façons de vivre sa foi existent aussi dans le catholicisme, l’orthodoxie, le judaïsme, l’islam & autres courants de pensée…

Ce n’est pas nécessairement la forme du culte qui révèle le rapport qui est entretenu avec sa religion. Car il est fréquent d’avoir une forme de culte moderniste et un fond réactionnaire (comme dans certaines églises « évangéliques »), ou, à l’inverse, il est possible d’avoir une forme traditionnelle et un fond progressiste (comme à l’Oratoire, ou avec mes juifs Massorti).

On pourrait donc faire une matrice avec en colonnes les religions et confessions, et en lignes les types de rapports que chacun entretient avec sa religion.

Est-ce que je choisis d’être (désolé pour les colonnes qui manquent, c’est juste pour le principe) :

\ Religion
\
Rapport \
avec ma R. \

Chrétien

Juif

Musulman

Humaniste …

catholique

protestant

évangélique

sépharade
ashkénase.

sunnite

chiiite

écolo

libéral

intégriste
tradi
main stream
progressiste
syncrétistes

Plus on est dans le haut du tableau :

  • Plus un ensemble de croyances et de règles morales sont sacralisées et unit les membres.
  • Plus les relations avec les autres colonnes sont impossibles et les lignes en dessous difficiles (bien que conjoncturellement, des traditionnalistes de tout poil peuvent se retrouver côte à côte dans un même combat pour défendre par exemple la criminalisation de l’avortement, du blasphème…)
  • Plus la part collective de la religion est importante (en volume et en valeur) par rapport à la pratique personnelle.
  • Plus la pratique religieuse est structurante, portante. Plus le groupe est soudé et solidaire.

Plus on est dans le bas du tableau :

  • Plus la démarche personnelle est valorisée, c’est le fait même de chercher qui unit les membres.
  • Plus les croyances sont déterminée individuellement, et le pluralisme valorisé comme une richesse.
  • Plus sont recherchées les relations avec les personnes d’autres colonnes dans une ligne proche, par contre, les relations avec les lignes plus hautes sont difficiles, avec même un certain mépris.
  • Plus la pratique collective est au service de la pratique personnelle (lecture et interprétation des textes, réflexion, prière, ressourcements hors de son groupe…)
  • La pratique religieuse est plus épanouissante que structurante, apportant une remise en question.

Schématiquement, on pourrait représenter la vision proposée ainsi :

union par la frontière eglise progressiste l'union n'est pas le problème

Haut du tableau
ce qui unit : une frontière (un ensemble de doctrines, de règles morales) -> une église de purs, structurante. Il y a une liberté tant que l’on reste à l’intérieur. Ceux qui sont à l’extérieur de la frontière sont considérés comme perdus (intégristes) ou peu fréquentables (traditionalistes)

Milieu de tableau
ce qui unit : un centre (une église engagée, progressiste, épanouissante). Une importance déterminante est accordée au Christ par les membres, ce qui n’empêche pas chacun de s’intéresser aussi à d’autres sources (science, histoire, philosophie, psychanalyse, religions…)
Bas du tableau
peu importe : relativisme, syncrétisme (créativité personnelle)

La conception de ce qui nous unit est différente selon les lignes :

  • Dans le haut du tableau, ce qui unit est une frontière (un ensemble de doctrines, de règles morales). Il y a une liberté tant que l’on reste à l’intérieur. Ceux qui sont à l’extérieur de la frontière sont considérés comme perdus (lignes hautes), ou peu fréquentables (lignes du milieu).
  • Dans le bas du tableau, ce qui unit est la démarche de chacun vers un centre (par exemple, pour le chrétien libéral : le Christ), ou des centres (pour les libéraux extrêmes).

A mon avis, dans un cadre laïc :

  • Il faut respecter au maximum (légal) le choix des colonnes fait par les autres personnes.
  • Il me semble légitime et souhaitable de chercher à aider les personnes à glisser dans des lignes de la 2e moitié du tableau, car cela favorise le développement d’un sujet plus libre et plus en évolution, avec de meilleures chances de relations et d’engagement dans la société civile, et des communautés moins cloisonnées, ce qui donne une société plus vivable.

Gaspard de Coligny

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6 Réponses à “Choisir sa religion… et son rapport avec sa religion”

  1. Pauline L dit :

    Article vraiment intéressant, qui synthétise en quelques lignes toute la complexité du choix de sa religion. Très éclairant.

  2. Serge dit :

    Bonsoir à vous toutes et tous,
    Moi, je protestant tradi : attaché aux anciens cantiques, à la liturgie classique (allergique aux cultes avec la musique moderne), à la robe du pasteur, à l’histoire des camisards, etc..
    Mais je suis aussi protestant progressiste :
    – J’aurais bien aimé que la bénédiction de l’union de 2 personnes quelque soit leur appartenance sexuelle puisse être bénie !
    – J’aimerais que l’Eglise protestante Unie de France s’engage plus sur le plan humain contre le libéralisme, prenne une position pour l’humain radicalement !
    Ben non…
    On peut être attaché aux traditions protestantes, vouloir les défendre à tous prix, et être attaché avant tout à l’humain qui est au cœur de l’Evangile ! Parce que Jésus s’est adressé avant tout aux gens repoussés, rejetés, coupables…. Et ca s’équilibre bien désolé !

  3. Et bien oui :

    • nous sommes attachés à une forme classique du culte,
    • et nous sommes plus encore attachés à un fond progressiste.

    En réalité le tableau ci-dessus parle du fond, pas de la forme.

    D’autres églises ont une forme moderniste et un fond de théologie et de morale réactionnaires

  4. dominique dit :

    A l’inverse de serge , suis-je libéral pour ne pas tenir obligatoirement sur la robe pour les pasteurs et ni pour des cantiques modernes (au 16 siècle les cantiques du psautier français étaient modernes maintenant ils sont obsolètes)pour une église sur le web universelle ,
    mais suis-je tradi car par contre je ne suis pas pour des bénédictions entre personnes de même sexe car cela n’a rien à faire dans nos communautés .chacun doit pouvoir dire sa foi individuellement mais on ne doit pas copier la pratique sociale (loi sur le mariage homosexuel) ou catholique (contre le mariage homo )sur cette union car il n’y a pas de sacrement du mariage donc cela ne concerne pas les protestants tradi ,libéro ,ect ,CQFD ?
    Bonne journée

  5. Précisément, j’essaye de dire que ce n’est pas le contenu de nos convictions qui font le libéral ou le traditionaliste, mais la rapport que l’on entretien avec ses propres convictions.

    • Une personne qui aime les cantiques du XVIe siècle et l’orgue, le pasteur en robe dans un perchoir, le symbole dit « des apôtres », et n’est pas favorable à l’ouverture des cérémonies de mariage aux homos… peut néanmoins être libéral s’il accepte que d’autres croyants puissent avoir des goûts et opinions différents, et être valablement chrétiens, et appartenir à la même église. Car cette personne, même avec des convictions classiques, peut très bien vivre dans une église pluraliste, et avoir des relations œcuméniques fécondes.
    • Et une personne qui ne pense pas que la Bible soit écrite par le doigt de Dieu à la lettre près mais en fait une lecture historico-critique, qui ne pense pas que Jésus aurait marché sur l’eau au sens physique du terme ni qu’il soit ressuscité en chair et en os, et que Jésus n’est pas Dieu… peut néanmoins être intégriste s’il pense que sa façon d’être chrétien est la seule façon possible, que les autres sont des illuminés prenant leurs rêves d’enfant pour Dieu. Cette personne, même avec des convictions « modernes », va souffrir et faire souffrir les autres dans une église pluraliste et dans des relations œcuméniques.
  6. visiteur dit :

    Cher Marc,

    Un de mes amis m’a envoyé le lien ci-dessous. C’est très intéressant.
    On voit bien que la fracture entre religions se situe entre libéraux ou pas et probablement pas entre religions.
    Faut pas croire avec Delphine Horvilleur (vidéo 26 mn).

    Amitiés,

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