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homme sur une montagne - http://www.flickr.com/photos/22294215@N06/9432702364 Found on flickrcc.net

Question d’un visiteur :

Cher pasteur,
Bonjour,

Voici une question qui me taraude depuis un certain temps et sur laquelle j’aimerais avoir vos réflexions : qui (quoi?) est Dieu?

Dieu est-il un « tu » à qui un « je » s’adresse? Nous prions Dieu comme si nous nous adressons à une personne qui a des oreilles pour écouter ce que nous lui disons. Une personne dotée d’une conscience, qui décide ou non d’exaucer nos prières.

Nous avons ce besoin de conceptualiser et de donner un nom au choses. Mai j’ai l’impression que le terme « Dieu » donne un « contour » à une réalité bien plus complexe, bien plus diffuse et grande. J’ai le sentiment que la manière dont nous concevons la divinité est une simplification qui ne traduit peut être pas l’immensité qui se cache derrière le concept de la divinité.

Au lieu d’être le « tu » à qui « je » m’adresse, Dieu n’est-il pas aussi une entité « intérieure », présente dans chacun de nous. Peut-être au sens du « Saint-Esprit », ou peut-être dans un sens plus large, une dynamique d’évolution, une énergie originelle diffuse dans tout ce qui existe, qui serait en nous, mais aussi à l’extérieur de nous, dans le sens du « Qi » Taoiste ou Bouddhiste.
Peut-être que Dieu aurait pu s’appeller « Nature ». La nature créatrice, nourricière, énergie, protectrice et dévastatrice, elle est aussi « nous », mais elle est aussi infini, espace, galaxie…bref, je m’égare.

Par ailleurs, j’ai le sentiment que la Bible, parfois, humanise Dieu. Dieu peut être jaloux, ou en colère. Mais ces sentiment ne sont il pas trop humains? Pour reprendre mon exercice sémantique, nous n’aurions peut-être pas eu cette tendance à l’anthropomorphisme si Dieu était ‘Nature » car la nature n’est pas jalouse, ni colérique. Elle n’est pas une entité que je peux saisir par la pensée. Elle n’est pas délimitée par le mot qui la définit.

Enfin, cela pose aussi la question de la prière. Car si Dieu n’est pas un « tu », alors comment prier? Et même, à quoi servirait la prière? Elle se ferait peut être plus « méditation », en nous donnant les forces intérieures pour induire les changements que l’on demande habituellement à DIeu.

Voilà, j’espère que je ne vous ai pas trop embrouillé.

Merci de m’avoir lu,

Cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Votre question est hyper bien posée, tellement qu’elle porte en elle-même la réponse que je lui aurait donnée.

Dieu est bien évidemment une réalité infiniment complexe (même nous, personne humaine, sommes un être infiniment complexe que l’on ne peut réduire à une simple définition, une seule dimension). Mais il est plus que complexe, il est d’un autre ordre que nous, s’il est effectivement une source transcendante de ce qui existe. Il est donc à la fois une immensité, si l’on peut parler ainsi, et quelque chose qui nous est intérieur (si l’on peut parler ainsi). Et cela pose effectivement question par rapport à notre discours théologique mais aussi pour notre prière.

Mais la réponse que je donnerais à cette remarque rejoint votre « si Dieu n’est pas un « tu », alors comment prier? »

  • En même temps il est bon de ne pas être dupe de ce que nous faisons quand nous parlons de Dieu comme d’une personne, un peu comme nous sommes nous-mêmes une personne, douée de volonté & de projets, de relations et d’interactions, vivant dans le temps.
  • En même temps il est plus que très utile non seulement d’utiliser ces images mais de les vivre dans la prière, dans la contemplation et dans la confiance pour dire ce que nous avons sur le cœur. Car cela permet de faire le lien entre cette réalité qu’est Dieu et notre propre existence.

La Bible n’est pas dupe de cette tension. Mais c’est dans cette tension qu’est le génie de la pensée et de la spiritualité biblique. C’est fondamentalement une théologie de la transcendance absolue de Dieu mais encore de l’incarnation.

  • Sans cesse la transcendance de Dieu est rappelée, en particulier dans ce commandement de ne pas se faire d’image de Dieu. Ce danger ne se limite pas à ceux qui se forgent une statue de veau en or pour avoir un Dieu que l’on peut saisir dans ses mains, et bien maîtriser, bien voir. Cela nous concerne aussi quand nous prenons notre discours sur Dieu, nos doctrines, notre morale et nos « confessions de foi » comme étant sacrés…
  • Et sans cesse, la Bible nous rappelle que Dieu s’incarne dans des gestes de création, mais surtout, en ce qui nous concerne, en nous créant « à son image ». La Parole a été faite chair. Et le cheminement qui nous est proposé n’est pas quelque chose comme un rite, mais simplement de vivre à l’image de ce que Dieu est et vit.

Cette tension entre les deux se retrouve très bien dans de multiples passages de la Bible, par exemple :

  • dans la construction du temple de Jérusalem par Salomon (voir cette prédication) le texte montre qu’il sait bien que ce serait absurde de penser que Dieu habiterait dans une maison en pierre où qu’elle soit, lui que l’univers entier ne pourrait contenir, mais que néanmoins cette construction pourrait être utile pour aider les personnes à prier, à orienter leur regard.
  • dans le « notre Père » de Jésus, ce Dieu à qui il nous renvoie est un Dieu de l’intime, et non des grands rassemblements, il est le tout proche, là, dans notre chambre, là dans notre cœur, au-dedans de nous, il est comme un Père pour nous, c’est à dire de même nature, de même sang, de même métier, juste un peu plus sage et plus grand que l’enfant que nous sommes ? et pourtant il est « aux cieux », ce qui signifie qu’il est dans un autre espace qui nous est totalement inaccessible (voir peut-être cette autre prédication).

Donc, à mon avis, il est juste et bon de prier Dieu et de le penser, et de le dire avec toute la naïveté qu’il pourrait sembler y avoir dans le fait de le considérer comme une personne qui nous connaît et qui nous aime, qui nous écoute et qui tient compte de ce que nous lui disons. Car ce n’est pas faut, et c’est très utile d’avoir cette attitude. Mais en même temps il est bon de savoir ce que nous faisons en faisant cela. Que Dieu est infiniment plus et autre qu’un ami. Fondamentalement, c’est là qu’il est essentiel de faire la distinction entre foi et croyances, entre Dieu et notre doctrine sur Dieu, entre la Vérité qu’est le Christ et nos préceptes moraux.

Si l’on oublie la transcendance de Dieu, nous prenons le risque de vite tomber dans l’idolâtrie, ou dans sa variante qu’est l’intégrisme et autres fondamentalismes
Si l’on oublie l’incarnation, on tombe vite dans une certaine forme d’athéisme, ou Dieu est tellement le tout autre que l’on en vient à ne plus le prier, à ne plus parler de Dieu…

Et c’est un des grands bénéfices de l’œcuménisme, à mon avis. Car déjà en étant en relation avec des croyants sincères qui diffèrent sur leurs rites & croyances met déjà en valeur la transcendance de Dieu, toujours au delà de ce que l’homme peut en dire, et foi qui expérimente l’incarnation. Le catholicisme privilégie peut-être l’incarnation par ses rites et ses doctrines. Le protestantisme libéral privilégie la transcendance de Dieu. De bonnes relations confiantes et respectueuses entre catholiques et protestants ouvre à cette mise en tension féconde, et limite les risques d’exagération dans un sens ou dans l’autre ?

Amitiés fraternelles

pasteur Gaspard de Coligny

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3 Réponses à “Question : Dieu est-il un « tu » à qui un « je » s’adresse ? N’est-il pas infiniment plus, ou autre ?”

  1. Jacqueline Catalogne dit :

    Un grand merci ! Magnifique question, magnifique réponse , qui résonne tellement avec ce que j’ai ressenti, profondément, dans le silence du désert du Sinaï, il y a 25 ans et par lequel je suis passée pour aller en Israël, Terre Sainte, mais qui est aussi sainte que le sol des Yvelines où je vis, à 80 ans et qui ne me quitte plus : Dieu Tout Autre, inconcevable, Immense, et Dieu tout intime, me connaissant sans doute infiniment plus que je ne le peux moi-même ? Je n’avais jamais encore trouvé une aussi belle question et une aussi belle réponse se répondant l’une l’autre ! J’ai voulu vou remercier et je viens de la partager, sur ma page Facebook et le ferai sur mon site pour ceux à qui ça peut interpeller ,dire quelque chose ou parler de Quelqu’un qui restera toujours un questionnement ultime, peut-être insoluble et , heureusement, car il laisse place à notre liberté ! Merci !
    Comme le dit mon site, je suis catholique et reste profondément « accrocher » au Christ, mais très libre et dans une sangha zen depuis 13 ans !

  2. nesuferit dit :

    « A cause de cela je fléchis mes genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ (duquel toute la parenté est nommée dans les cieux et sur la terre;) afin que selon les richesses de sa gloire, il vous donne d’être puissamment fortifiés par son Esprit, en l’homme intérieur; tellement que Christ habite dans vos cœurs par la foi : afin qu’étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur et la longueur, la profondeur et la hauteur; et connaître la charité de Christ, laquelle surpasse toute connaissance : afin que vous soyez remplis de toute plénitude de Dieu. Or, à celui qui par la puissance qui agit en nous avec efficace, peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons et pensons; à lui soit gloire dans l’Eglise, en Jésus-Christ, dans tous les âges, du siècle des siècles! Amen! » (éphésiens 3:14-21)

  3. John dit :

    merci pasteur!!!

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