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Couverture du livre " Le Maître de la Terre , la crise des derniers temps" de Robert-Hugh Benson

Bonjour,

Je viens de lire « Le Maître de la Terre , la crise des derniers temps » de Robert-Hugh Benson.
J’invite ceux qui ne l’ont pas encore lu à le lire et ce pour plusieurs raisons que je vais essayer d’exposer.
C’est un roman ( un roman d’aventure dira son auteur), mais un roman très troublant. Il a été écrit avant la première guerre mondiale et se projette dans un futur proche. Ce qui pour nous, lecteurs du XXIe siècle produit un effet de rétro-futurisme. Ce roman, littéralement apocalyptique ( au sens banal du terme, mais aussi au sens biblique) nous projette dans un monde où l’idéologie « humaniste » séduit tous les esprits, dans un progressisme béat et produit une captation du penchant religieux pour une sécularisation qui idolâtre l’Homme. Le catholicisme devient le dernier ilot de résistance à abattre, considéré comme une vaine superstition et comme l’ennemi de l’homme et du progrès…

Ce qui est frappant dans ce livre ( même si on n’approuve pas forcément la caractérisation des forces – le pouvoir maçonnique vs Rome ), c’est qu’il identifie bien tous les symptômes de cet enfer pavé de bonnes intentions que sont les idéologies nouvelles. Déjà, Dietrich Bonhoeffer me fascine, pour avoir eu cette lucidité dans l’Histoire et avoir tout vu venir, et Ellul aussi, semble avoir eu cette capacité critique et prophétique; Benson,semble bien lui aussi-  avant le suicide Européen déclenché en 14, avoir perçu les forces en jeu, les mutations idéologiques jusqu’à nos jours.
Ce n’est peut-être pas un détail : c’est un des livres de chevet du Pape François et de son prédécesseur, au point où il le conseille aux journalistes pour les confronter à leur responsabilité dans l’enrôlement des esprits…
Ce livre me questionne de plusieurs façon. S’il confirme mon intuition que l’apocalypse et les questions eschatologiques sont une méthode critique pour voir le monde avec cette radicalité qui peut rendre lucide par delà l’immersion dans la pensée contemporaine pour Voir le monde et où il va, il m’oppose aussi un miroir pour m’interroger sur mes partis pris « modernes », « progressistes », à mes adhésions à l’ère du temps.
La tradition libérale, semble accompagner le monde et ces changements et c’est heureux, mais ne soutient-elle pas une tendance qui in fine nous enferme dans le monde ( au sens paulinien) et qui rend aveugle?
Le livre évoque des symptômes ( euthanasie comme compassion, fête de la solidarité, paix universelle, président de l’Europe, mondialisation, le « pour tous », glorification de l’homme et de son autonomisation contre ce qui est considéré comme « superstitieux », apparence de rationalité…). Et si on substitue « catholiques » par « juifs », le livre prévoit toute la méthode progressive de leur élimination, avec le sommeil bienveillant de la population si contente d’être « pacifiste »…
Pour ce qui s’applique de nos jours, j’y vois une certaine analogie avec les valeurs « sympa » de l’Obama mania, de la rhétorique socialiste ou de la novlangue sarkosiste, jusqu’à « l’esprit canal + » ( toutes ces valeurs généreuses qui défoncent tout ce qui n’est pas contemporain et dernier cri sur le plan spirituel et moral…) Non pas, que je sois pour ou contre ces valeurs: la question est plus celle de leur accumulation rapide (les lois se succèdent à grande vitesse sous le prétexte de l’état d’urgence par exemple, avec un effet de substitution et d’usurpation, sans parler de la place qu’elle laissent à des forces bien plus vicieuses.
Cela m’interroge aussi sur mon rôle de « chrétien » ( le kaïros, l’adhésion « comme si pas » à l’ere du temps) de l’exigence de lucidité. Si je partage les valeurs d’ouverture, d’humanisme, de solidarité, du progrès technologique, de pacifisme etc… à partir de quand suis-je l’idiot utile de l’antéchrist?
N’est-il pas fondamental, de ne pas nier théologiquement la divinité du Christ dans ce cas, sans quoi il semble que nous tombons dans le « tout fait par l’homme »?  Ne faut-il pas entendre la remarque du Pape ( même si nous sommes protestants), lorsqu’il dit que l’Eglise ne peut se réduire à être une ONG?
( je comprends par là, que le syndrôme abbé Pierre est ce qu’un peuple sécularisé accepte de la religion : son socialisme… ou Dieu est tellement optionnel qu’il meurt)
Ce livre nous pose une question à nous protestants ( dont l’Histoire a un certain parallèle avec la sécularisation, jusqu’à Nietzsche…),qui est une question chrétienne au fond : comment vivre à la fois dans le monde et pour le Royaume? Comment se placer par rapport à l’innovation en matière de religion?
Les fondamentalistes ont relativisé la science pour absolutiser le texte ( c’est un extrême), mais il y a aussi l’extrême inverse, relativiser le contenu pour l’adapter au modes du monde ( il ne serait plus crédible de croire à quoi que ce soit de « surnaturel », ce qui implique qu’il n’y a que du naturel, ce qui à terme rend l’homme quantifiable, programmable, mesurable…)
Bien sûr je n’affirme rien, mais je me méfie de Babel et de l’unique langue d’un monde fait de briques…
Qu’en pensez-vous?

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3 Réponses à “Un pamphlet anti-libéral ?  » Le Maître de la Terre , la crise des derniers temps » de Robert-Hugh Benson”

  1. Merci, Nicolas, de cette recension passionnante.
    D’autant plus que je n’ai pas lu ce livre.
    Mais vos mots me donnent à penser. Voici quelques remarques :

    • C’est vrai qu’il pourrait y avoir une mode de toujours poursuivre la dernière idée à la mode. Mais je pense sincèrement que ce reproche n’est pas fondé en ce qui concerne la plupart des chrétiens libéraux, juifs libéraux, musulmans libéraux. Au contraire, le libéralisme religieux est une forme exigeante de la religion, maniant conviction et recherche, dans un effort rigoureux d’interprétation des textes, de recherche philosophique et de foi.
    • Bien entendu, cette liberté gène tous les conservatismes, car leurs institutions tiennent en sacralisant leur pensée traditionnelle, en la présentant comme la seule et unique vérité, la vérité même de Dieu, ou pas loin. Le libéralisme est alors combattu, avec en général deux gros arguments, pas très sympathiques :
    • Les conservateurs traitent le libéralisme de « relativisme ». C’est vrai que le libéral relativise la valeur du dogme, le dépouillant de sa prétention à détenir LA Vérité, mais lui reconnaissant le droit de prétendre être une vérité, un point de vue. Mais c’est en général injuste de qualifier le croyant libéral de relativisme, comme si l’absence de convictions lui tenait lieu de système de pensée. Au contraire, le libéral a un système de conviction auquel il est attaché, d’autant plus qu’il a travaillé lui-même, librement, à le développer. Et ce qui concerne le chrétien libéral, il ne relativise pas tout, au contraire, en relativisant les dogmes il valorise Dieu, le Christ, la valeur de la personne humaine et de la sincérité de son point de vue.
    • La 2nd grosse attaque contre le croyant libéral est d’être, comme vous le relevez, enfermé dans le monde, une marionnette dans l’ère du temps. Je pense que ce reproche est injuste. Au cœur du christianisme, il y a la notion d’incarnation de la Parole de Dieu en Christ. Et en conséquence, il nous appelle à la fois à être dans le monde sans être « du monde ». Toute la foi chrétienne, la vie, la pensée est donc en tension féconde entre le souffle de Dieu et ce monde. Comme l’Esprit de Dieu est vivant, sans cesse dans la nouveauté, comme ce monde est en évolution, comme chaque vie, chaque personne est particulière dans un certain sens, et vivante. Il est normal, juste et bon, que la pensée chrétienne soit en partie contingente, en évolution, elle est en dialogue avec ce monde, elle en tient compte, elle y répond. Nous sommes donc dans le monde, oui, mais en espérant, humblement, que nous y apporterons une touche prophétique qui vient de l’Esprit, qui vient d’une bonne est juste complexes, les cas particuliers, cherchant non pas à trancher selon la rigueur d’une norme fixée une fois pour toutes et pour tous, mais discernant le chemin qui est quelque chose comme le meilleur chemin possible, ou le moins mauvais. Donc non, les « valeurs d’ouverture, d’humanisme, de solidarité, du progrès technologique, de pacifisme etc… » ne sont pas idiotes, mais elles sont à vivre là aussi avec discernement et intelligence. Elles sont en réalités enracinées dans bien des attitudes fondamentales de Jésus-Christ, car elles ne sont pas « antéchrist », mais « anti-intégrisme », anti-sacralisation de l’institution, anti-pensée unique, anti broyage de l’individu, de sa vie, de sa pensée personnelle. À partir de quand suis-je l’idiot utile de l’antéchrist ? quand vous arrêterez de laisser souffler en vous l’Esprit, c’est à dire quand vous arrêterez d’avoir le courage d’avoir un point de vue personnel, libre et enraciné dans l’amour de Dieu, de la personen particulière que Dieu nous confie
    • Bruegel l'ancien - al tour de Babel (1563)

    • Babel, c’est la pensée unique « Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots »(Genèse 11:1), Dieu, au contraire, favorise la multiplicité des points de vue, des langues, des discours, des itinéraires (Genèse 11:7-8). Le projet de pensée unique de personnes rassemblées par cette pensée unique ressemble à mon avis plus à tout système de pensée englobant et conservateur, plus qu’à la façon d’être du croyant progressiste, qui privilégie la relation personnelle avec Dieu de chacun.
  2. Nicolas Bernhardt dit :

    Votre réponse est très intéressante et très inspirante, surtout sur les points de la « touche prophétique » , de l’incarnation et ceci :

    « À partir de quand suis-je l’idiot utile de l’antéchrist ? quand vous arrêterez de laisser souffler en vous l’Esprit, c’est à dire quand vous arrêterez d’avoir le courage d’avoir un point de vue personnel, libre et enraciné dans l’amour de Dieu, de la personen particulière que Dieu nous confie ».

    Je suis par contre un peu gêné, car j’ai le sentiment que mes questions nous orientent vers un débat libéral/conservatisme ( en domaine religieux) qui est loin d’être le propos du livre, il faut être honnête. Le livre oppose une société mondialisée qui se laisse séduire par l’Antéchrist, par une fascination quasi magique (proche de la fascination nazi ou communiste), à la faiblesse d’une Foi dans laquelle peu ont la force de persévérer.

    Je ne pense donc pas que le livre soit un pamphlet anti-libéral. Je pense que le livre fait l’apologie de la Foi, qui n’est pas un « système », face à des séductions politiques et sociétales qui tendent à endoctriner et briser l’intuition spirituelle par des « vérités-mensonges ».

    Votre réponse va dans le sens du livre en quelque sorte, lorsque vous parler de l’enracinement de notre liberté enracinée dans l’amour de Dieu et en ce sens vous répondez à mes doutes. Car il me paraît vital de considérer que les sentiments et la raison ne suffisent pas à discriminer le mal du bien, ou plutôt, la mort de la vie. J’y vois là un point essentiel, tout comme il me paraît essentiel de voir que le « Dieu fait homme » est bien le contraire de l’homme se faisant dieu.
    Ethiquement parlant, j’ai souvent l’impression que notre siècle a tout de l’orgueil de lucifer. Or l’enracinement dans l’Amour de Dieu suppose une humilité, celle qui laisse entrevoir que nous n’avons pas le pouvoir de rendre la vie vivante, mais qu’elle l’est déjà sans nous.

    Sur une croix huguenote il est écrit  » résistez »…

    Bien à vous et encore merci pour cette belle réponse.

  3. Andiran nathan dit :

    Oui, cela donne envie de lire le livre.
    Albert Schweitzer avait lui aussi soulevé la question eschatologique comme un point fondamental de la prédication du Christ. Est-ce une erreur de sa part de n’être pas allé à des conclusions plus radicales ?… Quoi qu’il en soit l’éthique, la mystique, l’eschatologie font partie de la conception de la foi de Schweitzer.

    En somme nos pensées seront toujours en de ça des pensées de Dieu. C’est pour cela qu’il faut chercher sans préjugés à se rapprocher de Lui. Il faut le faire en se disant que cela peut être dérangeant pour nous. « La vérité n’a pas d’heure, elle est de tous les instants, justement lorsqu’elle nous apparait inopportune ». A. Schweitzer.

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